
Croire et protéger un enfant
Aujourd’hui, le silence a une voix : l’enfant, le plus vulnérable, est entendu.
La voix de la paix s’élève dans le studio de la Maison de la Radio ce 20 novembre 2023, en espérance pour les enfants, leurs familles, et pour la vie blessée qui appelle la justice à son secours, en valeur de reconnaissance et de conscience universelle.
La voix de la paix, sa douceur, ses mots justes, bouleversants, ses larmes retenues aux yeux des témoins, de ces enfants d’hier victimes d’agresseurs sexuels, de ces familles d’aujourd’hui, de la souffrance en éternel chagrin au cœur de notre humanité, la voix du juge Edouard Durand s’élève comme ce jour qui se lève sur les ténèbres.

« L’acharnement du mal, la cruauté des agresseurs est très au-delà de ce qu’un humain peut se représenter dans sa tête. Mais, vous nous l’avez dit, avec une dignité, une force, qui m’ont édifié et qui changeront ma vie à jamais », a déclaré M. le juge Edouard Durand.
La force de la vie, sa liberté, donnent à chaque respiration le sens du miracle lorsque qu’un enfant traumatisé, ayant subi l’inhumanité, retrouve sa joie de vivre, sa volonté de vivre, sa force pour affronter chaque jour et dépasser sa liberté traumatisée. Il ne peut retrouver celle d’avant le viol, avant les violences sexuelles, mais il demeure un être humain libre. Et c’est cela que la société doit respecter.
Ces enfants devenus adultes, voyant toujours leurs larmes se mêler au vent, se disent qu’un jour ce vent froid s’apaisera et que les larmes auront disparu. Les années passent, et les enfants d’hier, parfois plus de quarante ans après la tragédie et la cruauté des violences sexuelles subies, essuient encore des larmes brûlantes et cachent leurs yeux rougis. Ils avancent vers la vie, demandant juste un instant de répit, que le vent s’apaise.
Puis, il y a les victimes évanouies sous le poids de la douleur, celles qui se sont suicidées. Le chagrin trop lourd témoigne de la violence destructrice des agressions sexuelles. La CIIVISE ne les oublie pas. Il s’agit d’être présent également pour eux, pour tous, pour tous les enfants ayant subi l’inhumanité, car les violences sexuelles sont, avant tout, inhumaines.
L’inhumanité désigne ce qui se situe en dehors de toute humanité, ce qui détruit l’humain de l’intérieur. La souffrance invisible. Un prédateur efface un être humain en s’appuyant sur la culture de la société, sur son déni, son indifférence, son insensibilité, qui deviennent complices des agresseurs sexuels.
Un enfant invisible, la beauté de la vie, un prédateur veut la détruire. Conscient et responsable, il tue l’innocence et impose une douleur au cœur de l’enfant. L’enfant est l’expression de la pureté, de la joie, de la conscience. Les enfants savent que la vie est au-dessous de tout, qu’elle est précieuse, importante. Les enfants sont des gens sérieux, rappelle Édouard Durand. Ils réfléchissent profondément, découvrent la vie avec sérieux et émerveillement.
Et si, à l’âge adulte, on peut perdre courage, les enfants, eux, le gardent fort en eux, continuent de rêver et demeurent l’espérance.
L’espérance en lumière, les agresseurs sexuelles veulent la détruire. L’obscurité jusqu’au ténèbres
« La CIIVISE était envoyée dans le pays des ténèbres. Elle devait, comme d’autres avant elle, descendre dans les profondeurs les plus sombres de l’humanité, aller aux frontières mêmes de l’humanité puisque les violences sexuelles faites aux enfants sont « la ligne de démarcation entre l’humanité et la bestialité » », souligne le rapport.
La peur, entrer dans la peur, ces ténèbres où sont enfermés « les enfants violés, agressés, exploités, vendus, tués, réduits au silence, même s’ils sont devenus des adultes », rappelle l’étude.
Les enfants traumatisés devenus adultes, et demeure ce dessin traçant un visage aux yeux fermés, les larmes, et la parole disparue. Le corps en détresse, l’appel au secours lancé au monde qui depuis des siècles ne voit pas les enfants de lumière, ceux que les ténèbres prennent, celles inventées par les hommes et les femmes de violences.
La CIIVISE s’est fixée une « ligne claire » : voir
« Le plus difficile c’est de voir ce que l’on voit », note la CIIVISE. Voir pour donner à la parole des victimes toute leur clarté, « être digne de la confiance des victimes », pour cela la CIIVISE « devait avoir en toutes circonstances une parole claire parce que l’ambiguïté, l’équivoque, l’incertitude si déstabilisantes sont des armes des agresseurs ».
Adopter le raisonnement des agresseurs, c’est effondrer le témoignage de la victime qui pourrait vivre alors une souffrance importante en retrouvant les mécanismes de manipulations de l’agresseur. Celui brisant l’esprit de sa victime par la négation de sa vie, de son opinion, de son consentement. L’agresseur épuise aussi la force de témoigner de sa victime qui lui dit par les mots, les larmes, les gestes, les silences ce qu’il fait.
Un agresseur commet ce crime : il détruit la vie de sa victime sous ses yeux. Il ira même jusqu’à accuser cette victime d’être responsable de ce qu’elle endure.
Il est donc vital, pour l’enfant, que l’écoutant dispose d’une doctrine claire, qui à aucun moment ne provoquera la mémoire traumatique.

La doctrine de la CIIVISE a établi 25 points fondamentaux formant l’architecture de sa « ligne claire » pour démontrer sa loyauté, et affirmer aux victimes : « On vous croit. Et vous ne serez plus jamais seules ».
« La CIIVISE c’est vous », a déclaré M. le juge Édouard Durand. « Et, quoi qu’il arrive puisque la CIIVISE c’est vous, la CIIVISE continuera ».
La CIIVISE « devait être fidèle à la parole donnée » et elle précise en citant C. Péguy, « Toute la question est là. Qu’est-ce qui est négociable. Qu’est-ce qui n’est pas négociable. Le monde sera jugé sur ce qu’il aura considéré comme négociable ou non négociable. »
Protéger un enfant, c’est adopter une ligne claire qui est non négociable.
« Je ne m’appelle pas victime, je m’appelle témoin »
La CIIVISE a été initiée par le gouvernement d’Emmanuel Macron, et son action a été annoncée le 1er août 2020 par Adrien Taquet, alors Secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles. La volonté de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), c’est de briser le déni des violences sexuelles faites aux enfants, et de centrer l’objectif sur la volonté de mettre fin au tabou sur l’inceste. La commission a été inspirée par le travail remarquable fait par la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église (CIASE), présidée par Jean-Marc Sauvé, vice-président honoraire du Conseil d’État.
Emmanuel Macron a annoncé le 23 janvier 2021, la mission de recueillir les témoignages et de protéger les enfants.

