La vie en silence jusqu’au jour du baptême

Je n’ai pas besoin de fermer les yeux pour voir ton sourire, ton regard, ton visage. Entendre tes mots. Le récit vivant de la guerre, du courage. Tu avais oublié la peur. Jamais, tu ne m’as parlé d’elle. Et, le long des phrases, vient cette eau à mes yeux, qui se retient. Ce printemps laissant les éclaircies paraître. Notre marche ensemble ce matin d’avril. Il est parti.

Tu as été ma chance. J’ai vu l’histoire. Elle ne fut pas lointaine. Tu as pris ma main et m’as conduit sur le rivage des jours blessés. J’ai vu les maisons, les papiers peints au mur, la chambre, un miroir ancien et le jardin où s’étendait le linge frais. Ce voyage de mon histoire vers la tienne, d’un temps à l’autre, tout s’est uni.

Je savais déjà. Je connaissais la tristesse, le cœur battant, les cris et le devoir de protéger l’enfant. Et, les silences. Si peu de mots prononcés, on sauve la vie en silence.

Si, tu voyais, aujourd’hui, les combats effacés, les luttes niées, la liberté en souffrance.

Le salut nazi est revenu en ombre dans quelques rues sombres d’Europe. Il s’est dressé à la victoire d’élections. La masse de l’extrême droite a soutenu le réveil du volcan détruisant les innocents.

Le rêve américain est tombé, fissurant dans sa chute la statue de la liberté. Elle saigne. La lave coule de son corps résistant et brandissant la flamme. Elle éclaire les pèlerins de la paix.

L’Amérique et les bateaux de migrants. La faim et le froid aussi. Mais, la liberté, elle chantait.

©️ Fédora Hélène

L’obscurité revient

L’extrême droite défile, les nationalistes reprennent la route du mal. Ils hurlent et revient la tristesse, la négation de l’humain, l’homme de paix accusé, l’effondrement de la liberté.

La joie de vivre par la fraternité vitale, par l’harmonie entre les peuples, l’équilibre sur le sol de son propre pays, le chant de la liberté, tout a disparu, tout devient le silence de l’angoisse.

Ils ont oublié, les fachos, les enfants traînés dans la rue, l’amour mourant, le train de l’enfer partant, les étoiles au ciel tombant, la nuit profonde : elles s’accrochaient sur les petites vestes, leur lumière devenait leur condamnation.

Les oppresseurs ont oublié : le Juste, l’enfant merveilleux, son regard intense de vie, son pas sur terre marquant le sol, l’empreinte de l’innocence gravée dans la poussière.

Quand souffle le vent, il revient. Le petit pas se dessine, il apparaît soudain. Il nous dit doucement : j’étais là, j’étais vivant.

Hier, les fascistes criaient aussi, l’appelaient l’étranger. Ils hurlaient le silence des ténèbres contre l’enfant portant contre son cœur la petite étoile jaune, resplendissante de lumière, qui, descendue du ciel, pleurait sur sa tombe.

Ils ont oublié. Et le Chant des partisans se murmure, file le long des quais de Seine. Paris le chante, Paris le transporte. Paris appelle les étoiles de lumière à briller haut dans le ciel, à ouvrir les portes de la liberté. Le visage de l’enfant apparaît alors : le Juste parmi les justes.

Ne lâche pas ma main, petit. L’enfant d’hier est aujourd’hui le migrant aux frontières de barbelés.

Pourquoi n’ont-ils pas compris ? Les présidents tenant toujours le fil rouge de la défaite de l’humanité.

L’enfant merveilleux à l’étoile de l’espérance prie en silence. Il s’endort, épuisé, mais sans quitter le jour nouveau qui a déjà gravé dans la terre son nom.

L’enfant, promesse de justice par sa pureté. L’innocence comblée de grâce.

La clarté se lève

C’était un dimanche. Il était heureux et bon. L’odeur de l’herbe fraîche embaumait l’air. Je plongeais dans la terre, marchais pieds nus, la rosée du matin me caressant.

Pas un bruit, que le chant vivant du rossignol et le vent léger. La terre vit, les hommes font la guerre. Pourquoi les hommes n’aiment-ils pas la liberté ? Elle est féminine parce que la vie l’est. Renoncent-ils à vivre parce qu’ils ne créent pas ?

La femme porte l’enfant, donne la vie. Elle reçoit ce don comme un miracle éternel, la magnificence de la maternité, dont Marie témoigne. Marie, par la grâce, libère les femmes de l’oppression.

