Un rapport alarmant de l’OMM : l’Amérique latine et les Caraïbes sous la menace du dérèglement climatique mondial

Dans l’œil du cyclone : Amérique latine et Caraïbes

En 2024, la région a subi une intensification sans précédent des phénomènes climatiques extrêmes : ouragans, sécheresses, inondations, feux de forêt. Ces événements ne sont plus des anomalies, mais les symptômes visibles d’un dérèglement profond du climat mondial.

Dans un nouveau rapport, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) alerte sur les conséquences directes de ce chaos climatique : perte de biodiversité, fonte des glaciers, déstabilisation des systèmes agricoles et exode forcé des populations. Le vivant recule, tandis que les plus vulnérables — femmes, enfants, communautés rurales — paient le prix fort d’une crise qu’ils n’ont pas provoquée.

Parc national de Los Glaciares (Argentine)
© Evergreen

L’Amérique latine et les Caraïbes : une population vulnérable affronte les catastrophes naturelles

Le changement climatique avance et atteint des territoires, mettant en danger leur pérennité et leur stabilité socio-économique. Il contraint des populations à des déplacements forcés, à la perte de leurs biens et de leurs moyens de subsistance.

Les réfugiés climatiques ne bénéficient d’aucune reconnaissance dans le droit international, ce qui aggrave les conséquences tragiques des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes.

Les effets du réchauffement climatique ont un visage : celui des femmes et des enfants, en première ligne, les plus vulnérables et les plus pauvres, ceux qui ont le moins d’impact sur l’environnement.

Parc national de Los Glaciares (Argentine)
© Pascal Gonzalez

L’Amérique latine et les Caraïbes sous pression

En 2024, l’Amérique latine et les Caraïbes ont subi des conditions météorologiques extrêmes dont les effets se répercutent sur le long terme.

Une région fragile, déjà touchée par la pauvreté, une crise humanitaire et l’insécurité, subit également les conséquences de la dégradation climatique.

En 2024, les données scientifiques ont observé une multiplication des ouragans, des inondations, des sécheresses, ainsi que des feux de forêt. Des faits climatiques préoccupants qui mettent en danger la population, la biodiversité et les ressources en eau.

Dans un nouveau rapport l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) se penche sur l’état du climat en Amérique latine et dans les Caraïbes. L’étude met en avant les conséquences tragiques du changement climatique qui s’accélère.

Les chaleurs extrêmes : danger climatique

L’année 2024 gagne la première place des années les plus chaudes jamais enregistrées, selon les données étudiées.

Parc national de Los Glaciares (Argentine)
© Pascal Gonzalez

Des conditions climatiques extrêmes menacent les glaciers

La hausse des températures entraîne des répercussions majeures sur les glaciers.

Ainsi, la République bolivarienne du Venezuela enregistre la disparition de son dernier glacier, le glacier Humboldt, et devient le deuxième pays au monde à perdre la totalité de ses glaciers. Un patrimoine mondial inestimable fond sous nos yeux, disparaît irrémédiablement.

Celeste Saulo, Secrétaire générale de l’OMM a déclaré « En 2024, les effets du temps et du climat se sont répercutés des Andes à l’Amazonie, des villes surpeuplées aux localités côtières, provoquant des perturbations économiques et environnementales majeures », soulignant que « la sécheresse et la chaleur extrême ont alimenté des feux de forêt dévastateurs ».

Auteur : André Zumak © Fotos IHP

L’écorégion du Pantanal a été frappée au cours de l’été 2020 par de violents incendies de forêt.

Selon les experts, observateurs et données satellitaires de l’Institut national brésilien pour la recherche spatiale, plusieurs dizaines de milliers d’hectares auraient été détruits.

Le Pantanal est un territoire qui s’étend notamment dans les États brésiliens du Mato Grosso do Sul et du Mato Grosso, et sur le territoire de la Bolivie et du Paraguay.

Une partie de cette écorégion, « Aire de conservation du Pantanal » représentant 1,3% du Pantanal brésilien, a été inscrite en 2000 sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Parc national de Los Glaciares (Argentine)
© Philipp Schinz

Une réponse politique à construire d’urgence

L’urgence climatique demande toujours plus d’implication des gouvernements pour donner les moyens aux scientifiques de réaliser des solutions de résilience, et de sauver des vies par l’amélioration des services d’alertes précoces.