La CIIVISE marque une date historique pour tous en luttant contre « le déni dont les violences sexuelles faites aux enfants et notamment l’inceste font l’objet ». Un déni s’inscrivant dans les codes de la société, des pouvoirs, « puissant et collectif », précise la CIIVISE.
« Croire et rassembler », les verbes accompagnant la promesse faite par la CIIVISE. Croire aux témoignages pour protéger les enfants.
Les adultes ayant témoigné auprès de la CIIVISE ont exprimé une volonté : témoigner pour que plus jamais un enfant n’ait à franchir les marches hautes et en pierre de la vallée des ténèbres où s’engouffrent les violences sexuelles.
« Je témoigne pour moi et pour que les enfants ne vivent pas ce que j’ai vécu ». Un témoignage retranscrit par la CIIVISE.
Rendre visible ce qui est invisible, la CIIVISE a recueilli 30 000 témoignages. « Chacun d’eux est unique. Chaque histoire est singulière », exprime la Commission. Des témoignages qui sont ceux d’une vie et qui ont un caractère d’universalité. La CIIVISE par la publication de son rapport, les porte à la connaissance de tous les citoyens pour donner aux victimes une reconnaissance collective, une justice ample pour être une justice réparatrice. Tous les témoignages « deviennent un mouvement social, ils sont indissociablement personnels et universels », exprime la Commission.
Les témoignages établissent aussi que les agresseurs partagent des points communs, des similitudes. Ils établissent une société de prédation, s’y confondent, et piègent par la manipulation « pour capturer un enfant et lui faire subir des violences par le sexe, la honte et la culpabilité éprouvées par l’enfant victime, les souffrances extrêmes pendant l’enfance et tout au long de la vie », souligne la CIIVISE.
« La mort comme solution envisagée ou décidée, le silence pour toute réponse à l’appel à l’aide ou l’acharnement contre les adultes protecteurs, l’expérience de l’injustice qui cause une déception profonde » exprime la Commission.
La souffrance place la victime sur un fil suspendu au-dessus du vide
Enfant victime, je suis funambule.
La mort comme solution pour ne plus souffrir quand l’injustice renforce toujours plus le désespoir. La mort, alors que la victime ne veut que vivre. Cette envie de mourir, c’est l’agresseur qui l’impose par son effroyable cruauté. L’agresseur veut décider de la vie ou de la mort de sa victime en lui faisant subir une extrême souffrance et la laissant dans cet espace suspendu entre la vie et la mort.
Le viol constitue un crime car la volonté de l’agresseur est de tuer. Il ne laisse pas sa victime en vie, c’est la force de vivre de la victime qui fait que son cœur bat toujours. Cette force peut être brisée par l’injustice, par la non-reconnaissance, par l’effacement de la vie et de la mémoire de la victime par un système d’impunité, par les traumatismes supplémentaires subis comme lors d’un parcours judiciaire qui peut devenir pour la victime, un calvaire.
L’urgence de protéger, c’est aussi l’urgence d’instaurer la justice véritable en don de paix. Celle qui accueille les victimes, qui les écoute avec empathie, qui les accompagne, et qui prend en considération les proches protecteurs, leur apporte un soutien et un soutien fort en ligne claire pour la victime.
« Je te crois » car l’indifférence, ne pas croire, c’est destructeur pour la victime. Il faut « quelqu’un, une voix, un point fixe qui permet de ne pas se croire folle », souligne la CIIVISE. Un agresseur, c’ est la folie consciente de la méchanceté, cette démence calculée, et vicieusement, il veut rendre fou de douleur sa victime, noyer son esprit, lui faire perdre la raison, comme il a noyé la sienne dans la haine.
Tendre la main aux victimes, être un rayon de soleil les uns pour les autres – la lumière, faire de la vie la priorité.
« On vous croit. Et vous ne serez plus jamais seules »
Le silence n’aura plus jamais la même définition. Il y aura eu cet avant et il y aura ce futur aux éclaircies par l’engagement, par la volonté d’éteindre à jamais les violences sexuelles faites aux enfants, d’éteindre toutes les violences sexuelles, de les laisser à jamais mourir dans leurs ténèbres.
La lueur, c’est eux, l’étoile de lumière est un enfant.
« Ils aspirent à la lumière » exprime Edouard Durand, parce qu’ils sont la lumière qu’un agresseur a tenté de voler, de tuer, mais il n’a détruit que la sienne.
L’humanité demeure forte et puissance, elle est l’expression de la vie, et les violences sexuelles, le viol ne peuvent l’éteindre. Et, ceux partis, morts de chagrin seront toujours l’étoile de lumière.
Je ne m’appelle pas victime, je m’appelle témoin – « Nous sommes une multitude, nous sommes terrés dans le silence et la peur, mais nous sommes là et nous sommes aussi un des visages de l’humanité » prononce Édouard Durand.
La peur, ce silence. La force de témoigner, de dire les mots, ceux qui avant étaient impossibles à prononcer. Ces mots qui alors auraient mis la vie de la victime en danger. Ce mot, viol. Ce mot, les violences sexuelles. Libérer la parole peut demander des années, et pour certains, ce sera toujours le silence.
Libérer la parole, cela peut être aussi quand le corps en souffrance le demande, que ce sont ses mots, son intelligence, sa mémoire qui par la voix du témoin s’expriment. Le corps humain est intelligent, il a une mémoire, et sa souffrance est indéfinissable. Trouver les mots pour exprimer, pour témoigner, cela est douloureux et parfois impossible. En réalité, le silence est toujours là, il se glisse entre les phrases et la CIVIISE délivre les mots car elle entend les témoins, car elle voit ceux qu’un prédateur a rendus invisibles.
Un agresseur déshumanise sa victime, la dépossède de sa vie, et prend un droit de vie ou de mort sur sa proie. Il décide de ce qu’il va lui faire subir, sait avant la victime ce qu’elle va vivre. C’est d’une cruauté absolue. Et, le lendemain, il oubliera sa proie, lui parlera comme si de rien n’était, lui dira même « je t’aime », remarquera son regard en souffrance, sa voix au silence. L’agresseur est sûr de lui, et il sait que plus il est violent, plus le silence emprisonne l’esprit de sa proie.
« La violence sexuelle est un acte de trahison » CIIVISE
Le silence, mais un enfant parle avec ses gestes, ses regards, son écriture, sa tristesse, et pourtant on ne l’entend pas. Et, s’il dit un mot à son agresseur, « tu me fais mal », pour réponse, il recevra le mépris, la violence cassant toujours plus son esprit, les menaces, le chantage. « Tu es fou », « tu es folle », « on va t’enfermer en psychiatrie ». Puis dans le silence, l’enfant se dit, « on ne va pas m’enfermer parce que je pleure ». Les pleurs aussi lui sont interdits.
