Face aux mégafeux en Gironde : restaurer le vivant, reconstruire l’avenir

Les mégafeux qui ravagent la Gironde témoignent d’une transformation profonde de notre monde. Bien au-delà de l’urgence des flammes, ils révèlent les conséquences du bouleversement climatique sur les écosystèmes, les populations et la biodiversité. À la lumière des rapports des Nations Unies, cet essai interroge notre modèle de développement et explore les solutions fondées sur la restauration du vivant pour construire un avenir plus juste, plus résilient et en paix.

Gironde : 2022, l’alerte des mégafeux

Le souvenir qui me traverse, c’est le silence angoissant de la nature après le passage du feu. Puis vient l’espérance. Celle qui renaît de la terre, dans les petites pousses épargnées par le brasier, rappelant que la vie cherche toujours un chemin.

Gironde ©️ LiberTerra

Aujourd’hui, c’est d’abord le chagrin. Celui des pompiers qui ont perdu la vie, des animaux blessés ou tués par les incendies, des femmes, des hommes et des enfants qui ont tout perdu dans les flammes.

Mais c’est aussi l’espérance portée par la solidarité. Celle des pompiers, des agriculteurs, des militaires, des bénévoles, des élus, des voisins, de tous ceux qui, selon leurs moyens, tendent la main. Celle de la prière pour ceux qui y trouvent leur force, et de la volonté collective de reconnaître l’inévitable réalité du réchauffement climatique.

Il nous faudra le courage de transformer nos modes de vie, de sortir d’un modèle de développement qui épuise les ressources, accélère le bouleversement climatique et fait trop souvent primer les intérêts financiers sur les conditions mêmes de la vie.

©️ LiberTerra

 

L’entrée dans une nouvelle ère : le bouleversement climatique

Les incendies en Gironde ont été d’une intensité exceptionnelle dans la nuit de samedi à dimanche, entraînant de nouvelles évacuations. Près de 220 000 personnes ont dû quitter leur domicile ou leur lieu de vacances en quelques jours. Ce dimanche, il est estimé que près de 42 000 hectares de végétation ont déjà été ravagés par les flammes.

Le constat scientifique est sans appel. Selon le rapport publié en 2022 par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), les incendies extrêmes devraient augmenter de 14 % d’ici 2030. La FAO estime que 340 à 370 millions d’hectares brûlent chaque année dans le monde, aggravant l’insécurité alimentaire et la perte de biodiversité. Le GIEC établit un lien clair entre l’augmentation des vagues de chaleur, les sécheresses prolongées, la diminution de l’humidité des sols et l’allongement des saisons d’incendies.

L’intensité de ces feux, qui deviennent parfois incontrôlables, nous rappelle une responsabilité essentielle : protéger le vivant.

Nous avons une richesse : la fraternité. C’est elle qui s’est exprimée sur le terrain, dans ce combat long et éprouvant contre le feu. Cette tâche est loin d’être terminée. Elle demande du courage, de l’endurance et de l’unité.

Ne cédons pas aux discours qui opposent les uns aux autres, qui exploitent les peurs ou les catastrophes pour diviser. L’humanité est une communauté de destin.

L’incendie ne connaît ni frontière, ni hiérarchie sociale. Pourtant, ce sont le plus souvent les plus vulnérables, les plus pauvres et les plus exposés qui subissent les conséquences les plus lourdes du dérèglement climatique.

Ne laissons pas le feu devenir un instrument de manipulation politique. Faisons-en plutôt un appel à la responsabilité, à la réconciliation et au bien commun.

Regardons le courage de celles et ceux qui combattent les flammes. Redevenons des frères et des sœurs, unis dans la protection du vivant et dans la construction d’une paix durable.

Gironde – L’épreuve

Dimanche 26 juillet des vents de 60 km/h sont attendus en Gironde. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a déclaré que cette nuit « le feu est redevenu extrêmement virulent, imprévisible, créant son propre vent et évoluant de manière erratique vers l’agglomération bordelaise. » Ce matin, il soulignait que la « situation demeure très défavorable. » Ce sont près de 50 000 personnes qui ont été évacuées dans la nuit.

