Justice – Elle se parle, elle se confie en des mots traçant nos vies, appelant à elle , la paix libre

Texte libre

Un mur gravé, liberté

Des mots qui chavirent, des silences, la parole libre contre les murs. Liberté gravée contre ce mur éclairé à la nuit et mon regard t’admire, il teinte tes lettres de poésie, il met mon corps en mouvement. Trois pas de danse, je suis vivante et je peux tracer du bout de mes doigts la courbe harmonieuse à la lune jouant entre les branches d’arbre au vert de la vie,  sur ces feuilles libres à la hauteur des cimes quand ici-bas, je souris à la vie. Tiens la revoilà entre les pages, elle que je marquais contre ce mur à l’or des pierres, liberté. Un fleuve immobile écrit par les mots, je peins la toile. Un autre crayon et le fusain imprime le noir des chagrins immenses, des hommes fusillés, de ces femmes enterrées dans ces trous de guerre, les bombardements.

Je me suis arrêtée devant ce mur éclairé, j’ai pris ma lanterne et l’œil en la flamme, elle vacille. Ce sont les larmes coulant en feu de joie quand je peux lire : liberté. Faire triompher l’amour sous ton ciel. Quel ciel à la lune du soir et l’absence, tout est si calme alors qu’il fut la mitraille, les coups. La guerre parcourt mon corps, je porte ces cicatrices, ces blessures sans traces que l’âme de la paix brisée. Ne voulant partir sans lui redonner vie. Tout retrouver, tout renaître aux rêves de parcourir le monde par cette voile blanche s’élançant sur l’océan. Sans savoir à mon âge d’enfant que des enfants migrants y mouraient noyés, sans savoir ces mères ne pouvant consoler leur cœur, et je retiens ces témoins en mille étincelles d’espoir et demain écrire pour eux et elles. Celles perdues dans ce monde où les hommes cruels laissent la haine y faire son enfer en ma Terre. Je voudrais étirer leur désert vers le néant qu’ils habitent et refermer la porte de l’injustice sur leur mort puisqu’ils ont fait cela de leur vie. Je ne peux la nommer. 

Vivante, virevolter et oublier, ne voir que les étendues de culture d’aimer, y semer toujours un peu de ma force même si elle n’est que ce regard sur les lettres brillantes gravant : liberté. Mais surtout, qu’elles ne soient pas celles sur une tombe. Qu’elles soient celles s’envolant comme l’élan d’un enfant vers la vie. Cette venue au monde, il est un être humain.  

Il s’émerveille, il joue, embrasse l’air, épouse le soleil, la lumière. Il est né pour vivre. Le bonheur est inventé par elle, par cette naissance en un cri et l’amour en son écrin laisse un diamant s’échapper, mon enfant. Tout n’est que miracle, la seconde est celui-ci, tant elle persiste à nous pardonner. Notre humanité hissant les cortèges de soldats faisant tomber les fils de la Terre à terre et les femmes guerrières qui ne tiennent qu’un drapeau, la liberté. Les femmes Kurdes mortes au combat. Cette photo, elles se sont éteintes, tuées par la cruauté, elles qui luttaient pour la vie. Ce chemin rude, de boue et de sang, fortes, elles marchent avant d’être assassinées. On les a oubliées, abandonnées et nous parlons de justice quand nous l’enfermons dans des terres limitées aux frontières, quand elle appartient à l’immensité, quand elle doit protéger ce monde, ces femmes vous donnant la vie par leur combat.

Les juges et les lois ont refermé la porte et cette femme seule grave sur son corps violé, battu, meurtri – l’empreinte de la vérité. Elle est là à jamais une mémoire et nous serons cent, mille, des milliards de femmes à réciter partout les mots des combats, des révolutions de paix qui sauront dessiner cet avenir attendu, cette sérénité, cette harmonie.

