17 octobre : une République à bout de souffle ?

©️crédit photo Fédora Hélène

Une certaine police échappe-t-elle au contrôle du ministère ?

Certains policiers sont politisés. Quelle est la réalité politique des débordements violents du maintien de l’ordre ?

L’entrisme de l’extrême droite au ministère de l’Intérieur s’est accéléré sous Pasqua. Un ministère complexe qui s’est construit par la main des conflits politiques, des «  guerres de chefs », par la guerre elle-même, comme la guerre d’Algérie. Une longue tragédie que laissent de lourdes séquelles dans la société. L’histoire des hommes tentés par le pouvoir s’inspire souvent de la violence qui a toujours été l’ombre de la politique. Le présent puise sa source dans un passé de plusieurs siècles, qui finit par créer un présent infini. Une sensation de recommencement, d’enfermement dans des événements appartenant pourtant à l’histoire. Notre passé constitue notre présent.

Bien avant que Pasqua ne devienne ministre de l’Intérieur, la question de la responsabilité de l’État dans la répression, de la continuité des carrières administratives et politiques et de l’impunité du pouvoir s’impose à notre recherche de compréhension, à notre quête de savoir. Comprendre l’Histoire pour réfléchir à des structures alternatives, fondées non plus sur la guerre, mais sur l’accomplissement de la paix.

Comprendre, apprendre et partager l’Histoire pour, un jour, nous en séparer et créer une civilisation de l’Amour, fondée sur une renaissance libérée. La dignité humaine restaurée, la compréhension de la paix , de sa force indicible qui a créé ce chant puissant des esclaves faisant grandir le monde.

La paix ne prend pas le chemin facile. L’on traverse les épreuves, parfois les plus douloureuses, et chaque respiration, la paix sauve, nous permet d’être demain. Penser la gratitude à l’égard de cette chance universelle, nous permettrait ensemble de bâtir ce que nous sommes, le verbe aimer. Dans la société actuelle, la chance est considérée comme un hasard qui ne s’arrête pas dans la vie de tous. Alors, qu’elle est un don offert à tous. Notre responsabilité collective est de rendre les possibilités réellement accessibles à tous.

La politique du maintien de l’ordre est en réalité la politique du maintien des inégalités, de la pauvreté, des injustices. Le pouvoir se conçoit par la division, quand il doit être partagé de manière concrète.

Les événements actuels peuvent être déstabilisants, inquiétants, violents, mais ils nous montrent avant tout que nous devons créer une nouvelle société, fondée sur une compréhension différente de la valeur du pouvoir. Les violences du 17 octobre éveillent la mémoire collective, interrogent l’histoire, les relations humaines, la valeur démocratique. La dégradation de la liberté est manifeste.

©️ crédit photo Fédora Hélène

Le 17 octobre, est-ce une date prise au hasard, où celle symbolique qui rappelle le 17 octobre 1961 ?

Un nom terrible que l’on ne voudrait plus prononcer : le préfet de police de Paris, Maurice Papon. Il est au cœur de la répression sanglante du 17 octobre 1961, lorsque des milliers d’Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui leur est imposé. Sous son autorité, la police commet des violences meurtrières. Le 8 février 1962, la répression policière de la manifestation contre l’OAS au métro Charonne fait également neuf morts, dont un blessé qui décédera ultérieurement des suites de ses blessures. 

Malgré ce passé, Maurice Papon poursuit sa carrière politique et administrative. Protégé par les institutions de la République, il est élu député en 1968, puis devient ministre du Budget en 1978, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.

Sans le travail remarquable de l’avocat Gérard Boulanger, engagé à gauche et à l’origine de la procédure judiciaire contre Maurice Papon, la responsabilité de cet ancien haut fonctionnaire aurait-elle été établie devant la justice ? Il aura fallu des années de combat judiciaire pour que Papon soit finalement condamné, le 2 avril 1998, pour complicité de crimes contre l’humanité, en raison de son rôle dans la déportation de Juifs de la région bordelaise sous l’Occupation. 

Papon n’a jamais été condamné pour les massacres du 17 octobre 1961 et du métro Charonne.