Les incendies d’une violence exceptionnelle qui ravagent la Gironde mobilisent un élan de solidarité remarquable. Près de 2 500 sapeurs-pompiers sont engagés, avec le renfort de personnels venus de Suisse, témoignant de la coopération européenne face à une catastrophe qui dépasse les frontières. À leurs côtés, 1 500 militaires ont été déployés pour appuyer les opérations, tandis qu’environ 1 200 gendarmes et policiers assurent les évacuations, la protection des populations et le soutien aux secours. En outre, plus de 450 bénévoles apportent leur précieux soutien.

Laurent Nuñez, a également annoncé que l’avion militaire A400M, capable de larguer d’importantes quantités d’eau et de retardant sur les foyers les plus difficiles d’accès, serait de nouveau mobilisé ce dimanche pour renforcer les moyens aériens engagés contre les flammes.

Le déploiement de l’A400M a également suscité des critiques. Interrogé par Franceinfo, le commandant de bord de Canadair Grégory Prats a estimé qu’il relevait davantage d’un « effet d’annonce » que d’une réponse opérationnelle capable de compenser le manque d’avions spécialisés dans la lutte contre les incendies. Selon lui, l’urgence réside avant tout dans le renforcement des moyens aériens dédiés, notamment des Canadair, dont la disponibilité demeure insuffisante face à l’ampleur des mégafeux.

La mobilisation exceptionnelle des secours ne masque pas les limites des moyens aériens disponibles. Sur Franceinfo, le commandant de bord de Canadair Grégory Prats a dénoncé une situation qu’il qualifie de « scandaleuse », rappelant que seuls cinq des douze Canadair de la flotte française étaient alors opérationnels. Selon lui, avec des « norias » de seulement deux avions par incendie, les moyens engagés sont insuffisants face à des mégafeux d’une telle intensité, alors que quatre Canadair devraient idéalement intervenir simultanément sur un même front. Le pilote s’est également montré critique à l’égard du déploiement de l’A400M, estimant qu’il relevait davantage d’un « effet d’annonce » que d’une réponse capable de compenser le manque d’avions spécialisés. Ces témoignages interrogent la capacité de la France à faire face à des incendies dont l’ampleur est désormais amplifiée par le changement climatique.

Gironde : hectares brûlés ©️ LiberTerra

Au-delà de l’urgence, cette crise soulève une question de fond : nos moyens de prévention, d’anticipation et de lutte sont-ils désormais adaptés à une réalité climatique qui évolue plus vite que les politiques publiques ? Les mégafeux ne peuvent plus être considérés comme des catastrophes exceptionnelles. Ils s’inscrivent dans une nouvelle normalité alimentée par le réchauffement climatique, les sécheresses répétées et des épisodes météorologiques extrêmes. Face à cette mutation, la protection des populations, de la biodiversité et des ressources naturelles exige une stratégie de long terme, fondée sur l’anticipation, le renforcement des capacités d’intervention et une adaptation profonde des politiques environnementales.

La solidarité : une force essentielle

Face au feu, il n’existe ni distinction sociale, ni frontière. Il y a seulement des femmes et des hommes qui risquent leur vie pour sauver celle des autres. Leur engagement nous rappelle que, lorsque l’essentiel est en jeu, la fraternité demeure notre plus grande force.

C’est cette valeur essentielle qui devra guider les moyens humains, scientifiques, techniques et politiques nécessaires à l’adaptation au changement climatique. Non par de simples discours, mais par des actions concrètes, durables et efficaces, afin de nous donner une véritable chance de construire un avenir plus juste, plus résilient et en paix.

La fraternité n’est-elle plus qu’un slogan de communication au service des stratégies politiques, alors que, pour d’autres, elle demeure une réalité vécue ?

