Die-in – « Silence, ils nous tuent »- Un rassemblement du collectif féministe Nous Toutes en femmage aux femmes victimes de féminicides et dénonçant les défaillances persistantes

Samedi 16 octobre, le collectif féministe Nous Toutes a organisé une action de protestation pour dénoncer les féminicides qui perdure en France au nombre dramatique de 96 féminicides, dont 93 femmes assassinées depuis le 1er janvier 2021 par leur conjoint ou ex-conjoint, selon le collectif Nous Toutes. Le collectif Nous Toutes qui souligne  les défaillances persistantes qui demeurent dans les politiques devant honorer l’engagement de la décennie et celui se prononçant par la grande cause du quinquennat : mettre fin aux violences à l’égard des femmes. 

Die-in : En femmage aux femmes victimes de féminicides et à leurs enfants

Un « die-in » s’est imposé samedi 16 octobre après-midi sur la place de l’Hôtel de ville de Paris à l’initiative du collectif féministe Nous Toutes.  Des femmes, des silhouettes dessinées à la craie sur le sol, puis ces femmes de noir vêtu, un masque violet sur le visage tenant chacune une feuille blanche sur laquelle s’inscrit le prénom d’une femme tuée par celui à qui elle avait donné tant de confiance, de générosité, tant d’humanité, tant de vie. Ces femmes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Un texte lu, le prénom d’une victime de féminicide dit à voix haute, la date de sa mort, et une femme tombe à terre en symbole des féminicides. Une craie trace alors son corps à terre, trace la paix brisée, la liberté qui nous demande de nous éveiller. Être « endormie » une seconde, cet espace-temps signifiant que la société doit changer, que le gouvernement doit mettre en place des initiatives inédites pour protéger, sauver la vie de femmes victimes de prédateur, d’entendre leurs témoignages, ainsi que celui de leurs proches, celui des enfants victimes de ces « pères » de violence assassinant l’innocence.

Le collectif Nous Toutes énonce le prénom des 93 femmes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le 1er janvier. Une émotion, une douleur et tout s’écroule – c’est cette femme allongée sur le sol, c’est l’une d’elle, c’est l’une de nous, une sœur, une amie, une fille, une mère.

Les militantes se relèvent, elles sont celles debout, comme l’ont été les femmes parties à jamais tuées si lâchement, si horriblement, elles si belles de vie. Les militantes lancent des SOS en lumière, les slogans : « Silence, ils nous tuent », « Pas une de plus ». Et, il sera observé  une minute de silence en femmage aux victimes de féminicides et à leurs enfants. Une très belle action laissant paraître une grande émotion dans les rangs des militantes, cette joie d’être ce rassemblement fort, et la peine ressentie – les féminicides, ces vies parties quand il était leur droit de vivre.

La sororité est ce lien d’une femme à une autre, elle est belle et forte d’espérance, elle est cette peine et cette assurance de la lutte féministe qui n’abandonne pas, ne laisse personne de côté et par des actes, elle construit demain. Penser, écrire, coller sur les murs les mots de souffrances, les messages de femmes victimes, les paroles de justice, être « morte » une seconde sur le sol en symbole des féminicides pour donner à la société la conscience, la rappeler à ceux qui l’ont oublié, – ce sont des actes luttant pour mettre fin aux violences faites aux femmes. Les militantes féministes sont cette résistance de femmes debout, et le collectif Nous Toutes l’a exprimé samedi 16 octobre. Toutes présentes, elles ont été ce lien et une femme isolée a pu voir, a pu entendre, cette lueur, cette vérité, « Je ne suis pas seule », « Tu n’es pas seule ».

Un rassemblement fort pour exiger des mesures concrètes, efficaces pour lutter contre les violences à l’égard des femmes

Le mouvement féministe rappelle que les violences à l’égard des femmes sont en augmentation ainsi que le souligne l’ONU en juin 2021 par le constat fait par le Chef de l’ONU, Antonio Guterres, qui rappelle que la pandémie de Covid 19 a été également révélatrice de la gravité des violences contre les femmes, ainsi que de leur alarmante augmentation. En effet, il a été souligné que l’on pouvait craindre dès les premiers mois des mesures sanitaires, dont les confinements – 15 millions de cas supplémentaires de violence de genre tous les trois mois.

