
L’eau, la paix et l’égalité
L’eau accomplit le miracle de la vie. Source de toute existence, elle irrigue les terres, nourrit les peuples et relie les êtres vivants dans une même communauté de destin. Pourtant, alors que cette ressource devrait constituer un droit universel, des milliards de personnes en sont encore privées. Et parmi elles, les femmes et les filles paient le prix le plus lourd de cette injustice mondiale.
L’eau ne coule pourtant pas de source dans les décisions politiques prises par les dirigeants, alors même qu’elle revêt un caractère indispensable à la vie sur Terre. Boire, c’est vivre. Une évidence mise à mal par des intérêts politiques, économiques et financiers qui continuent d’établir une hiérarchie entre les êtres humains.
Selon le Rapport mondial des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2026, intitulé « L’eau en partage : une égalité des droits et des accès », près de 4 milliards de personnes subissent chaque année un stress hydrique sévère pendant au moins un mois. Plus alarmant encore, en 2024, 2,1 milliards d’êtres humains demeurent privés d’un accès à une eau potable gérée en toute sécurité.
Une crise mondiale de l’eau révélatrice des inégalités
Cette crise mondiale de l’eau frappe principalement les populations les plus vulnérables. En Afrique subsaharienne notamment, où près de 50 % de la population vit sous le seuil de pauvreté absolue fixé à 1,25 USD par jour selon les données de l’ONU, l’accès à l’eau reste un défi permanent. La précarité économique, les inégalités sociales et les insuffisances des infrastructures se conjuguent pour priver une partie de l’humanité d’un droit pourtant fondamental.
Cette réalité s’inscrit dans un contexte mondial marqué par de profondes inégalités économiques. Dans ces conditions, accéder à une eau potable sûre, à des infrastructures d’assainissement performantes ou à des systèmes de gestion résilients demeure hors de portée pour une large partie de l’humanité.
Dans un monde marqué par de profondes inégalités, les déséquilibres économiques et sociaux alimentent les tensions géopolitiques, les conflits et les crises humanitaires. Priver des milliards de personnes d’un accès à l’eau potable révèle les limites d’un système international incapable de garantir les conditions minimales de dignité humaine. La question de l’eau dépasse ainsi les seuls enjeux environnementaux : elle interroge notre rapport à la justice, à la paix et à l’avenir même des sociétés humaines.
Un monde aussi inégalitaire ne permet pas l’émergence d’un équilibre durable entre les nations. Les disparités économiques influencent directement l’accès aux ressources vitales et participent à l’aggravation des crises humanitaires. L’eau devient alors le révélateur d’une fracture plus profonde, celle qui sépare les populations bénéficiant de la sécurité matérielle de celles qui luttent quotidiennement pour satisfaire leurs besoins essentiels.
Car tout est lié. Les activités humaines, les modèles économiques dominants, les choix politiques et l’exploitation intensive des ressources naturelles participent à l’aggravation des crises contemporaines, parmi lesquelles figure la crise mondiale de l’eau. Loin d’être isolée, celle-ci s’inscrit dans une dynamique globale qui affecte à la fois les populations, les écosystèmes et l’ensemble du vivant. Il existe une interaction permanente entre les stratégies économiques, les décisions politiques, l’organisation des échanges mondiaux et les conditions d’existence des populations. La crise de l’eau apparaît ainsi comme l’une des manifestations les plus visibles d’un déséquilibre systémique dont les conséquences touchent simultanément les êtres humains, la biodiversité et l’avenir de la planète.

Les femmes et les filles, premières victimes de la crise mondiale de l’eau
Mais cette crise mondiale de l’eau ne touche pas toutes les populations de la même manière. Derrière les chiffres se cachent des réalités humaines marquées par des inégalités profondes. Les conséquences du manque d’accès à l’eau potable se répercutent sur l’ensemble des sociétés, mais elles pèsent de façon disproportionnée sur les femmes et les filles.
Parce qu’elles demeurent, dans de nombreuses régions du monde, les principales responsables de l’approvisionnement en eau du foyer, elles supportent une charge quotidienne invisible qui compromet leur santé, leur sécurité, leur accès à l’éducation et leur autonomie économique. Loin d’être une simple question de gestion des ressources naturelles, la crise de l’eau révèle ainsi des mécanismes persistants d’exclusion et de domination.

