Une enfant blessée. Une adolescente brisée. Une femme qui se relève. Quand même est un témoignage. L’art s’engage pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Un cri contre le silence, un chant de survie et d’espoir.
Le cœur tremble
Ce matin, je ferme les yeux. Je respire un peu. Mon visage face aux embruns marins, le sel en eau sur ma peau, le goût de la vie, la caresse du vent, les nuages et un rayon de soleil, je suis en paix, je vis.
Le temps froissé, l’aiguille des heures descend doucement vers le soir. Entre lune et éclair du jour, la liberté échappe au monde d’en bas. La clarté illumine la mer calme, l’onde au silence de douceur.
Les yeux fermés sur la tristesse du monde, j’ouvre mon cœur, qu’il batte libre, sans sursaut de douleur. Avant de rejoindre la foule, le bruit, le désordre des rues traversées par l’ombre de la machine, le système. Avant que je tombe, m’épuise. Partir brutalement sans sursis pour voir la lune au ciel clair-obscur, le jeu des couleurs, des gris bleutés, du noir profond et la clarté soudaine.
Je ressuscite, un appel à la résistance, je respire, mon cœur bat. Merci pour l’instant au divin qui tourne les aiguilles de midi à minuit, me donnant encore le temps de vivre.
J’ouvre les yeux doucement. Mais il n’est pas temps ici-bas et revient le chagrin.
Lyanna, 11 ans, est décédée. La main d’un prédateur a étouffé sa vie. Le cri dans le désert. Crier dans la nuit, la lumière faible, la justice s’est évanouie. Les images reviennent. J’ai 15 ans. J’écris quelques lignes. Retenir la pluie, le sel en gouttes d’eau sur mon visage. La tristesse envahit l’espace. Mon pays, aux traits de la violence, blesse les enfants, la pureté, l’innocence.
J’avais 15 ans et les années suivantes, mon adolescence brisée sur la pierre blanche, je disparais ici. Une courte vie, avant que le mécanisme de l’horloge, lourd et immense dans ses rouages, sous le toit à la charpente de bois et de métal d’une gare, entrechoque les nouvelles heures. Cachée dans l’ombre des heures, étoile, je m’envole, deviens papillon, l’enfant imaginaire, et je redescends sur terre, adolescente brisée et rayonnante, je ne suis plus de ce monde. Je rêve la vie. Endormie sur le lit défunt où mon corps étouffe sous le poids du prédateur.
Marquer à la craie blanche sur le mur de la pièce à l’horloge, la poésie évadée du silence. Mon corps femme tournoie, la danse emporte le mouvement en flou, mes pieds nus sur le plancher, je deviens louve. Au souffle de lune, la proie que je suis ne tremble plus.

Quand même
J’ai la note
Je tiens le rythme
Avant que je tombe
Je m’épuise
Je me relève
Lève la tête
Quand même
Quand même
Je marche
Ivre de douleur
Le cœur en arrêt
Je descends en enfer
La nuit trop lourde
Enfant, quinze ans
La violence déjà
En urgence
Je me relève
Lève la tête
Quand même
Quand même
Dans l’ambulance
Je pars évanouie
Plus de rythme
Adieu la vie
Reviens petite
Je me relève
Lève la tête
Quand même
Quand même
Je bascule en arrière
Quinze ans, retiens la note
Il avait les cheveux blancs
Sous la douche je me noie
Lumière éteinte
Ses mains sur moi
Je sombre
France, l’indécence
Prédateurs en rois
La peur, une proie
Je me relève
Lève la tête
Quand même
Quand même
C’est pas fini
Ils chassent en meute
Ombre des bois dormants
J’arme mon âme
Mon corps endormi
Je deviens louve

La justice, où es-tu ? Tu m’as abandonnée. Trop tard, file l’orage, les longs bois noirs. Sur la route déserte, l’écho du vide résonne entre les vallées. Les sirènes de police retentissent sans jamais arrêter l’ombre, un démon. Moi, petite, dans le noir, il m’enferme dans la petite salle de bain. Il éteint la lumière. Je meurs. Je te raconte le cauchemar qu’il livre contre mon innocence derrière la porte fermée à clé.

