La science ouverte : une clé pour l’avenir de notre planète
La science ouverte incarne une innovation cruciale pour démocratiser l’accès aux savoirs scientifiques et stimuler une mobilisation citoyenne en faveur de la préservation de l’environnement. Face à un défi universel, la Terre demeure notre maison commune, nécessitant des actions collectives et éclairées.
Le bouleversement climatique impacte chaque aspect de notre existence : il modèle nos choix individuels et collectifs, redéfinit notre vision de l’avenir et impose une révision des politiques publiques. Le tout dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques croissantes, des conflits armés et des crises humanitaires en cascade.

La science ouverte : un outil pour démocratiser la recherche scientifique
Les sociétés humaines, confrontées à une instabilité sans précédent, voient ces perturbations amplifiées par le maintien de systèmes économiques et politiques obsolètes. En parallèle, le changement climatique et la pollution ne cessent de croître, soulignant l’urgence d’une transition vers un modèle de développement durable et équitable.
L’UNESCO a initié cette volonté d’ouverture de la science pour tous, traçant les liens entre les décideurs politiques, les scientifiques, les citoyens et la jeunesse pour faire des choix éclairés pour préserver la biodiversité marine et être au cœur des projets écologiques.

Biodiversité marine : des découvertes inédites
Construire des futurs durables, la résilience ouvre la voie pour bâtir un monde plus juste et durable, mais il est nécessaire que soient des actions concrètes, fidélisant le plus grand nombre autour d’un objectif commun.

Echantillonnage ADNe : Décembre 2022
© Ana María Monge Ortiz, Área de Conservación Marina Coco
« Protéger, connaître, mais aussi partager les sciences » Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO définit l’objectif du programme d’expéditions de l’ADN dans le cadre de l’Étude de l’ADNe environnemental invitant la science citoyenne à renforcer la collecte des échantillons, la surveillance et la préservation de la biodiversité marine.
Construire ensemble la protection des océans par un accès simplifié à la science, par l’éducation, c’est la mise en place de ce projet de trois ans par l’UNESCO pour la biodiversité marine et donnant la possibilité à 250 écoliers du monde entier de participer.

UNESCO – Un engagement pour l’océan : priorité vitale pour la vie terrestre
C’est un programme unique qui a permis d’enrichir nos connaissances sur la biodiversité de 21 sites du patrimoine mondial marin.
Des écoliers, bénévoles et autochtones ont participé à un processus essentiel de surveillance de la biodiversité. La démarche est simple : prélever des échantillons de moins de 2 litres d’eau et par leur analyse « identifier la présence et le nombre d’espèces dans un environnement donné à partir des ADN laissés par ces espèces », explique Audrey Azoulay lors du point presse. Une technique novatrice permettant avec un seul échantillon de 1,5 l d’eau d’acquérir les traces génétiques d’environ 100 espèces marines en moyenne.

Echantillonnage ADNe : Octobre 2022
© UNESCO/Geo Media Interactive
UNESCO et science citoyenne : mobiliser la jeunesse pour les océans
Accompagnés par des scientifiques, les collectes d’échantillonnages réalisées selon une méthode standardisée par l’UNESCO, qui a l’avantage d’être simple et non invasive pour le milieu marin, sont analysées par une technique de bio-informatique pour identifier les séquences d’ADN, et l’analyse implique une biologie moléculaire complexe.
Les résultats enseignent et surprennent sur la richesse de la biodiversité marine, sur le passage des espèces dans certaines zones, ce qui permet de cartographier plus précisément et de déterminer ainsi une aire marine.

Echantillonnage ADNe : Mars 2023
© UNESCO/Christelle Alix
La collecte de 396 échantillons prélevés sur 21 sites du patrimoine mondial marin, ont permis l’identification de plus de 4 500 espèces marines, dont près de 86 espèces de requins et de raies, 28 espèces de mammifères marins et 3 espèces de tortues. Par leur engagement les bénévoles et les écoliers ont mis en avant par les prélèvements effectués, le traçage ADN de 120 espèces inscrites sur la liste rouge de l’UICN, en danger critique d’extinction ou menacées d’extinction.
Des espèces rares ont pu être également répertoriées, telles que le dauphin de la Commersion ou le Guitarfish géant pouvant atteindre 3 m de long.
Des résultats importants obtenus par l’utilisation de la technologie. De manière classique, il aurait fallu environ 5 ans pour effectuer ce travail considérable.