Le Rapport mondial des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2026 met en lumière cette réalité souvent reléguée au second plan des politiques publiques. Il démontre que les inégalités de genre ne sont pas seulement une conséquence de la crise de l’eau : elles en constituent également l’un des facteurs aggravants. Dans de nombreuses régions du monde, l’accès à l’eau demeure étroitement lié à la place occupée par les femmes dans les sociétés, à leur niveau de pauvreté et à leur exclusion des lieux de décision.
Chaque jour, des millions de femmes et de filles consacrent une part considérable de leur temps à la collecte de l’eau, au détriment de leur éducation, de leur emploi ou de leur participation à la vie sociale. Une réalité qui transforme l’accès à cette ressource vitale en un enjeu majeur de justice sociale et d’égalité.

Une histoire d’eau : les femmes en premières lignes
Durant le XXe siècle, des progrès significatifs ont été réalisés grâce aux combats des femmes pour la reconnaissance, la réalisation et l’application de leurs droits. Ouvrières, scientifiques, dirigeantes, écrivaines, militantes, avocates, femmes anonymes : elles ont permis des changements fondamentaux pour lutter contre les inégalités, la pauvreté, l’effacement des femmes et des filles dans la société et aux tables de décision. Elles sont entrées en politique, comme elles ont accédé à des postes de responsabilité, techniques et opérationnels, dans le domaine de la gestion et de la préservation des ressources en eau.
Cependant, les fortes inégalités ont fait barrage à une progression de l’accès à l’eau pour les femmes et les filles au niveau international. Dans différentes régions du monde, les traditions culturelles, les profondes inégalités économiques et le faible accès des filles à l’éducation contribuent à maintenir une injustice aux lourdes conséquences pour les femmes.
Certes, les Nations Unies ont adopté en 1979 la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, qui constitue un instrument historique pour faire progresser concrètement l’égalité de genre et les droits des femmes. Mais un travail considérable demeure nécessaire pour que nos sociétés se fondent réellement sur cet édifice reconnaissant la moitié de l’humanité.
Un document renforcé par un événement essentiel : la Déclaration et le Programme d’action de Beijing, adoptés en 1995. Ces instruments internationaux, conquis grâce à l’engagement de militantes, permettent aux dirigeants de concrétiser des politiques visant à mettre fin aux discriminations et aux violences à l’égard des femmes. La volonté politique a néanmoins manqué au cours des dernières décennies pour transformer en profondeur les fondements de nos sociétés et établir un véritable équilibre.
Par ailleurs, le contexte de guerre contribue à la fragilisation des droits des femmes. Elles sont les premières à subir l’ampleur des crises humanitaires et les conséquences qui découlent des conflits. Elles affrontent les déplacements forcés, l’effondrement de l’économie et l’augmentation des violences liées aux conflits armés. Contraintes de trouver un abri de fortune ou de vivre dans des camps de réfugiés, elles subissent davantage de restrictions pour accéder à une eau potable sécurisée et aux infrastructures d’hygiène qui en dépendent. Responsables des enfants, elles portent alors sur leurs seules épaules l’approvisionnement en eau de leur famille.
L’eau est une ressource rare pour les plus vulnérables, ceux que l’on nomme les sans-voix. Le rapport rappelle que l’accès à l’eau demeure conditionné par une hiérarchie sociale appliquant des règles discriminantes qui entretiennent la pauvreté.