La femme et l’homme, unis au même rang, portent le même sang, la même humanité. L’un et l’autre sont appelés au baptême. Célébrés dans la même eau, bénis de la même main. Leur naissance est reconnue, leur vie est précieuse et attendue.

La paix s’ouvre à eux ; toute la lumière est dans le mystère de la vie. Cette chance de naître, ce choix divin qui nous désigne, ce consentement à la vie. Sur une infinité de possibilités, c’est toi qui es choisi et qui nais.

Photo ©️ Fédora Hélène

Le miracle de la vie s’accomplit à chaque naissance. Être aimé de Dieu. La confiance en ce miracle donne la possibilité de voir l’immensité du monde, son merveilleux. Un monde qui respire, qui fait battre ton cœur, qui fait de la nature l’alliance parfaite.

Le mal est ce qui est issu du néant, qui n’hésite pas. L’homme a créé en lui cet espace du refus de l’Amour.

Tout lui a été donné à sa naissance et, le jour d’après, il a ouvert la porte au feu qui le consume.

Par le baptême, il retrouve le don de paix qu’il porte en lui, ce soleil brillant en son corps et en son esprit. C’est une joie nouvelle qui rayonne dans le baptême. La reconnaissance de la naissance au sein du monde vivant, des éléments de vie : l’eau vivante.

©️ Photo – Fédora Hélène

Les bienfaits sont en abondance, comme l’eau de la Terre.

Préserver la nature, son équilibre, et créer des sociétés interconnectées avec elle : cette source fondamentale, révélatrice de la liberté. L’eau du baptême réconcilie l’humain à la vie, l’enracine en sa terre, l’assure de la paix.

Il comprend que la haine ne tient compagnie qu’à la destruction. Que l’argent l’éloigne de sa spiritualité. Que la politique oppressante produit l’injustice, le jugement de l’homme par la valeur de l’argent, par le commerce des marchandises, par une industrie préparant le désert des cités de béton et de verre.

La mémoire perdue, que restera-t-il de la société de l’acier ?

La réconciliation de l’homme

Matthieu 3, 1-17 : Le baptême de Jésus

Jean le Baptiste baptise Jésus dans le Jourdain.

« Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau. Alors les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venant des cieux disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute ma joie. » (Mt 3,16-17)

La réconciliation en tout et par la vie. Jésus accorde cette promesse absolue de vivre. Jésus forme l’Alliance. Il entre dans l’eau de la Terre et de l’humanité. Il fonde pour toujours ce qui ne peut être corrompu, l’Amour.

L’être humain peut se reposer en ce baptême qu’il reçoit. La dualité prend fin. Le bien et le mal sépare l’humanité. La guerre, la pauvreté, l’injustice, la loi du plus fort, ce qui blesse l’enfant, cette puissance gagnée par la souffrance de l’autre, s’éteint dans le baptême.

C’est facile de faire du mal. Il suffit de frapper. Mais, faire le bien exige un engagement profondément humain. C’est ça la récompense, être profondément humain. Être dans l’Amour, le connaître. C’est la promesse de la naissance scellée par le baptême.

Les richesses matérielles accumulées ne sont que par l’appauvrissement de la majorité. Prendre la part de pain réservée à autrui. Il manque une chose fondamentale dans l’enrichissement : la vie. Elle est mise de côté, devient un moyen, mais elle ne s’immerge pas dans l’eau. Le corps, oui. C’est lui qui est précieux. Celui qui s’incarne. L’énergie merveilleuse de la vie. Elle ne possède pas de valeur marchande. On ne plonge pas dans le Jourdain un compte en banque.

L’invention de l’argent comme arme politique transforme l’économie en quelque chose d’inhumain.

S’immerger, revenir à la source, avoir confiance en la vie par le baptême. Se donner à Dieu comme il s’est donné à nous. Ce qui fait que l’humain reçoit. Nous recevons la vie. Nous recevons la possibilité de vivre : la lumière, l’eau, l’air, la terre. Cherchons à préserver ce que l’on reçoit. C’est la valeur du bien commun.

©️ Fédora Hélène

Ce que nous pouvons faire pour protéger la paix universelle, pour tous, nos mains ne savent déjà. Elles sont enseignées par la terre qu’elles touchent, par l’eau qu’elles recueillent.

Le geste renouvelé de l’eau sur le front, sur ta bouche et sur ton cœur fidélise ton identité : un être humain libre et en paix, et celui-ci est reçu par le Christ.

Fédora Hélène

©️ photos Fédora Hélène
©️ Photo Fédora Hélène

Copyright ©️ LiberTerra 2026 – Tous droits réservés – Tous droits de diffusion et de production réservés

Laisser un commentaire