HERVÉ MORIN, SA RENTRÉE POLITIQUE

Dimanche 1 Septembre , Hervé Morin, Président des Centristes (ex Nouveau Centre) faisait sa rentrée politique baptisée sous le signe du fruit traditionnel normand, la pomme, et faisant rappel aussi, si nous lisons entre les lignes, à Chirac, candidat RPR à la présidentielle en 1995 avec « La France pour tous » et le pommier porteur de fruits. Tout un symbole caricaturisé par les Guignols de l’époque qui rendirent célèbre le slogan « Mangez des pommes ! »,  d’un Jacques Chirac qui déclarait avec abondance et aussi dans la presse   « j’aime beaucoup les pommes » ou encore « la pomme est un fruit sympathique et je l’observe tous les jours » et évoquait « un petit cidre  » de Corrèze qu’il aimait bien. Des militants distribuaient même des pommes dans la rue.

Une élection présidentielle en victoire pour la droite représentée par Chirac élu.

Une réussite que la droite actuelle aimerait revivre après l’échec de François Fillion, celui aux européennes, celui aussi qui la détache de l’évolution de la société française car au-delà de l’élection , ses convictions lors de la Manif pour tous, puis le débat dans un avenir proche sur la PMA et GPA, peut marquer un « archaïsme« , le mot de Gérard Larcher, LR, Président du Sénat qui défend son mouvement de l’être devant une assemblée plutôt bourgeoise et conservatrice . Gérard Larcher qui ne veut céder « à la sinistrose » ambiante dans son parti et qu’il « faut construire la droite du centre et du 21 ème siècle » qui commence peut-être sans eux …

Une droite et Hervé Morin était samedi dernier à Brive à la rentrée politique de Valérie Pécresse, faut-il comprendre un rapprochement qui n’oubliera pas ces rapports de force pour plus loin proposer leurs candidats à la future élection présidentielle ?

De quoi rassurer leur premier obstacle, Emmanuel Macron, qui est le seul candidat possible pour LREM qui perdrait le sens même de son nom à vouloir un choix différent.

Une droite qui se positionne avec une ambiguïté forte dans sa conscience à le dire sans peut-être pour autant en prendre conscience.

Le choix d’être dans une tradition bourgeoise de gouverner en bon roi juste, et manifestant de l’empathie envers les citoyens plus vulnérables, tout en étant dans un monde où la bourgeoisie ne peut se maintenir que par un esprit économiste conservateur, louant également les banques, et une technocratie qu’ils dénoncent mais qu’ils flatteront aussi.

Une droite très critique envers le gouvernement, qui veut affronter Emmanuel Macron qui est issu du même milieu qu’eux, une bourgeoisie de province et à la culture catholique. Puis, qui fait référence aux mêmes politiques héritées du Gaullisme et qui sur l’impulsion d’une économie prospère profiteront de l’élan donné par  de Gaulle comme le fit Giscard.

Un élan sociétal également entrepris par la jeunesse de 1968 qui oblige la France à progresser, et le courage des femmes sera au rendez-vous pour concrètement porter une évolution sociale qui sera forte par la loi Veil pour l’IVG.

Nouveau Centre vers une évolution sur les sujets de société ?

Une droite, donc, et Hervé Morin, se positionne vers une évolution des mentalités pour ne pas commettre « l’erreur » d’opposition farouche, et il le dit avec diplomatie au public présent et conquis,   que fut celle de la Manif pour tous à l’égard du mariage pour tous.

Hervé Morin qui rappelle son ouverture d’esprit face au sujets de sociétés en disant  « avoir été un des rares députés de l’opposition à avoir voté pour la pilule du lendemain« , et qu’il « ne veut plus être un des porte-parole de cette famille politique qui oublie que la société française, elle, a évolué« .