Une manifestation pacifique. Des hommes, des femmes et des enfants dignes, dont les revendications n’étaient que pour la paix et la liberté, marchant ensemble, ont été victimes de la politique dans toute son absurdité, dans toute sa cruauté. Le pouvoir sans partage, sans la valeur suprême de la vie, abat la fraternité. Aujourd’hui, les martyrs sont toujours ce chagrin et ce silence qui frappe encore nos poitrines. Le 17 octobre aurait dû n’être que liberté et paix, la Marche de la paix.

La politique a-t-elle perdu la paix ?

Comprendre les racines politiques de l’ évolution du ministère de l’Intérieur exige de remonter dans l’histoire, d’étudier les héritages institutionnels et de s’appuyer sur des ressources historiques et sociales. Car rien ne se comprend sans analyser les continuités politiques, les réseaux d’influence et les transformations de l’appareil d’État.

L’entrisme d’extrême droite

Dès les années 1970, le Front National (FN), fondé le 5 octobre 1972 développe un discours nationaliste. Parmi ses cofondateurs figure Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS, dont le passé témoigne des liens historiques entre les premières figures du parti et des milieux issus de l’extrême droite collaborationniste. En 1983, à Dreux, l’association entre immigration et insécurité devient un élément majeur de sa campagne électorale. La stratégie de manipulation autour des enjeux sécuritaires s’installe également dans le discours politique de la droite traditionnelle, qui comprend que cette thématique constitue un levier électoral.

Une partie de la population y adhère et se laisse porter par l’impérialisme. La France conserve une culture colonialiste et nourrit une frustration face à l’évolution du monde, dans lequel les pays autrefois dominés cherchent à se développer et à s’affranchir des rapports de domination hérités de la colonisation. Car le pouvoir colonial peut aussi se perpétuer autrement, à travers les rapports de force économiques et les dépendances qu’ils entretiennent. Les ingérences étrangères dénoncées aujourd’hui par le pouvoir politique doivent également être replacées dans une perspective historique. Les puissances occidentales sont longtemps intervenues dans les affaires politiques et économiques de pays moins puissants, et continuent d’exercer leur influence sur certains territoires, au gré d’intérêts stratégiques, économiques et politiques. Comprendre cette histoire, c’est aussi interroger les contradictions des discours sur la souveraineté, lorsque celle-ci est revendiquée pour soi, mais n’a pas toujours été respectée chez les autres.

Miser sur le trait d’union entre sécuritaire et immigration est un pari électoral gagnant. En 1984, le Front National réalise une percée significative aux européennes. Le 17 juin 1984, il obtient 10 élus au Parlement européen, après avoir recueilli 10,95 % des voix. Désormais, Jean Marie Le Pen devient un influenceur politique et médiatique. Il gagne en visibilité et comprend que les rapports de force électoraux lui offrent un pouvoir d’action et d’influence.

1986, le RPR veut dominer

Chirac devient Premier ministre, Charles Pasqua est nommé ministre de l’Intérieur. La première cohabitation ouvre une nouvelle offensive politique, marquée par le durcissement de la politique migratoire, les débats sur la sécurité et le maintien de l’ordre. Charles Pasqua lance ce qui restera récurrent à droite, le renvoi d’immigrés dans des vols charter. Cela deviendra une expression commune à la sphère des droites qui convergent à l’extrême droite. Un terme que les milieux de droite, héritiers du RPR, mettent en avant, comme « racailles », ne pouvant plus employer « Kärcher ».

En 2005, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, se rend à la cité des 4000 à La Courneuve suite à un drame, la mort tragique de Sidi-Ahmed Hammache, enfant de 11 ans tué par une balle perdue lors d’un règlement de compte entre gangs rivaux au sein de la cité. Il déclare alors, « Dès demain, on va nettoyer au Kärcher la cité. On y mettra les effectifs nécessaires et le temps qu’il faudra, mais ça sera nettoyé. » Une déclaration qui provoque l’indignation de nombreux habitants de quartiers populaires et des ses opposants.

Cette même année, Laurent Nunez est de retour au ministère de l’Intérieur, comme chef du bureau de la gestion du corps préfectoral.

Puis, en 2007, Nicolas Sarkozy crée un ministère de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale. Ce qui provoque l’indignation, dont de la Ligue des droits de l’homme.