Un chiffre vertigineux, dramatique et l’ONU Femmes, les organisations féministes internationales appellent les gouvernements à prendre des initiatives inédites, efficaces et concrètes pour lutter contre « l’incompréhensible cruauté » à l’égard des femmes, souligne l’ONU.

Une lutte féministe internationale, qui concerne notre humanité par cet objectif essentiel de réconciliation pour établir la paix universelle. Les droits des femmes sont le cœur des objectifs du développement durable tant il est notre humanité séparée par le patriarcat. Il ne pourra pas être le respect des droits humains, sans le respect des droits des femmes. Il ne pourra pas être de paix sans la voix des femmes. Ce sont les leaderships de la paix, le mouvement mondial féministe  se levant pour que notre monde perdure, car les femmes  savent que cela exige l’élimination des violences. Des violences multidimensionnelles qui les touchent et qui peuvent impacter toute une vie, dont celle de leurs enfants. La violence, c’est aussi la pauvreté.

Le patriarcat, c’est abandonner la paix. L’abandon de la paix et de la liberté, ce qui laisse de côté les plus vulnérables et la pauvreté est issue de cette négation de la vie d’autrui, de ce pouvoir de posséder quand il est celui de partager que nous portons en nous, comme l’homme est ce frère qui peut choisir de devenir ce terrifiant ennemi qui tue, qui détruit. Cet ennemi que devient un homme de violence qui considère qu’une femme lui apartient tel un objet, dont il décide de la vie et de la mort. Cette folie consciente qu’ils abattent sur des vies, sur des femmes et des enfants. 

Ce sont des violences multidimensionnelles qui impactent la vie des femmes, souligne le collectif Nous Toutes. Des violences psychologiques, physiques, sexuelles et le viol est une arme de guerre – ce sont aussi des violences économiques et les femmes sont les premières à subir l’extrême pauvreté. Là encore, le vertige des chiffres puisque ce sont 47 millions supplémentaires de femmes qui subissent la pauvreté en 2021 sur tous les continents, y compris en Europe.  

Lorsque nous évoquons le terrifiant des féminicides qui sévissent en France, nous sommes au cœur de la violence qui impacte les femmes dans le monde entier. C’est une culture patriarcale qui tue, qui maltraite, qui viole, qui mutile, qui traumatise des femmes et des filles et dont l’impact peut durer toute une vie.

Nous ne pouvons pas être des sociétés en paix quand il y a une souffrance humaine de plus de la moitié de notre humanité. Une souffrance qui est une déchirure, qui brise la paix pour tous, car nous sommes une mémoire et une mémoire collective, et ce drame des violences faites aux femmes, ce drame des féminicides nous blesse tous. Nous sommes tous issus du corps d’une femme, nous sommes tous une partie d’elle, comment pouvons-nous être cette humanité blessant notre propre naissance.

La guerre est cela, elle tue. Les violences faites aux femmes tuent, détruisent des vies. Les violences à l’égard des femmes et des enfants ne sont pas la paix, mais elles sont la lance perpétuelle de ces hommes cruels faisant la guerre à leur propre humanité, brisant la paix à chacun de leurs actes. Cette paix universelle qui pleure de ne pas être née. Car si nous parlons de naissance, il n’est pas celle de la paix –  pourtant notre cœur la porte, pourtant nos larmes sont témoins de sa vie.

Les objectifs du développement durable portent celui de la paix universelle, de la naissance de notre humanité réconciliée. Les droits des femmes s’inscrivent dans cette mémoire construisant notre futur. L’élimination de toutes les violences faites aux femmes est cette priorité, autant que de protéger la nature car nous n’avons qu’une Terre, comme nous ne possédons qu’une humanité.

La justice véritable est un don de paix

Le collectif féministe Nous Toutes  rappelle en cette journée d’action qu’en France, 65 % des femmes assassinées avaient pris contact avec la justice, mais que celle-ci avait été de nouveau celle qui abandonne, celle qui humilie, celle qui apporte des traumatismes supplémentaires aux victimes, celle qui classe les enquêtes, celle qui « leur ont tourné le dos », celle « refusant de prendre leurs plaintes », et celle « ne prenant pas la peine » d’écouter leurs proches, comme le souligne le collectif Nous Toutes.   