Les incendies : le visage visible du bouleversement climatique

Les incendies qui ravagent aujourd’hui la Gironde ne constituent pas un événement isolé. Ils s’inscrivent dans une réalité mondiale documentée depuis plusieurs années par les Nations Unies et les grandes organisations scientifiques internationales. Le feu n’est plus seulement une catastrophe ponctuelle : il est devenu l’une des manifestations les plus visibles du bouleversement climatique.

À Biscarrosse, un incendie d’une ampleur exceptionnelle s’est déclaré, entraînant des évacuations massives. Des chevaux ont dû être lâchés en urgence pour leur sécurité, tandis que des milliers d’habitants et de touristes quittaient leur domicile ou leur lieu de vacances. La presqu’île du Cap Ferret a, elle aussi, été gagnée par les flammes, nécessitant de nouvelles évacuations.

La commune du Porge a été dévastée par les flammes. En quelques heures seulement, le feu a progressé jusqu’à Marcheprime, située à une quinzaine de kilomètres de la métropole bordelaise, illustrant la vitesse et l’intensité exceptionnelles de cet incendie.

Cette progression fulgurante rappelle combien les mégafeux, alimentés par des conditions climatiques extrêmes, peuvent désormais menacer en très peu de temps des territoires densément peuplés, contraignant des milliers de personnes à évacuer et mobilisant des moyens de secours sans précédent.

En quelques jours, ce sont près de 220 000 personnes qui ont été contraintes de fuir les incendies en Gironde.

Ces déplacements nous rappellent une réalité souvent ignorée : les catastrophes climatiques déplacent déjà des populations. Si le droit international ne reconnaît pas encore le statut de « réfugié climatique », les Nations Unies et l’Organisation internationale pour les migrations documentent une augmentation constante des personnes contraintes de quitter leur foyer en raison des catastrophes environnementales. Les déplacements liés au climat ne relèvent plus d’un scénario futur ; ils sont une réalité de notre temps.

Le bouleversement climatique est planétaire. Aucun continent n’est désormais épargné. Des incendies frappent simultanément la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Irlande, la Grèce, le Canada et d’autres régions du monde, tandis que les vagues de chaleur et les sécheresses prolongées favorisent des feux toujours plus intenses et plus difficiles à maîtriser.

Les rapports du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), de la FAO et du GIEC dressent un constat sans appel. Les incendies extrêmes devraient augmenter de 14 % d’ici 2030, de 30 % d’ici 2050 et de 50 % d’ici 2100. Des territoires entiers risquent de devenir inhabitables. Chaque année, entre 340 et 370 millions d’hectares brûlent dans le monde, compromettant la biodiversité, les ressources en eau, les terres agricoles et la sécurité alimentaire de millions de personnes.

Ces incendies interrogent également notre rapport aux territoires. La disparition progressive des zones humides, l’artificialisation des sols et certains choix d’aménagement ont parfois fragilisé les équilibres naturels qui limitaient la propagation des feux. Préserver les zones humides, restaurer les écosystèmes et repenser notre manière d’habiter les territoires constituent désormais des enjeux majeurs d’adaptation au changement climatique.

À cette crise environnementale s’ajoute une autre menace : celle de la guerre. Les conflits armés détruisent les écosystèmes, polluent durablement les sols, les eaux et l’air, aggravent les émissions de gaz à effet de serre, fragilisent les productions agricoles et accélèrent les déplacements forcés des populations. Le dérèglement climatique et la guerre se renforcent mutuellement, faisant peser une menace croissante sur la paix, la sécurité alimentaire et les conditions mêmes de la vie.

Les incendies qui ravagent nos territoires nous montrent déjà combien une catastrophe environnementale peut bouleverser une société. Le feu de la guerre le serait davantage encore.

Préserver la paix, protéger le vivant et agir résolument contre le changement climatique ne sont pas trois combats distincts. Ils constituent une seule et même responsabilité envers l’humanité et les générations futures.

