Et si nous pensions autrement la politique ?

À l’heure où la violence politique, les rapports de pouvoir et les crises environnementales fragilisent nos sociétés, une question s’impose : la politique peut-elle encore être pensée comme un instrument de paix et de bien commun ?

À partir des propos de Dominique de Villepin et des enjeux de la prochaine présidentielle, LiberTerra interroge la continuité du pouvoir, les rapports de domination et la capacité de la démocratie à protéger la liberté, l’égalité et le vivant.

Et si nous pensions autrement la politique, libérés de la domination du pouvoir ?

Dominique de Villepin : face aux menaces, quelle place pour la paix en politique ?

Face à François Ruffin sur BFMTV, Dominique de Villepin révèle avoir reçu des menaces et évoque le risque inhérent à l’engagement politique. Jusqu’où peut-on accepter le risque au nom de la politique ? Et lorsque le pouvoir devient une épreuve de force, que devient la paix ?

Cette parole ouvre une réflexion plus vaste sur notre rapport au pouvoir : sommes-nous encore capables de penser la politique autrement, au service de la paix, du bien commun et du monde vivant ?

Quand le langage politique devient celui de la violence

Comment la politique pourrait-elle porter la démocratie lorsque son langage devient celui de la violence ?

La violence des manipulations, des stratégies d’influence et des rapports de domination peut-elle encore permettre l’expression d’un choix véritablement libre ? Lorsque le choix du dirigeant et celui de l’Assemblée nationale sont conditionnés par une pression électorale permanente, que reste-t-il de la souveraineté citoyenne ?

Cette dynamique politique ne se limite pas au pouvoir national. Elle se retrouve, à des degrés différents, dans les institutions régionales et locales.

Le roi n’étant plus de droit divin, mais le pouvoir étant désormais exercé au nom de la République, n’avons-nous pas finalement seulement changé l’héritage du pouvoir, sans toujours rompre avec certaines formes d’autoritarisme ?

Posséder le pouvoir ne se résume d’ailleurs pas à remporter une élection présidentielle. C’est aussi pouvoir placer, dans les différents axes stratégiques de l’action publique, des femmes et des hommes dont la loyauté peut être orientée vers un pouvoir particulier plutôt que vers l’intérêt général.

Dès lors, une question essentielle demeure : qui le pouvoir sert-il réellement lorsqu’il prétend parler au nom de tous ?

Quand le pouvoir devient-il une menace pour la paix ?

Comment la politique pourrait-elle porter la démocratie lorsque son langage devient celui de la violence ?

La violence des manipulations, des stratégies d’influence et des rapports de domination peut-elle encore permettre l’expression d’un choix véritablement libre ? Lorsque le choix du dirigeant et celui de l’Assemblée nationale sont soumis à une pression électorale permanente, que reste-t-il de la souveraineté citoyenne ?

Cette dynamique politique ne se limite pas au pouvoir national. Elle se retrouve, à des degrés différents, dans les institutions régionales et locales.

Le roi n’étant plus de droit divin, mais le pouvoir étant désormais exercé au nom de la République, n’avons-nous pas finalement seulement changé l’héritage du pouvoir, sans toujours rompre avec certaines formes d’autoritarisme ?

Posséder le pouvoir ne se limite pas à remporter une élection présidentielle. C’est aussi disposer d’une capacité d’influence sur les institutions et de participer à la désignation de femmes et d’hommes appelés à occuper des postes stratégiques au sein de l’action publique.

Lorsque la loyauté envers un pouvoir politique particulier semble prendre le pas sur l’intérêt général, c’est alors le fonctionnement même de la démocratie qui mérite d’être interrogé.

La continuité du pouvoir

Il est régulièrement reproché à Emmanuel Macron de placer des personnalités issues de son entourage politique ou de sa majorité à des postes décisionnels importants. Cette pratique n’est pas nouvelle : elle appartient à une histoire ancienne du fonctionnement politique et peut être interprétée comme une recherche de continuité du pouvoir et des orientations engagées.