Ce sont aussi ces plaintes en souffrance durant des années où les victimes sont abandonnées alors qu’elles ont eu le courage de dénoncer des faits graves ayant profondément impacté toute leur vie. Ce sont les enfants qui ne sont pas écoutés alors qu’ils ont également la force de témoigner, de dire ce qui les blesse si douloureusement – cet homme violent, terrifiant, il est leur « père ».

Ce sont ces témoignages, comme cette plainte portée contre un bourreau qui a menacé de mort sa conjointe avec un couteau et devant les enfants et qui depuis 25 mois d’une plainte enfin prise, après le témoignage fait il y a plusieurs années devant la police, se balade sans être inquiété. C’est dire aux victimes que leur vie n’existe pas, qu’elles sont ces fantômes, c’est leur imposer une souffrance, c’est démontrer que la justice n’est pas un don de paix alors que cela est sa valeur première, sa valeur de reconnaître les victimes et d’apaiser par la liberté qui ne peut s’exprimer par l’injustice, jamais.

Ce n’est pas également le respect de la Convention d’Istanbul que la France a pourtant ratifiée. Le rapport d’évaluation 2019 du GREVIO faisait d’ailleurs des recommandations à l’égard de la France pour que soit le respect des femmes, le respect de la communautés LGBTQIA+, pour qu’il soit de manière efficace la lutte contre les violences multidimensionnelles, les fortes inégalités, les violences économiques, les discriminations impactant la vie des femmes. Le gouvernement a répondu au rapport du GREVIO, un Groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, en soulignant que de nouvelles mesures seraient annoncées dans le cadre du Grenelle des violences conjugales qui se tenait alors jusqu’au 25 novembre 2019.

Des mesures prises à l’issue du Grenelle des violences conjugales  qui ont pu sauver des vies, et qui ne peuvent être que louables, mais qui ne répondent pas à l’ampleur du drame des violences faites aux femmes. Ce sont des femmes et des enfants qui demeurent en souffrance, ce sont des milliers de femmes qui sont battues, violées, tuées. Ce sont des femmes qui sont traumatisées par des violences psychologiques, physiques, sexuelles, économiques.  Ce sont des femmes qui sont tuées tous les deux jours et demi en France, alerte le collectif Nous Toutes.

Les droits des femmes, les conventions internationales luttant contre les violences faites aux femmes ne sont pas véritablement respectés et l’ONU Femmes l’a souligné sans citer de pays, mais le gouvernement peut-il affirmer que les plus vulnérables sont protégés quand il est également les violences faites à l’égard des personnes LGBTQIA+ dont les droits sont des droits humains, et l’égalité est un droit humain. Le collectif Nous Toutes souligne qu’au moins 3 femmes transgenres ont été assassinées depuis le 1er janvier de cette année.

Les violences sexuelles et sexistes, les violences conjugales au nombre de 220 000 femmes victimes chaque année en France, un chiffre qui oublie les femmes isolées qui sont dans le silence des souffrances. Cela fait en l’espace de 5 ans, plus d’un million de femmes que le système a effacé de tous droits à la justice quand il est au moins 91 % des prédateurs impunis.

En sachant que porter plainte peut signifier des procédures pouvant durer des années en ne faisant peser le poids des défaillances, lacunes graves de la justice uniquement sur les victimes. Des procédures traumatisantes pour les victimes qui subissent le système d’inversion qui imprègne la société, qui la dirige en axant les priorités sur le profit, la rentabilité, la cupidité, sur la loi du plus fort, sur l’art de la manipulation et non sur le respect des droits humains, non sur le sens premier de la paix et de la liberté. Faire carrière et fortune prime comme valeur de réussite quand l’urgence est d’établir une économie de partage, une justice en don de paix pour que soit un monde plus juste, plus équitable, plus durable.