L’agresseur commande, ordonne de faire « silence ». Ce ne sont pas que les mots qui sont interdits, ce sont aussi les gestes, les larmes, le mouvement. Un agresseur confisque toute liberté. Le prédateur ne rêve pas, et il ne supporte pas que sa proie puisse rêver, puisse être l’espérance, puisse être heureuse, puisse être cet être humain qu’il n’est plus, qu’il a tué. Pour déshumaniser sa victime, un prédateur se déshumanise lui-même.
Il est l’apparence, plus qu’un être humain, et pourtant, il est toujours un homme. Il est toujours un parent, un proche que l’on appelle par son prénom, qui offre un cadeau à l’anniversaire, qui a un métier, des amis, et pourtant il n’est plus un être humain.
« Les êtres humains qui commettent ces actes doivent être appelés agresseurs et non pas auteurs » CIIVISE
Silence – Chut, je ne vis qu’à moitié

Révéler des faits de violences sexuelles est une démarche douloureuse qui demande beaucoup de courage. L’enfant confie quelque chose de profondément intime qui a été violé par l’agresseur. Il confie tout son être à celui qui l’écoute. Ce que fait aussi un adulte qui témoigne. Ça implique sa vie, mais aussi sa famille, et l’agresseur, car il faut parler de celui qui a tant fait de mal.
Libérer la parole, c’est une démarche immense où l’enfant confie son humanité tout entière, ce qui lui est le plus cher, le plus précieux, ce qui par sa force dépasse ce que le prédateur a voulu faire : la détruire. Ces enfants sont des enfants de lumière tant la force de vivre en eux est puissante. Ces enfants victimes deviennent des adultes traumatisés et ils souhaitent que leur vie ne soit plus celle passagère, celle au bord d’un train les conduisant au bord du précipice, mais celle allant vers leur liberté de vivre une vie tout entière sans la violence subie.
Des enfants qui dans leur vie d’adulte pourraient de nouveau être confrontés à la violence et leur résistance est hors norme, d’autant qu’elle est souvent dans la solitude, l’isolement que les violences vont de nouveau mettre en place.
La société n’ayant pas évolué de manière efficace, concrète et innovante, les politiques sont restées immobiles pendant des décennies. L’enfant victime de violences constate, une fois adulte, que rien n’a changé et qu’un agresseur peut agir de la même manière, bénéficiant du même environnement sociétal qui sécurise les prédateurs.
Un prédateur se sécurise. Il est dans un système d’inversion destructeur. Ce n’est pas l’enfant qui est sécurisé, c’est l’agresseur.
Un agresseur veille sur son impunité, d’autant qu’il peut s’imposer dans la vie de sa victime pour des années. Il met en place un mode opératoire, un rituel de violences, organise son monde de manipulations et assure en premier son impunité. Il connaît le système, joue avec ses failles, et il devient le héros de l’histoire qu’il fabrique. Il est celui qui ne souffre pas, mais qui fait souffrir. Se positionner en tant qu’être humain qui ne ressent aucune souffrance, aucune émotion, c’est particulièrement redoutable. Ce qui fait d’agresseurs sexuels des criminels extrêmement dangereux et vivant en permanence dans le mensonge.
Puis, il existe une faille de la justice : le mensonge ne constitue pas forcément un délit. On a le droit de mentir, de faire ce choix, mais à un niveau criminel, le mensonge devient une arme destructrice. Un prédateur ment, produit de faux témoignages, manipule, et tout tourne autour de lui. Lors des procédures judiciaires, la victime devient encore l’objet, tandis que l’agresseur reste l’acteur principal. C’est aussi pour cela qu’il est important de le nommer : agresseur et non auteur, car ce dernier terme le conforterait dans son rôle d’acteur, maintenant ainsi sa personnalité torturée et complexe qui joue des personnages, alors qu’il est un criminel de haut niveau, dangereux.
Libérer la parole, un long chemin
Dans l’étude établie par la CIIVISE, il est souligné qu’une victime sur 10 témoigne des violences subies au moment des faits, soit 13 % des victimes dont 8 % d’hommes et 14 % de femmes.
Une révélation au moment des faits est très dépendante de l’environnement, de la sphère familiale, de l’endroit où les violences ont lieu.
Une étude très significative : en cas d’inceste, une victime sur 10 révèle les faits quand ils ont lieu, soit 9 %. Si l’agresseur appartient à l’entourage proche, ce seront 12 % des victimes. Plus on s’éloigne de la sphère proche de l’enfant, plus l’enfant à la possibilité de parler de ce qui se passe, des violences qu’il subit. Ainsi ce sont près d’un tiers des victimes qui témoignent quand l’agresseur agit dans un cadre institutionnel. Quand l’agresseur est un inconnu agissant dans un espace public, ce sont 40 % des victimes qui témoignent au moment des faits.
L’enfant doit se sentir en sécurité pour témoigner, avoir confiance en la personne qui écoute et aussi se dire que cette personne peut le protéger. Libérer la parole, c’est pour que la violence s’arrête, et même si le prédateur n’est plus présent, il continue sa violence par son silence. Tout d’un agresseur est violence. Il ne fera rien pour réparer, et il sait que la souffrance qu’il a imposée perdure. Protéger l’enfant est une urgence qui ne doit pas attendre encore des années.
La politique doit être efficace et innovante et réaliser par des actes la protection des enfants.
« Le confident est le plus souvent un membre de la famille quelle que soit la sphère de vie des violences » CIIVISE
Les enfants se confient à 66 % à leur mère et ce seront 75 % des victimes en cas d’inceste.
La mère – dites mères protectrices – qui accueille la parole de son enfant, vit très souvent un parcours de la combattante pour le protéger. Ce sont des épreuves qui vont s’ajouter les unes aux autres. Le système judiciaire peut être particulièrement éprouvant, injuste et d’une violence inouïe pour les victimes et leurs proches les protégeant.
L’absurde : protéger un enfant peut devenir une sorte de « délit » finalement, tant la stratégie des agresseurs sexuels est ce rouage qui s’enclenche en s’emboitant parfaitement dans les rouages du système.

Ainsi que le signifie la CIIVISE, « le plus souvent, l’enfant est cru mais n’est pas protégé ». Le déni en fonctionnement de société, la peur aussi par notamment le fait que le système judiciaire n’a pas bâti une architecture de justice se faisant protectrice, écoutante dans un mouvement de paix, dans une volonté de justice réparatrice. La victime n’est pas le cœur de la justice.
Le système s’est construit par la domination du pouvoir politique, et il établit une sorte de rapport de force avec l’agresseur. La stratégie de défense de l’agresseur est mise en avant par son agressivité dans toute son expression, par son sentiment de puissance, car le but recherché est la continuité de l’impunité.
L’agresseur devient le calque d’un système d’impunité : il s’accorde à toute la dialectique du pouvoir, à sa posture, à la perversité de ses lois. Il en joue d’autant plus qu’il sait la souffrance qu’il inflige à sa victime.
