Gaza – UNRWA contraint de suspendre les livraisons d’aide humanitaire

L’UNRWA annonce suspendre le transport de l’aide humanitaire à Gaza par le point de passage principal : Kerem Shalom. Une décision difficile à prendre, souligne Philippe Lazzarini, alors que la guerre de la faim s’aggrave à Gaza et touche les plus vulnérables.
Une tragédie humanitaire d’une ampleur sans précédent interpelle la conscience collective, la communauté internationale.
Les raisons de la suspension des livraisons de l’aide humanitaire
Depuis plusieurs mois, le désespoir s’est emparé de Gaza. Les bombardements incessants et intensifs ont dévasté Gaza. « La majeure partie de Gaza est maintenant un terrain vague de débris », témoigne Joyce Msuya, au Conseil de sécurité de l’ONU.
Des bombardements, des drones ciblant des enfants, Gaza est en ruine. Plus de 70 % des champs de culture, les vergers et oliviers ont été brûlés au sol, et ce terrible, pourrait s’apparenter à un génocide, ainsi que la CIJ le souligne, lançant un mandat d’arrêt international contre Netanyahu.

Reprendre les paroles du pape soulignant, les « attaques inhumaines » d’Israël, et déclarant « je pense en particulier à ceux qui quittent Gaza au milieu de la famine qui frappe leurs frères palestiniens face à la difficulté d’acheminer de la nourriture et de l’aide sur leur territoire. Selon certains experts, ce qui se passe à Gaza a les caractéristiques d’un génocide. » Le pape prononce le mot « génocide ». Ce n’est pas anodin, mais précis.

La famine entre dans Gaza
La faim, une arme redoutable, bombarde silencieusement les civils au cœur du chaos. La tyrannie des blocages de l’aide humanitaire, des fournitures médicales, les obstacles mis en place par les forces israéliennes, ainsi que « les décisions politiques visant à restreindre les montants de l’aide », souligne avec gravité Philippe Lazzarini, ont aggravé la crise alimentaire catastrophique.

Fin novembre 2024, rentrant de Gaza, Ajith Sunghay, a témoigné devant la presse, de la réalité de la faim pour les enfants, « c’est une lutte quotidienne pour la survie. J’ai vu des dizaines de femmes et d’enfants faire les poubelles dans de grandes décharges ».
La guerre de la faim est un acte de déshumanisation, privant également les civils d’un bien vital : l’eau. Les restrictions d’eau, les attaques visant des infrastructures d’assainissement et de distribution de l’eau potable, ont répandu des maladies infectieuses et dermatologiques touchant principalement les enfants. L’eau stagnante, les déchets non-traités augmentent le risque d’épidémies. Un environnement ôtant toute dignité à la personne, portant atteinte à la santé a été structuré par les bombardements intensifs réduisant la vie à une poussière. Les plus vulnérables : des enfants, des femmes et des filles n’ont pas accès à l’hygiène.

Gaza – Les femmes et les enfants sont les premières victimes
En 2023, 180 femmes ont accouché chaque jour sans accès aux soins de santé, sans fournitures essentielles pour un accouchement, pour les soins de la mère et de l’enfant. Des femmes enceintes ont été blessées et tuées. Des enfants sont nés en urgence à la suite d’un bombardement, et sont devenus orphelins le jour de leur naissance.

Les femmes et les enfants sont les premières victimes de la cruauté du régime de Netanyahu. Le blocage des fournitures médicales a des conséquences tragiques pour les enfants opérés sans anesthésie, pour les enfants malades et handicapés ne pouvant pas bénéficier aux soins de santé et à leurs médicaments.

« Victimes d’atrocités inimaginables, les enfants à Gaza méritent un cessez-le-feu immédiat et une chance de vivre en paix. » Appel de l’UNICEF
Déshumaniser les Gazaouis – une stratégie de destruction
Cette déshumanisation, conçue par Israël, a provoqué un effondrement économique et de l’ordre public. L’absence de sécurité sur les routes fortement endommagées, parfois jonchées de débris et d’obus, a entravé la progression de convois humanitaires, pouvant également essuyer des tirs.