Ainsi, Gabriel Attal et Édouard Philippe, tous deux issus de la majorité présidentielle à des périodes différentes, peuvent apparaître comme deux figures susceptibles de prolonger certaines orientations politiques engagées depuis 2017.

Mais une question demeure : s’agit-il d’une transmission politique ou d’une véritable renaissance ?

Cette question de la continuité du pouvoir n’est pas propre à la France. On peut notamment penser à la Russie de 2008 : Vladimir Poutine quitte formellement la présidence au profit de Dmitri Medvedev avant de devenir Premier ministre, tout en conservant une influence politique majeure. Cette période avait nourri une interrogation essentielle : derrière l’alternance des fonctions, où se situe réellement le pouvoir ?

La comparaison ne signifie évidemment pas que les systèmes politiques français et russe soient identiques. Elle permet néanmoins de poser une question universelle : l’alternance institutionnelle garantit-elle nécessairement une véritable alternance du pouvoir ?

En France, cette interrogation prend une dimension particulière à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Emmanuel Macron ne peut pas briguer un troisième mandat consécutif. Mais la fin d’un mandat présidentiel ne signifie pas nécessairement la disparition immédiate d’une influence politique.

Les orientations engagées depuis 2017, les choix institutionnels, économiques, militaires et diplomatiques qui se poursuivent aujourd’hui peuvent contribuer à structurer durablement l’après-Macron.

L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir qui occupera l’Élysée. Il est aussi de déterminer ce qui changera réellement lorsque le pouvoir changera de visage.

Tous les candidats sous le même toit ?

Jean-Luc Mélenchon peut être perçu comme portant une volonté de rupture avec certains réseaux politiques traditionnels et avec les rapports de force qui structurent la Ve République. Son projet pourrait conduire à un bouleversement profond de l’équilibre institutionnel et politique.

Mais une transformation du système se heurterait nécessairement à des pouvoirs déjà établis, à des institutions, à des intérêts économiques et à des rapports de force construits au fil des décennies.

Une dualité semble ainsi régir l’État : celle entre le pouvoir institutionnel et les forces politiques qui cherchent à le conquérir ou à le transformer.

Un miroir dans lequel se projette une Hydre politique, dont les têtes changent mais dont le corps demeure : le pouvoir.

Ni Jean-Luc Mélenchon ni Marine Le Pen ne sont extérieurs à cette logique. Tous deux cherchent, par des voies profondément différentes, à conquérir le pouvoir de l’État.

Tous les candidats logent-ils finalement sous le même toit : celui du système ?

Ce qui importe alors n’est peut-être pas seulement ce qu’ils promettent, mais ce qu’ils font et ce qu’ils seront réellement capables de transformer.

Le pouvoir, la géopolitique et la guerre

La déstabilisation politique française se trouve également confrontée aux rapports de force géopolitiques, aux conflits armés, aux obligations de défense, aux enjeux financiers internationaux et aux risques d’ingérences étrangères économiques, politiques ou diplomatiques.

La France ne vit plus dans le seul cadre d’une culture politique nationale. Elle évolue au cœur de l’Europe, dans un environnement marqué par de fortes rivalités de puissance et par les exigences stratégiques de ses alliés, notamment des États-Unis.

La protection du territoire, la liberté nationale et la paix doivent désormais être pensées dans un environnement européen et international profondément instable.

La difficulté est donc immense : travailler à la paix universelle tout en assurant la sécurité d’un État intégré à un monde de rivalités de puissance.

Le réarmement, nouveau socle politique

L’augmentation du budget des armées répond également à une dynamique internationale et européenne de réarmement, dans laquelle les États-Unis demandent depuis plusieurs années à leurs alliés européens d’accroître leur participation à l’effort de défense de l’OTAN.

La France choisit, dans ce contexte, de renforcer son rôle de puissance militaire européenne et de défendre son statut de puissance nucléaire.

Le réarmement n’est donc pas uniquement une question militaire. Il engage une stratégie industrielle, économique, technologique, diplomatique et budgétaire.

Il constitue ainsi un socle majeur auquel se trouvent confrontés les candidats à la présidentielle.