L’eau est un droit légitime qui appartient d’abord à la vie sur Terre. Pourtant, ce droit risque d’être de plus en plus restreint pour les populations vulnérables, premières victimes d’une crise climatique qu’elles n’ont pourtant pas provoquée. Des populations sur lesquelles l’ère industrielle fait reposer le plus lourd fardeau, dans la continuité de formes modernes d’exploitation, et qu’elle prive aujourd’hui d’une ressource vitale. Les femmes précaires ont la charge de travailler durement au cœur du système économique en accomplissant l’inestimable travail de soin aux plus fragiles, sans que leurs droits humains soient pleinement reconnus. Ouvrières dans les usines, dans les champs, au sein de leur communauté et de leur famille, chacune d’entre elles rend la survie de la société possible en lui insufflant l’entraide, le soin des autres, des malades, des personnes âgées et des enfants.
Sans le travail de soin réalisé par les femmes, la terre ne serait pas seulement plus aride par le manque d’eau douce, mais également par l’absence d’amour. Une valeur d’eau vive qui permet de bâtir un avenir de paix et de justice, affranchi de l’ignorance qui produit les injustices.

C’est cet appel qui a motivé l’Assemblée générale des Nations Unies à reconnaître en 2010 que « le droit à l’eau potable et à l’assainissement est un droit de l’homme, essentiel à la pleine jouissance de la vie et à l’exercice de tous les droits de l’homme ». Les dirigeants et les puissances peuvent élaborer toutes les politiques industrielles et économiques possibles, autant que les artisans de paix peuvent lutter pour l’égalité de genre ; sans l’eau, la vie n’est plus. L’équilibre de l’eau constitue une priorité qui exige des dirigeants qu’ils comprennent la responsabilité du pouvoir afin de fonder l’équilibre des activités humaines, du monde politique et économique, en l’alignant sur la valeur du bien commun et sur la liberté d’exister pour tous. Les droits des femmes font grandir tous les droits humains, y compris les droits de la nature. Ils reposent sur une donnée fondamentale : la vie.

L’eau, un droit humain fondamental pour tous reconnu par l’ONU
« Le droit de l’homme à l’eau potable doit permettre à chacun d’avoir accès, sans discrimination, physiquement et à un coût abordable, à un approvisionnement suffisant en eau salubre et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques. Le droit de l’homme à l’assainissement doit permettre à chacun, sans discrimination, d’avoir accès physiquement et à un coût abordable à des équipements sanitaires qui soient sans risque, hygiéniques, sûrs, socialement et culturellement acceptables et garants d’intimité et de dignité. »
Assemblée générale des Nations Unies, 2015
Une résolution qui affirme les droits des femmes et appelle les États à « promouvoir l’esprit d’initiative des femmes et leur participation pleine et effective, sur un pied d’égalité, à la prise de décisions dans la gestion de l’eau et de l’assainissement ».
Un document qui souligne également la charge que représente l’approvisionnement en eau pour les femmes au sein de leurs communautés et de leurs foyers. Certaines peuvent parcourir plus d’une heure de marche pour atteindre une source d’eau potable avant d’effectuer le trajet du retour en portant seules les litres d’eau recueillis dans des bidons. La résolution de l’ONU appelle ainsi les États à « réduire le temps que les femmes et les filles consacrent à aller chercher l’eau nécessaire au foyer, de façon à remédier aux effets négatifs de l’inadéquation des services d’eau et d’assainissement sur l’accès des filles à l’éducation et à protéger les femmes et les filles contre toute menace ou agression physique, y compris la violence sexuelle, lorsqu’elles vont chercher l’eau nécessaire au foyer ou utilisent des installations sanitaires hors de chez elles ».