Par la suite, l’UMP devient LR. Le but est d’occuper le pouvoir. Peu importe le nom du parti, les stratégies demeurent et la conquête du pouvoir reste l’objectif dominant. Les différentes branches de la droite, jusqu’au courant les plus sécuritaires et ses rapprochements avec l’extrême droite sont toujours au pouvoir. Emmanuel Macron s’est également appuyé sur ses personnalités de la droite brutale et manipulatrice pour gouverner. Laurent Nunez et Gérald Darmanin sont tous deux issus de ces courants et restent fidèles à la ligne de 2007. Sébastien Lecornu est aussi un acteur de l’UMP. Il s’était essayé auparavant à la vie monastique, puis au monde militaire, réserviste dans la gendarmerie. Les liens entre religion, armée et politique sont établis de longue date. Sébastien Lecornu représente une droite moraliste éprise d’hypocrisie et de mépris à l’égard des plus vulnérables. Oublie-t-il la charité, les relations humaines fondées par la Fraternité et le respect de la dignité humaine, cœur des valeurs chrétiennes ?

Emmanuel Macron, adepte de «  en même temps » sait-il autre chose que le spectacle du machiavélisme en politique ? La démission de Laurent Nunez n’a été qu’un artifice pour séduire l’opinion publique. Il fallait un mea culpa sur le risque de pillages, dont Laurent Nunez, ancien directeur général de la DGSI ne pouvait ignorer l’existence.

Puis, Laurent Nunez a-t-il lui aussi la mémoire courte sur les réseaux constituant l’Intérieur ?

Pasqua, le retour du mentor

1986 – Pasqua, l’homme du SAC, ne laisse pas Jean-Marie Le Pen occuper seul le terrain de la droite nationaliste, même si des rapprochements occultes sont réalisés. Des agents naviguent entre RPR et FN. Un univers où les relations humaines entre responsables politiques, agents du renseignements, policiers de préfecture, barbouzes et représentants de médias s’inscrivent dans un climat de méfiance, de surveillance, de manipulations et d’impostures. Une devise : « Pas d’amis, tous ennemis ». La politique ne fait pas dans la tendresse. On se côtoie dans la méfiance, même lorsque l’on joue la carte de l’amitié. Des rapports de force s’établissent, chacun cherchant à connaître les faiblesses de l’autre et à conserver un moyen de pression. Le ministère de l’Intérieur, un lieu où se croisent renseignements, réseaux d’influence, et méthodes héritées des officines politiques. Des hommes au parcours sulfureux et violents évoluent dans les couloirs du pouvoir entre opérations opaques, intérêts politiques et zones d’ombre. Une séquence politique où l’Intérieur interagit avec le ministère de la Justice. La question de responsabilité et d’indépendance de la justice est posée. La justice au sens vertueux, n’hésite pas dans l’univers du pouvoir, de l’État.

1986, l’extrême droite devient la culture politique de droite.

1986, Malik Oussekine est assassiné par des policiers. Le pouvoir en place reste imperturbable. Une machine froide qui nomme toute violence policière : bavure.

Les manipulations des droites ne feront que s’accentuer, notamment à partir de 1991. Les années de l’argent roi en politique, dans les affaires. La politique de toutes les corruptions s’impose et « en même temps », comme dirait Emmanuel Macron, le sécuritaire occupe l’espace médiatique. Les barbouzes sont au rendez-vous entre RPR et FN et rédactions. Les médias deviennent le théâtre des dérives politiques et les affaires se bousculent, jusqu’au faux et usages de faux pour faire tomber Hervé Bourges, alors président de France Télévisions. Les renseignements et la police sont au rendez-vous, autant que des magistrats politisés. Laurent Nunez n’est rien à cette époque. Il deviendra quelques années plus tard, dans cette mouvance politique, un pion dans la nébuleuse police-politique avant son entrée en scène et retour à l’Intérieur avec Nicolas Sarkozy aux portes de la présidentielle.