À ce propos, Mme Saulo a souligné que « l’OMM et la communauté internationale redoublent d’efforts pour renforcer les systèmes d’alerte précoce et les services climatologiques, afin d’aider les décideurs et la société dans son ensemble à mieux résister aux conditions météorologiques et climatiques extrêmes. Nous progressons, mais nous devons aller plus loin plus vite ». Elle a insisté en rappelant que « seule la moitié des pays du monde dispose de systèmes d’alerte précoce adéquats. »

Les sciences de la résilience

La connaissance scientifique, l’étude des données, la mise en place d’alertes, ainsi que la solidarité apportent des « lueurs d’espoir », indique Mme Saulo, Secrétaire générale de l’OMM. « Les alertes précoces et les services climatologiques des Services météorologiques et hydrauliques nationaux (SMHN) sauvent des vies et améliorent la résilience dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes. »

Parc national de Los Glaciares (Argentine)
© Evergreen

Soutenir les recherches scientifiques

Mme Saulo rappelle que la recherche est essentielle et doit être soutenue, ainsi que le partage des connaissances, « les travaux de la communauté de l’OMM et de l’ensemble de ses partenaires sont plus importants que jamais face aux défis à relever et aux opportunités à saisir. »

Parc national de Los Glaciares (Argentine)
© Philipp Schinz

Le choc de la hausse des températures

L’année 2024 a révélé que le changement climatique a accéléré son mouvement. La Terre « bouillonne ». Les températures relevées ont dépassé de plus de 1,5 ° C les valeurs préindustrielles.

En 175 ans de données, jamais de telles chaleurs n’avaient été observées. Une chaleur croissante depuis les dix dernières années, qui elles aussi figurent parmi les plus chaudes jamais enregistrées.

Évacuation de victimes d’El Niño dans la région de Piura, dans le nord-ouest du pays, où des pluies torrentielles ont chassé de chez elles près de 300 000 personnes en 2017.

Feux de forêt : les effets visibles du chaos climatique

Les feux de forêts interpellent par le spectaculaire chaos qu’ils sèment. Le silence angoissant qui suit leur passage détruisant la faune et la flore, annonce une perceptive toujours plus sombre, telle la fonte des glaciers et la chute des ressources d’eau.

Autre conséquence alarmante : en 800 000 ans, la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone n’a jamais été aussi importante.

Parc national de Los Glaciares (Argentine)
© Philipp Schinz

Énergies renouvelables : un espoir

Le rapport de l’OMM tiré la sonnette d’alarme et souligne la nécessité d’encourager la mise en place de politiques énergétiques responsables.

Dans la région étudiée, les énergies renouvelables représentent près de 69 % de l’arsenal énergétique développé. Ainsi, en 2023, l’énergie solaire et l’énergie éolienne ont connu une hausse de 30 % en capacité de production.

En mars 2025, lors de la publication du rapport de l’OMM faisant état de l’aggravation des effets du temps et du climat, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déclaré, « notre planète émet davantage de signaux de détresse, mais ce rapport montre qu’il est encore possible de limiter l’augmentation de la température mondiale à long terme à 1,5° C. Pour y parvenir, les dirigeants doivent renforcer les mesures en tirant parti des avantages que présentent les énergies renouvelables propres et bon marché pour leurs populations et leurs économies. »

En 2024, en Amérique latine, les énergies renouvelables ont atteint près de 69 % de l’ensemble des solutions.

L’OMM souligne apporter son soutien à ses Membres en renforçant la capacité des Services Hydrométéorologiques Nationaux  (SMHN) de développer des politiques de changement et de durabilité.

Le travail scientifique s’effectue en collaboration avec le secteur privé et public de l’énergie, ainsi qu’en partenariat avec le milieu universitaire.

Conséquences concrètes du réchauffement climatique 

En Amérique latine et dans les Caraïbes, la température moyenne en 2024 a atteint un niveau supérieur de 0,90° C par rapport à la moyenne de la période 1991-2020. 

Parc National de Los Glaciares, Argentine
© OUR PLACE The World Heritage Collection
Auteur : Daniel Maviet

D’un extrême à l’autre – entre sécheresse et inondation 

L’épisode El Niño 2023/24 a influencé la hausse importante des températures mondiales et à intensifier les régimes de précipitations. 