Le feu, symptôme d’un bouleversement mondial

Les incendies qui ravagent aujourd’hui la Gironde ne constituent pas un événement isolé. Ils s’inscrivent dans une transformation profonde du climat mondial documentée depuis plusieurs années par les Nations Unies. Le feu n’est plus seulement une catastrophe ponctuelle ; il devient l’un des visages du bouleversement climatique.

Les politiques de prévention des incendies sont-elles encore possibles ?

Les incendies de forêt qui dévastent les écosystèmes, les territoires et les communautés humaines deviennent plus intenses, plus étendus et plus fréquents. Ils constituent désormais l’une des manifestations les plus visibles du bouleversement climatique. Loin d’être des catastrophes isolées, les mégafeux révèlent l’entrée de l’humanité dans une nouvelle ère : celle de l’instabilité climatique.

L’augmentation des températures, les sécheresses prolongées, les vagues de chaleur et la diminution de l’humidité des sols créent des conditions favorables à des incendies d’une intensité inédite. À ces facteurs climatiques s’ajoutent les effets des activités humaines : artificialisation des sols, fragmentation des milieux naturels, déforestation, certaines pratiques d’aménagement du territoire et modèles de développement fondés sur une exploitation toujours plus intensive des ressources.

Les conséquences dépassent largement la destruction des forêts. Les incendies bouleversent durablement les équilibres écologiques, détruisent des habitats, provoquent la mort de personnes, d’animaux, menacent les ressources en eau, fragilisent l’agriculture, aggravent l’insécurité alimentaire et déplacent des populations.

En libérant d’importantes quantités de dioxyde de carbone, de méthane, de protoxyde d’azote et de carbone noir dans l’atmosphère, ils alimentent à leur tour le réchauffement climatique. Ce carbone noir se dépose jusque sur les glaciers, dont il accélère la fonte en réduisant leur capacité à réfléchir le rayonnement solaire.

De l’Australie à l’Arctique, du Canada à l’Amazonie, de l’Afrique à l’Europe, aucun continent n’est désormais épargné. Les incendies extrêmes sont devenus un défi mondial qui interroge notre capacité collective à protéger le vivant.

Les incendies de forêts sont responsables de 5 % des terres brûlées et de 80 % des émissions de gaz à effet de serre, alerte le PNUE.

Face à cette réalité, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a publié en 2022 un rapport majeur, Spreading like Wildfire: The Rising Threat of Extraordinary Landscape Fires. Ce document marque un tournant dans l’approche des politiques publiques. Le PNUE y appelle les gouvernements à réorienter leurs investissements en privilégiant la prévention, l’adaptation au changement climatique, la restauration des écosystèmes et la préparation des populations, plutôt que de concentrer l’essentiel des moyens sur la seule lutte contre les incendies une fois qu’ils sont déclarés.

Cet appel trouve aujourd’hui un écho particulier en France. Les incendies qui frappent la Gironde, les Landes et d’autres territoires montrent que les mégafeux ne sont plus une menace lointaine. Ils constituent désormais une réalité nationale. La question n’est plus de savoir si nous devons adapter nos politiques, mais si nous saurons le faire suffisamment tôt pour préserver les conditions mêmes de la vie.

Cette réflexion dépasse la seule gestion des incendies. Elle interroge le modèle de développement que nos sociétés ont construit depuis la révolution industrielle. Une économie qui considère la nature comme une ressource inépuisable finit par compromettre les fondements de sa propre prospérité.

La santé en danger

L’approche de la santé globale, « One Health », rappelle que la santé humaine, animale et environnementale est indissociable. Les mégafeux compromettent cet équilibre en polluant durablement les sols, l’eau et l’air.

Vue du pont Queensboro, près du Siège des Nations Unies, à New York, montrant une brume dense due aux incendies de forêts au Canada, le 7 juin 2023. © John Sebesta

La qualité de l’air est fortement dégradée dans de nombreuses régions en raison d’incendies dévastateurs.

Les fumées des incendies qui ravagent la Gironde et les Landes dégradent fortement la qualité de l’air dans plusieurs départements, notamment en Gironde, dans les Landes, en Dordogne et dans le Lot-et-Garonne, où les autorités ont déclenché des procédures d’alerte ou de vigilance en raison des fortes concentrations de particules fines.

