VIOLENCES POLICIÈRES, DÉNI ? UNE LÉGITIMITÉ À LA PEINE

Le 18 Juin 2018, 8 syndicats de police lancent un cri d’alarme auprès du Ministère de l’Intérieur, quant à la crise vécue de leur profession depuis les « Gilets jaunes ».
L’IGPN vient de confirmer l’utilisation de plus de 193 000 LBD soit par rapport à 2017 une augmentation de +217 %.
La différence avec la Gendarmerie est notable puisque est enregistré le chiffre de 1 900 LBD.
Le Procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, ayant indiqué que – pour le moins – 8 fonctionnaires de police allaient être poursuivis devant le tribunal correctionnel.
Il y a actuellement 264 procédures en cours à l’IGPN suite aux plaintes portées par des blessés dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes.
Et surgit alors, ce qui fera demain notre histoire mais qui est aujourd’hui une épreuve pour notre Démocratie, la question des violences policières.

LE DÉNI

Brigitte Jullien, inspectrice générale de la police nationale, cheffe de l’IGPN après avoir été jusqu’au 23 janvier DDSP de la Gironde, cheffe du commissariat central à Bordeaux au plus chaud des samedis des Gilets jaunes, où était aussi en poste à la préfecture de la Gironde à ce moment là, le préfet Didier Lallement.
Bordeaux où furent des blessés graves parmi les manifestants de novembre 2018 à Février 2019.
Puis le rapport de l’OGLP (Observatoire Girondin des Libertés Publiques) qui dénonçait dans cette période une « politique d’intimidation » de la part du préfet Didier Lallement « qui a contribué à une escalade des tensions ».
Lequel rapport citait Camus, « Si l’Humanité échoue à concilier la justice et la liberté, alors elle échoue à tout. »
L’OGLP ne pouvait pas être plus juste et toucher la réelle problématique.
Tout sera dans la subtilité du discernement et de l’analyse à comprendre pourquoi, le déni des violences policières se fait fort et Brigitte Jullien au cours d’une conférence de presse et d’un interwiev donné au Parisien dit clairement « Je réfute totalement le terme de violences policières » et d’ajouter qu’en fait rien ne peut être déterminé puisqu’elle dit plus loin  » Notre travail est de chercher à savoir si cet usage était légitime et proportionné … Il est encore trop tôt pour le dire. »
Donc comment affirmer qu’il n’y a pas eu de violences policières ?
L’analyse « politique » qui semble être de bon ton est que les violences ne seraient pas sur l’ensemble du maintien de l’ordre au cours des manifestations des Gilets jaunes, mais sur des cas où il y aurait eu, avec un conditionnel appuyé, un manquement de la part de quelques policiers.
Puis dans un contradictoire pesant, de finir concernant les forces de l’ordre, par  » La loi lui confère le droit de recourir à la force, ce qui est en soi une violence ».
Ce qui entend « une violence légitime. »
Ce qui est important pour les policiers qui sont à ce moment-là dans une obéïssance aux donneurs d’ordre.
Lesquels donneurs d’ordre se placent également dans la légitimité des ordres qu’ils ont donnés.
Les citoyens et les blessés, dont des personnes mutilées, se posent la douloureuse question de la légitimité de blessures très graves qu’ils ont subies alors que la disproportion leur parait très claire puisqu’ils étaient non armés et ne commettant aucun acte justifiant une blessure les mutilant.
La situation à la limite « insurrectionnelle » comme le martèle Monsieur Castaner ne pourrait alors tenir et légitimiser des violences qui seront, si nous sommes sur l’ordre donné, d’Etat et de sa responsabilité.
Puis, s’il est démontré que le visage était visé, il y aurait une responsabilité du policier tirant puisque l’utilisation du LBD précise sa dangerosité et ne permet pas des tirs à bout portant ni de viser le visage.
Lequel LBD a été dénoncé par le défenseur des droits, Jacques Toubon, le 16 avril 2015 à l’Assemblée nationale. Celui ci précisait concernant l’usage des LBD, « les dommages causés par ces armes de force intermédiaire peuvent être graves et irréversibles », et en mai 2013 , il avait été « recommandé de ne pas utilisé le Flash-Ball superpro lors de manifestations sur la voie publique où, par définition, les gens sont en mouvement. » Son usage devait être dans un cadre strict et exceptionnel.
Puis, Jacques Toubon déclara aussi que  » les brigades anti-criminalité (BAC), me semblent davantage mises en cause que les formations spécialisées dans le maintien de l’ordre. »
Puis dans le rapport du défenseur des droits à la demande de l’Assemblée nationale et remis en janvier 2018, était mentionnée la préconisation explicite de l’interdiction du LBD dans les opérations du maintien de l’ordre et les risques disproportionnés liés à l’usage des grenades explosives GLI-F4 lors de manifestations.
La problématique n’étant pas uniquement sur le mouvement de Gilets jaunes mais aussi lors des manifestations contre la Loi Travail, pendant l’évacuation de la ZAD à Notre Dame des Landes dont des témoignages recueillis par Liberterra expliquent « c’était des pluies de tirs de grenades de désencerclement, de lacrymogènes, de LBD, non, mais vraiment, c’était la guerre là-bas. »  » Des épais nuages asphyxiants de gaz lacrymogènes dans une disproportion affolante »,  » Des drones en permanence avec leur bruit stressant »,  » réveillé à six heures du matin par le déboulement de leurs opérations », « les gens ne se rendent pas compte de ce qui c’est passé, de la violence contre la ZAD. »
Un usage des armes du maintien de l’ordre durant aussi les opérations pendant le mouvement des lycées et universités et le démantèlement de camps de migrants.
Puis Claudine Angeli-Troccaz, adjointe en charge de la déontologie dans le domaine de la sécurité a déclaré en rappelant « l’urgence de nos préconisations … sur les armes dans le maintien de l’ordre » que « outre l’interdiction des lanceurs de balles de défense (…), proposition largement partagée y compris par des responsables des forces de l’ordre, la question de l’usage des grenades explosives GLI-F4 lors des manifestations est à nouveau soulevée. Spécificité française dans le maintien de l’ordre en Europe, ces grenades composées d’un puissant explosif, le TNT, sont parmi les plus dangereuses de l’arsenal de nos forces de sécurité. »
Et, l’essentielle question que les citoyens peuvent vouloir poser au gouvernement, est celle de la nécessaire diplomatie et volonté pacifiste correspondant aux valeurs démocratiques et qui sont prioritaires à tout emploi de la force contre des citoyens manifestant une opposition.
Quels actes concrets diplomatiques ont été engagés par l’Etat dans une résolution pacifique face à une opposition à la politique du gouvernement par des citoyens manifestants ?
 » Une gestion démocratique des foules contestataires et préalable indispensable à un excercice légitime de la force légale » conclut Claudine Angeli-Troccaz.

