Dossier spécial Hantavirus : ce que l’alerte du MV Hondius révèle de notre monde

L’alerte sanitaire déclenchée à bord du navire de croisière MV « Hondius », immobilisé à Tenerife après plusieurs cas d’hantavirus et plusieurs décès, suscite une inquiétude internationale suivie de près par l’Organisation mondiale de la santé. Derrière cette crise qui réveille la mémoire collective du Covid-19 émergent des questions majeures : transmission des zoonoses, destruction des écosystèmes, dérèglement climatique et fragilité des systèmes de santé face aux maladies émergentes. Enquête sur une affaire sanitaire mondiale qui interroge profondément notre rapport au vivant et à l’avenir de la santé publique.

Retour sur l’alerte sanitaire à bord du navire de croisière

Une croisière, promesse d’un beau voyage, s’est transformée en tragédie à bord du navire MV « Hondius », touché par une alerte à l’hantavirus affectant plusieurs passagers. Actuellement, le navire de croisière est stationné dans le port de Granadilla, à Tenerife, aux Canaries, et pris en charge dans le cadre du Règlement sanitaire international (RSI). Les cinq passagers français à bord seront rapatriés ce dimanche sous la supervision de l’OMS. Une centaine de passagers de différentes nationalités vont ainsi débarquer ce jour afin de rejoindre leur pays par avion.

Une traversée qui bascule

La croisière s’est déroulée sans entrave jusqu’à l’apparition de symptômes chez un passager, sans que personne ne se doute de la gravité de la maladie. Le 2 mai 2026, des analyses effectuées en Afrique du Sud ont confirmé une infection à hantavirus chez un patient gravement malade et placé en soins intensifs. Le 3 mai, un décès supplémentaire est signalé. Tout se passe très vite : le 4 mai, sept cas sont recensés et trois malades sont décédés.

Une croisière suivant un itinéraire à travers l’Atlantique Sud et partie d’Ushuaïa, en Argentine, le 1er avril dernier. À bord du navire, 147 personnes, dont 88 passagers et 59 membres d’équipage représentant 23 nationalités, ont embarqué pour découvrir de nombreuses régions éloignées les unes des autres et écologiquement diverses, ce qui multiplie les contacts avec les populations locales, d’autres touristes et la faune durant le voyage. Le navire a fait route avec de multiples escales à travers la Géorgie du Sud, l’île Nightingale, Tristan da Cunha, Sainte-Hélène et l’île de l’Ascension. Les cas de passagers malades ont contraint le navire à amarrer au large des côtes du Cap-Vert le 4 mai.

Les premiers décès

Un voyage qui devait être, pour certains, celui de leurs rêves s’est transformé en tragédie dès le 6 avril, sans que personne ne se doute encore de la gravité de la maladie circulant silencieusement. Un passager développe des symptômes de fièvre, de maux de tête et de diarrhée légère à bord du navire. Mais le 11 avril, cet homme est en détresse respiratoire et décède le même jour à bord. Le 24 avril, le corps du défunt est retiré du navire à Sainte-Hélène. Aucun test en laboratoire n’a alors été effectué. La tragédie se poursuit de manière insidieuse, sans que personne ne soupçonne le développement d’autres cas.

Ce 24 avril, une passagère débarque à Sainte-Hélène en présentant des symptômes gastro-intestinaux. Son état s’aggrave lors de son transfert par avion vers Johannesburg, en Afrique du Sud, le 25 avril. Elle décède à son arrivée aux urgences le 26 avril. Une maladie qui progresse dans l’ombre et frappe rapidement. Le 4 mai, des tests confirment un cas d’infection à hantavirus.

Une propagation inquiétante

Le virus poursuit son attaque et un autre passager se présente au médecin du navire le 24 avril avec des signes de pneumonie. Le 26 avril, son état s’aggrave ; il est évacué médicalement le 27 avril et hospitalisé en soins intensifs en Afrique du Sud. Le 2 mai, les analyses confirment l’infection à hantavirus. Ce même jour, une femme présentant également une pneumonie décède quelques jours après l’apparition des symptômes, le 28 avril.

Ouverture d’une enquête

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) poursuit une coordination étroite avec les autorités sanitaires de plusieurs pays : le Cap-Vert, les Pays-Bas, l’Afrique du Sud, l’Espagne et le Royaume-Uni afin d’assurer une circulation rapide des informations et une réponse sanitaire coordonnée.