À cela s’ajoutent les incendies qui frappent également l’Espagne, dont les fumées peuvent, selon les conditions météorologiques, contribuer à la dégradation de la qualité de l’air à l’échelle de l’Europe occidentale.

L’air que nous respirons est un bien commun. Les incendies nous rappellent que la crise climatique ne s’arrête ni aux frontières administratives, ni aux frontières nationales.

Les incendies extrêmes qui ravagent la Gironde ont des conséquences majeures sur la pollution de l’air, des sols et de l’eau.

Et pourtant, dans quelques jours, des milliers de touristes sont attendus dans ce territoire meurtri. Des familles et des enfants pourraient être exposés à un air chargé en particules fines, alors que les incendies ne sont pas tous maîtrisés. Plus de 42 000 hectares ont déjà été détruits, soit près de quatre fois la superficie de Paris (10 540 hectares).

La santé publique et la protection de la vie devraient demeurer la priorité absolue face à une catastrophe environnementale de cette ampleur. Comment passer des vacances au milieu de la désolation, comme si de rien n’était ?

Chaque enfant compte.
Les colonies de vacances en Gironde ont été annulées.

L’économie : le pouvoir de l’argent prime-t-il sur la santé, sur le monde vivant, sur le temps nécessaire à toute la société pour prendre conscience des effets dévastateurs de l’ère industrielle dans laquelle nous étouffons ?

Une question essentielle sera-t-elle abordée avec sérieux par Emmanuel Macron et son gouvernement ? Au-delà de la lutte contre les flammes, la protection de la santé publique sera-t-elle au cœur des décisions ? Comment protéger les populations, en particulier les enfants, face à une pollution de l’air qui touche déjà la Gironde, les Landes, la Dordogne et le Lot-et-Garonne ?

Cette crise ne concerne pas seulement les incendies. Elle concerne aussi l’air que nous respirons, l’eau, les sols, le vivant et notre capacité collective à anticiper les conséquences d’événements climatiques devenus extrêmes.

L’origine criminelle de certains incendies en France s’inscrit dans un contexte climatique très instable qui signifie : le chaos.

L’industrie et le pouvoir politique : une machine de guerre contre la nature.

Nos sociétés sont dirigées par l’industrie et la finance. Sont-elles encore au service de l’être humain, ou sont-elles désormais façonnées pour répondre aux exigences de la machine et à l’illusion de l’argent ?

Aujourd’hui, la conception dominante du développement industriel s’appuie sur une logique de l’effondrement. L’accélération économique menée par les pouvoirs politiques et les intérêts oligarchiques a contribué à accélérer le réchauffement climatique. Le bouleversement climatique renverse désormais les certitudes du modèle de gouvernance dominant et met les industries de l’énergie, de la chimie et du nucléaire en échec et mat.

La nature se prépare à entrer dans une ère de résistance. Le futur pourrait ne pas se dérouler comme l’avaient anticipé les défenseurs du modèle énergétique dominant. Les bouleversements climatiques accélèrent la remise en cause de l’hégémonie du pétrole et du nucléaire, deux énergies qui demeurent au cœur des rivalités géopolitiques, notamment au Moyen-Orient et en Ukraine.

Le programme du PNUE : «  formule prête pour le feu »

Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a publié, en 2022, un rapport qui place le bien commun, la prévention et la protection des écosystèmes au cœur des politiques publiques. 

Le rapport appelle à un changement radical des dépenses des gouvernements consacrées aux incendies de forêt, en orientant leurs investissements vers la prévention et la préparation. Le document recommande d’investir les deux tiers des dépenses dans la planification, la prévention, la préparation et le relèvement, le tiers restant étant consacré à la réponse aux incendies. Il s’attache également à encourager une approche fondée sur le partage des savoirs, combinant les données et les systèmes de surveillance scientifique avec les connaissances des populations autochtones, dans un esprit de coopération internationale. Remettre l’humain au cœur des politiques et promouvoir une science ouverte, fondée sur le partage et la solidarité.

Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE, a souligné que « les réponses actuelles des gouvernements aux incendies de forêt mettent souvent l’argent au mauvais endroit. Les travailleurs des services d’urgence et les pompiers en première ligne, qui risquent leur vie pour lutter contre les incendies de forêt, doivent être soutenus. » Elle propose plusieurs axes d’engagement : « investir davantage dans la réduction des risques d’incendie, travailler avec les communautés locales et renforcer l’engagement mondial à lutter contre le changement climatique. »

D’autre part, le rapport souligne l’injustice des incendies, qui affectent de manière disproportionnée les populations les plus modestes et les pays les plus pauvres, ne disposant pas des moyens nécessaires pour investir dans la prévention et la reconstruction. Une famille aux revenus faibles ou modestes ne disposera pas des ressources financières lui permettant de faire face à la destruction de sa maison et, parfois, de son outil de travail, comme le subissent de nombreux petits agriculteurs.

Les animaux ne sont pas épargnés et paient un tribut souvent oublié. En 2020, les feux de forêt qui ont dévasté de vastes territoires en Australie ont provoqué la mort de milliards d’animaux domestiques et sauvages et détruit d’immenses habitats naturels, rappelle avec gravité le PNUE.

Australie, une maman et son bébé kangourou ont été épargnés par le feu – Unsplash/Jo-Anne McArthur

Restaurer l’environnement : une renaissance complexe

Depuis 1970, la perte des zones humides naturelles est estimée à 177 millions d’hectares de marais et de marécages, souligne le rapport Les Perspectives mondiales des zones humides 2025. Ces espaces naturels représentent pour la société près de 39 000 milliards de dollars de bénéfices chaque année. Pourtant, le rapport alerte : le monde continue de perdre 0,5 % de ses zones humides chaque année.

Les modifications de l’usage des terres et le développement de l’urbanisation contribuent à la dégradation des zones humides. Celles-ci participent au cycle mondial de l’eau, à l’élimination des polluants, au stockage du carbone et au maintien des équilibres naturels, tout en protégeant les populations contre les catastrophes naturelles.

Les zones humides ont progressivement disparu des Landes et de la Gironde à la suite de deux siècles de profondes transformations de leur environnement naturel. Les marais, qui accueillaient le système agro-pastoral, ont cédé la place à d’immenses forêts de pins maritimes, façonnant de nouvelles ressources pour l’économie locale.

Cette histoire des choix d’aménagement du territoire s’impose aujourd’hui à la mémoire collective. Le réchauffement climatique lui donne une résonance nouvelle, à travers des incendies d’une ampleur sans précédent.

Gironde ©️ LiberTerra

Les Landes et la Gironde traversent actuellement une crise majeure provoquée par les incendies qui ravagent les forêts de pins, parmi les plus vastes d’Europe. Leur plantation a été organisée par la loi du 19 juin 1857, qui a profondément transformé les Landes de Gascogne. Au XIXᵉ siècle, l’implantation de près d’un million d’hectares de pins maritimes a modifié le paysage et l’économie locale. La production et l’exploitation de la résine (le gemmage) se sont imposées aux côtés d’autres activités forestières, devenant le pilier économique du massif landais. En cinquante ans, la production de pins maritimes est passée de 4 à 12 m³ par hectare et par an.

La monoculture intensive du pin maritime, essence particulièrement inflammable, constitue aujourd’hui un facteur de vulnérabilité supplémentaire dans un contexte marqué par le réchauffement climatique, les sécheresses prolongées et les vagues de chaleur. Ces forêts présentent un risque majeur : celui de s’embraser avec une extrême rapidité.