Il serait tout a fait démocratique que soit exposées les actions réelles, diplomatiques, engagées par le gouvernement d’Edouard Philippe et le Président Emmanuel Macron, qui est actuellement visé avec Monsieur Castaner par une plainte déposée devant la Cour pénale internationale déposée le 11 Juin pour « crime contre l’humanité ».
Monsieur Lalanne est le déposant de cette plainte et un de ses avocat Ghislain Mabanga, agréé à la CPI depuis 2007 (Cour pénale internationale).
Celle-ci est dans l’attente de sa validation.
Le défenseur des droits a également évoqué la présence d’enfants lors d’interventions des forces de l’ordre.

OMG, OBSERVATRICE DE LA GESTION DE CONFLITS

Amnesty International publiait une enquête en Décembre 2018,sur « l’usage excessif de la force lors des manifestations de Gilets jaunes ».
Sans écarter des actes violents de la part de manifestants, Amnesty International souligne que « les policiers ne peuvent recourir à la force que lorsque cela est strictement nécessaire. Lorsque le recours à la force est inévitable, ils doivent en user avec retenue ».
Est noté que les chiffres officiels font état de 1 407 manifestants blessés, dont 47 grièvement depuis le début des manifestations des Gilets jaunes.
Des témoignages notent l’utilisation continue pendant 4 à 5 heures de gaz lacrymogène lors de manifestations des Gilets jaunes.
Des fouilles et confiscations de matériel de gens « qui ne représentaient pas forcément un risque de violence imminent » et « utilisé comme prétexte pour les arrêter ».
Un nombre impressionant, « 400 personnes qui se rendaient aux manifestations ont été arrêtées à Paris le 8 décembre. Ces « arrestations préventives » sont rendues possible par les donneurs d’ordres, donc là, sur réquisitions du procureur de la République.
Et, un total d’arrestations ce 8 décembre à Paris s’élevant à 1082 personnes dont 100 mineurs.
Amnesty International souligne des violences et arrestations subies par des lycées débutant le 3 décembre un mouvement protestataire contre la reforme Blanquer.
Le fait grave survenu le 6 décembre au lycée Saint Exupéry de Mantes-la-Jolie ( le célèbre « Petit Prince », plaidoyer pour le respect de l’autre, l’espérance, la liberté) qu’évoque Amnesty.
L’humiliation que vécurent des lycéens agenouillés sous la contrainte dont certains ont été menottés dans le dos ou devant mettre les mains sur la tête. La vidéo montrant ce fait a été diffusée sur les réseaux sociaux et médias devenant virale.
Un mineur arrêté n’avait que 13 ans et des auditions de mineurs avaient lieu sans la présence d’avocat ce qui ne respecte absolument pas le droit français.
Le 16 mai, l’enquête administrative de l’IGPN concluait par Brigitte Jullien,  » Il n’y a pas eu de comportement déviant de la part des policiers. »
Décidement … Choquant ce déni de violence dénoncé par maître Alimi et la déclaration de Brigitte Jullien avait déjà scandalisée comme le soulignait dans la presse le collectif de défense des jeunes Mantois.