Une coordination internationale

Dans le cadre du Règlement sanitaire international, ces échanges permettent aux États concernés de partager en temps réel les données médicales, les éventuels cas suspects, les résultats d’analyses et les mesures de prévention mises en place. L’objectif est d’anticiper tout risque de propagation, de protéger les populations et d’éviter les retards dans la gestion de l’alerte sanitaire. Cette coopération internationale constitue un élément central des dispositifs de surveillance des maladies émergentes. Elle permet notamment aux autorités sanitaires de suivre l’évolution de la situation, d’informer les voyageurs et les professionnels de santé, et de coordonner les réponses médicales entre les différents pays concernés.

Face aux risques de contamination, l’OMS a conseillé aux passagers à bord du navire de limiter au maximum leurs contacts physiques et de rester dans leurs cabines autant que possible afin de réduire les risques de transmission et de faciliter le suivi médical.

Une enquête complexe

Parallèlement, des investigations épidémiologiques ont été lancées pour identifier précisément l’origine de l’exposition au virus. Comprendre dans quelles circonstances la contamination a pu se produire reste complexe en raison de l’étendue géographique du voyage et de la provenance des passagers. Les autorités argentines ont transmis les listes des passagers et des membres de l’équipage aux autorités sanitaires des différents pays concernés, selon la nationalité de chaque voyageur. Cette procédure permet d’assurer le suivi rapide des personnes potentiellement exposées une fois rentrées dans leur pays.

En outre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en coordination avec le Centre européen de coordination des interventions d’urgence, a également engagé des discussions afin d’organiser la prise en charge médicale des personnes présentant des symptômes, ainsi que d’éventuelles évacuations sanitaires si leur état de santé l’exigeait.

Des analyses en cours

L’OMS ne néglige aucune mesure de sécurisation des populations et une assistance logistique a été déployée pour soutenir les opérations médicales à bord, notamment l’envoi de matériel destiné aux prélèvements biologiques et aux analyses. Les premiers tests confirmant une infection par hantavirus ont été réalisés par l’Institut national des maladies transmissibles d’Afrique du Sud. Des analyses sont actuellement en cours, incluant des examens sérologiques et génétiques destinés à mieux identifier la souche virale concernée. D’autres prélèvements provenant de passagers symptomatiques sont également acheminés, avec le soutien de l’OMS, vers l’Institut Pasteur de Dakar, au Sénégal, afin de poursuivre les analyses en laboratoire.

L’OMS a activé un dispositif international de coordination entre ses différents niveaux d’intervention pour accompagner les autorités nationales dans la mise en place de mesures sanitaires adaptées, fondées sur l’évaluation des risques et les données scientifiques disponibles.

Pourquoi cette affaire a-t-elle provoqué une forte inquiétude ?

Le traumatisme du Covid-19

La mémoire collective du Covid-19 est ravivée par l’annonce de contaminations à l’hantavirus au cours d’interactions sociales dans un espace confiné comme une croisière. Durant la pandémie de Covid-19, l’incertitude politique, les défaillances de communication, les failles des systèmes d’alerte et le manque criant de moyens hospitaliers ont profondément marqué les populations civiles, qui demeurent défiantes à l’égard des institutions publiques et de la gestion des crises sanitaires par les gouvernements.

Une forte inquiétude peut émerger au sein des populations, notamment parmi les personnes vulnérables et les anciens malades du Covid-19. Les familles endeuillées se souviennent de la douleur et des circonstances extrêmement difficiles dans lesquelles elles ont dû honorer un proche disparu brutalement. Les mesures sanitaires ont aggravé les souffrances, complexifié les cérémonies funéraires et parfois empêché certaines personnes de voir une dernière fois leur proche, de les accompagner ou de leur dire combien elles les aimaient. Tout a été profondément bouleversé par la pandémie et les directives de la crise sanitaire. Certaines personnes en gardent un traumatisme.

Les habitants des régions traversées par la croisière manifestent une inquiétude et s’alertent quant à la possibilité d’une nouvelle pandémie. Le risque reste toutefois « faible », assure l’OMS.

