Elle résiste. La violence l’étreint dans le petit appartement

Une lettre – La violence s’écrit viol

La vie laisse les rayons de soleil passer, éclairer les pires épreuves. Un jour, je me suis dit : « plus personne ne m’agressera » – une promesse d’enfant blessée. La tenir est difficile, impossible dans une société de violences.

Alors, la vie vient avec ses rayons de lumière. Ils traversent le ciel bleu orage, et les mots s’écrivent tels des notes, une partition, une émotion. On n’écoute plus la douleur. La souffrance est devenue une mélodie. La musique a tout transporté.

Celui ayant fait tant de mal n’est plus. L’art a cette puissance de ne donner force qu’à la vie. Les papillons bleus en fil conducteur, les mots en chagrin chantent la liberté qui vient.

Des mots sans boîte aux lettres. J’ai écrit au loup et aux loups. Des mots perdus, blessés, émouvants, évanouis, sans autre réponse que le silence, au cœur de la violence. Ils sont venus, les mots, comme la biche faisant face aux loups. L’épée des contes sauvant la liberté quand la justice absente a laissé un prédateur briser l’innocence.

Quand tout a abandonné la vie, effaçant une femme enceinte et son enfant, quand la France a ce visage cruel. La justice en détresse, l’apparence plus que l’être flatte les pouvoirs, les longues toges noires régnant dans les palais aux yeux pleins de poussière, la pierre est devenue l’humanité.

Plus petit, au dehors, resplendit une lueur ondulant entre les longues herbes, les fleurs sauvages et libres, l’envol d’un papillon bleu entre ciel et terre, un ange, la transparence des ailes. Il disparaît le court instant que l’on cherche ensuite, dans un cache-cache entre les larmes et un sourire.

Une boîte aux lettres, un abri pour l’hiver, les mots enfantins, si sérieux, la tristesse, et le voile blanc d’un rideau que je poussais lentement, glissant mon visage devant la fenêtre. Regarder le jour, la cour si pauvre, une petite fille qui savait déjà que le monde avait besoin de paix et d’amour.

Je saurai plus tard que la violence est déjà là, dans ceux qui n’ont pas aimé votre naissance. Tout commence au consentement donné à la vie, que la haine veut détruire. La vie a besoin d’être aimée dès le premier jour.

La justice française ne reconnaît pas le consentement. Elle ne peut être la paix, la force de la liberté. Elle ne peut protéger, puisqu’elle n’aime pas. Elle est un système.

La différence entre le système et l’humain, c’est le cœur. Arnaud Beltrame était un homme de vie, de cœur, et c’est ainsi qu’il a porté la justice jusqu’à son dernier souffle.

Un homme de paix. Je le sais. Le prédateur a été arrêté, car Arnaud Beltrame était là. Mes prières vont à lui. Qu’un jour, celui ayant martyrisé des grossesses, celui torturant le chagrin d’une enfant agressée à l’aube de l’adolescence, grandissant vers l’âge adulte, soit face à la cruauté de ses actes.

La justice. Un papillon s’est posé sur ses lèvres closes, y déposant l’ombre bleutée de l’espérance, un rayon de paix.

Première page

“Elle” est un extrait d’un livre en cours d’écriture. Elle résiste parle de résilience, de joie de vivre, mais aussi des ombres de la violence. Elle se livre, intacte, sincère. Elle se dessine en espérance. Elle use des nuances comme une ligne tracée au fusain, glisse sur la feuille les tons des pastels.

Une écriture, un tableau. Les lettres deviennent les couleurs de la vie, de ses rêves.

Elle s’abandonne à la paix, marche vers l’amour. Elle peint les mots, la mémoire, son visage. Tout transparaît. Elle a pris un crayon pour vous écrire et une feuille pour y poser l’eau, l’encre.

Le monde devra faire avec elle. Elle est née.

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Elle

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1 . L’eau coule froide

Elle vit l’enfer au soir se couchant.

La salle de bain, étroite, vieillotte, triste et sombre. La douche coule, l’eau se déverse sans cesse.

Elle se lave, une fois, deux fois. Panse ses blessures invisibles. La peau nette et lisse. Et dessous, les bleus.

Elle regarde son corps immobile. Elle n’ose bouger. Trembler, de peur qu’il s’effondre de douleur.

Elle laisse couler l’eau. La seule chose qui peut effleurer son corps nu, sans jamais l’anéantir.

Le temps n’existe plus. Il s’échappe enfin. Elle peut s’évader. Traverser la réalité. Rejoindre l’autre rive : la liberté.

Elle respire. Doucement. Elle ferme les yeux.

Le silence est si profond et tonne si fort. Comme un violent orage.

Elle, au bord de la falaise.

Elle tourne le robinet. L’eau ralentit sa course. La source d’énergie s’éteint.

Elle enveloppe son corps dans une serviette de bain quelconque. Elle aurait voulu qu’elle soit brodée, épaisse. Qu’elle l’entoure délicatement.

Mais elle était simple et fine. Lui rappelant qu’ici, il ne serait rien de plus pour elle.

Il fallait maintenant s’habiller en vitesse. Le corps fragile.

Elle enfilait un pantalon de taille 12 ans.

La violence ne laisse pas le temps de vivre.