Les valeurs humanistes en détresse

Une guerre des droites qui désigne la gauche comme bouc émissaire

Une guerre des droites qui pointe du doigt la gauche en l’accusant d’être à l’origine des violences et des pillages. Car, dans la course à la présidentielle, désigner un bouc émissaire permet de détourner l’attention des responsabilités du pouvoir, de fragiliser la gauche et de nourrir un discours sécuritaire. Or, le 19 octobre, la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a recadré le gouvernement sur le profil politique des casseurs du 17 octobre. Interrogée sur leur éventuelle appartenance à l’ultragauche, elle a déclaré : « Ce n’est absolument pas ce que je peux confirmer en l’état de mes informations. » Elle a également précisé qu’un certain nombre de personnes placées en garde à vue gardaient le silence et ne revendiquaient aucune appartenance politique. Ces déclarations contrastent avec celles de plusieurs membres du gouvernement, dont le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui ont rapidement mis en cause l’ultragauche. Le gouvernement a invoqué les renseignements pour étayer ses accusations politiques, alors même que le profil des personnes interpellées demeurait à établir. Dès lors, une question s’impose : les renseignements ont-ils permis d’établir la responsabilité des auteurs des violences, ou leurs informations ont-elles été utilisées pour accréditer une lecture politique des événements ? En l’état, aucune confirmation ne peut être avancée, d’autant que la politique française s’inscrit dans un microcosme qui entretient une vision obsolète et exclusive du pouvoir. Cette conception tend à fabriquer des conflits qui pourraient devenir le moteur politique de notre époque. Cette instrumentalisation politique des violences, qui consiste à désigner un adversaire idéologique avant même que les responsabilités soient établies, s’inscrit dans une logique de confrontation où la recherche d’un bouc émissaire prend le pas sur la vérité des faits. L’exemple de l’Arc de Triomphe montre que des personnes issues de l’ultradroite ont effectivement été impliquées dans les événements violents de décembre 2018. Mais il ne permet pas d’attribuer l’ensemble des dégradations à l’extrême droite, pas plus qu’il ne permettrait de les attribuer globalement à l’ultragauche.

Et le terme « ultragauche » employé à propos des pillages relève de l’abrutissement entretenu par des manipulateurs en politique. De même, LFI n’est pas d’extrême gauche au sens historique du terme. C’est un mouvement de gauche radicale, qui s’inscrit dans une tradition de socialisme radical. Ces notions ne sont pas interchangeables. Les confondre relève d’un amalgame politique qui empêche de comprendre les réalités.

Le clan de l’UMP au pouvoir a classé LFI à l’extrême gauche par esprit de manipulation et de propagande médiatique. Cela permet de scinder la gauche pour l’affaiblir et de jouer avec les rivalités internes qui y règnent aussi. Darmanin et Nunez mènent la danse en duo entre la Justice et l’Intérieur, gardant forte aussi l’inhumanité qui permet de fracturer la Fraternité. Élément essentiel pour conserver le pouvoir. Affaiblir par les traumatismes. C’est aussi le but des violences policières. Éteindre un mouvement populaire, un élan de liberté.

Les arrestations de mineurs, les gardes à vue parfois violentes, les comparutions immédiates et les placements en détention provisoire constituent autant de mécanismes susceptibles de restreindre la liberté.

Les valeurs humanistes semblent échapper aux ministres de la Justice dans les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron, puisque la France est régulièrement condamnée par la CEDH. Les prisons sont dans un état « épouvantable », la dignité humaine est bafouée, dénonce notamment Yaël Braun -Pivet, qui demande par ailleurs une commission d’enquête parlementaire sur les violences et le maintien de l’ordre.

Le maintien d’une droite brutale au pouvoir, réseaux fermés au progrès et regardant dans la direction de l’extrême droite, est une menace pour la paix et la liberté. L’extrême droite, quant à elle, continue de véhiculer un racisme odieux et de distiller en permanence les manipulations lepenistes associant immigration et insécurité. C’est aussi le discours de Donald Trump. Une extrême droite qui se rapproche de Trump et de Poutine au mépris des intérêts de la France et de l’Europe.

Le 18 octobre 2026, au lendemain des violences survenues en France le 17 octobre, Donald Trump a publié un message sur son réseau social, Truth Social, associant directement immigration et insécurité. «  Les migrants ont envahi la France. Il faut fermer les frontières, vite ! Président. » Il a également déclaré, « La France brûle ! L’immigration de personnes venues d’un monde totalement différent, de personnes qui ont la haine au cœur, a brisé ce pays autrefois grand. » Propos rapportés par l’AFP.

