Ford, ne pas mourir demain ?

Ford Aquitaine industries

Depuis des mois, les ouvriers de Ford se battent pour le maintien de leur usine. Leur volonté sans faille est aussi dans leurs qualités professionnelles qui ont concouru, dès l’ouverture du site Ford à Blanqueford en 1972, à sa réussite.

Aujourd’hui, l’annonce de sa possible fermeture pour le 2 Aout, blesse profondément ces ouvriers qui se sont toujours appliqués à défendre non seulement des milliers d’emplois, mais aussi l’industrie de notre pays qui a fait sa prospérité par ce peuple ouvrier debout dans toutes les tempêtes .

Les ouvrirers de Ford veulent avoir confiance en des négociations respectant leur don d’années de travail pour Ford et leur dignité humaine .

Ils n’oublient pas comme nous, trois des leurs qui se sont suicidés .

Une usine, ce ne sont pas des profits mais des ambitions économiques portées par des hommes, des femmes, des familles qui construisent leur vie par ce but, la société dans laquelle nous vivons tous .

Ils en sont la mémoire, l’ouvrage de talent et de réussites.

Les ouvriers Ford Aquitaine sont notre avenir car une France sans eux, c’est tout simplement, une France qui refuse d’être demain.

Fédora Hélène

Ford : raisons politiques et administratives

Pour les ouvriers de FAI (Ford Aquitaine Industrie), pas de surprise mercredi lors des négociations annuelles obligatoires sur les salaires. Pas de prime exceptionnelle – l’intersyndicale la sollicite à hauteur de 50000€ – une simple revalorisation de 1,7% pour 2019.

L’année du clap de fin ?

Si Alain Rousset, président de la Région Nouvelle Aquitaine se montre (exagérement)optimiste concernant l’avenir de Ford à Blanquefort (Gironde), la fermeture définitive reste actée au 2 août prochain et la réalité n’est manifestement pas à l’unisson.

Tout d’abord il n’existe pas à cejour de comité de réindustrialisation, seulement un groupe de travail. Réuni le 21 mars à l’Hôtel de Région, où Alain Rousset, profitant de la démission d’Alain Juppé, a grillélapolitesse aux « nouveaux », Nicolas Florian et Patrick Bobet, respectivement maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, grippant la belle entente de façade.

Et depuis ? Plus rien ou pas grand chose, les rouages administratifs tournent à vide. D’autant que la Préfecture n’a plus la clef.

Il faut dire que personne ne veut investir « en direct » sur un site sur-pollué et amianté, qui est propriété foncière du constructeur automobile américain depuis 1971, fait du prince Chaban-Delmas lorsqu’il attira Ford en Gironde.

Il faut aussi dire que si Alain Rousset se pousse du coude, les investissements moyens de la Région Nouvelle Aquitaine au soutien des entreprises des trois ex-régions Limousin, Poitou-Charentes et Aquitaine, autour de 2500 (9000 avec le secteur agro-alimentaire), parfois avec prise de participations, ne reprsésentent que gouttes d’eau – entre 100K€ et 3 M€- par rapport aux besoins réels de réindustrialisation du site stratégique de Blanquefort.

Des besoins qui n’ont d’ailleurs pas précisément été chiffrés, le comité d’entreprise du 25 mars ayant même validé (7 voix contre une) l’appel à un cabinet spécialisé, SECAFI, pour analyser la situation économique et financière ainsi que la politique sociale. Coût ? 30000€ dont 80% fiancés par Ford Europe, le reste par le CE.

Car la fermeture de Ford à Blanquefort, c’est aussi plus de 2000 emplois induits menacés dans la sous-traitance, au-delà des 350 licenciements secs « des Ford » et les départs en pré retraite (déjà 176 ont accepté, une seconde vague sera bouclée d’ici trois semaines).

Ducôté de l’Etat, on « commissionne », on « évaluationne », bref on ne bouge pas, attendant la fermeture pour enclencher une convention de réindustrialisation qui implique d’avoir verrouillé la rétrocession des terrains, des locaux, des machines, soit à l’euro symbolique, soit par acquisition, soit par expropriation, réquisition, avec Ford.

Autant dire que la partie n’est pas gagnée, le constructeur ayant déjà fourni une lettre d’intention de 20 millions d’euros, remise à la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher, qui accompagne Bruno Le Maire.

Précisant que c’est « au-delà de ses obligations légales ». Le message est clair, comme les menaces contre les 45 salariés de la CGT qui ont investi les bureaux de la direction mercredi au moment de la clôture des NAO…

Et surtout, il faut trouver un repreneur fiable !

Qui ne soit pas en outre démarché par une autre Région pour une autre liquidation d’entreprise.

