EXCLUSIVITÉ – LiberTerra : Femmes de ménage, les petites mains des hôtels – Entretien avec Frédéric Auriacombe , Directeur du Best Western Grand Hôtel français – Bordeaux

Femmes de ménage, les petites mains des hôtels – Entretien avec Frédéric Auriacombe , Directeur du Best Western Grand Hôtel français – Bordeaux

Suite à l’article de LiberTerra « Femmes de ménage – les petites mains des hôtels en lutte depuis 40 ans ! », exposant la souffrance au travail des petites mains des hôtels, et relatant l’action « Remue-ménage » du Collectif de lutte 33 en soutien aux femmes de chambre, LiberTerra a souhaité apporter des réponses à ceux et celles vulnérables qui œuvrent chaque jour à faire qu’un hôtel puisse accueillir dans les meilleures conditions sa clientèle .

Pour y répondre , LiberTerra, vous livre son entretien avec Frédéric Auriacombe, Directeur du Best Western Grand Hôtel Français à Bordeaux et qui représente également l’ UMIH 33 – Syndicat Professionnel CHRD Gironde.

Entretien réalisé par Hélène Carion

Les personnels de ménage témoignent depuis plusieurs années d’une souffrance au travail. Ils se sont exprimés par différentes actions pour que leurs conditions de travail puissent changer et que leur salaire ne soit plus celui de la misère. Les années 2002/ 2003 ont marqué leur lutte par une grève majeure qui permettra la médiatisation de leurs revendications légitimes soutenues alors par la CNT-solidaire et les militants de Sud rail. Des décennies de luttes sont et pourtant persiste cette peine lourde que devient leur travail par l’invivable notamment des pratiques de sous-traitance et le fait que l’humain, les petites mains des hôtels sont les oubliées du système économique du tourisme dont font partie les hôtels.

Répondre à leur souffrance par la reconnaissance en faisant que 2020 soit l’année où le travail ne sera plus ce qui humilie et décourage , ce qui met en situation de précarité.

Quelles solutions pérennes d’amélioration de leurs conditions de travail proposez-vous  ?

Frédéric Auriacombre :

Je pense que conditions de travail des salariés, qualité du travail, motivation et fidélisation des salariés sont étroitement liés.

J’ai dû y réfléchir dès mes premières années d’hôtelier suite à des erreurs de management que j’avais pu commettre. Ça m’avait fait prendre conscience de plusieurs choses : que je faisais un métier où le client avait un niveau d’exigence « qualité » très haut, que cette qualité dépendait entre autres de mes femmes de chambre, que mes femmes de chambre ne pouvaient pas faire du bon travail et venir travailler que si et seulement si elles se sentaient bien dans leur entreprise, que la qualité ne pouvait s’obtenir qu’avec un faible taux de turn-over. Je pense aussi que les conditions de travail sont plus favorables dans les petites structures. Bien sûr, ce n’est pas toujours , mais l’humain y reçoit certainement plus d’attention que dans les gros groupes qui sont gérés par des fonds de pension. Puis, je pense que la sous-traitance , ce n’est pas vivable. Tant que j’aurais les moyens de le faire, je n’aurai jamais recours aux sociétés de nettoyage. Il n’y a pas de salaires décents. Les femmes de ménage sont obligées de cumuler plusieurs emplois. Elles y laissent leur santé. C’est de l’esclavage moderne. Ce sont des conditions de vie difficile pour ceux qui n’ont pas le pouvoir face aux gros financiers. C’est « l’homme est un loup pour l’homme. » Ce n’est qu’une affaire d’hommes.

Pour ce faire, les hôteliers doivent s’engager à tenir des objectifs pour que soit des conditions de travail viables et des contrats et salaires respectueux des personnes , pour vous, Frédéric Auriacombe, quels sont les points cruciaux à atteindre ?

  • Former son personnel afin de le tirer vers le haut , de lui accorder de la reconnaissance en le faisant grandir, évoluer.
  • Être à l’écoute et savoir donner pour mieux recevoir
  • Être respectable, donc respecter pour être mieux respecté et écouté
  • Proposer des contrats de travail « viables » offrant des perspectives de vie : je ne fais que des CDI à l’exception d’une apprentie en alternance.
  • Travailler à rendre son entreprise exemplaire en mettant en place des organisations de travail plus respectueuses
  • Proscrire les entreprises de nettoyage qui sont à mon avis, très souvent, la cause principal du mauvais climat existant actuellement

Vos objectifs pour que soit l’humain au cœur de l’entreprise s’accordent-ils également avec une volonté de protéger notre environnement ?

Oui, nous avons obtenu l’Ecolabel européen en 2010, le label Clé Verte en 2017, l’étiquette environnementale en 2015 et adhéré à Bion Attitude en 2018. Nous reconduisons chaque deux ans nos deux labels par contre nous arrêtons le concept Biom Attitude car il fait doublon avec l’étiquette environnementale.

Nous sommes actuellement au coeur d’un bouleversement sociétal et climatique, la conscience écologique , c’est aussi la conscience du bien-être humain, vous déclarez y être sensible, cette ambition est-elle au sein des choix des hôteliers à Bordeaux ?

Au sein du club hôtelier de Bordeaux Centre ( CHBC – Président, Jean-Philippe Burgeat – Hôtel de Tourny), nous essayons avec Mr Burgeat d’instiller progressivement l’envie d’aller vers une hôtellerie plus « engagée » et tournée vers un écotourisme affiché afin que cela puisse devenir un jour l’ADN des hôtels du centre. Mais l’écho obtenu reste faible. Par rapport à il y a 10 à 15 ans , les mentalités changent. Mais modifier ses process de travail, son organisation, voire sa culture d’entreprise, l’hôtelier reste frileux. Par rapport à l Ecolabel européen, on a pu voir la courbe des hôtels labellisés s’infléchir entre 2017 et aujourd’hui. Cependant, une note d’espoir, on est plus écoutés aujourd’hui par son auditoire sur ces sujets de RSE qu’il y a 10 ans.

Ouvrir le dialogue directement avec les personnels de ménage pour être dans le savoir écouter et prendre en compte leurs témoignages, pour avancer concrètement vers le bien-être des femmes de chambre et mettre fin à leur épuisement physique et morale, cela, est-il pour vous important ?

Je pense que le dialogue est constructif . Il est important qu’il soit. À ce propos, je voudrais dire que notre hôtel a été la cible parmi un certain nombre d’hôtels affiliés aux grandes enseignes de la place, d’un mouvement de colère emmené par un syndicat dont je n’ai pas retenu le nom, se voulant être le porte parole du mal-être des femmes de chambre dans leur travail. Le but était de venir réveiller nos clients un dimanche matin à 8 heures en tapant sur des casseroles et en criant des solgans sous les fenêtres de l’hôtel. Notre receptionniste (d’ailleurs très syndiquée) en shift ce matin là, est sortie pour tenter d’expliquer qu’ils se trompaient de combat et d’adresse mais ils se sont envolés comme des moineaux apeurés. C’est dommage car le dialogue, aussi bref eût-il été, aurait été constructif.

© Hélène Carion

Frédéric Auriacombre et son épouse qui travaille à l’hôtel

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