Un positionnement qu’il considère être essentiel pour lui avant le débat fort qui sera sur la PMA-GPA. Il se présente comme étant en faveur de la PMA mais « Oui, il faut des garanties (…), oui il faut permettre aux jeunes issus de la procréation médicalement assistée de pouvoir avoir une recherche en paternité » déclare Hervé Morin qui d’autre part refuse la GPA en demandant qu’il « soit inscrit dans la loi que la GPA est absolument inacceptable parce que la marchandisation du corps est absolument abominable« .

Hervé Morin s’appuyant sur le fait que Simone Veil était de leur formation politique qui aujourd’hui est pour la cause des femmes « sans pour autant être dans les excès de Madame Schiappa » dit-il.

Un Grenelle des violences conjugales qui s’ouvre ce mardi 3 septembre, et qui suscite au cœur même des associations féministes de vives polémiques et l’évocation d’un contre-Grenelle, mais pouvons-nous dire que Marlène Schiappa est dans « l’excès » quand depuis janvier 2019, 99 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint ?

Et, samedi avant « La fête de la pomme » droitière, était une victime de plus, une femme tuée à Cagnes-sur-Mer, dont le corps portait les marques de violents coups après une dispute avec son compagnon, nous informait la presse. Et, ce titre terrible de France Info relatant un témoignage « Il l’a battue à mort ».

L’excès est de ne pas être aux côtés du combat total des femmes pour le respect de leur vie.

Est-ce que Simone Veil n’était pas dans l’excès quand devant une Assemblée masculine fortement hostile à une loi pour l’IVG, elle mena son combat ?

Les droits des Femmes sont-ils excessifs quand depuis des siècles les femmes vivent dans le monde entier des violences et discriminations abominables ?

Une évolution sociétale dont se prévaut Hervé Morin et qui pourtant ne semble pas acquise puisque les applaudissements de l’assistance ont suivi son propos.

Une culture patriarcale, pas de femmes politiques « mousquetaires » présentent à la tribune de cette rentrée politique du Nouveau centre … Pas si nouveau .

Pourtant, nous ne pouvons douter de leur peine à constater des violences aussi terrifiantes et l’appel est, de tous, combattre pour l’anéantissement des violences conjugales, des violences faites aux femmes et aux enfants, de la criminalité masculine envers les femmes.

Le sujet fort de la rentrée est aussi celui de la décentralisation.

Dominique Bussereau, Président de l’Assemblée des Départements de France, dénonce qu’elle ne peut se réaliser car « Il n’y a pas de décentralisation car il n’y a pas de  moyens financiers » et alerte à ce sujet un ministre du gouvernement qui fut député de l’Eure. Puis, il lance « un appel solennel au gouvernement » dit-il,  » une rentrée qui commencerait par un hold-up financier sur les finances des départements, ne serait pas une rentrée placée sous le signe de la décentralisation. »

Un constat appuyé par François Baroin, Président de l’AMF, (Association des Maires de France) qui déclare que  les missions régaliennes sont aussi en berne dans  « un état qui est aujourd’hui tellement asphyxié par sa dette qu’il n’en a plus les moyens ni humains ni financiers pour assumer le rôle qui est le sien. »

Pourtant, il apparaît plus que jamais selon l’avis des « mousquetaires » réunis ce dimanche, selon l’expression de Dominique Bussereau, que donner du pouvoir aux collectivités est essentiel .

Les collectivités qui pour eux sont en premier, la proximité avec les citoyens et les réalités des difficultés qu’ils traversent, et sont porteuses de développements économiques efficaces.

Hervé Morin voit en sa famille politique celle qui « vend l’idée que la transformation du pays passera par les territoires. »

Mais puisque les territoires sont plus aptes que l’État à gouverner, à faire prospérer notre pays, pourquoi alors, et une nouvelle ambiguïté surgit, vouloir être à une élection présidentielle ?

Hervé Morin définit alors sa pensée, « c’est incompatible à la folie de vouloir être candidat à la présidentielle. » Et, l’est-il ce candidat ?