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2 . Le petit appartement

Le petit appartement en rez-de-chaussée et la tristesse du jardin donnant sur la cour. Le soleil se cache. La fenêtre ancienne ne ferme plus. J’ai peur. Il pourrait rentrer. Mais, fermer les volets, c’est ne plus voir le jour. Je regarde le jardinet et cet arbre. Un figuier, des fruits et la chaleur. Mais, ici, il fait froid. Pourtant, cet été-là, les fruits étaient sucrés. 

Le passé vient, je pourrais écrire au présent. Les temps s’entremêlent, s’invite ensemble dans la mémoire. 

Lui et ces années de violences. Lequel ? Celui assis sur le canapé ? J’avais 15 ans. Les aiguilles tournent vite et restent immobiles. Lui et un autre. La vie prisonnière entre leurs mains. Mon cœur tremble et mon corps suit le rythme. Danser et sourire, aimer les fleurs qui ne se coupent pas, celles que l’on ne pose pas dans un vase. Je suis la rose au jardin. Où, celle sauvage perdue dans la nature. Un jardin secret, une clairière dans un bois imaginaire. Marcher libre, une robe légère. Presque des ailes blanches pour avancer vers un autre ciel. 

Mourir ici et renaître là-bas. La souffrance s’en va comme ça. Le rêve et je m’enfuis du petit appartement. 

Marie, j’ai posé sur la table de nuit, une icône. Une mère qui veille sur l’enfant qui a peur, traumatisée. Les larmes qui ne sont pas. La douleur au silence. Les murs, et la pièce tourne si vite. Le temps s’emballe et s’éloigne des ombres. 

La porte du petit appartement, je la ferme à clé. Je me relève la nuit. Le cauchemar. Il pourrait rentrer. Je tourne la clé bloquée dans la serrure. La porte est bien fermée. Une nuit, encore. « Ne te lève pas », une petite voix me rassure. Apprends à ne plus avoir peur de lui. 

Ces hommes qui brisent l’innocence, la joie et vous laissent dans le coma. Je m’épuise. 

J’ai 15 ans, il a les cheveux blancs. Sa main me frôle, me touche. J’entends aujourd’hui l’enfant d’hier qui pleurait sans larmes. Sa douleur. Cet homme « bon père de famille » comme ils disent. Catholique pratiquant, un noble, son nom avec une particule, il habite dans le XVI ème arrondissement. Je me souviens du nom de la rue, du nom de sa paroisse, où tous les dimanches, il allait à la messe.

L’eau coule froide. La douche et mon corps inondé de chagrin. Il pose de force ses lèvres sur les miennes, sa main file comme une ronce, blesse mon corps. Je regarde le mur de la petite salle de bain. Il m’enferme dedans, la plonge dans le noir, pas de fenêtre. Prisonnière, il me sert fortement. Je lève les yeux vers le ciel et m’éteins. La vie d’une enfant, il la souffle comme une bougie. 

Mes yeux se ferment, le coma. Être vivante et plus en vie. 

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3 . Le chat

Un petit ange, Praline. Douce, l’amie, elle me protège. Elle était arrivée un matin. Son pelage blanc était recouvert de poussière, noir charbon, elle miala à la fenêtre. Une rencontre soudaine, elle a trouvé un refuge. Je l’ai soigneusement lavée. Immobile, sage, l’eau coulait sur elle. La douceur, une enfant et le chat d’une rare intelligence. Elle parlait par le regard, ses expressions, ses émotions, ses miaulements aux différentes intonations. Elle était l’amie. 

Elle a maintenu une enfant en vie. Elle lui a montré la douceur du monde, la parole de la nature, la communion entre l’humain et la Terre. 

Un Ange gardien s’est incarné, l’on pourrait croire cela. Laisser l’imaginaire inventer le fantastique. Mais, nul besoin, la réalité était près de moi. Le jardin et le printemps, le chat s’allongeait dans l’herbe, goûtait la joie de vivre.  

Mon amie est partie quand est venu l’hiver. Un été, 10 ans plus tard. 

Lui, il était là, comme un mauvais présage. Cet autre loup, un homme qui s’est appelé le « mari » sans e. 

Praline s’est endormie au jardin. Un ange est parti en voyage, un rêve d’éternité au ciel délivré des douleurs. Un ange, toujours, en mémoire et là voilà, soudain comme jadis. Elle vient sur le rebord de la fenêtre. Le temps, qui est-il ? 

Le chemin, elle me suivait sur la route de campagne. On marchait ensemble. Une photo sans cadre, elle voyage, échappe à ce qui n’est plus. La mémoire, revivre le beau, une balade, être transportée ailleurs.

Le charme d’une petite route en Normandie, elle traverse un hameau, mène aux grèves, ces prés salés accueillant la mer venant s’y coucher. Elle devient un lac salé, la plénitude quitte un instant son immensité, et le soleil couchant s’y noie. L’eau se teint alors de rouge, devenant l’or des promesses. Ce caillou en ricochet, jeté avec ardeur, compte les années de bonheur qui se dispersent en cercles parfaits sur l’onde de l’eau. 

Les senteurs d’été au soir venu, tout s’émerveille. Le paysage, je retiens l’émotion, la joie, si ce moment pouvait être réel , et non pas seulement, puisé au fond de moi. La clarté, être heureuse plus que cette seconde finissant telle une lueur s’évanouit, la nuit arrivant. 

Mon ange, et nos pas. 

Fédora Hélène

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