Il faudrait détricoter le système, reconstruire son architecture, le placer dans un mouvement de paix, d’harmonie où la vie est la valeur suprême que rien ne peut égaler. La liberté est la règle, et elle doit commencer son unité à partir du plus petit que, du plus vulnérable. La valeur de justice doit être de protéger le plus fragile, celui silencieux.
Le silence ne doit plus être une arme utilisée par l’agresseur pour plonger sa victime dans la solitude et la douleur. Pour cela, le silence doit être lu, écouté et vu.
Un enfant ne peut pas être rendu invisible. La société doit placer l’humain en son cœur, redonner à l’humanité sa véritable dimension, à la liberté son expression, et tout s’accordera dans un mouvement de vie.
Un agresseur n’aime pas la vie, ne supporte pas de vivre, et il fabrique la dimension du néant. Il se coule dans les violences qu’il produit, en fait son univers et se constitue par ses actes criminels. Sa mémoire est emprisonnée par tous les actes de violence qu’il commet, et il génère en permanence un mouvement destructeur, élaborant son futur selon ce codage de sa mémoire. Un agresseur, qui aurait été un enfant traumatisé, devient le héros de sa propre histoire en se transformant en tyran. Dans un système d’inversion, il détruit pour ne pas se détruire, et la haine devient son moteur.
Plus la société est violente et artificielle, plus les enfants y sont en danger, car elle enclenche et accélère un mouvement destructeur. L’enfant victime est le témoin d’une société malade, en déséquilibre, qui pas à pas avance vers son effondrement.
La question politique est centrale : les différents gouvernements portent une lourde responsabilité dans le « rien faire ». Aujourd’hui, la CIIVISE établit le constat qu’il faudra probablement dix ans pour mettre en place l’ensemble des mesures nécessaires à l’élimination des violences sexuelles. Les Objectifs de développement durable des Nations unies, censés devenir une réalité d’ici 2030, sont en passe de ne pas être atteints.
« L’humanité en crise » : quand tout devient une urgence. Une société qui ne protège pas un enfant sait que, dans le temps qui s’écoule entre le début et la fin de cet article, des enfants auront subi des violences, et cela est inacceptable.
Lors de la présentation publique du rapport de la CIIVISE, un homme présent dans le public s’est levé et a dit : « C’est non négociable. »
La protection urgente des enfants, c’est non négociable. La fin d’un système d’impunité historiquement conçu et voulu, c’est non négociable.
Protéger les enfants, une urgence
Protéger, c’est donner sens à la vie en société. Cela devient possible par la conscience de l’existence de l’autre, par le soutien mutuel et la solidarité. L’être humain a pu se développer grâce à cette solidarité, en prenant soin des autres. Une communauté perdure par le lien fidèle qui unit ses membres. Ils partagent une langue, une histoire, une culture, et assurent leur prospérité par la transmission culturelle.
Mais parmi les traditions, certaines sont nées de la violence, de la séparation d’avec la liberté et de notre humanité. Elles ont établi les inégalités, les injustices, enfermant des êtres humains dans un rôle qui leur est assigné dès la naissance.
Puis, à travers la compréhension de la guerre – du fait de dominer par la violence extrême, de posséder des territoires en contraignant des populations et en valorisant l’assimilation qui forma, pas à pas, la notion de pays – l’être humain a construit un mental prédateur, nourri de la complexité des croyances et de celle de l’ignorance.
L’humanité évolue dans un univers qu’elle ne maîtrise pas, dont elle ne connaît que peu de choses. Nous n’avons découvert qu’une infime partie de la connaissance même de notre planète. C’est donc d’abord à partir de l’ignorance que nos sociétés se sont construites, en usant de la valeur de la guerre et de la domination marchande.
À l’intérieur de ces sociétés se sont développés l’esclavagisme et la pauvreté, qui représentent des actes de trahison envers notre propre humanité. Les enfants ont été victimes de ces trahisons, imposant la violence, dont le mécanisme est resté inscrit au cœur du mental de nos sociétés.
Actuellement, à travers le monde, plus d’un milliard d’enfants subissent des violences, selon l’UNICEF. Ce sont les trafics humains, l’exploitation sexuelle, les maltraitances. Les enfants peuvent être exposés à des violences physiques, psychologiques et sexuelles.
Les violences sexuelles sont des violences multidimensionnelles. L’UNICEF rappelle qu’elles peuvent entraîner des maladies graves, de l’anxiété, de la dépression, des pensées suicidaires, des grossesses non désirées, et qu’elles peuvent conduire jusqu’à la mort.

La vulnérabilité met un enfant en danger
Un enfant est vulnérable, et certains enfants le sont plus que d’autres, les exposant à un danger accru. Selon l’UNICEF, les enfants en situation de handicap ont trois fois plus de risques d’être victimes de violences multiples.
La pauvreté, jusqu’à l’extrême pauvreté, constitue un facteur de risque élevé pour un enfant de subir des violences ou d’être victime de trafics humains. Le placement d’un enfant dans une institution, les déplacements forcés ou la vie dans un camp de réfugiés sont autant de situations qui exposent encore davantage les enfants au danger.
En France, l’UNICEF alerte sur le fait que chaque jour, plus de 200 enfants sont victimes de maltraitances par leur entourage. Puis, il est ce bilan dramatique, en France, toutes les 3 minutes, un enfant subit des violences sexuelles, selon la CIIVISE. Ce sont 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année.

Sortir de l’enfer d’une culture de violences envers les plus vulnérables, en particulier les enfants mis en position d’infériorité alors qu’ils sont précieux, c’est agir dès maintenant.
La peur, c’est l’emprise. Le choc –
Dès que l’agresseur apparaît, surgit, la vie entre en état de survie. La survie rythme le temps, devient le temps. Toute l’énergie est consacrée à survivre, et le quotidien absorbe le reste des forces.
Pourquoi n’as-tu pas parlé avant ? Parce que je survivais. La vie est la priorité, et toutes les forces lui sont consacrées. Le commandant Jean-Michel Breton, intervenant lors de la présentation publique du rapport de la CIIVISE, a expliqué qu’un enfant peut garder le silence devant un policier ou un gendarme. Libérer la parole, c’est traverser la mémoire traumatique, c’est revivre la violence. Et, comme on dit que la victime revit la violence subie, c’est au-delà de l’imaginable.
Le corps ressent la douleur : c’est destructeur. L’agresseur commet un acte de torture par le viol, marquant le corps, l’esprit et la mémoire de sa victime. Il détruit la santé et laisse des bombes à retardement qui explosent une à une au fil des années.
« Les violences sexuelles ont des conséquences graves et durables sur la santé, la sécurité, l’existence tout entière de l’enfant victime » – CIIVISE
Et le pire que l’on puisse dire à une victime, c’est : « Tu n’as qu’à oublier », « Tourne la page ». C’est la faire culpabiliser, la rendre responsable de sa souffrance, coupable de sa mémoire et de sa vie.