Ingérences étrangères : géopolitique et loi du plus fort

Nous revenons à la question des ingérences étrangères, alors que l’Ukraine subit toujours les attaques de la Russie et que Donald Trump exerce des pressions sur Kyiv, dans un contexte de relations avec Moscou qui suscite de vives inquiétudes en Europe. La politique des nationalistes est aussi géopolitique. Ils regardent, parfois avec convoitise, le monde entier, tout en se proclamant défenseurs de la souveraineté nationale. Les réactions de Donald Trump et de proches du Kremlin aux événements du 17 octobre en France illustrent cette dimension internationale. En présentant les violences comme la conséquence de l’immigration et du déclin de la civilisation européenne, ils imposent une lecture idéologique des événements, sans disposer publiquement d’éléments établissant un tel lien. Leurs discours convergent avec ceux de plusieurs mouvements d’extrême droite européens, qui reprennent les mêmes thèmes pour dénoncer l’immigration et les politiques progressistes. Dès lors, la question des ingérences ne peut être dissociée des stratégies d’influence. Lorsqu’une crise sociale française devient un argument politique pour des dirigeants étrangers, elle dépasse le cadre national. Elle entre dans un rapport de force international où les discours sur l’identité, la souveraineté et l’immigration peuvent servir des intérêts politiques qui ne coïncident pas nécessairement avec ceux de la France et de l’Europe. Aujourd’hui, l’objectif de l’extrême droite consister à conquérir le pouvoir européen et à constituer une Europe trumpiste fermant ses frontières. La triple crise planétaire, climatique, écologique et la pollution, dominée par la crise de l’eau, l’insécurité alimentaire grandissante, l’augmentation de la pauvreté mondiale vont renforcer les crises humanitaires provoquées et aggravées par les décisions humaines, au service de pouvoirs politiques et économiques, qui privilégient leurs intérêts au détriment de la dignité humaine. Et, ce que révèlent les pillages, ce n’est pas une prise de pouvoir de l’ultragauche, mais le visage d’un monde dystopique, dont les fractures s’accentuent sous l’effet de politiques qui accélèrent les crises sociales, économiques et environnementales.

Le choix de la répression s’inscrit dans une logique de brutalité qui risque d’alimenter un mouvement destructeur, plongeant la France dans des vagues de conflits qui fragiliseront sa stabilité et pourraient propulser l’extrême droite au rang de décisionnaire.

La solution s’écrit dans le changement profond de nos sociétés, dans l’abandon d’une économie destructrice qui détruit l’humain et la nature. La réconciliation, la valeur de fraternité doivent fonder une renaissance pour la paix.

Aujourd’hui, la faiblesse d’Emmanuel Macron réside dans la présence, au sein même de son gouvernement, de la droite dure. Soit il est incapable de gouverner et il s’en remet à des forces politiques qui le dépassent, des réseaux de pouvoir installés depuis près de quarante ans ; soit il poursuit une stratégie aux multiples positionnements, résumée par son expression favorite, «  en même temps ». Cette stratégie lui permet-elle d’échapper aux critiques sur ses incohérences, ses contradictions et sa manière machiavélique de concevoir le pouvoir ? À force de vouloir occuper tous les espaces politiques, de maintenir des positions contradictoires et de jouer sur les rapports de force, il prend le risque de nourrir la défiance, d’exacerber les tensions et de provoquer la haine qu’un pouvoir démocratique devrait précisément chercher à apaiser. Emmanuel Macron a l’art de tirer la haine vers le haut, car en politique, elle est force de puissance. Ne recherche-t-il pas à tirer le mauvais vin de chacun en délaissant le bon qui réside en chaque être humain ? 

Donner sa chance à la démocratie

Les violences policières sont politiques

Une question doit être posée sur la politisation des violences policières, leur influence dans le cadre d’une élection présidentielle. Puisque la politique est machiavélique, l’on doit également interroger les stratégies de double jeu, les interconnexions entre les droites et les guerres internes qui les ont toujours animées. Ces luttes de pouvoir interagissent avec l’univers des médias, la propagande, le monde de l’édition et le soutien de certains oligarques détenteurs d’organes de presse. Elles s’appuient aussi sur une pseudo-élite qui adhère aux thèses d’une droite brutale, capable de dépasser ses propres frontières idéologiques pour gagner le terrain de l’extrême droite. Dès lors, comment ne pas s’interroger sur les manipulations politiques qui peuvent se nouer entre ces différents espaces de pouvoir, avec la participation de certains macronistes soucieux de préserver leurs positions et de servir leurs intérêts personnels, au prix d’une hypocrisie sans limite ? Lorsque les violences policières deviennent un enjeu de communication et un instrument de confrontation politique, il est indispensable d’interroger les stratégies à l’œuvre, les intérêts qu’elles servent et leurs conséquences sur la démocratie, les libertés publiques et la confiance des citoyens.