Le navire a été accueilli par l’Espagne

Une réponse adressée aux habitants

Le Dr Tedros, directeur général de l’OMS, a tenu à répondre samedi aux habitants de Tenerife « d’humain à humain » en s’adressant directement à eux par le biais d’une lettre. Il affirme comprendre leurs inquiétudes et le réveil traumatique que suscite le mot « épidémie », déclarant : « Des souvenirs refont surface qu’aucun de nous n’a complètement apaisés. La douleur de 2020 est encore bien réelle, et je ne la minimise pas un seul instant. »

Le directeur général de l’OMS tient particulièrement à rassurer et affirme : « Ce n’est pas un autre Covid-19 », indiquant que « le risque actuel pour la santé publique lié au hantavirus reste faible ». Même si, précise-t-il, « le virus à bord du MV Hondius est la souche des Andes du hantavirus. C’est sérieux. »

L’accueil de Tenerife salué

Le Dr Tedros a personnellement remercié le Premier ministre Pedro Sánchez pour la décision de l’Espagne d’ouvrir son port au navire. « Je l’ai qualifié d’acte de solidarité et de devoir moral. Parce que c’est ce que c’est », a-t-il déclaré.

Tenerife répond aux critères fixés par « les droits et obligations des pays de l’OMS lors de la réponse à des événements de santé publique d’importance internationale », indique ce jour le Dr Tedros. La ville possède des infrastructures, une capacité médicale suffisante et « l’humanité » nécessaires, souligne-t-il, pour garantir « la sécurité et la dignité de ceux à bord ».

Le Dr Tedros est arrivé à Tenerife pour suivre les opérations et soutenir les équipes médicales ainsi que les personnels portuaires, mais aussi pour rendre hommage à « une île qui a répondu à une situation difficile avec grâce, solidarité et compassion ». Touché par l’accueil de l’Espagne, il a exprimé aux habitants de l’île : « Votre humanité mérite d’être vue, et pas seulement reconnue de loin. »

La solidarité au cœur de la crise

Le directeur de l’OMS rappelle et confirme que « les virus se moquent de la politique et ne respectent pas les frontières », assurant que « la meilleure immunité que nous ayons tous est la solidarité ». L’ONG Health Asia a salué sur X l’initiative du Dr Tedros : « Pas un communiqué de presse. Pas un briefing technique. Un être humain qui parle à d’autres êtres humains. » Elle affirme également : « Cette lettre du Dr Tedros aux habitants de Tenerife est le genre de leadership dont la santé mondiale a désespérément besoin. »

La solidarité demeure le cœur de la santé mondiale, celle qui échappe aux lobbies, aux multinationales et à l’affaiblissement des politiques de santé décidé par certains dirigeants. Prendre soin les uns des autres constitue le fondement de la confiance et d’une société qui ne se perd pas dans la logique de l’argent, mais reconnaît le vivant. Les plus vulnérables doivent être protégés et respectés.

Qu’est-ce que l’hantavirus ?

Un virus transmis par les rongeurs

Les hantavirus appartiennent à la famille des virus zoonotiques qui affectent les rongeurs et peuvent transmettre la maladie à l’humain. De nombreuses formes d’hantavirus ont été identifiées dans le monde entier, mais seul un nombre limité de ces virus provoque une maladie chez l’humain. Chaque virus est généralement associé à une espèce particulière de rongeur, sans que celui-ci ne présente de signes apparents de maladie.

Le syndrome cardio-pulmonaire

Les hantavirus présents en Amérique du Sud, centrale et du Nord peuvent déclencher chez l’humain un syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus (HCPS). Il s’agit d’une maladie infectieuse grave pouvant provoquer une atteinte respiratoire sévère et évoluer rapidement vers une détresse respiratoire aiguë.

Présente surtout dans certaines régions d’Argentine et du Chili, cette variante du hantavirus fait l’objet d’une vigilance particulière des autorités sanitaires. Identifiée sur le navire de croisière MV « Hondius », il s’agit de la souche dite virus des Andes (ANDV). Le virus des Andes possède la particularité de pouvoir se transmettre d’une personne à une autre lors de contacts rapprochés et prolongés, bien que cette situation demeure exceptionnelle.

Des formes différentes selon les régions

Les hantavirus présents en Europe et en Asie provoquent principalement une fièvre hémorragique accompagnée d’un syndrome rénal, appelée HFRS. Contrairement au virus des Andes identifié en Amérique du Sud, aucune transmission d’une personne à une autre n’a, à ce jour, été observée ou documentée dans ces régions du monde.

