
La réussite d’un président de la République se mesure-t-elle au poids de la pauvreté ?
Quand des millions de personnes s’appauvrissent, que des enfants grandissent dans la précarité et que les inégalités se creusent, que dit réellement la réussite politique ?
La prospérité d’un pays ne peut se mesurer sans considérer le respect de la dignité de celles et ceux qui y vivent.
Une République ne peut se dire prospère lorsque la pauvreté gagne du terrain et que la dignité recule.
La pauvreté en accélération
Appauvrir des millions d’enfants, affaiblir l’avenir de la jeunesse en la fracturant entre héritiers privilégiés et enfants pauvres, séparer les enfants par le mur de l’argent, leur infliger le traumatisme de la pauvreté : c’est faire de l’inhumanité une dominante politique, du cynisme une règle machiavélique du pouvoir et de l’injustice une puissance.

Continuité de la matrice
Emmanuel Macron a un problème de timing. Il aurait été parfaitement à sa place dans les rangs du RPR des années 1980-1990, à courtiser une bourgeoisie avide, à circuler dans les couloirs d’un parti traversé par les haines, les rivalités, les trahisons et les jeux d’influence ; dans cet univers où se croisaient masculisme, cabinets d’avocats, comptoirs de bars de nuit, jeux et luttes de pouvoir.
Une époque où les affaires politico-financières faisaient régulièrement irruption dans le débat public, tandis qu’émergeaient de nouvelles fortunes et que certains intérêts économiques trouvaient des relais politiques jusque dans les franges les plus conservatrices de la société. Une classe politique où l’argent pouvait devenir une mesure du pouvoir, de la réussite et de l’influence.
Macron aurait sans doute trouvé sa place dans l’UMP pointant alors son nez, dans cette droite dont Charles Pasqua fut l’une des figures majeures. Pasqua avait notamment accompagné l’ascension politique de Nicolas Sarkozy, alors maire de Neuilly-sur-Seine. Acteur de théâtre répétant son rôle devant un parterre conquis de vieilles dames en manteau de fourrure au cinéma de Neuilly, où il jouait sur scène : l’homme politique.
Porté politiquement par les réseaux de la bourgeoisie de Neuilly-Passy voulant doubler leur mise boursière, bannissant l’idéal républicain et faisant place à l’argent roi des nouveaux nobles exploitant l’humain et les ressources naturelles pour combler leur oisiveté et leur narcissisme : voici Nicolas Sarkozy lancé jusqu’aux plus hautes fonctions de l’État.
Puis, dès 2017, l’UMP se fait cheval de Troie de LREM et regroupe autour de Macron les vieux brisquards du système, de la droite cynique au socialisme caviar, arpentant les secrets sulfureux de l’État comme un serpent glissé sous le tapis des cabales, trahisons, barbouzeries et violences politiques sans limite.
Le problème n’est donc peut-être pas seulement Macron. C’est le modèle politique qu’il incarne : une conception du pouvoir où la richesse devient pouvoir, où la pauvreté est une arme politique et où l’avenir des enfants se retrouve soumis à la naissance, au patrimoine et à la place occupée dans la société.
Une République ne devrait jamais accepter que le mur de l’argent devienne le mur séparant les enfances.
Le népotisme élyséen
Macron, c’est le règne de l’entre-soi, du népotisme, du copinage. Il reprend le thatchérisme en continuité d’autoritarisme économique, flattant comme la fable les riches héritiers millionnaires déguisés en ministres pour l’attraction qu’est devenue la République. Oligarques milliardaires aux réceptions ministérielles, où la belle vaisselle de l’art français est sortie pour l’occasion de quelques dîners mondains dans des ministères.

La diplomatie de bouche, Macron s’y prête volontiers, rejouant la partition du Roi-Soleil sans en avoir ni le talent ni le prestige international qui contribua à l’aura de la France. Cependant, il garde la misère comme preuve de grandeur de l’État, de puissance internationale par la maltraitance des plus fragiles soumis à l’ordre seigneurial d’une réplique monarchique aux habits républicains.
Les enfants pauvres ne sont pas invités au festin présidentiel recevant rois et présidents, ni aux grandes mises en scène diplomatiques de Versailles avec Donald Trump, où les rapports de puissance semblent parfois prendre le pas sur l’idéal d’une diplomatie tournée vers la paix.

Les enfants pauvres se couchent trop souvent le ventre vide dans les quartiers populaires, puisque jusqu’aux rues le bitume se fait vilain ou fleuri en fonction de l’argent dormant derrière les rideaux sages des belles demeures du XIXe siècle, époque où les profits de l’esclavage et du système colonial ont contribué à l’enrichissement de certaines familles de la bourgeoisie et de l’aristocratie, éternelles héritières de l’État.