En revanche, on ne dit pas à un prédateur : « Oublie ! » Lui, il a oublié sa victime comme un verre qu’il a brisé. Il piétine les éclats, les écrase, et ce sont alors d’infimes milliers de morceaux de verre qui occupent tout l’espace. L’enfant est brisé, son innocence éclatée en mille morceaux de verre.
Et si personne ne dit « oublie » à un agresseur, c’est parce que les gens connaissent sa criminalité, sa dangerosité, son inhumanité… et qu’ils l’acceptent. Un agresseur ne souffre pas ; au contraire, il se nourrit du souvenir du mal qu’il a fait, de son sentiment de puissance grâce à l’impunité. Cela fait des décennies que la société est consciente et pourtant, elle aussi, elle efface les victimes, des vies innocentes.
L’enfant est sur-traumatisé par l’indifférence et par la violence de son environnement, de la société. Les violences sexuelles constituent une question sociétale et politique, qui doit interpeller et faire réfléchir l’ensemble de la société.
Le système dirigeant nos sociétés est particulièrement violent, il crée la pauvreté. L’enfant pauvre, celui qui n’a pas le droit, et les violences sexuelles sont aussi ces trafics humains, des enfants considérés comme des marchandises, comme un produit de consommation. C’est aussi l’horreur de la pédophilie. Les droits humains des enfants sont bafoués.
Dans le monde, les violences sexuelles au silence
Aujourd’hui dans le monde, 650 millions de filles et de femmes ont été mariées de force avant l’âge de 18 ans. À travers le monde, 5 % des filles de moins de 15 ans sont mariées. Le mariage des enfants, la pauvreté et la vente d’enfants exposent ces derniers aux violences sexuelles, dans le silence de sociétés qui ont accepté la pauvreté et toléré les violences sexuelles envers les enfants, les filles et les femmes.
La Convention relative aux droits des enfants, la Convention de l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes ne sont pas respectées et deviennent dans le système des textes oubliés, méprisés.
La question est politique, et l’injustice qui parcourt le monde, frappant les enfants pauvres, traduit la violence s’imposant sur tous les territoires. Aucun enfant ne devrait avoir faim ni mourir de faim, aucun enfant ne devrait subir la moindre violence, car en en permettre une, c’est en accepter toutes.
Les droits humains ne peuvent être dissociés. On ne peut pas dire à un enfant : « Tu peux respirer, mais ton cœur ne bat pas ». Le plus précieux, l’enfant, doit être protégé. Protéger signifie, pour se concrétiser en actes réels, respecter les droits humains pour tous et la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE).
Protéger un enfant, c’est le sens même d’être une communauté, de vivre ensemble en société. C’est la fraternité en pleine conscience, prenant soin des uns et des autres et garantissant à tous le droit à la vie.
Article 19 – chaque enfant a le droit d’être protégé contre toute forme de violence physique ou mentale.
Article 12 – Un enfant a aussi le droit d’être entendu.
La parole de l’enfant est importante, est sérieuse. Toute la société doit l’entendre, la croire et la protéger.
Article 34 – Chaque enfant a le droit d’être protégé contre toute forme d’exploitation et de violence sexuelle.
Les violences sexuelles touchent des enfants sur tous les continents, y compris en Europe

Adolescence brisée, un monde d’adultes de violences au déni
À travers le monde, environ 15 millions d’adolescents âgés entre 15 et 19 ans ont subi des violences sexuelles au cours de leur enfance et/ou adolescence. La construction d’un enfant vers l’âge adulte est violemment impactée par les violences sexuelles, et seulement 1 % des adolescents victimes de violences sexuelles libèrent la parole auprès d’un professionnel et sollicite son aide, selon l’UNICEF.
Par ailleurs, 90 % des adolescents ont déclaré que l’agresseur connaissait sa victime.
Accueillir la parole des adolescents, les protéger, c’est fondamental, « Est appelé enfant un être humain qui n’a pas atteint l’âge de 18 ans », rappelle la CIIVISE.
Les violences sexuelles sont au pluriel
La Commission a établi que dans 81 % des cas, l’agresseur est un membre de la famille, et que dans 22 % des cas, l’agresseur est un proche de la famille, dont des parents. Les violences incestueuses commencent généralement quand l’enfant a 7 ans et demi, et pour 22 % des victimes, les premiers passages à l’acte ont commencé quand elles avaient moins de 5 ans.
Des violences sexuelles répétées, 64 % des victimes témoignent avoir subi une ou plusieurs agressions sexuelles, 38 % informent avoir subi un ou plusieurs viols, et 86 % des victimes rapportent avoir subi des viols ou des agressions sexuelles, dont 51 % déclarent que les violences ont duré plus d’un an, selon la CIIVISE.
Dans 97 % des cas, l’agresseur est un homme et dans 81 % des cas, il est majeur, révèle l’étude de la CIIVISE. Les chiffres de la violence, 27 % des agresseurs sont les pères, 19 % sont les frères, 13 % sont des oncles, 8 % sont des amis des parents et 5 % sont des voisins de la famille.
Les conséquences des violences entravent toute une vie
Un agresseur sexuel isole l’enfant, le place en dehors de la société, et il s’approprie sa vie. Les conséquences des violences sexuelles peuvent toucher toute une vie.
Le rapport de la CIIVISE établit que 89 % des victimes souffrent de troubles liés au psychotraumatisme ou trouble de stress post-traumatique (TSPT) pouvant provoquer des conduites à risque, des troubles psychiques ou physiques – la santé sur un fil comme un funambule rappelle à la victime l’injustice, la violence inouïe des agresseurs. La violence de l’agresseur ne s’arrête pas quand il part.
Les victimes peuvent souffrir de dépression, faire des tentatives de suicide, avoir des troubles alimentaires, avoir des conduites addictives, des comportement agressifs envers elles-mêmes ou envers les autres. Les violences sexuelles peuvent aussi provoquer des maladies graves.
Les victimes peuvent aussi souffrir de ne pouvoir réaliser leurs rêves, leurs projets à cause de l’épuisement physique et moral qu’ont imposé les violences sexuelles. Puis, il y a le risque de la transmission intergénérationnelle de la violence, la transmission culturelle de la violence.
Il est urgent que les survivants puissent bénéficier, tout au long de leur vie, d’une prise en charge psychologique si nécessaire et selon leur volonté, ainsi que de la possibilité de reprendre des études ou des formations et d’accéder à l’emploi de manière fluide et facilitée. Cela devrait être garanti pour tous.
Nous vivons dans une société où les violences coercitives, le népotisme, les apparences, les titres et l’argent comptent souvent plus que l’être humain. Dans un système imposant concurrence et compétitivité permanente, les prédateurs accèdent fréquemment aux postes à responsabilité, deviennent la classe dirigeante, car ils ont écrasé les autres sans aucun scrupule pour y parvenir. Les politiques actuelles résultent ainsi de la loi du plus fort et imposent un sécuritaire malsain, un système économique injuste et corrompu, et des normes administratives dictatoriales et limitantes. L’autoritarisme du prédateur s’inscrit profondément dans le système de la société.