©️ LiberTerrra

Créer un nouveau paysage dans les Landes et en Gironde répondait alors à des objectifs essentiellement économiques, sanitaires et d’aménagement du territoire : fixer les dunes littorales, assainir les marais, développer la production de résine et mettre les terres en valeur. L’extension de cette forêt s’est poursuivie tout au long du XIXᵉ siècle, entraînant l’assèchement des marais et la disparition progressive du système agro-pastoral, incarné notamment par les bergers qui conduisaient d’importants troupeaux de moutons dans ces espaces humides.

Aujourd’hui, un défi majeur s’impose : construire la résilience économique, écologique et sociale de toute une région face à la multiplication des mégafeux et au changement climatique.

Les zones humides : protection naturelle

La disparition des zones humides est le résultat d’un long processus associant le drainage des terres, les plantations forestières, l’urbanisation, le développement des infrastructures et l’évolution des pratiques agricoles. Cette transformation profonde des paysages a permis un important développement économique et industriel. L’exploitation de la forêt, notamment pour la production de papier, de bois, d’emballages et d’énergie, constitue aujourd’hui encore l’un des principaux moteurs de l’économie régionale.

Restaurer les zones humides, protéger l’avenir

La restauration des zones humides s’inscrit dans le cadre du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal (CMB), qui vise notamment à restaurer au moins 30 % des écosystèmes dégradés d’ici 2030, parmi les objectifs de la Convention sur la diversité biologique.

La restauration et la conservation des zones humides répondent à plusieurs objectifs du Cadre mondial de la biodiversité ainsi qu’à ceux de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Réduire les émissions de gaz à effet de serre et les stabiliser constitue une mission essentielle à laquelle les zones humides contribuent naturellement par leur capacité à stocker le carbone et à réguler le cycle de l’eau.

La préservation et la restauration des écosystèmes liés à l’eau participent à la réalisation de plusieurs objectifs indispensables à la construction d’une planète viable et durable. L’Objectif de développement durable 6.6 (ODD 6.6) en fait partie. Cet engagement devait être atteint en 2020. Pourtant, en 2026, son application demeure insuffisante, alors même qu’il vise à protéger et restaurer les écosystèmes dépendants de l’eau, notamment les forêts, les montagnes, les rivières, les lacs, les aquifères et les zones humides.

©️ LiberTerra

Selon le rapport Les Perspectives mondiales des zones humides 2025, il serait aujourd’hui nécessaire de restaurer 123 millions d’hectares de zones humides. Cette estimation repose sur les surfaces transformées au profit de l’agriculture et d’autres formes de modification des terres depuis 1970. Le rapport précise toutefois que ce chiffre demeure sous-estimé, puisqu’il ne prend pas en compte les zones humides dont le fonctionnement écologique a été profondément dégradé sans avoir totalement disparu.

Un acteur majeur manque aujourd’hui à l’appel pour assurer la restauration et la conservation des zones humides, dont la superficie mondiale est estimée à au moins 550 millions d’hectares : le financement. La préservation de la biodiversité ne mobilise actuellement qu’environ 0,25 % du PIB mondial. Ce constat révèle que la protection des écosystèmes, pourtant indispensable à notre propre survie, et celle d’une biodiversité déjà fortement fragilisée ne figurent toujours pas parmi les priorités des décideurs publics et privés.

Le rapport recommande notamment de développer des financements publics et privés afin de mettre en œuvre des politiques environnementales et économiques s’alignant sur la résilience de la nature et sur sa capacité à régénérer les écosystèmes. Il invite à fonder une économie en alliance avec la nature, à restaurer un lien de confiance entre les activités humaines et les équilibres du vivant, et à reconnaître l’urgence de transformer nos modes de production et de consommation au service du bien commun.

Il est devenu vital d’intégrer l’eau au cœur des projets de société. Construire une économie respectueuse de l’environnement, c’est aussi renforcer les droits humains. Appauvrir les sols, accroître la pollution de l’eau et de l’air, détruire les écosystèmes et les habitats naturels revient à fragiliser les économies locales, à menacer les communautés, notamment autochtones, et à compromettre les équilibres dont dépend la prospérité de l’humanité.

Fédora Hélène

Photo ©️ LiberTerra

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