
La Terre « Océan », ce monde vivant
L’océan recouvre plus de 70 % de la surface de notre planète. Il constitue un monde vivant indispensable à la survie de l’humanité, dont nous ne connaissons qu’à peine 2 % de son immensité. Plus des deux tiers de l’océan se trouvent au-delà des juridictions nationales. Ces espaces représentent également plus de 90 % du volume des habitats de la Terre. La profondeur de l’océan est telle que la majorité de la vie sur Terre se trouve sous l’eau.
Un monde vivant inestimable, qui s’inscrit dans l’universalité du bien commun et qui souffrait jusqu’ici de l’absence d’un cadre juridique global consacré à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité de son environnement. La complexité des règles internationales a pris fin avec l’entrée en vigueur, le 17 janvier 2026, de l’Accord BBNJ, le traité sur la haute mer, qui marque une étape historique.
Protéger la haute mer, c’est désormais reconnaître que l’océan ne se résume pas à un espace à exploiter. C’est un monde vivant dont l’équilibre concerne toute l’humanité.
Le 23 septembre 2026, le traité sur la haute mer a franchi le seuil des 100 Parties. Le registre officiel des traités de l’ONU confirme notamment les ratifications déposées par l’Allemagne, l’Australie, le Canada, le Zimbabwe et Brunei Darussalam. Et ce n’est pas fini ! L’Accord vise une participation universelle pour lutter efficacement, ensemble, contre une crise planétaire globale du vivant, impliquant la perte de biodiversité, la pollution et le changement climatique. Les trois crises planétaires sont intimement liées, avec la crise de l’eau au cœur des conditions vitales de la vie sur Terre.

100 États suffisent-ils à protéger plus de la moitié de la planète ?
Le traité vise une participation beaucoup plus large. Aujourd’hui, plus de 100 Parties marquent un élan significatif, qui peut déclencher quelque chose de beaucoup plus grand pour l’avenir de l’océan et le nôtre.
L’adhésion des pays, qu’ils soient de grandes puissances maritimes ou de petits États insulaires, signe une responsabilité mondiale qui appelle chaque pays à ratifier le traité pour être autour de la table, participer aux décisions, voter et s’engager pour un territoire maritime majeur qui concerne tous les continents.
L’océan n’est pas une option. Il est vital pour que le monde ait la vie.
La première Conférence des Parties (COP1) aura lieu en janvier 2027, à New York, pour entreprendre la mise en œuvre de l’Accord. Cet accord multipartite a pour ambition de rendre effective la protection de la biodiversité marine et de concrétiser l’engagement 30X30 : protéger 30 % des espaces marins et côtiers par des aires protégées d’ici 2030.
Des espaces entièrement protégés, respectant la liberté de la nature qui constitue sa renaissance. Les zones marines protégées doivent être des lieux où les écosystèmes bénéficient du temps nécessaire à leur renaissance et à la pérennité de leur existence, sans aucun impact industriel, notamment le bruit et les activités humaines qui perturbent leur équilibre.
Ces perturbations ne laissent pas le temps à la nature de se régénérer, de retrouver son équilibre et de trouver le chemin de la paix.
Cette sérénité est essentielle pour l’humain comme pour la nature. Ce temps de repos est un temps de vie pour les espèces marines, estimées à plus d’un million, alors que nous n’en connaissons aujourd’hui qu’environ 242 000.
L’océan, ce chef-d’œuvre de la nature, mérite d’être respecté et aimé pour être protégé à la hauteur de sa dimension : celle d’un monde vivant essentiel à l’humanité.
Que change réellement le traité sur la haute mer ?
Les activités humaines, dont l’industrie, le transport maritime, la pollution, la surpêche et l’exploitation des fonds marins, constituent des facteurs de stress intenses qui ne cessent d’aggraver la crise climatique planétaire.
La continuité de ces pratiques économiques, en l’absence d’une gouvernance globale responsable et d’une protection suffisante de l’environnement, dégrade les écosystèmes et porte atteinte à la valeur unique de la biodiversité. Des espèces uniques disparaissent, alors que ce monde vivant produit des ressources essentielles à la survie de l’humanité.
La nécessité d’une protection de haut niveau de l’environnement marin est une priorité urgente et constitue un droit humain. Les droits fondamentaux de la nature sont des droits humains. Ils nous permettent tout simplement de vivre en paix et en sécurité, dans le respect des équilibres dont dépend la vie.