Toute une jeunesse bascule dans la pauvreté
Près de 3 millions d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté en France. Selon l’UNICEF France, 21,9 % des enfants sont concernés : un taux de pauvreté infantile présenté comme inédit depuis le début des statistiques en 1996 (Insee).
Et pendant ce temps, des responsables politiques profitent d’un pouvoir autoritaire, de privilèges et de réseaux, et continuent de s’étaler dans la cour macroniste.
Quand des millions d’enfants basculent dans la pauvreté tandis que certains s’accrochent aux privilèges du pouvoir, ce n’est plus seulement une crise sociale : c’est une faillite politique et morale.
Une totale incompétence, des ministres dont les nominations peuvent donner le sentiment de privilégier les réseaux et les proximités politiques au détriment de l’exigence de compétence, de conscience et de dignité. Voilà le lamentable spectacle d’une Ve République finissante, entre les mains d’Emmanuel Macron.
L’UNICEF établit des études approfondies et sérieuses sur la pauvreté et les inégalités ; le gouvernement semble s’en moquer royalement, poursuivant un autoritarisme économique aux contours d’une économie de guerre et menant des politiques dont les conséquences aggravent les inégalités. Face à une partie de la population frappée d’inertie, désarmée par la précarité et le sentiment d’impuissance, l’extrême droite, elle, progresse dangereusement.
Les candidats de droite à la présidentielle, dont le marketing « Renaissance » de la monarchie aux mains de bourgeois se couronnant roi, sont en train d’éteindre l’ambition d’illuminer les rivages de France par le phare de la paix universaliste, l’ambition de liberté !
Entre Raphaël Glucksmann, Macron bis, assis à droite de la gauche, et les Premiers ministres macronistes candidats à la présidentielle, l’avenir se teinte de sombres nuages avec une extrême droite veillant au grain de sa prospérité.
Une République de théâtre
La justice fonctionne-t-elle réellement indépendamment de la valeur de l’argent et des rapports de pouvoir ?
Lorsque la corruption, entendue ici au sens de l’esprit politique, celui du machiavélisme et de la conquête du pouvoir, devient une force qui contribue à forger les institutions elles-mêmes, la justice peut alors apparaître comme dépendante du politique, de ses lois et de ceux qui les élaborent. Des lois qui, trop souvent, semblent n’engager que celles et ceux qui continuent d’y croire. La justice constitue alors, dans sa propre hiérarchie, ces robes d’hermine qui arpentent infatigablement les salons de cour du pouvoir politique. Une monarchie traverse ainsi la République. Une République conçue par des hommes issus de la culture politique du XIXe siècle, et dont l’héritage institutionnel continue de peser sur notre démocratie contemporaine.
La République devient alors l’illusion d’une égalité politique lorsque le pouvoir se concentre à ce point entre les mains d’un seul homme. La Ve République a inscrit dans ses institutions une conception particulièrement forte de l’autorité présidentielle, donnant au chef de l’État des pouvoirs considérables et une place centrale dans l’organisation du pouvoir politique. Et c’est peut-être là que se trouve l’une des contradictions fondamentales de notre République : proclamer l’égalité, la liberté et la souveraineté du peuple tout en conservant une architecture institutionnelle où le pouvoir demeure profondément vertical.
Une République qui porte encore, dans ses fondations, les traces d’une monarchie politique. Le peuple n’est pas souverain, mais soumis à un souverain. C’est dans cet espace que prospère le populisme : dans la défiance, dans le sentiment d’abandon, dans la colère sociale et dans la conviction que les institutions ne représentent plus réellement celles et ceux qu’elles sont pourtant censées servir.
Un populisme qui séduit également le gouvernement. Il pêche des voix électorales dans les eaux du parti qui attire le plus les citoyens et qui se rapproche des intérêts aristocratiques et bourgeois. L’extrême droite est dans la ligne droite du pouvoir et satisfait les exigences d’une droite gouvernementale qui cherche aussi ses amis dans le vieux socialisme d’apparence trônant au Sénat.
Tout est si faux. Le mensonge est maître de la politique. Le royaume fait des sénateurs à vie, une Assemblée nationale repue, un Conseil des sages naviguant depuis 50 ans dans les eaux troubles du pouvoir. Le peuple n’a jamais vécu la République. Il l’attend comme le Messie, une promesse que la politique ne tiendra jamais.
Le peuple qui n’a pourtant absolument pas besoin de politiques. Qu’il organise une assemblée élue en charge de la gestion du pays, garante des droits humains, de la liberté et de la protection de la paix.
Le peuple qui n’a pourtant absolument pas besoin de politiques. Qu’il organise une assemblée élue, en charge de la gestion du pays, garante des droits humains, de la liberté et de la protection de la paix.
Déjà, les députés, maires, élus locaux et régionaux devraient être limités à deux mandats de quatre ans, autant que leur nombre gagnerait à être réduit.
La France s’apprête à entretenir trois anciens présidents de la République jusqu’à la fin de leurs jours.
Le jour de l’élection présidentielle, le peuple devrait s’écrier : « Vive le roi ! »
Puisque nous avons conservé la verticalité du pouvoir, la cour, les privilèges, les anciens souverains et leurs privilèges institutionnels, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de l’ironie ?
Mais le peuple n’a pas besoin d’un roi. Il n’a pas davantage besoin de professionnels du pouvoir installés durablement dans les institutions. Il a besoin d’une démocratie véritable : d’élus au service de la collectivité, soumis à des mandats limités, à des règles strictes de transparence et de responsabilité, et à des contre-pouvoirs réellement indépendants.
La République ne devrait pas être le royaume de quelques-uns. Elle devrait être la maison commune du peuple.
Et si la souveraineté appartient réellement au peuple, alors il est peut-être temps de lui rendre ce que les institutions lui ont progressivement confisqué : le pouvoir de décider de la manière dont il veut être gouverné.
Quand Emmanuel Macron évoque le patriotisme, qu’il parle de business, il sera plus exact le banquier à la Tatcher.
Fédora Hélène


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