©️ crédit photo Fédora Hélène

C’est un moment gravissime de mépris de la démocratie. Un déchaînement de l’extrême droite déterminée à conquérir le pouvoir, qui se heurte à la droite fidèle à Pasqua qui, elle non plus, ne renonce pas au pouvoir. Ces deux forces semblent, à travers des discours presque similaires, se rapprocher, voire se rejoindre, alors même qu’elles s’opposent farouchement dans leurs luttes pour la conquête du pouvoir. C’est une chose la présence de pions d’extrême droite naviguant dans le monde de l’Intérieur et s’en est un autre de leur céder le pouvoir. Les commandes sont toujours entre les mains des héritiers du RPR. Le siphonnage des voix de l’extrême droite est pour le pouvoir en place, préférable au partage du pouvoir avec le Rassemblement national. Marine Le Pen est tolérée par la droite réactionnaire au pouvoir dans la mesure où elle exerce une influence électorale utile, comme son père avant elle. Mais cette influence semble avoir ses limites : capter les voix, oui ; lui céder le pouvoir, non.

Les violences policières : une arme politique

Les violences policières agissent sur la manipulation des émotions et des peurs. Elles provoquent une instabilité de la société, une rupture de confiance dans les institutions et une mémoire traumatique collective. La politique possède le cynisme pour savoir utiliser la maltraitance comme une puissance.

2026 – Certains policiers serviraient-ils des influences et intérêts politiques en pleine campagne présidentielle ?

Cela ne serait pas un fait inédit. La police et la politique entretiennent des liens de pouvoir. La République révèle toute sa complexité, sa part d’obscurité et ses illusions lorsqu’elle s’éloigne de l’esprit de concorde.

La police est confrontée à la violence du système, de la politique, de certaines personnes et du monde du pouvoir. C’est un milieu très particulier, où l’illusion et la déception sont très présentes. Une forme de dépression de la société s’y trouve.

Entrer dans la police, c’est aussi s’interroger sur son propre rapport à la violence, sur les traumatismes subis, sur sa compréhension de la société et sur sa volonté d’agir dans ce monde. Plusieurs réponses s’y trouvent, plusieurs caractères et ambitions.

L’uniforme confère une autorité institutionnelle, mais il ne garantit ni la maturité humaine ni la capacité à exercer cette autorité avec discernement. Cela vaut d’ailleurs pour toutes les institutions investies d’un pouvoir sur autrui.

Puis, il y a l’influence du groupe, ou le risque de se retrouver isolé. Le carriérisme, les fortes rivalités internes, les tensions imposées par la politique du chiffre, de l’administratif, du tout-sécuritaire, la montée de l’extrême droite, un monde clos qui reçoit de plein fouet tout ce qui vient de l’extérieur.

Refonder la police pour bâtir une société apaisée, de réconciliation. Interdire le LDB, des grenades du maintien de l’ordre, c’est une urgence de paix. La paix n’est jamais une erreur. Réfléchir à cela.

Crédit photo ©️ Fédora Hélène

Donner sa chance à la démocratie

Rompre avec un pouvoir politique installé depuis plusieurs décennies, qui a progressivement étendu son influence à tous les domaines de la société et aux institutions, afin de donner enfin à la démocratie sa chance : est-ce réalisable ?

Nous sommes au début du XXIᵉ siècle, dans une période de transition majeure qui marque une rupture avec le XXᵉ siècle. Pourtant, certains responsables politiques semblent vouloir raviver les modèles du passé pour ne pas perdre le pouvoir. Ce sont des hommes du XXᵉ siècle, nourris d’une culture politique héritée du XIXᵉ siècle, transmise de génération en génération, par des parents eux-mêmes éduqués par des adultes parfois nés au XIXᵉ siècle. Le général de Gaulle, né en 1890, incarne cette filiation historique, qui a profondément marqué la conception française de l’État et de l’autorité. Mais le monde a changé. Les sociétés, les consciences, les défis écologiques, les rapports humains et les aspirations démocratiques ne peuvent plus être gouvernés uniquement à travers des structures héritées d’une autre époque.

