
Prie en douceur
Quand tu te réveilles aux brumes du chagrin,
que tes yeux s’ouvrent sur les blessures,
remontant des profondeurs,
ta respiration coupée,
le souffle anime ton cœur,
crie l’injustice,
lâche les mots sur la feuille
et tout paraît s’évanouir,
abandonné à la douleur.
Prie en douceur,
vois l’innocence qui appelle,
l’enfant qui pleure,
les grains de poussière glissent sur sa joue,
son corps sans vie dans les bras de son père.
C’était hier à Gaza.
C’était hier en Ukraine.
C’était hier sur notre terre.
C’était hier dans nos cités.
Un silence vient,
ferme la porte,
ouvre la fenêtre,
entends le chant de la colombe,
sens l’odeur de la terre humide,
souviens-toi de notre humanité.
Et demain,
ne dis plus « encore un jour ».
Prie en douceur
et promets-toi
de ne plus être l’ombre
dans nos cités brillantes d’argent,
d’illusions,
la paix en détresse
et l’enfant pauvre,
son visage en reflet sur le verre des tours,
des nations,
plus de ciel que l’artificiel.
Prie en douceur
sur le chemin des douleurs.
La douceur n’est pas une faiblesse, mais une résistance. Ne pas renoncer pour l’enfant blessé, l’innocence brisée. Prier pour que l’absence d’amour ne triomphe.
Survivre à l’ombre des peurs, de la violence cruelle déchirant la lettre de notre humanité, s’écrivant à l’éternité.
Laisser de nous ces mots au silence de l’âme, ces mille prières au fil des siècles.
Ne jamais être las de retrouver la pierre gravée, de ressentir ceux et celles qui nous ont précédé et qui nous ont offert la vie.
À notre tour, nous marchons ici-bas, recherchant notre appel à vivre, notre souffle, ce consentement à naître.
Nous, qui n’aurons pas le choix du jour où nous rejoindrons Dieu. Ni celui de notre naissance, ni celui de notre mort. La plus précieuse date nous échappe.
Elle appartient à l’Esprit saint, l’ayant gravée dans le ciel, plongeant sur terre la lumière vitale.
La respiration longue au froid dessine la buée sur les carreaux blancs et gelés. Du dessin, les rires, l’éphémère mémoire, j’ai tracé de mon doigt le trait de l’imagination, l’onde s’effaçant sans attendre. Il suffit de cet instant.
Le défilé des notes : il jouait du violon. Plus un son ne s’entend. Mais je l’écoute toujours par le frisson qui s’est imprimé sur ma peau. Mon corps vibre alors telle la corde sous l’empreinte de l’histoire vécue.
Je danse dans la pièce vide. Le vieux plancher, les murs peints aux couleurs devenues fades, un rayon lumineux traverse l’espace, vivant de nouveau. J’aurai eu ce temps.
Mon doigt goûte l’eau salée ondulant sur ma joue. La peine se retient. Il est parti. Le violon s’est évanoui. Le temps et la poussière, la douceur a fait son chemin, je marche sur cette terre.
Aujourd’hui, un enfant de Palestine s’est endormi à jamais. Un éclat d’obus dans le cœur. Prier en douleur pour avoir la force de poursuivre le chemin en douceur, sans croire que l’homme est cet ennemi redoutable dévastant le plus précieux. Les cités riches, déjà au désert avant la fin du jour.
Qui reviendra de cette terre le cœur heureux ? Jésus, son regard doux, verse l’eau pure dans l’océan de nos yeux. Nos corps fragiles et l’Amour étreint. C’est Dieu qui pleure quand la souffrance étend son linceul.
Des guerres reviennent les enfants partis en anges, consolant, de décennie en décennie, l’humain sombrant dans la terreur des armes. Et plus qu’elles, il est la folie de l’homme cruel, assassinant la vie.
Je ne veux pas clore la ligne au désespoir, à la tombe, l’injustice en rivière noire. Tracer le dernier trait noir à mes yeux s’ouvrant dans le miroir.
Souligner le contour de mon regard, la cendre légère à la pointe du crayon épouse ma paupière, longe mes cils, si lentement. Le geste ralenti, tout s’accomplit si parfaitement.
Le chagrin des mères, l’éblouissante révélation du monde, elles pleurent ce jour de l’adieu. Le trait noir à leurs yeux fermés.
Mon regard, un instant papillon, et voilà la dernière nuance. Le voile léger du rideau ondule au vent, l’air valse, je dansais.
Mon sourire, nos rires, le chagrin, je l’ai prié en douceur sur le chemin des douleurs.
À Dieu
Fédora Hélène

Le XXIᵉ siècle abandonne la paix au nom du pouvoir, de l’orgueil, de l’argent, laissant la politique aux mains des puissants et nourrissant l’illusion d’une civilisation commerciale forgée au fer des bombardements et à l’horreur du monde de la finance.




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