Echantillonnage ADNe : Avril 2023
© iSimangaliso Wetland Park
OBIS : la base de données mondiale au service de la biodiversité marine
Les nouvelles technologiques ouvrent également les portes à la science ouverte par la création de plateformes inédites telles que OBIS (Ocean Biodiversity Information System) qui s’impose comme la référence mondiale sur la biodiversité marine. Des données partagées auxquelles tous ont accès. Les décideurs politiques consultent OBIS pour prendre des décisions. « C’est une vraie encyclopédie sur les espèces océaniques », souligne Audrey Azoulay, précisant, « C’est l’infrastructure de base pour toutes les décisions scientifiques et les décideurs politiques. »

Echantillonnage ADNe : Février 2023
© Sher-e-Bangla Agricultural University
OBIS, une base essentielle conçue dans l’esprit de la science ouverte, comme s’y inscrit le Programme des expéditions ADNe de l’UNESCO. « Tous nos protocoles, outils, résultats obtenus sont accessibles à tous sur les site du Programme », confirme-t-elle.
Des études scientifiques qui ont besoin d’outils efficaces face à l’accélération du changement climatique et de l’aggravation de la pollution globale impactant le globe terrestre. La recherche scientifique ne pourrait avoir de sens s’il était dans un esprit d’exclusion, de concurrence et de rentabilité exclusive. Le partage est un moteur essentiel et capable de répondre à un défi majeur : réduire la dégradation de la biodiversité marine qui est la respiration de la vie sur Terre.

Echantillonnage ADNe : Mars 2023 © IRD/Laurent Vigliola
L’eau est un élément précieux indispensable à la vie. L’humanité ne peut pas élaborer des projets, envisager un futur possible si l’océan perd son équilibre parfait. L’existence de nos sociétés n’a aucun sens, s’il n’est pas au cœur de ses choix la considération de l’océan. Son identité est liée à la nôtre et symboliquement nos larmes portent en elles le sel de la mer. L’origine est claire et limpide, issue de cette immensité d’eau en osmose avec tous les éléments permettant à la vie de s’épanouir.
La Terre est le cerveau le plus incroyable, capable d’anticiper toutes actions pour privilégier la renaissance instantanée. Aujourd’hui, l’humain peut mettre en péril sa propre existence en provoquant un déséquilibre majeur, en exploitant sans conscience les ressources naturelles, en négligeant les conséquences de l’industrie chimique, son impact néfaste sur l’environnement. Les « polluants éternels » tels que le plastique, les déchets microplastiques qui menacent toujours davantage la santé de l’océan.

Éducation écologique – transmission aux générations futures : les clés de la préservation
La science ouverte : « protéger, connaître, partager » passe également par l’éducation, apprendre aux élèves pour qu’ils puissent adopter un mode de vie en osmose avec la nature dans un esprit de solidarité, de transmission des savoirs. L’écolier peut montrer à sa famille, à sa communauté les bons gestes écologiques, et préparer un avenir respectueux de la biodiversité.

(Brésil)
Echantillonnage ADNe : Novembre 2022 © Rihel Venuto
Certains décideurs politiques n’ont pas bénéficié d’une éducation écologique dès l’enfance, n’ont pas vécu la science citoyenne durant leur parcours et entraînent un mouvement de suspicion à l’égard de la science, des nouvelles technologies soutenant la protection de la biodiversité. Le désintérêt de décideurs politiques pour les Programmes de l’UNESCO et son engagement exemplaire pour la protection des océans, accréditent les thèses climatosceptiques en influençant dans le sens contraire d’une prise de conscience collective du changement climatique et du tragique de la pollution.
Les enjeux économiques et politiques de la protection des océans
Soutenir les actions de la science citoyenne, c’est le choix fait par le gouvernement de Flandres pour le Programme des expéditions ADN environnementale (ADNe). L’éducation a été une partie active et les experts de l’ADNe OBIS ont élaboré un kit d’échantillonnage et un protocole adaptés aux écoliers pour collecter l’eau de mer, pour établir des mesures (température, salinité), pour utiliser un matériel stérile, effectuer des manipulations : passer l’eau collectée à travers une seringue dans un filtre fermé pour capturer le matériau de l’ADN, par exemple.

Echantillonnage ADNe : Octobre 2022
© UNESCO/Geo Media Interactive
Les instructions données aux élèves, dont les plus jeunes sont âgés de six ans, ont été conçues en plusieurs langues : en arabe, danois, français, allemand, et anglais pour un Programme international ouvert. « Avec ce kit, nous voulons être sûrs que les équipes d’échantillonnage s’amusaient, apprendraient et fourniraient du matériel ADN utilisable », explique Saara Suominen, experte éminente OBIS.