Femmes à fleur d’eau
Les rôles traditionnellement attribués aux femmes dans la société conditionnent « qui collecte l’eau et comment », souligne le rapport, ainsi que l’identité de ceux qui prennent les décisions et bénéficient des investissements liés à l’eau. Les conceptions politiques et économiques déterminent l’accès à l’eau et le contrôle des ressources naturelles. Les inégalités ne sont pas prédéterminées biologiquement ; elles sont imposées à des millions de femmes et de filles à travers le monde par le déséquilibre des relations sociales et par la privation d’avantages financiers accordés aux hommes à travers les héritages de pouvoir et de patrimoine.
À qui appartient la terre appartient l’eau. Telle pourrait être la devise de l’ordre établi lorsque, dans différentes régions du monde, les femmes ne peuvent être propriétaires de terres, d’exploitations agricoles ou simplement de leur propre maison.
L’accès à l’eau exige la mise en œuvre effective des engagements internationaux, que les politiques affaiblissant les droits sociaux entravent durablement. Les progrès ne peuvent s’effectuer que par une remise en question des systèmes de décision traditionnellement « dominés par les hommes », indique le rapport. Il est primordial de prendre en considération les besoins des femmes et des filles dans la gouvernance des ressources en eau.

Les nourrissons dépendent principalement de leur mère, tout comme les enfants dont la charge leur revient souvent intégralement, notamment dans les contextes de conflits armés. Les femmes protègent les enfants et subviennent à leurs besoins. Restreindre l’accès des femmes à une eau sécurisée, c’est également toucher de plein fouet les enfants. Les conflits récents au Moyen-Orient et en Ukraine ont démontré l’utilisation de l’eau comme arme de guerre, dont les premières victimes sont les femmes et les enfants.

Nos sociétés pourraient considérer ces épreuves majeures comme un appel à accélérer la réalisation des droits des femmes ainsi que la lutte contre la pauvreté et les discriminations. Un travail participant à l’accomplissement d’une paix universaliste dont notre monde a un besoin urgent.

Par ailleurs, le changement climatique implique une remise en cause des politiques et pratiques discriminatoires existantes afin d’améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants et de les protéger contre les violences multidimensionnelles résultant de la fragilité persistante des droits des femmes dans des sociétés qui continuent d’exclure les femmes et les filles de la justice globale.
Les Objectifs de développement durable (ODD) établissent l’interconnexion entre l’accès universel à une eau potable de qualité (ODD 6) et la reconnaissance de l’égalité de genre ainsi que la réalisation de l’autonomie des femmes et des filles (ODD 5). Les engagements en faveur d’un monde plus juste d’ici à 2030 sont interdépendants.

Hygiène et discrimination
Prendre une douche, se détendre dans un bain : ce n’est pas quelque chose d’accessible pour 1,7 milliard de personnes qui ne bénéficient pas de sanitaires de base à domicile, selon les données de l’OMS pour 2025.

L’accès aux services d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) s’est amélioré au niveau mondial entre 1990 et 2024, permettant à 921 millions de personnes d’obtenir, entre 2015 et 2024, un approvisionnement sûr en eau potable. Un progrès qui a permis d’étendre la couverture mondiale de la distribution d’eau potable de 68 % à 74 %.
Dans le même temps, 1,2 milliard de personnes ont bénéficié d’un accès à des services d’assainissement sécurisés, soit une augmentation de 48 % à 58 %. Des progrès qui restent insuffisants alors que la crise de l’eau perdure. Ce sont encore 3,4 milliards de personnes qui n’ont pas la possibilité d’accéder à des services d’assainissement.

La canicule actuelle qui sévit en France peut permettre de comprendre ce que signifie ne pas avoir accès à des ressources d’eau potable pour boire, se laver et assurer les usages domestiques durant plus d’un mois de fortes chaleurs. Dans de nombreuses régions du monde, ce sont les femmes qui assurent l’approvisionnement en eau de leur foyer. La nécessité de parcourir de longues distances à pied sous la chaleur pour puiser de l’eau à une source, tout en surmontant le risque de violences sur le trajet et les efforts physiques exigés, n’est pas sans conséquence pour leur santé.