Une maladie rare mais potentiellement mortelle

Les infections liées aux hantavirus demeurent relativement rares à l’échelle mondiale, mais elles préoccupent fortement les autorités sanitaires en raison de leur gravité potentielle. Selon les données internationales, plusieurs dizaines de milliers de contaminations seraient recensées chaque année dans le monde, principalement en Asie et en Europe. Dans ces régions, certaines formes de la maladie provoquent des atteintes rénales sévères, avec un taux de mortalité pouvant atteindre jusqu’à 15 %. La Chine et la Corée du Sud restent parmi les pays les plus touchés, même si le nombre de cas a diminué au fil des décennies grâce aux politiques de prévention et à l’amélioration des conditions sanitaires.

En Europe, des milliers de cas sont également signalés chaque année, notamment dans les régions du nord et du centre du continent où circule le virus Puumala, transmis par certains rongeurs sauvages. Sur le continent américain, les infections sont beaucoup plus rares, avec seulement quelques centaines de cas recensés chaque année. Les États-Unis ont enregistré moins d’un millier de cas depuis le début de leur surveillance sanitaire, tandis que l’Argentine, le Chili, le Brésil ou encore le Paraguay signalent régulièrement des contaminations isolées. Malgré cette faible circulation, les formes pulmonaires observées dans les Amériques restent particulièrement redoutées par les médecins : elles peuvent entraîner une détresse respiratoire brutale et affichent un taux de mortalité élevé, souvent compris entre 20 % et 50 %, faisant du hantavirus une maladie étroitement surveillée par les autorités de santé publique.

La contamination par les déjections de rongeurs

L’hantavirus se transmet principalement par contact avec des rongeurs infectés ou avec leurs déjections. Les urines, les excréments et la salive de certains rongeurs peuvent contenir le virus. Lorsque ces matières sèchent, elles peuvent contaminer l’air sous forme de poussières microscopiques invisibles. L’inhalation de ces particules constitue le mode de transmission le plus fréquent chez l’humain. La contamination peut également survenir lors d’un contact direct avec des surfaces souillées, plus rarement par morsure, ou lors de la manipulation de matériaux contaminés sans protection adaptée.

Les lieux et activités les plus exposés

Les risques d’exposition augmentent dans les espaces fermés, peu ventilés ou inhabités depuis longtemps, où des rongeurs ont pu circuler. Les zones rurales ou urbaines, certains entrepôts, greniers, cabanes isolées, réserves alimentaires, installations portuaires ou navires peuvent ainsi favoriser une exposition accidentelle au virus. Les activités impliquant le nettoyage de lieux contaminés, le déplacement d’objets poussiéreux ou la fréquentation de régions naturelles où vivent des rongeurs porteurs du virus sont particulièrement surveillées par les autorités sanitaires. Dans le cas du MV « Hondius », les investigations épidémiologiques cherchent précisément à déterminer à quel moment et dans quel environnement les passagers ont pu être exposés au virus au cours de cette longue traversée à travers l’Atlantique Sud.

Pourquoi les zoonoses inquiètent-elles autant aujourd’hui ?

Le lien entre destruction des écosystèmes et maladies émergentes

La multiplication des zoonoses, ces maladies transmises de l’animal à l’être humain, inquiète aujourd’hui les scientifiques car elle est étroitement liée aux bouleversements environnementaux provoqués par les activités humaines. Déforestation, urbanisation massive, artificialisation des sols et réchauffement climatique modifient profondément les écosystèmes et rapprochent des espèces qui vivaient auparavant à distance les unes des autres. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 75 % des maladies infectieuses émergentes chez l’être humain sont d’origine animale. 

Santé humaine et destruction des écosystèmes

La santé humaine dépend étroitement de la santé de la nature. Elle est interconnectée aux écosystèmes et interagit en permanence avec les éléments du vivant. L’eau douce, les aliments et les ressources naturelles, essentiels à l’humanité, nécessitent une préservation rigoureuse que l’industrie chimique, la déforestation, l’urbanisation et l’exploitation intensive des ressources énergétiques perturbent gravement.