Echantillonnage ADNe : Juillet 2023 © Darío Podestá
La récolte de savoirs scientifiques va permettre de protéger la vie marine, les espèces en danger, les zones à surveiller. Le Programme informe que 16 % des espèces détectées subissent actuellement un stress thermique dans au moins un site. Une estimation qui sera en hausse dans les années à venir en tenant compte du scénario climatique le plus probable. Le pourcentage actuel augmentera jusqu’à 33 %, et de 52 % d’ici 2100 dans le scénario climatique le plus défavorable. Les chaleurs extrêmes qui ont eu lieu en 2024 donnent un avant-goût des conséquences de leur augmentation et répétition. Un problème plus marqué dans les régions tropicales, où vivent des populations pauvres ayant déjà besoin d’une aide humanitaire et confrontées au réchauffement climatique entre 1,5°C et 2°C.
Les conséquences des chaleurs extrêmes touchent aussi le Sahel, l’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Ouest. Des régions qui à l’avenir pourront devenir invivables, alerte le rapport 2022 de l’ONU et de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Le rapport estime que les chaleurs extrêmes seront responsables en 2100 d’un taux de mortalité supérieur à ceux du cancer et des maladies infectieuses.
Vers un avenir durable : l’objectif 30×30 du cadre mondial de la biodiversité
La préservation des océans est d’une importance cruciale pour la survie de l’humanité. Actuellement, plus de 3 milliards de personnes, soit la moitié de l’humanité, « dépendent directement » des ressources des océans pour leur subsistance et pour respirer, rappelle Audrey Azoulay. Les océans constituent le poumon bleu de la planète et absorbent un quart des émissions mondiales de dioxyde de carbone. Et, aujourd’hui, l’océan est menacé. Il pourrait bientôt ne plus être ce réservoir de carbone, et commencer une marche inverse : en émettre.
Une prédiction catastrophique dans un contexte de conflits armés augmentant la pollution, la destruction de l’environnement et captant les stratégies politiques et financières pour la guerre et non pour la protection de la nature, et l’espoir d’un avenir dans un monde viable.

Echantillonnage ADNe : Mars 2023 : © Christine Fort/DAFE
Le Programme des expéditions ADNe prend toute son ampleur et n’est pas juste une étude de plus. La recherche océanographique est délaissée des budgets nationaux de la recherche, moins de 2 % en moyenne, alors que les océans couvrent plus de 71 % de la planète. L’économie marine promet un bénéfice d’ici à 2030 de 3 000 milliards. La planète ne peut pas être comprise comme un moyen de commerce sans limite détruisant les ressources naturelles.

Echantillonnage ADNe : Avril 2023
© iSimangaliso Wetland Park
« Ce programme de l’UNESCO révolutionne la façon d’observer et de surveiller l’évolution de la vie marine. À l’heure où la dégradation de la biodiversité atteint un rythme alarmant, il offre de nouvelles opportunités pour mieux comprendre et sauvegarder les écosystèmes majeurs des 18 000 aires marines protégées à travers le monde », déclare Audrey Azoulay. Elle rappelle aussi que « conformément à sa Recommandation sur la science ouverte, l’UNESCO met cette technique en libre-accès et appelle les États membres à soutenir la communauté scientifique pour une utilisation à grande échelle ».

Echantillonnage ADNe : Mars 2023
© UNESCO/Christelle Alix
Cette initiative de l’UNESCO fait partie des actions visant l’objectif « 30×30 » du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, qui s’engage à protéger 30 % des océans, des territoires terrestres, intérieures et côtières d’ici 2030. Favoriser le partage des savoirs et des expériences pour encourager l’amélioration de la protection des aires marines protégées, développer des techniques plus performantes, soutenir la recherche océanographique, et mobiliser les décideurs politiques, gouvernements. La science citoyenne brise le silence, transmet les informations, appelle à la solidarité internationale et à l’éducation. Un programme ambitieux qui tient à ne laisser personne de côté.