Collecte de l’eau : le risque de violences pour les femmes et les filles
« Le portage de l’eau peut entraîner des efforts physiques conséquents et des blessures, sans parler des risques de violences sexistes et sexuelles auxquels les femmes et les filles peuvent être confrontées durant leur trajet, voire à leur domicile », indique le rapport de l’OMS et de l’UNICEF.
Selon les traditions patriarcales, la collecte de l’eau est une responsabilité dont les femmes ont la charge dans diverses régions du monde. Une tâche qui les expose à des efforts physiques importants ainsi qu’à des risques pour leur sécurité, en particulier dans les zones isolées ou en conflit. Un stress qui repose sur les seules épaules des femmes et des filles contraintes de chercher de l’eau quotidiennement.

En Ouganda, des femmes enceintes continuent de porter des litres d’eau pour l’approvisionnement de leur foyer sans considération pour leur épuisement, alors que leurs apports nutritionnels durant la grossesse sont parfois inférieurs à leurs besoins caloriques et hydriques.
Sentiers abrupts, chaleur intense : le portage de l’eau peut provoquer des blessures éprouvantes, d’autant plus chez des femmes qui n’ont pas accès aux soins. Les zones difficiles d’accès ou dangereuses ne bénéficient souvent pas d’infrastructures de santé adaptées, ce qui amplifie les épreuves vécues par les femmes.

Des adolescentes de 15 ans effectuent également de longs trajets pour la collecte de l’eau, manquant l’école afin d’assurer cette tâche, ce qui renforce les difficultés d’accès à l’autonomie une fois adultes. Des discriminations qui empêchent les filles les plus précaires de poursuivre des études supérieures, tandis que les violences sexistes et sexuelles auxquelles elles peuvent être confrontées sur le chemin les traumatisent durablement.
Une forte pression sociale les enferme ainsi dans la pauvreté. Les filles et les femmes sont continuellement exploitées. Leur temps est accaparé sans aucune rémunération par le travail domestique et le travail de soin auprès des enfants, des personnes âgées et des malades. L’approvisionnement en eau constitue une charge supplémentaire qu’elles assument chaque jour au détriment de leur propre santé et de leur épanouissement.

Une liberté confisquée dès l’enfance : les filles âgées de 5 à 9 ans consacrent 30 % de temps de plus que les garçons aux tâches domestiques, soit 40 millions d’heures supplémentaires chaque jour dans le monde, selon un rapport de l’UNICEF publié en 2016.
À travers le monde, les femmes et les filles consacrent chaque jour 250 millions d’heures à la collecte de l’eau, selon les données d’ONU Femmes. Des heures prises sur l’éducation, les loisirs et les activités susceptibles de générer un revenu. Un travail invisible qui prive les femmes de temps, d’opportunités et de reconnaissance.

L’eau de tous les dangers
Le portage de l’eau est une tâche difficile qui impacte directement la santé. D’autant plus que les femmes et les filles peuvent être contraintes de rationner leur propre consommation d’eau, pourtant indispensable à leur bien-être. Cinquante litres d’eau par jour et par personne sont nécessaires pour répondre aux besoins essentiels. Cette donnée permet également de mesurer la réalité du portage quotidien de l’eau et des blessures musculo-squelettiques qui peuvent apparaître, sachant qu’un litre d’eau pèse un kilogramme.