Un déséquilibre qui a touché l’Amazonie et le Pantanal par une sécheresse généralisée.

En 2024, les précipitations ont chuté de 30 % à 40 % par rapport à la normale.  Les effets de ce climat ont été constatés par le niveau anormalement bas du fleuve Negro, à Manaus (Brésil), et à Asuncion (Paraguay), atteignant alors son niveau le plus bas en 60 ans. 

Autre situation climatique extrême, les inondations dues à de fortes pluies dans le Rio Grande do Sul. Une catastrophe naturelle qui a coûté une perte économique à hauteur d’environ 8,5 milliards de reals brésiliens dans le secteur agricole. Des inondations qui ont causé la mort de plus de 180 personnes. 

Une situation dramatique qui appelle à renforcer la connaissance des risques de catastrophe auprès des autorités et des citoyens, souligne l’OMM.

Parc national de Los Glaciares (Argentine)
© Evergreen

Les glaciers : victimes du réchauffement climatique 

Lors de la Journée internationale des glaciers (voir article LiberTerra), il a été révélé la vulnérabilité préoccupante des glaciers face au changement climatique. Ils subissent un recul croissant en réaction à la hausse des températures.

Le rapport de l’OMM souligne de nouveau la gravité de la situation climatique impactant directement les glaciers qui représentent des sources essentielles d’approvisionnement en eau. 

L’Amérique du Sud vit la tragique réalité du réchauffement climatique

Parc National de Los Glaciares, Argentine
© OUR PLACE The World Heritage Collection
Auteur : Daniel Maviet

En Amérique du Sud, la fragilisation des glaciers inquiète fortement et à juste titre. La République bolivarienne du Venezuela a vu disparaître son dernier glacier appelé Humboldt. Ainsi, ce pays seconde la Slovénie, inscrite sur la liste des pays qui vivent à l’époque moderne l’effondrement de tous leurs glaciers.

En 2024, plusieurs glaciers ont été officiellement déclarés : éteints.  Il figure sur la Liste : le glacier Conejeras se situant dans la Sierra Nevada (Colombie), et le glacier Martial Sud, dans le Cordon Martial, à Ushuaia (Argentine). 

Les données étudiées par l’OMM sur l’année 2024 ont établi que sur 5 500 glaciers andins, les montagnes ont perdu 25 % de leur couverture glaciaire depuis la fin du XIX -ème siècle. Il en ressort également que les glaciers tropicaux fondent 10 fois plus vite que la moyenne mondiale. 

Parc national de Los Glaciares (Argentine)
© Evergreen

Catastrophes naturelles en chaîne

Le niveau de la mer en hausse et l’augmentation de l’intensité des cyclones tropicaux constituent l’ensemble des effets du changement climatique.

Les éléments vivants sont interconnectés et interagissent, ils font partie d’un même corps : la Terre. Ainsi, c’est l’ensemble de l’équilibre planétaire qui subit l’instabilité, provoquant une réaction en chaîne des effets du changement climatique. 

La hausse des températures est l’événement d’un bouleversement climatique complexe. Ainsi, à cause aux chaleurs extrêmes, les études scientifiques observent le réchauffement des océans, la fonte des glaciers, des calottes glaciaires et nappes glaciaires, augmentant ainsi le niveau des océans. Une élévation accélérée du niveau de la mer, puisque le bouleversement planétaire est lui-même en valeur accélérée.

Parc National de Los Glaciares, Argentine
© OUR PLACE The World Heritage Collection
Auteur : Daniel Maviet

Le rapport de l’OMM alerte sur le danger des effets du réchauffement climatique sur les populations.

La vulnérabilité des populations côtières et des nations caribéennes insulaires de faible altitude face à des événements climatiques comme les cyclones tropicaux, demande une réponse concrète et responsable de l’ensemble de la communauté internationale. 

L’OMM souligne que le passage de l’ouragan Beryl en est la preuve. Un ouragan dévastateur, le plus puissant jamais observé à la Grenade et dans ses dépendances, a fortement frappé l’ensemble des Caraïbes. 