Protéger la haute mer
Une partie importante des stocks de poissons en haute mer est exploitée au-delà des limites durables. Cela signifie qu’un déséquilibre majeur est créé par la quête d’un bien commun devenu l’objet d’un commerce sans éthique, ouvert à tous les trafics dans des espaces où les mécanismes de contrôle et de protection restent insuffisants.
Une problématique qui menace directement la sécurité alimentaire, notamment par la spéculation, et peut contribuer aux migrations humaines de populations contraintes de chercher ailleurs les moyens de survivre.
Le prélèvement sans mesure des ressources marines, conjugué aux lacunes de la gouvernance internationale et à l’insuffisance des contrôles, expose les espaces maritimes à des activités illégales, à des trafics et à des formes de criminalité transnationale. Les analyses des Nations unies soulignent notamment les liens qui peuvent exister entre les trafics d’armes, la criminalité organisée et les activités terroristes, sans que leurs acteurs aient toujours de comptes à rendre.
Nous sommes intimement liés à l’océan. Le déséquilibre que subit l’océan est directement lié à celui qui habite nos sociétés, dominées par un univers politique. L’accélération actuelle des conflits, dont la guerre de l’énergie, qui impacte fortement l’océan à travers l’industrie gazière et pétrolière, engendre à son tour une exploitation de l’humain et une croissance de la pauvreté. Cette situation renforce les trafics à grande échelle.
Le Rapport mondial sur les drogues 2024 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) met en évidence la capacité d’adaptation des réseaux de trafic face aux perturbations mondiales. Plus l’instabilité politique s’accompagne de pauvreté et de fortes inégalités, plus les réseaux de trafic peuvent renforcer leurs activités criminelles. Ainsi s’effectue une logique de non-respect du vivant : le rapport étaye le lien entre instabilité, expansion des trafics et détérioration des écosystèmes. Un esprit qui pense la paix génère l’équilibre. Une société qui produit l’inversion des valeurs provoque des réactions en chaîne d’éléments destructeurs qui menacent la nature, comme la paix universelle.
La protection de la biodiversité marine doit donc s’inscrire dans une coopération internationale renforcée, associant préservation du vivant, respect du droit et sécurité maritime.
Tout se vend et s’achète dans une société qui établit une guerre contre la nature pour l’enrichissement d’un pouvoir politique et financier. Une société où son prochain peut devenir l’ennemi, celui qui pille les ressources naturelles dans un engrenage économique faisant du trésor de l’océan une marchandise inépuisable.
Le traité sur la haute mer est une première pierre pour bâtir une civilisation aimant le vivant, le respectant et comprenant la paix par son sens premier : pour que le monde ait la vie.
Une autre ressource marine est primordiale pour la santé humaine : les ressources génétiques marines, qui produisent des éléments essentiels à la recherche médicale et au développement de médicaments destinés à lutter contre certaines maladies, notamment le cancer, la maladie d’Alzheimer, l’arthrite et les maladies cardiaques.
Un autre atout du traité sur la haute mer est de contribuer à protéger les océans, qui stockent 50 fois plus de dioxyde de carbone que notre atmosphère, alors que leur environnement est touché de manière disproportionnée par l’augmentation du dioxyde de carbone.
L’océan fournit également plus de 50 % de l’oxygène mondial grâce aux organismes photosynthétiques marins, notamment le phytoplancton et les algues.