(Brésil)
Echantillonnage ADNe : Novembre 2022 © Rihel Venuto
Préserver le poumon bleu de la planète pour l’avenir de l’humanité
Prendre soin des océans, c’est prendre soin de l’humanité. Harmoniser nos modes de vie en alliance avec la nature. Créer et promouvoir l’esprit de création, l’intelligence émotionnelle, intégrer la conscience de la vie en point central pour fonder des politiques nouvelles, donner le pouvoir aux valeurs humaines unies à la générosité de la Terre mère. C’est lutter contre la pauvreté voulue et conçue par un système financier international donnant la priorité aux injustices, aux mensonges économiques, à la virtualité de l’argent contre la réalité de la nature.
Réconcilier l’humain avec sa Terre, c’est avancer vers la réconciliation de l’humanité avec elle-même en ne divisant plus les êtres humains en riches et pauvres dans une matrice oppressante et brisant la vie de femmes et d’enfants à travers le monde. Les objectifs politiques ne doivent plus faire perdurer l’orgueil, le pouvoir de détruire acquis par la puissance politique. La force de notre humanité a été emprisonnée dans un système d’inversion faisant de l’humain un prédateur, quand il est en réalité un protecteur de la vie sur Terre. Posséder signifie savoir. Le savoir donnant à l’existence une conscience.

Echantillonnage ADNe : Mars 2023
© UNESCO/Christelle Alix
L’humain est le protecteur, celui capable de ressentir la terre, de s’émerveiller devant l’océan, de communier par cet invisible de l’émotion, par le verbe aimer et de fonder ainsi la préservation du patrimoine mondial immatériel par la connaissance de ce lien profond entre nous et la nature.
« Aujourd’hui, pourtant, l’avenir des océans est menacé. Le changement climatique fait sentir ces effets : les eaux se réchauffent et s’acidifient, les écosystèmes souffrent« , a déclaré Audrey Azoulay qui explique qu’ « au cours des 200 dernières années, la planète a perdu la moitié de sa couverture corallienne et les trois quart de ses forêts de mangroves. »
Les mesures établies par l’UNESCO montrent qu’au cours des 30 dernières années, l’acidité de l’océan mondial a augmenté de 26 % par rapport à l’époque préindustrielle. Une situation qui risque de s’aggraver d’ici 2 100 pour atteindre un seuil dramatique pour la vie marine de 100 à 150 %.
La science citoyenne nous donne la possibilité d’apprendre l’océan, ce qui est crucial pour comprendre comment préserver la biodiversité marine. « À ce jour, seulement 20 % de leurs fonds ont été explorés« , a précisé la Directrice générale de l’UNESCO. Les nouvelles technologies doivent être mises au service de la protection de la nature. Nous sommes face à une urgence et à un manque de connaissances.

Mukkawar (Soudan)
Echantillonnage ADNe : Avril 2023
© UNESCO/Musaab Hassouna
Le bouleversement climatique continue sa course, le système économique représente un danger considérable en axant les perspectives sur une économie de guerre, d’investissement pour l’industrie de l’armement, pour la conquête de nouveaux territoires tels que la planète Mars. Actuellement, le pouvoir s’oriente sur le choix de la puissance qui gouvernera le domaine spatial.
Les dirigeants sont alimentés par une éducation de bandes dessinées futuristes peignant un monde dystopique. Ils semblent vouloir réaliser cet imaginaire. Les armées affichent dorénavant l’appellation de « armée de l’espace ». L’humanité plonge dans l’inconnu spatial, quand elle possède une planète qui accueille la vie, et qu’elle laisse dépérir.
« A l’heure où les humains ont les yeux rivés sur Mars, nous devons explorer les océans, continent le moins connu du globe« , souligne Audrey Azoulay, qui revient vers l’essentiel, « Nous devons redoubler d’efforts pour comprendre les profondeurs, afin de pouvoir apporter des solutions durables aux menaces qui pèsent sur elles. »

Echantillonnage ADNe : Juillet 2023 © Darío Podestá
L’ère industrielle est née de l’ignorance de notre planète, du monde océanique, de la complexité de la biodiversité, des conséquences des polluants, de l’industrie de la chimie et de l’orgueil de posséder des richesses qui se révèlent éphémères. Les empires industriels peuvent s’écrouler en un claquement de doigt par la révolution climatique. Ce que nous pensons comme étant supérieur à tout, un système bancaire, un autoritarisme politique, n’est en réalité que la symbolique de la paille dans l’univers. Par contre, préserver la biodiversité marine, le poumon bleu de la planète, cela possède une valeur de durabilité, de sens de l’existence, de transmission aux enfants et générations futures d’un bien commun universel : le globe terrestre.
Fédora Hélène

Echantillonnage ADNe : Avril 2023
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