Celui qui démontre sa réussite à la Présidence de la Région Normandie, en n’omettant pas de citer les compliments que lui a fait Gérard Larcher qui, dit-il, lui « dressait des louanges » , puis de poursuivre en annonçant le bilan positif que la Normandie affiche dans son développement économique où elle se classe très souvent première.

Hervé Morin cite les chiffres officiels en exemple celui de la création d’entreprises à +17 % en France et qui s’élève en à « 21,4 % en Normandie, soit 30 % de plus qu’au niveau national » ou encore celui du nombre de demandeurs d’emplois en 2018 qui « réduit de 0,2 % en France, en Normandie a été de 1,9 % » selon les raisonnements politiques. (voir l’article sur Liberterra : Chômage, des chiffres opportuns avant les élections ».)

Puis, une exigence politique pour être aux présidentielles «Porter un projet alternatif».

Hervé Morin définit «  le cauchemar vers lequel on va aller si on continue comme ça, si on est incapable de pouvoir porter une alternative , c’est qu’à un moment ou un autre on finira par avoir l’extrême droite à la tête du pays ».

Une alternative, c’est ce que veut être la droite et le centre droit, qui devront certainement savoir compter l’un sur l’autre.

«Porter un projet alternatif » pour éviter « le chaos » c’est ce que veut et dit Hervé Morin.

Une alternative au duel entre Macron et l’extrême droite, ce que tous les partis d’opposition vont revendiquer être.

La droite qui sait aujourd’hui que son maintien passe par les élections aux municipales, départementales et régionales.

«À partir  des territoires, il y a un des moyens de reconquêtes » estime Hervé Morin.

Face à cette ambition, des rivaux, LREM et les socialistes.

Est rappelé la crise des Gilets jaunes qui « a été un révélateur« , « un sentiment d’injustice et que la solidarité n’existe plus » dit Dominique Bussereau, et n’oubliant pas son voisin de Nouvelle Aquitaine, Alain Juppé, « la réussite de Bordeaux« , qui aurait provoqué aussi par un concept  » d’étalement urbain« , « une forme d’ appauvrissement et un éloignement de la grande agglomération bordelaise« , puis ceux exclus qui « viennent un jour à Bordeaux casser ce qui leur paraît la réussite à laquelle il participe mais dont ils ne sont pas les bénéficiaires. » déclare-t-il. Dénonçant aussi « la fausse théorie du ruissellement métropolitain.« 

Voilà qui est dit pour ceux anciennement à droite et qui ont rejoint le macronisme, ils ne seront pas l’alternative mais ce qui a provoqué un déséquilibre grave.

 Un soutien aux Gilets jaunes mais François Baroin rappelle, même si Hervé Morin, très complimenté par le Président de l’AMF, a compris pour le Nouveau Centre l’importance de « s’adresser à une France populaire », que leur formation politique « a été aux côtés du Président de la République » durant la crise des Gilets jaunes démontrant qu’ils « ont même été le poste avancé de ce que devait être la restauration de la République au moment où elle pouvait basculer ».

François Baroin, qui fait la démonstration que les socialistes ne sont certainement pas, selon lui, l’alternative et pour cause, 2015 « l’année horribilis » c’est eux.

Il n’épargne pas François Hollande dans sa démonstration, la catastrophe de la création des grandes régions et l’exemple de la Nouvelle Aquitaine que citait Bussereau, « aussi grande que l’Autriche et aussi peuplée que le Danemark », qui est présidé par le socialiste Alain Rousset.

Mais aussi la catastrophe de la loi NoTRE, des collectivités locales et le résultat « -28 % d’investissements en 3 ans » dit François Baroin.

Ainsi que le gouvernement qui ne peut avoir un futur politique puisque déjà «Les engagements de campagne n’ont pas été respectés» insiste t-il.

L’environnement, le point clé

« La fête des pommes » au cœur de l’Eure à Épreville-en-Lieuvin, se déroule dans un magnifique manoir normand au milieu d’une campagne verdoyante où s’épanouissent des vergers de pommiers, et ce pays du cheval ne pouvait oublier la nature.