La Ve République, conçue dans un contexte historique particulier, est-elle encore adaptée aux exigences démocratiques du XXIᵉ siècle ? Sa verticalité, la concentration des pouvoirs et la place prépondérante de l’exécutif soulèvent une question fondamentale : comment redonner aux citoyens une véritable capacité d’agir, de participer aux décisions et de contrôler ceux qui les gouvernent ?

La Ve République persiste par l’autoritarisme qu’elle peut déployer. Elle aurait dû prendre fin depuis longtemps pour laisser place à une République démocratique, moderne et libre, véritablement fondée sur le partage du pouvoir, la souveraineté citoyenne et le respect des libertés. Une République à bout de souffle, qui ne répond plus aux exigences ni aux défis du monde actuel. Nous ne sommes plus en 1958. Le monde a profondément changé. Une jeunesse aspire à créer un avenir libéré du fardeau des haines, des constructions archaïques, d’une politique fondée sur l’exploitation de la nature et de l’humain, et d’un pouvoir qui demeure entre les mains de dirigeants héritiers d’un autre siècle, de De Gaulle à Chirac.

Pasqua est parti, mais ses méthodes perdurent. Le contexte historique n’est plus le même, les aspirations ont changé , les défis sont désormais planétaires. Et pourtant, ses héritiers politiques continuent à le conjuguer au présent des méthodes héritées du passé, comme si le monde n’avait pas changé. Comment construire l’avenir en restant prisonniers des rapports de force d’hier ? Emmanuel Macron a cette spécificité d’agir comme un vieux dirigeant, soumis aux conceptions politiques appartenant au passé, alors même qu’il se prétend incarner le renouveau.

La réalité force à constater qu’en une décennie, Emmanuel Macron n’a pas accompli la « révolution » qu’il prétendait incarner. « En même temps », pour reprendre son mantra, il lui fallait bien composer avec la droite réactionnaire, voire s’appuyer sur elle, pour se maintenir au pouvoir. En août 2020, lors d’une rencontre politique organisée dans un manoir normand, sous les pommiers, Gérard Larcher a rappelé le rôle déterminant qu’il attribuait à la droite dans la survie politique du président de la République au moment du mouvement des Gilets jaunes. Sans lui, sans cette droite, Emmanuel Macron serait tombé : telle était, en substance, la lecture politique défendue par le président du Sénat. Emmanuel Macron se sait redevable, selon Gérard Larcher. Derrière les promesses de renouvellement, une autre réalité se dessine : celle d’un pouvoir qui, pour se maintenir, s’appuie sur des forces politiques dont il prétendait pourtant dépasser les clivages. Aujourd’hui, Emmanuel Macron ne peut pas se séparer de Laurent Nunez. Il le sait. La proposition de démission de ce dernier pouvait donner l’impression d’une démarche sincère, destinée à produire un effet médiatique positif, sans pour autant avoir vocation à être suivie d’effet.

Nous savons que la meilleure lutte contre les pillages, c’est une éducation de haute qualité pour tous, la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, un élan de paix et d’espérance pour chacun. Léon XIV a su inspirer cette paix en répondant aux aspirations de la jeunesse et en accueillant avec sincérité ses profondes inquiétudes. Il a accueilli une jeunesse dans toute sa diversité, sans distinction, dans une volonté d’écoute et de fraternité. Il a mis en garde contre l’extrême droite qui accuse l’autre, désigne un ennemi et oppose les citoyens au lieu de les rassembler.

Emmanuel Macron achève sa présidence comme il l’a commencée : dans le conflit.

Aujourd’hui, c’est un monde nouveau qu’il faut regarder. Une Europe de la paix s’éveille au-delà des sols bombardés et du feu des conflits. Une Europe qui lève les yeux vers le ciel et comprend que le jour se lève toujours, même lorsque l’humanité s’abandonne à l’obscurité.

« Notre marche vers la liberté est irréversible. Nous ne devons pas laisser la peur se mettre en travers de notre chemin. » Le 11 février 1990, Nelson Mandela.

Fédora Hélène

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