La justice s’en est allée de France. Les pleurs de souffrance se couchent près d’elle. Adieu, humanité, tu as quitté les rivages des puissances éphémères. Les rideaux tirés, la pièce vide, la poussière, les palais en ruine des ministères, des tribunaux, ils se sont écroulés. Il ne reste plus que la feuille séchée, balancée au hasard du vent dans la salle d’audience. Elle s’effrite et disparaît.
Seigneurs d’hier, paille d’aujourd’hui, les magistrats fuient la foule. Le royaume qui brisait les ailes des enfants s’effondre. Le temple effondré, tout est fini des grandeurs qui assommaient mon corps fragile. Les âmes en révolte ont poussé la porte, sont entrées dans le cercle interdit, le pouvoir a sombré.
Le brouillard, ce matin, après la tempête, vole au-dessus des eaux. La clarté inonde la liberté. Je n’ai plus peur. Mon teint n’est plus la pâleur. Mon cœur ne bat plus si vite à en mourir. La foule a abattu les murs. Le cri dans la nuit de l’enfant détruit, assassiné, a retenti. Les vitres ont volé en mille éclats, les murs se sont fissurés, dans la ville les gens marchent sans chaînes.
Si petite, l’enfant se tient au milieu de l’avenue, vêtue d’une robe blanche, l’air danse autour d’elle, elle sourit. L’amour console la peine. Le monde aimé entre en résilience. La paix sauve.
Fédora Hélène
Emmanuel Macron,
Parfois, il faut savoir écouter.
Entendre les silences, les blessures, les larmes que l’on ne voit pas.
Parfois, il faut savoir juste aimer.
Aimer assez pour protéger les enfants.
Aimer assez pour entendre les victimes.
Aimer assez pour placer l’humanité avant le pouvoir.
Parfois, la plus grande force n’est pas de parler.
C’est d’écouter.
Accueillir la parole des survivants.
Tout révolutionner, c’est commencer par votre volonté de fracturer vous-même le cœur de pierre du pouvoir, par la force de laisser jaillir la paix.
« Plus jamais ça » accompagne les causes nobles et profondément humaines qui engagent chacun d’entre nous, et pas seulement les gouvernements et les dirigeants.
La justice est universelle. Elle vit en tout et pour tous. Elle est un don de paix au service de la défense des plus fragiles, des enfants, de la vie elle-même.
La justice doit rayonner au cœur de la société. C’est sur l’élan de son mouvement que les actes et les décisions devraient s’aligner.
La politique, lorsqu’elle s’aligne sur le mouvement du chaos et sur la puissance du pouvoir par la domination, fabrique un système prédateur qui détruit, qui se nourrit de manipulations et d’illusions.
Elle incarne alors une violence fondamentale qui divise l’humanité, interdit la réconciliation et impose la cruauté comme règle de l’ordre établi.
Le monde libéré de la politique connaîtra alors la paix qu’il n’a jamais vécue.
Un homme politique n’est pas un homme libre. Il appartient à l’illusion de la matrice du pouvoir. C’est un peu la symbolique de celui qui vend son âme.
Il devient prisonnier de ce qu’il actionne pour diriger un monde qu’il ne peut maîtriser. Le pouvoir est son maître. Plus il tente de le dépasser, plus il devient cruel et attache toujours davantage son être à la machine.
À mesure qu’il cherche à contrôler le monde, il s’éloigne de lui-même. Il croit gouverner la puissance, mais c’est la puissance qui finit par le gouverner.
Lorsque l’homme se confond avec la puissance politique, il ne lui reste plus qu’un seul chemin : celui de la rédemption.
Plus Jamais Ça


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