Ainsi, les plus vulnérables, les classes précaires, sont souvent ceux ayant subi le plus de violence depuis leur enfance et qui, tout au long de leur vie, subiront la politique des prédateurs. Les plus riches en position de pouvoir et les survivants des classes populaires sont déshumanisés, dépossédés de leur esprit, humiliés publiquement. Ils subissent les bas salaires, les logements vétustes, les emplois précaires et l’isolement social, dans un apartheid social fabriqué par le pouvoir politique. Le parti Les Républicains sont un exemple de ces oppresseurs qui méprisent l’humain.
Il est très important que nos sociétés changent profondément, sortent de l’absurde du déni comme posture face aux violences politiques qui légitiment les violences conjugales et sexuelles.
Il est important d’agir vite pour protéger les survivants, et établir des politiques de résilience, accompagner les survivants, ne pas les abandonner dans la solitude, l’oubli. Toute la société doit être consciente, active pour lutter contre les violences sexuelles faites aux enfants, et contre toutes les violences sexuelles.
Des filles agressées dans leur enfance peuvent subir, tout au long de leur vie, d’autres violences sexuelles, car un agresseur est invariablement un manipulateur dangereux qui identifie chez ses interlocuteurs leurs vulnérabilités. Il choisit sa victime. Ce n’est pas la victime qui est dans un schéma répétitif, et il est important de le souligner : la victime n’est jamais coupable ni responsable de sa souffrance ni des violences sexuelles qu’elle a subies.
L’agresseur est le coupable, le voleur de vie, c’est lui qui détruit une vie.
Le rapport de la CIIVISE informe que le fait d’avoir été victime de violences sexuelles dans son enfance augmente par 2 le risque d’être victime de violences conjugales. 31% des femmes ayant témoigné auprès de la CIIVISE ont subi des violences sexuelles dans leur enfance et des violences conjugales au cours de leur vie.
Il est à souligner que les violences conjugales sont multidimensionnelles, et qu’il peut être aussi des violences sexuelles, les viols conjugaux. Un rapport de l’OMS révèle un chiffre glaçant : à travers le monde, chaque année, 641 millions de femmes sont victimes de violences sexuelles par leur partenaire. (Voir – article sur liberTerra).
Les violences sexuelles sont effacées par la société et l’intolérable impunité des agresseurs demeure présente.
Témoigner, déposer plainte, de l’espoir au désespoir
CIIVISE : 3 % seulement des viols et agressions sexuelles commis chaque année sur des enfants, aboutissent dans le processus judiciaire à la condamnation de l’agresseur. Et, seulement 1 % des agresseurs condamnés en cas d’inceste.
Jean-Michel Breton, Gendarmerie nationale, membre de la CIIVISE a expliqué l’importance de savoir écouter l’enfant, l’importance de former les policiers et gendarmes qui vont être amenés à entendre l’enfant victime de violences sexuelles.
Protéger l’enfant cela commence par savoir l’entendre et savoir recueillir son témoignage, avoir « une parole de l’enfant qui soit la plus complète possible » pour confronter un agresseur à ses actes, explique M. Breton. Il précise aussi que dans seulement 1 % des cas, il y a des preuves des violences sexuelles commises. Des preuves relevées par la police scientifique, ou par un témoin visuel.
Ainsi, pour que le témoignage de l’enfant ne soit pas annulé par la défense ou par un système qui oppose la parole de l’enfant à celle d’un adulte agresseur sexuel, mettant en place des stratégies de défense destructrices pour la victime, il est indispensable que la parole de l’enfant soit entendue par des professionnels formés.
Si l’enfant ne se sent pas en sécurité lors de l’entretien avec le policier, il peut adopter un mutisme. Libérer la parole est une épreuve très douloureuse ; le silence peut donc être compris comme une protection, d’autant plus que l’agresseur a terrorisé l’enfant. Il a exercé sur lui des violences psychologiques imposant le silence. Le chantage au silence et les menaces de l’agresseur transmettent à la victime que le silence est un ordre, devenu également un moyen de survie. On retrouve ce mécanisme chez les tyrans domestiques ou les partenaires commettant des viols conjugaux.
D’autre part, si la victime comprend que le policier ou le gendarme ne va pas la protéger, car l’écoute n’est pas de haute qualité, le sentiment d’injustice va s’imposer, ainsi que la peur d’être en danger provoquant d’autant plus une réaction de mutisme. Il faut parfois pouvoir entendre différemment la victime dans un cadre sécurisant, et en lui assurant une protection immédiate et sur la durée. Une écoute défaillante peut plonger la victime dans un long silence pouvant durer plusieurs années et provoquant un traumatisme important.
Les grandes souffrances se font silence, et le prédateur va manipuler le silence pour en faire une arme contre la victime, d’autant que c’est lui qui inflige une extrême souffrance.
On peut difficilement entendre une victime sans avoir été formé, et M. Breton a souligné qu’un policier qui n’est pas formé peut vite être mis en difficulté lorsqu’il entend une victime, mais aussi quand il doit entendre l’agresseur.
M. Breton a souligné que « la violence sexuelle aux enfants, c’est la délinquance la plus difficile à travailler, largement plus que la criminalité organisée, largement plus que les homicides, largement plus que les stupéfiants ».
La formation des personnels est primordiale pour protéger les enfants et les moyens donnés pour réaliser des formations sont pour sauver des vies.
Préconisation 40 – la CIIVISE recommande de « garantir que toute audition d’un enfant victime au cours de l’enquête sera réalisée conformément au protocole NICHD par un policier ou gendarme spécialement formé et habilité. »
De plus, sachant que des femmes victimes de violences conjugales et témoignant également de violences sexuelles, peuvent avoir été victime de violences sexuelles durant l’enfance, pour lutter contre les agresseurs sexuels et réaliser l’élimination des violences faites aux femmes et aux enfants, il est important d’appliquer un protocole de formation de haute qualité comme proposé par M. Breton pour écouter les victimes, et pour agir efficacement contre tous les agresseurs sexuels. Il est de ne pas oublier que des agresseurs sexuels s’attaquent à des enfants, comme ils s’attaquent également à des femmes, à des mères.
D’autre part, ne pas entendre la parole d’une victime, c’est laisser un prédateur en roue libre, qui cherchera toujours à repousser ses limites et à aller toujours plus loin dans sa criminalité. Il utilise la violence sexuelle pour détruire et acquiert ainsi de l’expérience dans sa prédation. Il n’a donc que rarement une seule victime et peut également être en lien avec d’autres agresseurs, sans pour autant appartenir à un réseau organisé.
Un prédateur, c’est comme les trains : il peut en cacher un autre. Ils s’alimentent mutuellement, partagent des traits de personnalité communs et peuvent se trouver en compagnie d’un autre prédateur. Ils peuvent même agresser la même victime.
Donc, il est important de « garantir que les enquêtes pénales soient conduites par des officiers de police judiciaire spécialisés » – préconisation 36 de la CIIVISE – c’est essentiel.