Le collectif Nous Toutes rappelle la nécessité de tenir un engagement : mettre fin aux violences faites aux femmes

Le mouvement féministe rappelle dans son communiqué que « 4 ans se sont écoulés » depuis le mouvement mondial #MeToo –  3 ans depuis l’enquête #NousToutes et #PayeTaPlainte qui établit par les témoignages de victimes les cas où les plaintes on été refusées par les forces de l’ordre –  2 ans depuis le Grenelle des violences conjugales et précisant que « le gouvernement nous proposent encore des expérimentations »  – Il est temps, selon le collectif féministe que le gouvernement mette en place « des politiques publiques d’ampleur sur tout le territoire ».

Les militantes féministes élaborent 6 points majeurs exigeant des actes concrets de la part du gouvernement. Parmi eux, le collectif exige que soit débloqué 1 milliard d’euros pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes. Il est également demandé que « les forces de l’ordre connaissent la loi et l’appliquent ».  Comme il est souligné l’importance de former tous les agents-es et professionnels pouvant être amenés à prendre en charge des victimes.

Le collectif met également l’accent sur la sécurité des victimes et exige que des mesures soient prises pour protéger les femmes et les enfants victimes de violences, tels que les hébergements, les téléphones grave danger. À ce propos, le GREVIO rappelle dans son rapport de 2019, l’article 53 de la convention en soulignant qu’en France « l’ordonnance de protection ne s’applique pas à toutes les formes de violences » et que « les conditions de son application rendent difficile l’accès des victimes à la protection et leur appréciation varie considérablement selon les tribunaux » .

Une des mesures sollicitée par le collectif Nous Toutes est également celle d’informer. Il est nécessaire, souligne le collectif dans son communiqué, d’établir, des « campagnes de prévention et de sensibilisation du grand public aux violences sexistes et sexuelles, notamment dans les écoles ». L’éducation est primordiale et par notre mémoire collective, rappelons les paroles de Nelson Mandela, « L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde ».

Le patriarcat est imposé par l’éducation, par le système économique et politique dont la justice est issue, un système qui déséquilibre gravement la nature car il est constitué de violences, de lois interprétant le monde en valeur guerrière et marchande, mettant tout en dualité et compétitivité. Les scientifiques alertent quant au réchauffement climatique et nous savons que la société doit établir ce qui protège, ce qui sauve et non ce qui détruit.

Sans le respect des droits des femmes, un pays pourrait faire de la paix :  ce sable s’écoulant, se perdant entre nos doigts quand nos mains ne la retiennent pas, ne forment pas le cœur de notre mémoire. Notre monde ne pourra perdurer que par ce qui construit son futur. Si nous le faisons par des actes sauvant la vie de femmes et d’enfants victimes de prédateurs, il sera leur générosité, leur force. C’est cela l’espérance, la définition de ce que nous bâtissons véritablement pour la paix universelle. L’espérance, c’est garder le lien d’une femme à une autre de manière internationale pour un combat, la liberté.

Le gouvernement ne doit pas seulement garantir aux femmes victimes de violences le droit de vivre en paix et en sécurité, il se doit d’établir tout ce qui permet de faire perdurer notre monde. Donner les clés à un système prédateur, c’est destructeur. Refondre profondément la justice, est une des exigences pour fonder un avenir juste et il ne peut s’inspirer du patriarcat.  Même si l’élimination du pouvoir patriarcal exprime pour certains décideurs politiques la fin d’un pouvoir, il signifie pour nous tous, pour les générations futures, une fin qui sera l’annonce du premier des pouvoirs, celui de sauver des vies.

« Silence, ils nous tuent » – le silence est la parole des grandes souffrances, il est ce regard d’un être humain, c’est lui qui doit transpercer notre société pour qu’il soit la réalité d’une espérance qu’exprime les engagements des objectifs du développement durable d’ici 2030 : zéro violence faite aux femmes, zéro tolérance pour les agresseurs. 

© Fédora Hélène

Merci aux photographes participant au rassemblement Nous Toutes .

« La photo, c’est un instant saisi, le plus fort, le plus touchant, le plus douloureux » Chahdortt Djavann

La force , l’émotion de la sororité, est ce geste d’une profonde sincérité

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