« Tous ces événements ont conduit à une rupture de l’ordre public » déclare Philippe Lazzarini sur Twitter/X. Il précise que « la responsabilité de la protection des travailleurs humanitaires incombe à l’État d’Israël en tant que puissance occupante. » Il rappelle qu’ils « doivent veiller à ce que l’aide soit acheminée en toute sécurité vers Gaza et doivent s’abstenir d’attaquer les travailleurs humanitaires. »
Philippe Lazzarini, commissaire général de l’UNRWA, a rappelé lors de son allocution à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, que 239 membres du personnel de l’UNRWA ont été tués à Gaza. Rendant hommage aux travailleurs humanitaires, il a exprimé « ceux qui ont survécu aux sièges et aux bombardements des 14 derniers mois ont du mal à faire face à leur propre déplacement et au manque de toute sécurité ». Il a souligné, « Ils pleurent d’innombrables pertes – d’êtres chers, de foyers et d’espoir. » Il rappelle que « beaucoup ont travaillé pendant plus d’un an sans pause, dans des conditions épouvantables et souvent inhumaines. »

Malgré les importantes difficultés rencontrées par l’UNRWA, Philippe Lazzarini assure : « Mon équipe et moi ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour continuer à fournir une assistance d’urgence et des services essentiels aux réfugiés palestiniens ».
Une déshumanisation stratégique à l’encontre des Palestiniens, « chaque fois que je me rends à Gaza, le niveau de destruction ne cesse de s’aggraver. Cette fois-ci, j’ai été particulièrement alarmé par la prévalence de la faim. »

Les champs de cultures détruits par les forces israéliennes, les moyens de subsistance sont systématiquement mis en péril. L’ONU informe que 80 pêcheurs ont été tués par l’armée israélienne. Les chalutiers, les filets, les infrastructures de pêche, tout a été détruit. Combattant la souffrance et le désespoir, certains pêcheurs partent en mer avec des embarcations de fortune, risquant de se faire tirer dessus. La volonté de ramener le produit de la pêche dépasse la peur.
« Les conditions de vie à Gaza sont épouvantables », rappelle l’ONU, et l’arrivée de l’hiver menace toujours plus les personnes déplacées, et majoritairement originaires de Jabaliya, Beit Lahiya et Beit Hanoun. Des tentes de fortune abritent des familles, des enfants dorment à même le sol. Des familles trouvent refuge dans des bâtiments détruits, des camps rudimentaires, subissent des conditions inhumaines, des pénuries alimentaires, des restrictions d’eau potable, et l’absence de sanitaires.

M. Sunghay, Chef du Bureau des droits de l’homme pour les Territoires palestiniens occupés, témoigne auprès de l’ONU, « les femmes que j’ai rencontrées avaient toutes perdu des membres de leur famille, étaient séparées de leur famille, avaient des proches enterrés sous les décombres, ou étaient elles-mêmes blessées ou malades. S’effondrant devant moi, elles ont désespérément plaidé en faveur d’un cessez-le-feu ».

Les bombardements intensifs se poursuivent, ne laissant pas un instant de répit aux civils, y compris aux enfants. Les déplacements forcés continuent. Les civils sont sur les routes endommagées, où des obus tombent.
Gaza détruit – Un appel à la responsabilité internationale
L’armement technologique et nucléaire détruit massivement, fait d’un territoire un désert sans user d’une bombe nucléaire. Les pays développés prenant le nom de démocratie ont rompu le devoir de bâtir la paix universelle. Une crise morale et existentielle profonde traverse notre époque, et pas uniquement l’Occident. Il est urgent de changer radicalement les systèmes politiques et économiques mettant les futurs de l’humanité au bord du péril.
Il est vital d’œuvrer pour la paix, pour un cessez-le-feu permanent immédiat à Gaza. « Toutes les personnes que j’ai rencontrées ont demandé que cela cesse. De mettre un terme à cette situation. Cela suffit. S’il vous plaît. Assez » a exprimé Ajith Sunghay.

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a informé que depuis octobre 2023, Gaza subit les bombardements les plus intenses sur des zones peuplées depuis la Seconde Guerre mondiale.
L’intensité des bombardements a dépassé la puissance d’une bombe nucléaire. Gaza est détruit. Amos Goldberg, historien israélien, a exprimé dans le magazine « Siha Mekomit » : « Dans la plupart des cas de génocide, de la Bosnie à la Namibie, du Rwanda à l’Arménie, les auteurs ont déclaré avoir agi en état de légitime défense. Le fait que ce qui se passe à Gaza ne ressemble pas à l’Holocauste, ne signifie pas qu’il ne s’agit pas d’un génocide. » Puis, au cours de l’article, il affirme « oui, c’est un génocide. Bien qu’il soit difficile et douloureux de l’admettre et malgré tous les efforts déployés pour penser le contraire, au terme de six mois d’une guerre brutale, il n’est plus possible d’échapper à cette conclusion ».
L’Union européenne se trouve actuellement face à un cas de conscience en n’ayant pas pris les sanctions nécessaires contre Israël. Les États-Unis imposant leur veto, continuant les livraisons d’armements à Israël, ciblant leurs intérêts en priorité, seront face à l’histoire sans compromis que les enfants de demain apprendront.
Fédora Hélène

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