Les études réalisées démontrent l’ampleur des blessures occasionnées par la collecte de l’eau tout au long du trajet : morsures d’animaux, chutes, confrontations physiques pour accéder aux ressources en eau, risques accrus de violences sexuelles et blessures liées aux conflits armés.
L’ONU souligne que lors des trajets pour la collecte de l’eau ou vers les sanitaires, le risque de violences sexuelles et sexistes, de viols et de harcèlement verbal est renforcé. L’OMS rappelle que « les violences sexistes et sexuelles, tout comme le harcèlement verbal, constituent d’odieuses violations des droits humains dont les conséquences physiques et psychosociales durables ont également un impact sur les systèmes de santé publique ».
L’ONU constate que la stigmatisation des victimes, la peur et l’indifférence des systèmes judiciaires font que peu de ces actes cruels sont signalés et encore moins traités par la justice. Les données disponibles demeurent donc insuffisantes et ces violences restent sous-étudiées dans les services WASH.
Plusieurs études menées au Bangladesh, en Afrique du Sud, en Colombie et au Kenya ont mis en évidence des cas de rapports sexuels forcés en échange de services. Le manque d’accès aux ressources en eau entraîne ainsi des traumatismes qui affectent durablement la santé globale. Dans des sociétés marquées par des hiérarchies sociales, les inégalités et les injustices produisent des mécanismes prédateurs qui s’exercent directement contre les femmes.
Au Kenya, une campagne contre les violences sexuelles est actuellement en cours, tandis que le Parlement examine une loi destinée à lutter contre ces abus fermement condamnés par le droit international humanitaire.
Femmes sans droits, sans accès au logement
L’eau est souvent collectée par les femmes faute de politiques respectant pleinement la moitié de l’humanité. Les femmes les plus précaires, confrontées à de multiples discriminations, participent rarement aux prises de décision relatives aux services d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH), alors même que ces services devraient répondre à leurs besoins et garantir le respect de leur santé et de leur intimité.

Il est primordial qu’elles puissent s’exprimer au sein des organismes de gestion de l’eau, intégrés à un système mondialisé qui exclut trop souvent les plus précaires. Les politiques publiques continuent fréquemment de fonctionner selon des schémas hérités du passé, écartant les femmes en fonction de l’ordre social établi. Malgré les conventions internationales, l’accès effectif aux droits pour toutes demeure encore une ambition inachevée.
L’accès aux services de distribution de l’eau et d’assainissement dépend largement du logement. Pourtant, les femmes les plus précaires se voient souvent attribuer des logements vétustes, dotés d’équipements sanitaires de mauvaise qualité, une situation aggravée par l’accumulation des discriminations. Elles sont confrontées à des difficultés dont il leur est souvent impossible de sortir seules.

Certaines politiques contribuent à limiter les moyens financiers des femmes les plus vulnérables, entravant leur capacité à réaliser leurs projets, à accéder à une autonomie économique ou à bénéficier d’un salaire décent respectant leur dignité et leur droit à l’égalité. De ces mécanismes découlent des violences multidimensionnelles, parmi lesquelles les atteintes au droit au logement.
Des obstacles majeurs se dressent ainsi dans un cercle vicieux fermant l’accès aux droits fonciers et au logement, pourtant indispensables pour rendre concret le droit à l’existence. Entraver l’accès des femmes à l’eau, ressource vitale, revient à compromettre la possibilité d’un avenir serein et pacifique pour des millions d’entre elles à travers le monde.

Des pays pauvres aux pays riches, les femmes ne bénéficient pas toutes de la même considération. L’accès à leurs droits demeure souvent conditionné par leur appartenance sociale, leur niveau de revenu ou leur héritage patrimonial.
ONU-Habitat souligne dans une étude que la propriété foncière et le droit de choisir son habitation renforcent la capacité à exiger des équipements de qualité et de meilleurs services. Un logement stable et choisi constitue la base de la sécurité pour les femmes et les enfants. À l’inverse, les femmes et les enfants privés d’un logement digne sont également privés des progrès réalisés en matière d’assainissement et de distribution de l’eau et demeurent davantage exposés aux violences et aux discriminations.
L’équilibre passe par des moyens financiers plus équitables, des logements accessibles et des politiques garantissant l’accès à l’éducation, aux loisirs et à un temps libéré des charges domestiques excessives ou de la collecte quotidienne de l’eau. Le droit à la justice, dans son universalité, protège ainsi plus efficacement les femmes et les filles contre les violences sexistes et sexuelles en fondant une société sur la reconnaissance pleine et entière de leurs droits humains.
Le mal-logement dans les zones urbaines est plus élevé chez les femmes que chez les hommes, souligne le rapport, qui alerte sur une réalité aggravant leur vulnérabilité, limitant leurs projets, réduisant leurs perspectives d’avenir et entravant leur accès à l’eau et à l’hygiène.