Liberté, tes lettres en transparence aux émotions des saisons de la nature ; tu es en elle, tu es cette goutte perlant sur mon front, ma main n’osant essuyer mon visage. Cette prière d’eau venue réparer les chagrins, cette prière venue annoncer la force de vivre, un pas et la fenêtre ouverte ne laisse que l’air frais entrer, la patience et ces heures au silence que le soir à la lune, lueur fidèle, marque les mots en son de ma voix.

Je voudrais réunir ces notes en partition sans clés que d’ouvrir l’infini pour y loger la paix libre. Ôter le bruit de nos cités et les offrir au jardin. Construire nos maisons sur cet espace renouvelé à la gratuité, cette vérité de notre monde qui nous offre toute sa bonté, sans demander d’argent – cette chose inventée en pierre pour mettre notre voyage en peine. Je ne possède que ce toit étoilé. Je ne possède que peu, tant la richesse habite le cœur que je n’aurai pas assez de ce temps qui compte pour moi, l’Histoire, –  pour connaître toutes les possibilités, les savoirs et les arts. J’aurai abandonné plusieurs arts à ma main ouvrière ne pouvant bâtir chaque point de dentelle, alors pour remplacer leur mise en œuvre, j’aime à contempler leur beauté.

Je ne serai pas ce funambule en haut jonglant sur un fil, je ne serai pas ce trapéziste en oiseau en cage, je ne serai pas cet alpiniste conquérant les gratte-ciels pieds nus, je ne serai pas ce temps en haut de l’aiguille. Je serai assise sur une seconde. Je pourrai contempler la nuit sur la ville, perchée sur l’horloge, au sommet des tours. Je serai ce tableau, cette figure. Cette ombre légère flottant à gauche de minuit, à sa droite aussi, je veux être cette sœur et ce frère, voir un instant cette vie d’ange, avant que sonne la seconde suivante.

Je reviens à la paix après ce long voyage à lire les notes en poésie, après avoir posé près de la vague cette bouteille à la mer faite de papier libre, cachant son appel de détresse derrière son verre. Si jolie la lumière éclairant le mur, une arme et les ombres en théâtre lui demandent de ne pas tirer. Le canon noué, elle abandonne la balle aux prairies lointaines en ricochet et les coquelicots au vent ondulent si doucement. Soldat, « Je suis là », dis-tu dans les couloirs fantômes des nuits à la lune bienveillante déposant un rayon, mon frère.

Je repars mon ami pour te dire à demain où je poserai la photo dans ce cadre au verre en transparence, et ensemble nous ferons ces quelques pas vers la paix, la paix libre et nous parlerons, nous dirons ce mot justice que la France perd quand tu pleures, quand une femme pleure. De vos larmes, je fais l’encre, trempe la plume et de l’invisible de nos mémoires, je dépose sur cette feuille l’invisible de nos âmes, ce trait indélébile de la vie, de l’amour aussi.

Je le revois passer à cet été, ta main dans la mienne, les sourires que la guerre a trahis. Mon amour s’en est allé. C’est comme ça que l’on dit et il attend dans tes yeux dessinant ce reflet, ta silhouette. Et nos corps enlacés s’aimant à la douceur du jour à l’hiver charmant, crois-tu qu’il sera ce coquelicot, un printemps que revit la Terre, ma mère.  

Ce chant me revient, ils sont morts, ils sont tombés les soldats de la liberté, pour te relever, justice ! Et les hommes politiques n’ont pas entendu, voués  au pouvoir de leurs juges, le son de ta voix couverte par le bruit de leur vacarme, quand la liberté s’écoute au silence de ces gens passant, de ces enfants jouant. Tout reprend la cadence. La loi interdit, mais elle ne protège pas, et des procès, s’éclate la coupe brisée à l’innocence. La reconnaissance, la vie la donne, elle est ce miracle, cette seconde qui vit encore après tant de souffrances imposées  par la violence des hommes.

Fontaine à l’eau claire, pouvons-nous espérer notre humanité réconciliée avant que la paix ne s’échappe, nous quitte – tant les hommes, les États, la justice signent la guerre et moi, j’étouffe. Sans voix que la paix en hirondelle, je m’élance une dernière fois, belle espérance, liberté.

©Fédora Hélène 

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