La régulation de la qualité de l’air, de l’eau et des sols est indispensable à la santé humaine, insiste l’OMS. La fragilisation et la perte de la biodiversité, ainsi que la transformation des environnements naturels, entraînent des conséquences directes pour les populations humaines.

L’OMS souligne que l’impact de l’effondrement de la biodiversité sur l’économie mondiale s’élève à près de 10 000 milliards de dollars par an, en incluant les coûts sanitaires liés à l’augmentation des maladies infectieuses et à la diminution de la production agricole provoquée par le déclin des pollinisateurs.

Un effondrement alarmant de la biodiversité

L’effondrement de la biodiversité s’accélère de manière alarmante, alerte l’OMS, soulignant que le rythme actuel d’extinction des espèces est désormais de 10 à 100 fois supérieur au rythme naturel. Une tragédie provoquée par des modèles économiques incapables de reconnaître la valeur fondamentale de la nature et des équilibres du vivant.

Certaines activités humaines, comme l’agriculture industrielle, contribuent à l’aggravation de la déforestation et à la fragmentation des habitats naturels. L’industrie produit une pollution globale qui accélère les changements climatiques à travers la planète. Une société dominée par la logique du profit menace des écosystèmes essentiels, notamment la pollinisation, la fertilité des sols et la purification de l’eau, dont les conséquences sont directes pour la santé humaine, rappelle l’OMS.

Un exemple illustre cette dégradation : les zones humides, essentielles à la préservation de l’eau douce, ont perdu près de 35 % de leur surface mondiale depuis 1970. Cette disparition favorise l’augmentation des maladies d’origine hydrique et fragilise l’accès à l’eau pour plus de deux milliards de personnes.

Perte de biodiversité et maladies infectieuses

Des écosystèmes fragilisés

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle régulièrement que les activités humaines fragilisent les écosystèmes et la biodiversité à un niveau alarmant. Ces bouleversements modifient les équilibres naturels, les comportements des espèces et les interactions écologiques, avec des conséquences directes sur l’apparition et la propagation des maladies infectieuses.

L’organisation de sociétés centrées exclusivement sur la recherche de profits et de rendements financiers gigantesques contribue à détériorer la santé de la nature comme celle des êtres humains. Déforestation, changement d’affectation des terres, morcellement des habitats, pollution, déplacements de populations liés aux crises climatiques ou aux conflits armés : l’ensemble de ces facteurs menace aujourd’hui la santé globale, dite « One Health ».

Des contacts accrus avec la faune sauvage

Ces perturbations environnementales influencent les organismes vivants, modifient la dynamique des populations animales et favorisent la circulation des agents pathogènes, souligne l’OMS. La perte des moyens de subsistance pousse certaines populations à chasser des animaux sauvages ou à vivre dans des zones où les contacts avec des espèces porteuses de maladies deviennent plus fréquents.

L’insécurité alimentaire et le manque d’eau potable contraignent également des populations en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud à se concentrer dans des zones urbaines surpeuplées. L’extension des habitations précaires sur des espaces naturels et forestiers augmente le contact entre humains et faune sauvage déjà fragilisée par la destruction de son habitat. Des animaux en quête de nourriture s’approchent alors des élevages, des habitations et des commerces.

L’industrie et l’exploitation intensive des ressources ont ainsi créé un déséquilibre majeur qui banalise la destruction des équilibres naturels du vivant.

Les zoonoses sous surveillance

L’équilibre des écosystèmes protège l’humain et limite fortement la propagation des zoonoses, ces maladies infectieuses transmissibles de l’animal à l’humain. Des virus comme Ebola ou Nipah se développent principalement dans des territoires profondément perturbés par la déforestation, l’exploitation intensive des terres ou la pollution.

La déforestation touche particulièrement certaines régions d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud, entraînant une présence humaine toujours plus importante dans les milieux forestiers. L’introduction du bétail dans ces espaces favorise également les contacts entre animaux domestiques et animaux sauvages, augmentant les risques de transmission de micro-organismes pathogènes.

L’une des causes majeures réside dans l’explosion mondiale de la consommation de viande, qui a entraîné une multiplication par six de la production animale en cinquante ans. La transformation des terres au profit de l’agriculture intensive et d’activités destructrices pour les sols favorise également la progression des maladies infectieuses d’origine zoonotique.