L’étude démontre également que les habitants des logements les plus précaires paient souvent l’eau plus cher que ceux vivant dans des quartiers aisés raccordés aux réseaux publics. C’est notamment le cas à Nairobi, selon une étude fondée sur les données de la compagnie des eaux de la ville entre 2008 et 2018. Les habitants des bidonvilles achètent fréquemment leur eau auprès de vendeurs informels qui la facturent cinq à dix fois plus cher. Ces familles pauvres n’atteignent généralement pas les 1 500 litres d’eau recommandés par personne et par mois, contrairement aux habitants des quartiers à revenus plus élevés.

Ces fortes inégalités existent également en Europe, notamment en France, où les personnes vivant à la rue rencontrent de grandes difficultés pour accéder à l’eau et à l’hygiène. La souffrance des personnes sans domicile lors des épisodes de canicule demeure souvent invisible dans un pays pourtant classé parmi les principales puissances économiques européennes.
L’accès à une eau sûre est un droit humain universel qui ne peut être conditionné à une logique marchande, à des politiques discriminatoires ou à une hiérarchie sociale. Le bien commun repose sur une vérité fondamentale : tous les êtres humains sont égaux en dignité et en droits.

Pas d’eau, pas d’école
À l’échelle mondiale, 23 % des établissements scolaires ne bénéficient pas de services d’approvisionnement en eau potable et 33 % ne disposent pas de structures d’hygiène de base. L’Afrique subsaharienne concentre le plus grand nombre d’établissements dépourvus de services d’eau potable, soit près de 50 % des écoles. En ce qui concerne les services élémentaires d’hygiène, 37 % des établissements n’en disposent pas.

Pour atteindre l’Objectif de développement durable d’ici à 2030, les investissements devraient progresser à un rythme deux fois plus rapide qu’actuellement dans le domaine de l’assainissement et quatre fois plus rapide pour les structures d’hygiène, constate le rapport de l’UNICEF et de l’OMS.
L’absence d’eau sécurisée et de structures d’hygiène contraint plus de 10 millions d’adolescentes âgées de 15 à 19 ans, dans 41 pays, à manquer l’école, le travail ou des activités sociales pendant leurs règles. Une situation qui provoque honte, anxiété et exclusion.
L’eau est essentielle pour l’hygiène, pour laver les vêtements et pour lutter contre les tabous socioculturels qui entourent encore les menstruations dans de nombreuses sociétés.

Amener l’eau potable et des toilettes à l’école est pourtant possible grâce aux programmes WASH. Une initiative menée conjointement par Action Caring Team, le Programme des Nations Unies pour l’environnement et le Programme des Nations Unies pour les établissements humains à Lok Urai, en Malaisie, a permis la modernisation des installations sanitaires et le traitement des eaux usées dans des écoles et des foyers sociaux.
Un investissement relativement modeste qui améliore concrètement les conditions de vie des filles à l’école. Il est possible de soutenir leur parcours éducatif grâce à une gestion sécurisée des services WASH. Comme le souligne le rapport des Nations Unies, « l’accès à des services WASH sécurisés dans les écoles contribue à une meilleure santé, à une meilleure assiduité et, en définitive, à de meilleurs résultats scolaires des élèves ».

Avancer vers l’eau pour tous
Les femmes demeurent trop souvent les oubliées de politiques qui les excluent des processus de décision et continuent de fonctionner selon des normes sociales et des tabous liés à l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. La réponse à cette situation est multidimensionnelle et exige un travail ambitieux pour mettre fin aux discriminations, à la dévalorisation du corps des femmes, aux atteintes à leurs droits humains ainsi qu’aux violences sexistes et sexuelles.
L’eau est source de vie. Les actions qui s’alignent sur cette exigence de respect de la vie ouvrent la voie à la résilience.