Par ailleurs, un agresseur sexuel peut être tout à fait satisfait d’être entendu par la police car il va se prouver à lui-même sa supériorité, sa capacité à manipuler, à rester maître de sa proie. Par ailleurs, il va très vite analyser qu’il est face à un policier ou un gendarme qui n’est pas formé, qui n’a pas l’expérience, et à ce moment-là, il sait que non seulement son impunité est garantie, mais que sa victime va être en souffrance et qu’ainsi il maintient l’emprise.
Il est très important que l’agresseur comprenne qu’il est face à un enquêteur qui connaît son fonctionnement, et qui ne lui laisse aucune porte de sortie. Un agresseur à l’habitude d’être face à une victime qu’il terrorise, face à un environnement sociétal qui est dans le déni, l’indifférence et il a un sentiment de surpuissance. De ce fait, il doit se trouver face à une personne sur laquelle il n’aura aucune emprise.
Un agresseur est dans l’évitement, et il fera tout pour déstabiliser son interlocuteur en établissant un rapport de force très insidieux puisque l’agresseur est capable de se victimiser, de jouer celui abattu, dépressif, laissant croire qu’il n’a aucune défense préméditée, alors que tout est un jeu calculé de sa part. C’est celui qui se met à boiter pour l’occasion et qui deux minutes après se met à courir.
Le classement sans suite est une violence pour la victime. Protéger toujours plus le témoignage de la victime
Dans sa préconisation 39, la CIIVISE recommande de « poursuivre le développement des structures spécialisées dans l’accueil de la parole de l’enfant victime. Des unités d’accueil et d’écoute pédiatrique doivent être déployées sur tout le territoire national », indique la Commission.
M. Breton a évoqué le fait que la gendarmerie est présente sur 95 % du territoire, et celui -ci, « c’est la campagne, c’est la ruralité, c’est le péri-urbain et il n’y a pas toujours les infrastructures », et les gendarmes essaient « de trouver des dispositifs le mieux possible pour travailler avec le milieu associatif, avec tout le monde pour essayer de faire que les enfants soient le moins chahutés possible, qu’on puisse les accueillir le mieux possible, qu’ils soient entendus par du personnel formé, mais ça prend du temps, ça demande de l’investissement ».
Durant des décennies les différents gouvernements ont oublié les enfants victimes de violences sexuelles.
Protéger l’enfant, c’est aussi ne jamais le mettre face à son agresseur
La CIIVISE recommande d’établir un principe d’interdiction des confrontations entre victimes et agresseurs. Cette mesure devrait s’appliquer dans tous les cas de violences sexuelles. Faire subir une confrontation à une victime est un acte violent, pouvant provoquer un état de choc. Par ailleurs, cela joue en faveur de l’agresseur : en voyant sa victime souffrir, il gagne, satisfait ses pulsions de violence et sait qu’il a réussi à lui faire encore du mal.
Les prédateurs présentent souvent des traits de perversion narcissique. Ils sont incompréhensibles, oscillant entre sociopathie et psychopathie. En résumé : ils détruisent.
Un agresseur est un criminel extrêmement dangereux, il est complètement insensible à ce que peut dire sa victime. Un agresseur sait très bien ce qu’il fait, et pour lui la victime n’a aucune valeur, dont sa parole. D’autre part, il sait qu’il agit mal, il est responsable, donc aucune prise de conscience ne sera de sa part. S’il fait preuve d’attention envers sa proie, ce sera uniquement une stratégie d’emprise, car il sait que sa victime attend une reconnaissance.
Ne pas mettre une victime en contact avec son agresseur dans le cadre d’une confrontation, c’est une question de bon sens, et d’humanité. Aucune victime de violences sexuelles doit être contrainte de revoir son agresseur.
Tout le processus judiciaire est violent pour la victime et la justice devient celle qui fait peur, en qui on perd confiance, et ce fait établi par l’expérience et le témoignage des victimes doit être pris en compte.
La machine des expertises médicales, comme la pratique des examens médico-légaux intrusifs doit être encadrée, recommande la CIIVISE, comme les expertises psychologiques, pédopsychiatriques et psychiatriques doivent être faites par des praticiens formés et spécialisés, préconise la CIIVISE.
Ce sont des procédures judiciaires qui peuvent être dévastatrices pour la victime et pour l’entourage protecteur. Ce sont des procédures éprouvantes, longues et coûteuses. Il faut centrer les procédures sur la force du témoignage, témoigner est un droit humain, sur l’écoute avec empathie, recommandée par l’ONU, et ne pas sur traumatiser un enfant victime de violences sexuelles.
Ne pas mettre une victime dans un système de confrontation avec son agresseur, c’est aussi ne pas mettre un enfant en présence de son agresseur en d’autres lieux.
La CIISIVE recommande de « garantir la protection des enfants victimes de violences sexuelles en suspendant toutes formes de visites médiatisées avec leur agresseur ». Il est également demandé de « créer une Ordonnance de Sûreté de l’Enfant (OSE) permettant au juge aux affaires familiales de statuer en urgence sur les modalités d’exercice de l’autorité parentale en cas d’inceste parental vraisemblable ».
Puis, il doit être une continuité de protection de l’enfant victime après la condamnation de l’agresseur, définie par la préconisation 56 stipulant de « prévoir le retrait systématique de l’autorité parentale en cas de condamnation d’un parent pour violences sexuelles incestueuses contre son enfant ».
Protéger les enfants victimes, c’est aussi mettre fin aux droits de visite et d’hébergement du parent agresseur, et mettre un terme aux violences envers les mères protectrices, qui se retrouvent menacées de procédures judiciaires pour avoir défendu leur enfant. C’est la double peine pour les enfants victimes, qui risquent d’être placés, punis pour avoir parlé. La CIIVISE recommande de « prévoir dans la loi la suspension de plein droit de l’exercice de l’autorité parentale et des droits de visite et d’hébergement du parent poursuivi pour viol ou agression sexuelle incestueuse contre son enfant ». C’est une mesure à prendre d’urgence.
Puis, pour accompagner l’enfant, la CIIVISE préconise que l’enfant puisse bénéficier de « l’assistance d’un avocat spécialisé dès le début de la procédure au titre de l’aide juridictionnelle sans examen des conditions de ressources ».
Le temps passé demeure le temps présent pour la mémoire traumatisée
Protéger un enfant, c’est aussi reconnaître que la parole peut se libérer des années après les faits. Le livre de Camille Kouchner, La Familia Grande, paru le 7 janvier 2021, en a été un révélateur. Il a mis en lumière combien un agresseur sexuel peut avoir ce double visage et combien le témoignage est primordial : il peut protéger d’autres enfants et mettre des mots sur la douleur, sur un acte cruel, le viol.