Le rôle du changement climatique

Le changement climatique joue lui aussi un rôle central. La hausse des températures, les modifications des régimes de pluie et les événements climatiques extrêmes déplacent les populations animales et les insectes vecteurs de maladies vers de nouvelles régions. Certains virus peuvent ainsi circuler dans des territoires jusque-là peu exposés.

Pour les experts internationaux, ces transformations environnementales créent un terrain favorable à l’apparition de nouvelles crises sanitaires mondiales. L’équilibre des écosystèmes demeure une protection essentielle contre les épidémies et les pandémies. À l’inverse, le déséquilibre accéléré de la biodiversité augmente les risques de maladies émergentes toujours plus dangereuses pour l’humanité.

L’OMS défend l’approche « One Health »

Une seule santé pour le vivant

L’alliance des connaissances scientifiques, des savoirs traditionnels et de la préservation de la biodiversité permet de mieux comprendre la valeur fondamentale des ressources naturelles et la nécessité de protéger le vivant dont l’humanité fait pleinement partie. Prendre soin du monde animal revient aussi à protéger la santé humaine.

« L’approche “Une seule santé” permet de mobiliser tous les secteurs utiles, ce qui est essentiel pour lutter contre des menaces sanitaires mondiales telles que la variole du singe, la Covid-19 et Ebola », a déclaré la directrice générale de l’OMSA, Monique Éloit. Elle insiste sur la nécessité de renforcer les moyens consacrés à la santé et à la prévention des maladies, affirmant : « Il faut en premier lieu assurer la santé des animaux. La nôtre en dépend et nous sommes tous concernés. »

Le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, a également rappelé que la santé de la nature constitue une condition essentielle à celle des êtres humains. « Nous devons commencer par bien gérer les terres et mettre un terme à la déforestation, ce qui sera bénéfique aux populations et aux animaux qui les entourent », a-t-il déclaré, ajoutant qu’« il est nécessaire que tous les secteurs travaillent en étroite collaboration pour définir et mettre en œuvre des mesures d’atténuation et d’adaptation ».

Les populations les plus vulnérables en première ligne

« Tout le monde a droit à un environnement propre et sain, essentiel à toute vie sur Terre », a souligné Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE. La pandémie de Covid-19 a mis en lumière la dégradation des écosystèmes, les profondes inégalités territoriales et la vulnérabilité des populations les plus pauvres.

Les populations précaires vivent souvent dans les quartiers et les logements les moins adaptés aux bouleversements climatiques et sanitaires. La santé ne peut être protégée durablement si elle est considérée comme un privilège lié aux richesses financières plutôt que comme un droit humain fondamental. Les défaillances politiques et les injustices sociales ouvrent la voie aux crises sanitaires. « Les populations vulnérables de toutes les espèces, y compris les êtres humains les plus pauvres et les plus marginalisés, paient le plus lourd tribut », a-t-elle déclaré.

Des investissements encore insuffisants

Actuellement, les écosystèmes subissent une pression considérable liée aux activités humaines : commerce d’animaux sauvages, agriculture intensive, élevage industriel, industries extractives ou urbanisation accélérée fragilisent profondément la santé de la Terre et celle des populations humaines.

Depuis 2023, plus de 15 millions de décès dans le monde ont été liés aux maladies infectieuses, aux pandémies ainsi qu’aux risques sanitaires liés à l’eau et à l’alimentation, selon les estimations de l’OMS. Les conséquences économiques sont également considérables, avec près de 4 000 milliards de dollars de pertes.

Les difficultés de mise en œuvre de « One Health »

Les gouvernements investissent encore insuffisamment dans les infrastructures médicales, la recherche, la santé animale, végétale et environnementale, pourtant essentielles. Renforcer les politiques de santé publique implique également de lutter contre les inégalités sociales, la pauvreté et les logiques de guerre qui fragilisent les sociétés.

L’aggravation des fractures économiques et les politiques fondées sur les rapports de force compromettent la mise en œuvre concrète de l’approche « One Health », portée notamment par les Nations unies et plusieurs organisations internationales.

« Une seule santé » représente aujourd’hui une vision globale de transformation : une prise de conscience essentielle pour améliorer la santé mondiale, respecter l’équilibre entre l’humain et la nature et préserver l’alliance fondamentale permettant à l’humanité de perdurer sur Terre.

Fédora Hélène

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