Après le passage du cyclone Idai au Zimbabwe, une aide immédiate a été mise en place en intégrant les problématiques de genre dans les stratégies de reconstruction. Le projet s’est appuyé sur la construction d’infrastructures résilientes et durables destinées à améliorer le bien-être des communautés touchées.
Les principales interventions ont pris en compte les risques de violences sexistes et sexuelles grâce à la construction de toilettes sécurisées équipées de serrures, de cloisons protectrices et de kits d’hygiène. Des points d’eau ont également été installés afin de réduire les distances à parcourir quotidiennement et de limiter l’exposition aux violences.
Une nécessité dans les situations post-catastrophe, qui entraînent souvent des déplacements de population et perturbent profondément les lieux d’habitation, les espaces publics et l’organisation sociale. L’amélioration de l’éclairage public a également contribué à renforcer la sécurité des femmes lors de leurs déplacements nocturnes.
L’autonomie, autre facteur essentiel de sécurité, a constitué un objectif majeur du projet. Les femmes ont pu exercer des responsabilités qui leur étaient auparavant refusées. La gestion des pompes collectives et la construction de toilettes leur ont été confiées.
Ces responsabilités ont été rendues possibles grâce à des formations permettant à 40 femmes d’être formées à la gestion des pompes collectives et à 24 autres à la construction de latrines. Une autonomie qui renforce également celle de l’ensemble de la communauté, désormais dotée d’un plus grand nombre de personnes qualifiées pour entretenir les infrastructures essentielles.
Ce projet en faveur des droits des femmes a également instauré un congé maladie lié aux menstruations pour les femmes souffrant de troubles menstruels, leur permettant de percevoir l’intégralité de leur salaire durant leur absence. Un soutien essentiel pour préserver leur stabilité financière.
Il est primordial d’éviter toute rupture dans les mécanismes de résilience afin de pérenniser les droits des femmes et l’égalité de genre.
Un projet exemplaire qui démontre que l’égalité est possible et qu’elle contribue à faire progresser l’ensemble de la société.

Une eau, une humanité
Le Rapport mondial des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau consacré à l’eau partagée et à l’égalité de genre appelle les dirigeants et les gouvernements à renforcer leur coopération internationale afin de préserver les ressources en eau, garantir un accès universel à l’eau potable, notamment dans les territoires les plus pauvres, et mettre en œuvre sans restriction les droits des femmes. Il rappelle que l’accès à l’eau, à l’assainissement, à la sécurité et à la dignité humaine constitue une condition essentielle à la réalisation de la paix et du développement durable.

L’élimination des violences faites aux femmes représente un progrès pour l’ensemble de l’humanité. Une société qui maintient des inégalités profondes entre les êtres humains entretient les mécanismes de domination, de pauvreté et d’exclusion qui fragilisent durablement les sociétés. À l’inverse, chaque avancée en faveur des droits des femmes renforce la justice sociale, la santé, l’éducation et la résilience des communautés tout entières.
L’eau nous enseigne une vérité fondamentale : tout est lié. Les écosystèmes, les sociétés humaines, les droits fondamentaux et l’avenir des générations futures forment un même ensemble interdépendant. Lorsque l’eau manque, ce sont aussi la santé, l’éducation, l’égalité et la paix qui reculent.
La réconciliation apparaît alors comme un chemin nécessaire. Une réconciliation entre les femmes et les hommes, entre les peuples, avec la nature et avec le vivant. Elle est cette eau limpide et claire qui abreuve l’humanité, apaise les divisions et permet à chacun de grandir dans la dignité.
Dans un monde confronté à la crise climatique, à l’épuisement des ressources et à l’aggravation des inégalités, garantir l’accès à l’eau pour tous ne relève pas seulement d’une nécessité technique ou économique. Il s’agit d’un choix de civilisation. Car protéger l’eau, reconnaître les droits des femmes et défendre le bien commun reviennent à protéger la vie elle-même.
Fédora Hélène

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