Le temps écoulé n’efface pas la peine, et la parole demeure une souffrance. Le corps lui-même le dit, s’exprime à travers les maux du chagrin, la santé fragile, la blessure invisible aux autres, et s’inscrit dans le regard. À tout moment, il peut livrer, de cette manière forte et humaine, son témoignage.
La justice réparatrice ne doit pas manquer à l’appel, car elle relève de notre humanité. Elle affirme que l’amour doit triompher et que, par lui, la vie continue. Car les victimes ne disent qu’une chose : je veux vivre.
Libérer une victime de violences sexuelles, c’est aussi la libérer par la reconnaissance de cet état de survie que l’agresseur lui a imposé. Cette survie est la sienne, le malheur est le sien, les victimes, elles, sont la lumière.
Ainsi que le souligne l’ONU, les survivantes et survivants de violences sexuelles ont le droit à la justice. C’est un droit humain. Les enfants victimes de violences sexuelles, et ceux devenus adultes ont le droit de savoir leur agresseur condamné, qu’il lui soit dit : tu n’as pas le droit de détruire une vie.
Il est important de « déclarer imprescriptibles les viols et agressions sexuelles commis contre les enfants », a déclaré dans ses recommandations, la CIIVISE.
« Afin de ne plus opposer aux victimes l’écoulement du temps pour rejeter leur demande que justice leur soit rendue, il faut supprimer ces délais, c’est-à-dire rendre imprescriptibles les crimes et délits sexuels commis contre les enfants », a déclaré la CIIVISE.
La renaissance, ou la naissance libérée – La réparation
Jusqu’à présent, la majorité des survivantes et survivants de violences sexuelles dans leur enfance ont dû faire le chemin de la réparation seuls. La force de vivre, et la peur de tomber, de ne pas tenir le coup. Un agresseur change le cours d’une vie. Il abîme tout, les rêves, les projets, le développement de l’enfant, son épanouissement, et il s’assure par son extrême violence d’avoir marqué un enfant pour toute sa vie.
La CIIVISE a réfléchi à la réparation pour les victimes, à sa nécessité, car elle aussi liée à des droits humains. Le fondamental du droit à la santé, au bien-être, le droit à la vie, de vivre en paix et en sécurité.
Par sa préconisation -clé 7, la CIIVISE recommande de « garantir des soins spécialisée du psychotraumatisme aux victimes de violences sexuelles dans l’enfance en mettant en œuvre le parcours de soin modélisé par la CIIVISE ».
La CIISIVE rappelle que « l’existence de soins spécialisés est largement décrite dans la littérature scientifique et fait l’objet d’un consensus international ». La France ne peut se positionner en dehors.
Par ailleurs, la CIISIVE exprime cette évidence : « l’impunité des agresseurs a donc un impact financier réel, élevé et néfaste ».
C’est les survivants qui portent sur ses épaules toutes les conséquences de la violence qu’elle a subie. Ce sont eux qui font preuve de courage et de volonté pour affronter chaque jour une souffrance intense, pour surmonter l’indifférence et l’invisibilité permanentes. Une force de vivre qui n’est ni reconnue, ni entendue, ni soutenue.
« On l’a vécu. Vous pouvez l’entendre », Carolane, 17 ans
L’entendre, c’est prendre soin de ceux qui témoignent. La parole d’un être humain victime de violences sexuelles ne peut être effacée, pas plus que son corps ne l’a été, ni que sa vie tout entière. Sa voix, perdue dans l’espace de l’indifférence et de l’abandon, est une réalité inhumaine.
Les agresseurs sexuels doivent être confrontés à leurs actes. La solidarité, « un investissement collectif », doit s’exercer en pleine conscience pour prendre soin de ceux qui ont été profondément et injustement blessés par un agresseur.
« Chaque année, les agresseurs qui commettent des violences sexuelles contre des enfants coûtent au moins 9,7 milliards d’euros à la société », souligne la CIIVISE.
La CIIVISE indique préconiser, « la mise en place et le financement d’un parcours de soins spécialisés en psychotraumatisme de 20 à 23 séances réparties sur une année et renouvelables selon les besoins des victimes ».
Accompagner les victimes ne peut se faire que par la solidarité et par la reconnaissance, par l’ensemble de la société, de la gravité des violences sexuelles faites aux enfants. Dans cet objectif, la CIIVISE recommande que « l’intégralité du coût du parcours de soins spécialisés du psychotraumatisme, incluant les soins somatiques, psychologiques/psychiatriques et psycho-corporels, soit pris en charge par la solidarité nationale ».
Soutenir une victime de violences sexuelles durant l’enfance, c’est aussi la protéger à long terme, faire qu’un agresseur ne puisse plus jamais avoir une emprise sur elle.
Le droit à la vie est précieux, il est le fondement de la société qui n’a pas d’existence sans nous. La CIIVISE, l’a très justement rappelé le Juge Edouard Durand, « c’est vous », et c’est ce « nous », car la société ne peut perdurer que par la solidarité. La conscience universelle fonde l’universalité de la paix. Au-delà de la France, il y a la solidarité internationale. Être un rayon des uns aux autres et protéger le plus précieux, les enfants où qu’ils soient, qui qu’ils soient.
Un enfant n’est pas un objet politique, il est l’humanité, citoyens du monde, et toute la communauté internationale doit œuvrer pour sa protection, son bien-être, lui garantir le bonheur de vivre libre.
Puis, mettre fin au système d’impunité, c’est aussi envoyer un message fort aux hommes violents, leur assurer que leur impunité est terminée.
La CIIVISE, une démarche historique, elle appartient à notre mémoire collective, « cela ne peut être refermée. La CIIVISE ne peut pas « éteindre la lumière ».
« Héritière ou point de jonction des mouvements féministes et des associations de protection de l’enfance, la commission a créé un espace inédit répondant à un besoin qui reste et restera actuel », a exprimé la CIIVISE.
La commission souligne que « la stratégie des agresseurs, les mécanismes de violences, le psychotraumatisme et l’urgence de la mise en sécurité des victimes sont communs à toutes les violences de l’intime ». Ce sont les violences conjugales, les viols conjugaux, les violences sexuelles dans leur dramatique pluriel, l’inceste, les maltraitances envers les enfants, envers l’humain.
Les violences sexuelles sont d’une incompréhensibles cruauté, les agresseurs sont extrêmement dangereux et n’ont aucune limite. Les violences sexuelles envers une femme enceinte, et l’enfant en elle, est oublié. Les agresseurs sexuels portent atteinte à la vie. Des hommes sont ces agresseurs sexuels envers leur conjointe enceinte de leur enfant, le pire est toujours dans les actes cruels des agresseurs sexuels.
Une prise de conscience de toute la société doit être. La transmission d’une culture de violences est très longue à défaire, alors la voix des victimes ne peut être la lumière qui s’éteint, car elle est la force de vivre.
À toutes les victimes emportées par la souffrance, à leur lumière qui veille et éclaire le chemin de paix, le courage de témoigner, la liberté.
La CIIVISE vivra.
Fédora Hélène

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