Respirer dépend de l’océan.
Une grande partie de notre météo dépend du fonctionnement de l’océan et de ses interactions avec l’atmosphère. L’Organisation météorologique mondiale explique que l’océan absorbe une grande partie de l’énergie solaire, redistribue la chaleur grâce aux courants océaniques et fournit, par évaporation, une grande partie de l’humidité qui alimente les nuages et les précipitations.
Les interactions entre l’océan et l’atmosphère participent ainsi à la formation des conditions météorologiques et influencent le climat de notre planète.L’ONU indique que l’océan absorbe environ 90 % de l’excès de chaleur lié aux émissions et environ 30 % des émissions de CO₂. L’océan est notre meilleur allié pour comprendre le réchauffement climatique et trouver des solutions. Mais, nous devons prendre en compte que la santé de l’océan se dégrade sous l’effet du réchauffement et de l’acidification de l’eau. Réduire la capacité de l’océan à être le souffle qui permet à la vie sur Terre et sous l’eau de respirer, c’est nuire à nos chances de survie qui depuis des millénaires nous permet de nous développer. On ne survivra pas seul. On a besoin de la force de l’océan.
Des atouts extraordinaires : les aires maritimes protégées
Des espaces délimités en mer ont pour but de protéger durablement les écosystèmes et permettre à des espèces de reprendre possession de ce territoire maritime libéré de toute pression industrielle et commerciale. Les aires maritimes protégées offre une excellente protection de la santé de l’océan à condition qu’elles soient respectées et ne subissent aucune intrusion des activités humaines.
Actuellement, les aires maritimes protégées occupent 6,35 % des océans, soit près de 10 fois plus qu’en 2000. Et, tous les efforts restent à faire pour étendre leur superficie, élément crucial pour la conservation des récifs coralliens et des mangroves. Soutenir la résilience de l’océan confronté à un déséquilibre climatique planétaire, c’est en premier agir pour la préservation de « paradis maritimes ».

Les mangroves nous protègent des tempêtes
Le réchauffement climatique participe à l’augmentation de la fréquence des tempêtes et à leur intensité. Les mangroves jouent un rôle primordial dans le ralentissement des tempêtes et protège également le littoral des inondations. Cet espace naturel représente l’un des plus performants pour stocker le carbone, puisqu’elles retiennent en moyenne 1000 tonnes de carbone par hectare dans leur biomasse et leur sol sous-jacents. Elles stockent jusqu’à 18 % du carbone océanique mondial.
Les mangroves et les prairies d’herbes marines sont des écosystèmes indispensables, et pourtant, leur superficie diminue dangereusement. Les pertes annuelles sont estimées entre 1 et 3 % de la superficie des mangroves et de 2 à 5 % de la superficie des prairies marines. Depuis la fin du XIX ème siècle, ces écosystèmes subissent des pressions qui les mettent en péril. Les mangroves se trouvent sur tous les continents et représentent environ 15, 2 millions d’hectares. Les herbes marines couvrent, quant à elles, 30 millions d’hectares. Une estimation établit que près d’un milliard de personnes vivent à moins de 100 km des prairies d’herbes marines. Elles rendent des services écosytémiques importants aux populations. Elles les protègent des tempêtes et des inondations, elles contribuent aux ressources alimentaires des communautés côtières par la pêche, elles capturent et stockent de grandes quantités de carbone et elles permettent la protection des littoraux. Leurs racines contribuent à retenir les sédiments et à limiter l’érosion. Un travail de la nature, parfois invisible à l’œil humain, mais essentiel à la santé et à la pérennité de l’humanité.

La nature : un travail d’orfèvre
La nature travaille à chaque instant pour garantir notre équilibre, notre sécurité et notre santé. Elle nous demande d’être les protecteurs de son miracle : la vie. De réfléchir nos actions pour préserver les bienfaits des écosystèmes de génération en génération. Elle ne comprend pas la valeur économique puisqu’elle n’existe pas. Elle n’est que l’intelligence du vivant. Elle voit ce que nous sommes réellement et ne l’efface pas contrairement à l’industrie qui éteint pas à pas des écosystèmes pour nourrir l’illusion de la machine qui ne vit pas.
Notre bonheur ne se constitue pas dans la matière que nous fabriquons, mais dans la matière qui nous constitue. Séparer le vivant de l’humain, par l’artificiel, c’est engager contre lui une guerre irréversible. C’est ainsi que la force des armes nucléaires ne protègera jamais l’humanité. Au contraire, elles prennent des resources naturelles pour matérialiser ce qui détruit la vie. Tant que l’humanité pensera la civilisation de la guerre, elle ne pourra préserver ce qui lui donne le droit de vivre.
Fédora Hélène

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