Emmanuel Macron a placé la défense et le réarmement au cœur de la stratégie française dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine, le retour des rivalités entre grandes puissances et les incertitudes pesant sur la sécurité européenne.

Cette orientation pourrait favoriser les candidats qui défendent une continuité avec la politique engagée depuis 2017. Édouard Philippe pourrait notamment apparaître comme l’une des figures capables d’incarner cette continuité.

Mais derrière cette apparente stabilité se pose une autre question : une continuité politique peut-elle aussi signifier un durcissement des orientations économiques et sociales déjà engagées ?

Le pouvoir actuel pourrait ainsi chercher à accélérer certaines transformations avant la fin du quinquennat, tout en laissant à son successeur une architecture politique déjà profondément installée.

Ainsi, Édouard Philippe pourrait-il simplement se glisser dans le costume d’Emmanuel Macron, en prolongeant et en accentuant une politique libérale au risque d’aggraver les inégalités et d’affaiblir davantage la justice sociale ?

Il pourrait alors apparaître comme l’une des figures d’une droite libérale et conservatrice cherchant à occuper l’espace politique situé entre le macronisme et l’extrême droite incarnée par Marine Le Pen.

Derrière cette recomposition électorale se joue une question plus profonde : quelle République voulons-nous construire ? Une République attachée à la préservation des héritages, des positions acquises et des pouvoirs économiques, ou une République fondée sur le progrès social, l’égalité et l’émancipation de chacune et chacun ?

Le problème n’est pas seulement de posséder des richesses. Il réside aussi dans la capacité d’un système politique à reproduire les mêmes rapports de pouvoir et à freiner les transformations nécessaires à une société plus juste et plus humaine.

Cette question concerne également l’Europe. Voulons-nous une Europe ouverte, solidaire et engagée pour la paix, ou une Europe enfermée dans des rapports de domination et de puissance ?

L’écologie serait directement concernée par ce choix, tout comme la science ouverte et le partage des connaissances. Portée notamment par l’UNESCO, la science ouverte repose sur une logique de coopération, d’accès aux connaissances et de participation, afin de renforcer la capacité collective des sociétés à répondre aux crises.

Car face au changement climatique, à la pollution, à la dégradation des sols et à l’effondrement de la biodiversité, l’égalité n’est pas seulement une exigence sociale : elle constitue une condition de notre capacité collective d’adaptation et de résilience.

L’augmentation de la pauvreté devient alors un indicateur particulièrement préoccupant. Elle révèle les fragilités d’un modèle politique et économique qui peut compromettre l’équilibre social, le bien-être, l’accès aux droits fondamentaux, à la santé et, plus largement, la possibilité pour chacune et chacun de vivre dignement et de construire son bonheur.

L’égalité est un leadership essentiel à l’adaptation climatique, à la lutte contre la pollution et à la dégradation des écosystèmes.

La politique au-delà d’une décennie

L’enjeu politique ne se limite peut-être pas à 2027. Les années 2030 seront déterminantes pour l’Europe et pour l’équilibre international : climat, défense, ressources naturelles, intelligence artificielle, énergie, industrie, souveraineté, migrations et rivalités entre grandes puissances vont transformer durablement les sociétés. Dans ce contexte, la place de la France sur la scène internationale demeure un enjeu majeur.

La France est également une puissance importante dans l’industrie mondiale de l’armement. Selon les données du SIPRI portant sur la période 2021-2025, elle est devenue le deuxième exportateur mondial d’armes majeures, derrière les États-Unis. Mais cette puissance militaire ne peut constituer à elle seule un projet de société.

La Chine, deuxième puissance mondiale, ne peut pas davantage être considérée uniquement comme une rivale. La France et l’Europe doivent aussi construire une relation capable de préserver leurs intérêts, leur autonomie et leur paix, sans se laisser enfermer dans une logique de confrontation dictée par les rapports de puissance. La France n’a aucune raison de transformer toute relation internationale en rivalité.

Le climat, l’autre front

Pendant que les puissances se confrontent, un autre bouleversement avance : celui du changement climatique.

