Sous les bombardements israéliens qui s’intensifient depuis début mars, le Liban bascule dans une urgence humanitaire d’une brutalité extrême. Les rapports récents de UNICEF ne décrivent plus une crise, mais une accélération du désastre : une guerre qui frappe au cœur des civils, et dont les enfants deviennent la cible la plus vulnérable.

Un pays frappé sous les bombes
Depuis l’escalade militaire, les frappes aériennes israéliennes se multiplient sur l’ensemble du territoire, du sud du pays jusqu’à la banlieue de Beyrouth. Officiellement dirigées contre des infrastructures du Hezbollah, elles provoquent en réalité une onde de choc humanitaire qui dépasse largement les objectifs militaires annoncés.
Selon les données du ministère libanais de la Santé, au bout de deux semaines, on dénombre 886 personnes tuées et plus de 2 140 blessés, dont au moins 111 enfants. Un bilan qui s’alourdit chaque jour, tandis que des centaines de milliers d’habitants fuient dans l’urgence, souvent sans destination ni ressources.
“Alors que les frappes militaires se poursuivent dans tout le pays, les enfants sont tués et blessés à un rythme effrayant, les familles fuient leurs maisons dans la peur et des milliers d’enfants dorment désormais dans des abris froids et surpeuplés.” Édouard Beigbeder, directeur régional de l’UNICEF pour le Moyen-Orient.
Exode et crise humanitaire au Liban : Un million de civils fuient les bombardements
Les ordres d’évacuation, combinés aux bombardements intensifs, vident des régions entières et accélèrent un exode massif déjà amorcé. Actuellement, le nombre de personnes déplacées est évalué à plus d’un million, dont environ 370 000 enfants. Un rythme qui ne ralentit pas, alerte l’ONU.

Des infrastructures médicales et des camps de fortune saturés
Sur le terrain, le coordinateur de l’ONU au Liban, M. Riza, témoigne : « Les déplacements de population augmentent à une vitesse incroyable. Beaucoup partent avec très peu de choses, n’emportant que les vêtements qu’ils portent. » Des départs en urgence sous l’effet de la panique, particulièrement marqués lors de l’utilisation par les forces israéliennes de munitions au phosphore blanc (voir article sur LiberTerra).
De nombreuses familles doivent parcourir des heures de route avant d’atteindre Beyrouth. Épuisées et sans refuge, elles passent la nuit dehors dans le froid avec leurs enfants. « Ils sont parfois partis uniquement avec leurs habits », confirme Christophe Boulierac, porte-parole de l’UNICEF au Liban. Les logements sont en nombre insuffisant : « des familles vivent à 14 dans une seule pièce », souligne-t-il.
Certains réfugiés ont pu rejoindre des centres collectifs, qui regroupent environ 130 000 déplacés. Ils sont hébergés dans près de 600 sites répartis à travers le Liban, dont plus de 350 écoles publiques transformées en centres d’accueil.

Dans ce contexte, l’accès à l’eau potable, aux soins de santé et à l’alimentation devient critique. Les infrastructures médicales sont frappées, les hôpitaux saturés ou mis hors service, et les secours eux-mêmes sont pris pour cible. La crise humanitaire n’est plus seulement une conséquence du conflit : elle en est devenue une composante directe.
L’enfance prise au piège : Le lourd bilan des victimes recensé par l’UNICEF
Les chiffres publiés par l’UNICEF sont accablants. En une seule semaine, au moins 83 enfants ont été tués et 254 blessés. Les hostilités ne cessent de s’intensifier, provoquant un désastre humanitaire dont les plus jeunes sont les premières victimes.
Durant les 28 derniers mois, 329 enfants ont été tués au Liban et 1 632 blessés. Des statistiques effrayantes révèlent qu’au cours des six premiers jours du mois de mars, le nombre d’enfants tués a augmenté de 25 %. Le résultat de l’intensification des frappes israéliennes est tragique, portant le bilan à 412 enfants tués.

Derrière ces chiffres, une réalité brutale : l’enfance est désormais en première ligne des frappes. Les écoles deviennent des abris improvisés, les nuits se passent dans le froid et la peur, et des trajectoires de vie se brisent avant même d’avoir commencé. L’UNICEF alerte : au Liban, le drame équivaut à l’anéantissement d’une classe entière d’enfants, tués ou blessés, chaque jour.
La déclaration de Ted Chaiban, directeur général adjoint de l’UNICEF, lors d’un point presse, est glaçante. « 23 jours après le début de l’escalade du conflit au Moyen-Orient, les enfants de toute la région sont en train d’en payer le prix fort. » Il rappelle les chiffres officiels au niveau régional : plus de 2 100 enfants ont été tués ou blessés, dont 206 en Iran, 118 au Liban, 4 en Israël et un enfant au Koweït. Soit une moyenne vertigineuse d’environ 87 enfants blessés ou tués chaque jour depuis le début de la guerre.
Il souligne que « derrière ces chiffres se trouvent des parents, des grands-parents, des enseignants, des frères et des sœurs. Les communautés, les villes et les nations sont sous le choc. »