Ouragan Beryl ©️ Croix-Rouge

Une politique marchande impose un système de guerre contre la nature 

Il est nécessaire d’opérer un changement radical de l’économie mondiale et du système financier, qui réalise d’immenses profits à travers des stratégies destructrices, telles que la concurrence effrénée.

Une rivalité de pouvoir et de richesse, un orgueil qui coûte très cher à la planète.

Les décisions politiques s’accordent souvent avec une volonté d’ascension économique pour dominer les autres puissances, au lieu de penser l’économie en volonté d’effectuer un partage mondial des ressources dans le respect de leur durabilité.

Parc national de Los Glaciares (Argentine)
© Evergreen Auteur : Evergreen

La guerre économique : une menace directe sur les ressources vitales de l’humanité

Tandis que le monde s’échauffe, la guerre économique détruit silencieusement les ressources dont dépend notre survie collective.

Le profit devient supérieur à la valeur de la vie, car il s’inscrit aussi dans une dimension géopolitique toxique, puisqu’elle consiste à opposer les puissances politiques entre elles, à concevoir les territoires en objets de conquête politique et économique, de rivalité entre différents États.

Les populations subissent cette violence politique tenant pour arme le pouvoir industriel, la mécanique du travail, de l’exploitation de l’homme et des ressources naturelles. Un système destructeur en résulte pour l’humain et la nature, qui ne peuvent être séparés. 

La survie de l’humanité dépend de la nature. Elle est contrainte de préserver les ressources naturelles pour sa propre existence.

Fabriquer un système qui met en péril la biodiversité, et des éléments essentiels comme l’eau, relève du non-sens.

C’est une absurdité qui frôle l’autodestruction.

Saccager le patrimoine naturel mondial pour produire une énergie industrielle, c’est s’enrichir de cailloux tout en préparant un désert où plus rien ne pourra vivre.

La finance internationale n’est pas intelligente ; elle répond à une logique inventée, virtuelle, qui s’oppose au vivant. L’intelligence émane du vivant, et non du néant, qui n’existe que par la pensée de celui qui l’a conçu.

Il est primordial d’établir des politiques respectueuses des valeurs humanistes, des droits humains fondamentaux pour ne pas aggraver les conditions de vie des populations vulnérables et permettre à l’humanité de vivre en paix et en harmonie avec la nature.

Une économie saine et partagée n’est pas une option, mais une question de survie. Elle permettrait à des populations subissant des phénomènes climatiques extrêmement dangereux, souligne l’OMM, de ne pas être exposées à une vulnérabilité accrue. 

L’OMM insiste sur le fait que l’augmentation de la pauvreté, la hausse des prix des denrées alimentaires, la forte inégalité des revenus et des niveaux croissants de pénurie alimentaire, d’instabilité politique et d’insécurité sanitaire et alimentaire, aggrave tragiquement la santé morale et physique des populations, et amplifient les conséquences des catastrophes humanitaires.

Focus Bosques de Neblina – Selva Central Biosphere Reserve © shutterstock.com

Des politiques conservatrices et extrêmes aggravent les dérèglements climatiques et leurs effets

Le rapport de l’OMM rappelle, et souligne que le secteur agricole est fortement impacté par les catastrophes naturelles, ce qui prive la population de moyens de subsistance. Les pertes de récolte et de bétail entraînent des conséquences graves pour la population qui subit la rupture des chaînes d’approvisionnement. La perte des petites exploitations agricoles provoque une absence de revenus, et fragilise durablement les populations locales. 

L’exode devient alors la solution. Des déplacements forcés à l’intérieur du pays, où vers les pays voisins, n’ayant pas d’infrastructures d’accueil et de soins de santé, placent des femmes et des enfants en situation d’extrême pauvreté. 

Les politiques autoritaires sur l’immigration imposent des traumatismes supplémentaires aux populations déjà vulnérables.

Elles ôtent toute dignité aux réfugiés climatiques, tout en renonçant à toute responsabilité.

Créer un monde dystopique, fondé sur l’exclusion et la répression, ne fera qu’aggraver, pour toute l’humanité, les conséquences de l’effondrement climatique.

Lutter pour la paix, les libertés et les valeurs humaines n’est pas une option, c’est une condition essentielle à la survie sur une planète vivable.

Fédora Hélène

©️ LiberTerra

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