La prudence commande à ce stade de ne pas s’enflammer sur les demies révélations, demis silences d’Alain Rousset, évoquant des « contacts », des « pistes » mais surtout « trop confidentielles qui pourraient faire l’objet d’un marchandage de la part d’autres régions » (11 avril 2019)…

Alors que faut-il pour « les Ford » ?

Concrètement, le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) validé par la Direccte le 5 mars, c’est 161 millions d’euros.

Mais pour bon nombre de futurs ex-salariés, cela ne se caractérisera que par une indemnité autour de 60 K€.

Mais comme elle n’est pas forfaitaire, les memebres du Codir (comité de direction) auront, eux, autour de… 500 K€ !

Maintenant pour espérer ré industrialiser le site , trouver une nouvelle production, un repreneur et des ventes pérennes, la Région ne pourra pas intervenir, contrairement aux affirmations du Président de la Région.

Trois raisons :

La première, BpiFrance n’appuie que des secteurs innovants -et pas toujours, comme pour le laser optique passé sous la coupe d’un fonds d’investissement du Liechtenstein- et doit en outre combler des « trous » et des « bugs » comme les 27 M€ destinés aux Pôles de compétitivité, non versés depuis six mois et bloqués par Bercy…

Quant à la Région, elle n’a pas la tutelle des aides à la réindustrialisation et son dispositif, NACI (Nouvelle Aquitaine Co Investissement), lancé pourtant il ya deux ans, il n’en est qu’à sa phase d’amorçage et encore grâce à un pool bancaire privé (Bpca, Crédit Mutuel, Matmut,..) qui n’a permis de lever que 70 M€ au lieu des 150 puis 220 M€ et n’est donc pas opérationnel, qui plus est pour un investissement qui dépasse les 100 millions d’euros !

Et puis, le site Ford ne peut, en l’état, entrer dans les clous des fonds européens 2014-2020, Feder, Fse, Leader, pour lesquels aucun dossier d’éligibilité n’a été constitué par la Région et pour cause.

Quant au Département de la Gironde, courageusement son président Jean-Luc Gleyze a émis un titre de recettes de 1,32 M€ pour voir restituer par Ford l’aide accordée depuis 2013 et qui impliquait le maintien jusqu’à fin 2018 d’au moins 1000 salariés au sein de FAI, ce qui n’est plus le cas. Pour mémoire, Ford aura bénéficié de plus de 26 M€ de soutien public depuis 2011…

Mais en terme de développement et soutien économique, le Département par le biais des lois NOTRe et PACTE a perdu la compétence, ce qui l’empêche d’agir comme son homologue de l’Eure, alors dirigé par le PS, le fit en 2013 en rachetant 18 M€ une usine papetière à Alizay, à quelques kilomètres de Rouen, pour la céder à un groupe thaïlandais AA, concurrent du précédent propriétaire exploitant M-Real qui lui refusait de lui vendre.

Toutes les tendances politiques furent soudées ainsi que les institutions étatiques.

Au passage, pour pouvoir exercer la même activité, après instruction administrative, enquête publique et passage en Conseil départemental de l’environnement, des risques sanitaires et technologiques, le nouveau propriétaire a du malgré tout attendre plus de deux ans l’arrêté préfectoral d’autorisation de reprise d’activité…

Combien d’années faudra-t-il dès lors à Blanquefort, qui plus est s’il ne s’agit pas de la même activité ?

Et combien d’études de surface, de coût de désamiantage et de dé pollution industrielle ?

L’on peut, à ce stade, se demander pourquoi toutes ces autorités ont laissé Ford mener à son terme et à son intérêt sa stratégie de fermeture.

Naïveté ? Complicité ? Incompétence ?

A commencer par le ministre de l’Economie (LREM), Bruno Le Maire, dénonçant la trahison de Ford.

Alors député (LR)de l’Eure et auparavant ministre (UMP) de l’Agriculture, il avait oeuvré pour l’usine papetière d’Alizay aux côtés des élus PS, tout comme son actuel collègue au gouvernement de la Cohésion des territoires, Sébastien Lecornu, dès qu’il présida sous l’étiquette UMP/LR le département de l’Eure, et avec le ministre (PS) Arnaud Montebourg et le très efficace commissaire au redressement productif ElHoucine Ouarraou.

Comment, dès lors, les mêmes causes produisant les mêmes effets, Bruno Le Maire ne put-il faire de même pour FAI à Blanquefort? Ou pour GM&S à La Souterraine, les Imprimeries Condat en Dordogne, les Fonderies du Poitou, pour Ascoval ?


© Liberterra

© FédoraHélène

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