Maître Arie Alimi a déposé plainte avec constitution de partie civile au nom d’environ 20 lycéens. Le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer avait déclaré être « choqué » en voyant la vidéo. Le syndicat lycéen UNL a également porté plainte, et le défenseur des droits a annoncé l’ouverture d’une enquête.

PRESSE DANS LE VISEUR

Les journalistes et photographes de presse ont eux aussi été dans le viseur et l’arrestation de Gaspard Glanz le 20 avril avait vivement choqué le monde de la presse et nombreux citoyens.
Puis, la violence, c’est aussi les coups de matraques, notament des images filmées montrant dans un Burger King à Paris, le samedi 1er décembre, des CRS frapper à coups de matraques des Gilets jaunes qui s’étaient réfugiés dans ce restaurant et ce ne fut pas le seul cas.
Puis, la violence continue et des blessures graves vont toucher Geneviève Legay projettée à terre pendant une charge de CRS à Nice le 23 mars lors d’un rassemblement des Gilets jaunes et dont l’interdiction souffrirait de dysfonctionnement.
Genevièvre Legay, hospitalisée en urgence et subissant des commentaires très désobligeants de la part d’Emmanuel Macron.

La liste des faits relatés par des témoignages, vidéos diffusées dans la presse et les réseaux sociaux, les blessés graves et personnes mutilées, est dramatiquement longue.

Un mouvement de Gilets Jaunes qui s’essouffle et dont les Gilets jaunes dénoncent les procédures judiciaires à leur encontre, et le nombre important de manifestants blessés, de retraités âgés dont des personnes de plus de 90 ans présentes le samedi, qui sont épuisées, et ces faits sont les raisons de l’essouflement.

Contraindre par la violence n’est pas le maintien d’une paix durable et c’est peut-être cela qui mettra le gouvernement face à ses responsabilités.

Un ministre qui s’est fait omniprésent

Il fut de grands ministres de l’Intérieur, comme Pierre Joxe, et lors du drame de Malik Oussekine, le corps des Voltigeurs avait été dissout et le ministre de l’Université Devaquet avait démissionné se disant atteint par ce drame.
Manuel Valls, dans les mêmes attributs de fonction à Beauvau que Christophe Castaner, avait prononcé et appuyé les sanctions conservatoires proposées quant à notamment la BAC des quartiers Nord de Marseille, aboutissant à des suspensions, déplacements, déclassements et révocations.
Ce 18 juin, où les 18 fonctionnaires, ou ex-fonctionnaires sont renvoyés devant le tribunal correctionnel quant aux délits pour lesquels ils ont été poursuivis.
Aujourd’hui, sur des cas de plaintes contre des policiers, sans qu’il soit fait, un copié-collé, il n’y a pas de suspensions des fonctionnaires de police.
Christophe Castaner indique que le Ministère dont il a la charge assurera au-delà de la « protection de fonction » (droit administratif oblige) la défense des fonctionnaires au-delà même d’une condamnation pour en assumer par l’argent du contribuable sur une fonction régalienne obligatoire, un appel.
Nunez, son secrétaire d’Etat disait faire confiance à la justice quant à ses décisions vis-à-vis des policiers poursuivis et affirme à la phrase suivante que le gouvernement soutiendra l’appel en cas de décision négative.
C’est un non-sens absurde, contradictoire avec la notion de confiance envers la justice.

Puis, la non démission de Christophe Castaner devant l’ampleur du drame des blessés pose question et laisse loin la confiance en son discours quand il dit  » Maintenir l’ordre républicain, c’est satisfaire deux exigences contradictoires: celles de la sécurité et de la liberté » vient-il d’écrire dans un tweet du 18 juin.
A cela, je me tente de lui répondre  » « Si l’Humanité échoue à concilier la justice et la liberté, alors elle échoue à tout. » Camus

Le drame de la pauvreté est la conscience de ceux qui ont oublié qu’ils en avaient une. Chaque être humain a le droit de manger à sa faim, c’est un droit fondamental qui lorsqu’il manque, à des citoyens dans un pays les négligeant, celui-ci ne peut concevoir l’essentielle volonté du maintien d’une paix durable par laquelle s’exprime la Liberté, première des valeurs, première des démocraties.

Fédora Hélène

Copyright fédora Hélène pour Liberterra

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