Une nature, une agriculture en transformation « gigantesque » comme l’énonce Hervé Morin, passionné de chevaux, ancien ministre de la Défense sous Nicolas Sarkozy, qui était l’heureux propriétaire de chevaux de course et son cheval « Literato » faisait parti des favoris du Prix du Jockey Club en 2007.

Libération parlait de ce « pur-sang de classe mondiale » qui aurait coûté à Hervé Morin 10 000 euros, précisant qu’il aurait dit alors « moins qu’une Laguna ».

Le temps passe et aujourd’hui, la droite dit comprendre la pauvreté qui s’aggrave et l’environnement en souffrance, les deux victimes d’un capitalisme destructeur.

C’est peut-être par cette prise de conscience de la jeunesse avant tout, que le Prix Liberté a été accordé à Greta Thunberg par le vote des jeunes lors du Forum mondial Normandie pour la paix en juin dernier.

Un prix remis par Hervé Morin à la jeune militante pour l’environnement, et qui reçut un flot de critiques, sarcasmes par des politiques et pseudos philosophes lors de sa venue à l’Assemblée nationale le 23 juillet 2019.

Hervé Morin a souhaité réagir à ce sujet lors de sa rentrée politique en posant une question « est-ce que la lutte contre le réchauffement climatique n’impose pas nous ayons des lanceurs d’alerte et des icônes capables de dire au monde attention danger, danger mortel, et qu’elle en fait partie. »

Il évoque aussi l’inauguration le 14 juin 2018 de OpenHydro, la première usine au monde fabriquant des hydroliennes et qui fut fermée le 26 juillet 2018 « le gouvernement avait décidé d’abandonner cette énergie-là » rappelle Hervé Morin.

L’environnement qui doit faire parti d’un programme électoral, les politiques l’ont bien compris, et les mousquetaires accompagnant  la rentrée politique d’Hervé Morin, Gérard Larcher, François Baroin et Dominique Bussereau ne l’oublient pas.

La droite veut espérer revenir en pole position

Une reconstruction pour la droite qu’Hervé Morin ne veut pas croire « morte », une nostalgie des années Pompidou, Giscard et Chirac, omettant soudainement Sarkozy, rappelant que le choix de Juppé ne passe pas, posant sur l’échiquier des élections ceux à battre, LREM, les socialistes et le  chaos que représente l’extrême droite.

Puis, une bourgeoisie droitière qui s’opposant à celle d’Emmanuel Macron, et le débat sur la PMA-GPA sera déterminant pour l’exercice difficile d’équilibre entre évolution et doctrine conservatrice que veut trouver le centre droit et qui devra convaincre les électeurs.

Nous sommes dans la politique électoraliste, avec une politique capitaliste qui reste forte, un conservatisme culturel qui joue les équilibristes, l’environnement par prise de conscience qui ne manquera pas de diviser la droite, on veut faire mais pas trop. Ne pas apparaître comme des militants écologiques mais sans faire l’impasse sur les dangers du réchauffement climatique. La droite restera certainement à côté des grands combats essentiels comme le feront les partis politiques ne sachant plus comment séduire sans trop de renoncements à leurs traditions culturels et pouvoirs.

Une droite et une gauche qui se retrouvent sur le même banc face au danger de l’extrême droite. Les mentors des régions devront s’affronter sur le terrain de leurs réussites et promesses, faisant des régions celles qui ne mettent pas tous les citoyens aux mêmes droits selon leurs choix et décisions.

Leur difficultés, les fonds européens pour 2021/20227 et la politique internationale très complexe à l’équilibre de paix instable dont ils n’ont pas la main ni à droite ni à gauche et le réel danger de l’extrême droite à combattre, un point d’accord.

©Fédora Hélène 

Rentrée politique d’Hervé Morin ©photo Liberterra

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