La France est déjà touchée par les sécheresses, la dégradation des sols, les tensions sur les ressources en eau, l’instabilité des écosystèmes et l’affaiblissement de la biodiversité. Elle n’est pas extérieure à la révolution climatique planétaire.

Cette transformation peut entraîner des déplacements de populations, aggraver les inégalités économiques et sociales et accentuer certaines tensions internes. Elle se confronte également aux intérêts industriels et financiers, aux choix énergétiques et aux orientations économiques des États.

Dans un tel contexte, la brutalisation du débat politique peut devenir un facteur supplémentaire de fragilité. Plus une société est divisée et déstabilisée par une confrontation politique permanente, plus elle peut devenir vulnérable aux ingérences et aux influences extérieures.

La démocratie ne peut pourtant pas être réduite à une bataille permanente pour la conquête du pouvoir.

Le bien commun comme horizon

La droite conservatrice trouve dans certains thèmes : sécurité, immigration, chômage, des ressorts électoraux puissants. Une partie de la gauche radicale peut, de son côté, construire ses propres stratégies de mobilisation autour de ces mêmes fractures.

Chacun semble parfois vendre le même produit politique en affirmant que son goût serait différent.

L’écologie, quant à elle, se trouve confrontée aux limites d’un système économique et politique auquel les partis restent largement attachés.

Mais l’élection ne devrait pas être seulement le choix d’un camp contre un autre. Elle devrait permettre aux citoyens de décider collectivement de ce qu’ils veulent protéger, construire et transmettre.

Élire un parti ne signifie pas nécessairement valider l’ensemble de son histoire ou de son discours. Cela devrait conduire à examiner ses propositions, ses votes, ses décisions, ses réalisations et ses responsabilités lorsqu’il exerce effectivement le pouvoir. Les actes doivent pouvoir être confrontés aux discours. Car le bien commun exige le commun de la politique, et non son exception.

Lorsque le pouvoir se concentre entre les mains de quelques-uns, que nous croyons choisir démocratiquement, une question demeure : sommes-nous réellement libres de choisir ? Si la démocratie est fondée sur la liberté, alors aucune manipulation politique ne devrait pouvoir voler à l’esprit sa capacité de jugement, ni au vivant les conditions nécessaires à son existence.

Et si nous pensions autrement ?

Nous arrivons à un tournant de l’Histoire où nous devons peut-être avancer libérés du fardeau de la violence politique, de la brutalité des campagnes électorales et des rapports de domination qui peuvent accompagner la conquête du pouvoir.

Nous vivons une période de transition qui pourrait engager une nouvelle civilisation. Elle pose une exigence : celle de la responsabilité et du devoir d’engagement de chacune et chacun d’entre nous. Car aujourd’hui, une question essentielle se pose : la politique est-elle encore la solution pour construire des futurs possibles en paix ?

La domination politique représente-t-elle le contraire de la protection du monde vivant ?

Notre devoir est peut-être de ne plus sacrifier la paix, essentielle à l’équilibre du vivant. La conquête et la conservation du pouvoir politique appartiennent à cet ancien monde qui persiste : guerres politiques, guerre contre la nature, conflits de pouvoir et langage de domination qui entravent la liberté.

Le véritable enjeu n’est peut-être donc plus seulement de savoir qui gouvernera. Il est de savoir pour quoi, pour qui et au nom de quoi nous acceptons d’être gouvernés. Et si la politique retrouvait enfin sa vocation première : être un moyen au service de la vie, de la paix et du bien commun, et non une fin en soi ? Et si nous pensions autrement, libérés de la domination politique ?

La politique est l’art de la communication, non à des fins de manipulation, mais pour établir l’équilibre de la société, un cap commun, la possibilité d’avancer ensemble et de donner à notre vie la valeur de la fraternité, sa pleine dimension d’humanité.

Tout est un en tout. Nous sommes ce tout qui procède de l’Être unique.

Fédora Hélène

Copyright ©️ LiberTerra 2026 – Tous droits réservés – Tous droits de diffusion et de production réservés

Laisser un commentaire