Les populations du Moyen-Orient sont violemment touchées par la guerre du pétrole et du nucléaire, ainsi que par les conflits précédant l’escalade actuelle. Aujourd’hui, environ 44,8 millions d’enfants vivent dans des territoires cibles de conflits armés.
Les bombardements intensifs entraînent l’effondrement des infrastructures de santé et des chaînes d’approvisionnement, ainsi que la destruction des écoles, des hôpitaux et des habitations. Des enfants se retrouvent sans refuge, privés d’accès à l’éducation et aux soins de base. Une situation qui décuple la détresse des parents et grands-parents, impuissants.
Ted Chaiban rappelle que « conformément au droit international humanitaire, les civils doivent être protégés en toutes circonstances. Les écoles ne sont pas des cibles. Les hôpitaux ne sont pas des cibles. Les enfants ne sont pas des cibles. »
Le directeur général adjoint témoigne de sa rencontre, dans un hôpital de Beyrouth, avec une jeune adolescente de 14 ans prénommée Nour. Soignée pour de graves blessures à la suite du bombardement de sa maison, elle raconte qu’elle dormait dans sa chambre avant d’être réveillée par une explosion la couvrant de pierres et de débris. Elle se souvient avoir hurlé et entendu les cris des gens autour d’elle. Tous les membres de sa famille présents dans la maison ont été blessés.
« Elle avait l’impression que son cœur la poussait à crier pour que les secours viennent », relate-t-il. Il souligne ensuite que des centaines d’enfants n’ont pas eu la chance de s’en sortir. Un drame qui n’est pas isolé, mais qui « reflète la situation générale à laquelle sont confrontés les enfants et les familles à travers tout le Liban, ainsi que dans d’autres régions », s’indigne-t-il.
Une guerre contre les civils : Le cynisme des puissances face au chaos libanais
Aujourd’hui, pour un enfant, survivre au bombardement de sa maison relève du miracle. Nos sociétés de consommation prennent-elles la mesure de l’atrocité de ces bombardements sur des zones densément peuplées ? De la gravité des lois de la finance internationale qui bâtissent leur prospérité sur la destruction ?
Ce sont des populations plongées dans le chaos qui en paient le prix lourd et révoltant.

Le Liban souffre. Des mères souffrent. Des familles sont anéanties. C’est cela, la réalité. Le deuil d’un enfant est devenu la peine commune d’un pays accablé par la violence des forces militaires israéliennes et pris en étau par le Hezbollah.
Les bombardements tuent. Les pouvoirs financiers et économiques internationaux, ainsi que certains gouvernements, ont oublié, depuis les villes fortunées où prospèrent les places boursières, la réalité de ce chaos. Il n’est pour eux qu’une courbe virtuelle, un graphique bancaire, une abstraction au service de l’illusion.
Là-bas, chaque jour qui se lève pourrait être le dernier. La vie s’envole comme un simple morceau de papier emporté par le vent. Un souffle brûlant, des débris de métal, la blessure, le corps tremblant, la respiration coupée, le cri. Puis le silence des ruines et le brouillard épais.
La chance tient la vie à bout de bras. Et les banques comptent. Les dirigeants prononcent des discours. Quel est ce monde que nous avons créé ? Un enfer.
Les rapports des organismes de l’ONU s’enchaînent, publiant des bilans toujours plus tragiques. De mois en mois, la guerre s’amplifie et s’étend à toute la région. Les livraisons d’armements se poursuivent. Les enfants de Gaza ne sont toujours pas sauvés, et ceux du Liban entendent à leur tour le fracas des bombes briser la paix de la nuit.
Une stratégie de destruction s’applique, implacable. Ted Chaiban cite le témoignage d’une adolescente de 15 ans, Fatima : « Elle m’a raconté que la nuit précédant notre rencontre, elle était restée éveillée à écouter les bombardements qui frappaient la banlieue sud de Beyrouth, terrifiée pour sa famille, ses amis et son avenir. » Affirmant : « Tout ce qu’elle souhaite, c’est pouvoir rentrer chez elle et retrouver le chemin de l’école. »
Les civils sous les bombes n’ont jamais demandé autre chose que le droit de vivre en paix.

Au fil des jours, une question s’impose, brutale : peut-on encore parler de dommages collatéraux ? Les frappes touchent des zones urbaines, des infrastructures civiles, des centres de santé, et plongent un pays déjà exsangue dans une spirale de destruction totale.
Le Liban, fragilisé par des années de crises économiques, se retrouve aujourd’hui à la croisée de toutes les violences : politiques, militaires, sociales. Et dans cette convergence funeste, ce sont les plus vulnérables, enfants, familles déplacées, populations précaires. qui paient le tribut le plus lourd.
L’ONU informe qu’il reste quelques milliers de familles dans le sud du Liban. L’UNICEF s’efforce de leur fournir de l’eau, de la nourriture et des produits d’hygiène essentiels. Cependant, la gravité extrême de la situation humanitaire place les besoins bien au-delà des ressources disponibles.

Appel d’urgence de l’ONU : Financer l’aide humanitaire pour sauver le Liban
L’ONU a lancé un appel d’urgence pour subvenir aux besoins vitaux sur une durée de trois mois : une demande de financement de 308 millions de dollars, dont 48,2 millions pour l’UNICEF. L’organisation prévient que le déficit de financement s’élève actuellement à 86 %.
Ces fonds sont indispensables pour secourir les blessés et plus d’un million de personnes déplacées.

Enfin, en faveur du rétablissement de la paix, l’UNICEF appelle à trois mesures immédiates : la désescalade, une solution politique au conflit et un accès sans entrave, sûr et immédiat pour l’assistance humanitaire dans le sud du pays.
Qu’elles soient israéliennes, américaines ou iraniennes, les bombes qui s’abattent sur le Moyen-Orient menacent d’embraser l’équilibre mondial. Cette guerre ne détruit pas seulement des vies sur place : elle agit comme une onde de choc économique et sociale, précipitant des millions de personnes dans la précarité bien au-delà de ses frontières, jusqu’au cœur de l’Europe.
Fédora Hélène

Copyright ©️ LiberTerra 2026 – Tous droits réservés – Tous droits de diffusion et de production réservés
