
Dossier LiberTerra : La Terre a soif d’espoir

Pourquoi la COP17 est-elle un rendez-vous mondial ?
Les paysages époustouflants que nous offre la Terre, sa beauté immaculée qui saisit et inspire notre respiration, le sens de l’existence, qui scelle l’identité de l’humanité en alliance avec la nature, sont confrontés à l’accélération du réchauffement climatique, à un bouleversement majeur du climat provoqué par les activités humaines.
Les célèbres et vastes steppes de Mongolie, chargées d’histoire, de traditions et de cultures, cet espace grandiose entouré de montagnes, ne sont pas épargnées par cette accélération du bouleversement climatique, amplifiée par les activités industrielles et la pression exercée sur les écosystèmes.

Protéger la nature, préserver la biodiversité et les ressources en eau, restaurer les écosystèmes fragilisés, leur donner une force de renaissance, représentent une priorité qui s’inscrit dans les responsabilités de l’être humain : transmettre la vie.
Être une force de vie, c’est peut-être le sens le plus profond de l’existence de l’humanité. Aujourd’hui, elle doit entrer pleinement dans son rôle de protectrice du monde vivant.
Nous sommes des bâtisseurs du vivant. Et ce qui détruit appartient à un mécanisme civilisationnel qui a placé l’industrie au cœur d’un modèle de puissance et de développement qui ne peut répondre, à lui seul, aux besoins fondamentaux de l’humain. Car ce qui ne protège pas la sécurité de l’humanité ne peut garantir celle de l’environnement.

L’être humain est un arbre et nos racines sont la Terre.
Notre siècle nous confronte à un défi immense qui peut nous submerger et nous faire sentir impuissants face à un bouleversement climatique désormais engagé et dont nous ne pouvons ignorer les conséquences.
Un temps de douleur pour un temps de naissance : la révélation de notre identité, du sens de notre existence.
L’espoir, nous le portons en nous. La chance repose dans nos mains. La liberté est ce consentement à la vie qui nous forge et que nous incarnons.
La nature n’a besoin que de liberté pour renaître, autant que notre humanité a besoin d’elle pour vivre.
La COP17 : un appel à restaurer la Terre

La COP17 est cet appel à l’espoir.
Du 17 au 28 août 2026, la 17ᵉ Conférence des Parties de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) réunit à Oulan-Bator, en Mongolie, les États et de nombreux acteurs engagés face à l’un des défis majeurs de notre siècle : la dégradation des terres, la désertification et les sécheresses.
Sous le thème « Restaurer les terres, restaurer l’espoir », cette conférence internationale place la restauration des terres au cœur d’une question qui dépasse largement les frontières et les seuls enjeux environnementaux. Car derrière une terre qui se dégrade se trouvent une eau qui se raréfie, une agriculture qui devient plus vulnérable, une biodiversité qui disparaît, des populations qui voient leurs moyens de subsistance menacés et des territoires dont l’avenir devient incertain. La désertification n’est donc pas seulement une transformation des paysages. Elle touche la vie. Elle touche à l’eau, à la nourriture, à la dignité humaine, aux droits, aux économies, aux migrations et à la paix.

À Oulan-Bator, la communauté internationale est ainsi confrontée à une question essentielle : comment restaurer les terres dont dépend l’avenir de l’humanité ?
Car restaurer une terre ne signifie pas seulement faire repousser une végétation disparue. C’est rendre à un sol sa capacité à retenir l’eau, permettre à une biodiversité de renaître, soutenir une agriculture, protéger des populations et redonner un avenir à des territoires.
Restaurer la Terre, c’est restaurer les conditions de la vie.
Et la Mongolie, avec ses immenses steppes et ses communautés pastorales confrontées à une dégradation croissante des pâturages et aux épisodes climatiques extrêmes, offre à cette COP17 un territoire profondément symbolique de cette bataille mondiale.
La Terre nous parle. Encore faut-il accepter de l’écouter.

COP17 EN CHIFFRES
197
Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) participent au processus multilatéral. La COP17 réunit également scientifiques, gouvernements, entreprises, société civile, peuples autochtones, jeunes, pasteurs et agriculteurs.
12 jours
17 → 28 août 2026
Deux semaines de négociations et d’événements à Oulan-Bator, en Mongolie, autour de la restauration des terres, de la désertification et de la résilience face aux sécheresses.
54 %
Les parcours et pâturages représentent environ 54 % des terres émergées de la planète. Ils soutiennent près de 2 milliards de personnes et sont gérés par environ 500 millions de pasteurs. La COP17 leur a accordé une place centrale, notamment dans le cadre de l’Année internationale des parcours et des pasteurs.

Une planète qui perd ses terres
Que signifie réellement la désertification ?
La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) est le seul traité international juridiquement contraignant consacré à la lutte contre la désertification, la dégradation des terres et la sécheresse.
Adoptée en 1994, dans le prolongement du Sommet de la Terre de Rio de 1992, elle est entrée en vigueur en 1996. Elle porte sur une ressource première, indispensable à la vie : les terres.
Son ambition rejoint celle de l’Objectif de développement durable 15 (ODD 15) des Nations Unies, consacré à la protection des écosystèmes terrestres. L’une de ses cibles appelle à lutter contre la désertification, à restaurer les terres et les sols dégradés et à parvenir à un monde où la dégradation des terres soit maîtrisée.
Car lorsque les terres se dégradent, c’est tout un équilibre qui vacille : la production alimentaire, la biodiversité, les ressources en eau, le climat et les moyens de subsistance de millions de personnes.
La désertification ne signifie pas que les déserts « avancent » simplement sur les territoires. Elle désigne la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, sous l’effet de facteurs climatiques et des activités humaines.
À travers la COP17, la communauté internationale se retrouve donc face à une question essentielle : comment préserver les terres dont dépend notre avenir ?
Des terres qui disparaissent en silence
Aujourd’hui, la dégradation des terres touche près de 40 % des terres émergées dans le monde. Pas de répit pour la terre nourricière.
Les activités humaines, l’agriculture intensive, l’industrialisation et l’accélération des besoins technologiques exercent une pression croissante sur les écosystèmes. Une civilisation lancée dans une course permanente à la production et à la consommation mobilise toujours davantage d’énergie et de ressources naturelles. Et la terre paie le prix de cette fuite en avant.

Les terres peuvent se perdre sans que nous le voyions. Elles s’épuisent sous nos pieds, lentement, silencieusement. Un sol peut continuer à produire alors même qu’il a déjà commencé à perdre sa fertilité, sa biodiversité et sa capacité à retenir l’eau.
Les sols fertiles se dégradent en profondeur, souvent en silence, tandis que les cultures intensives transforment les paysages, exercent une pression sur les ressources en eau et s’accompagnent d’un recours important aux pesticides et aux intrants chimiques, dans une course à la performance et aux rendements.
La terre face à la logique de rentabilité
Le marché financier ne mesure pas la santé d’un sol comme il mesure un rendement. Il raisonne en croissance, en productivité, en rentabilité. Mais quel est le véritable prix de cette logique ? Celui de notre avenir alimentaire. Celui de l’eau. Celui de la biodiversité. Celui des générations qui viennent.
Le piège est là : une économie toujours plus productive peut devenir progressivement dépendante de ressources naturelles qu’elle contribue elle-même à épuiser.
Alors, les dirigeants du monde disposent-ils aujourd’hui des moyens de sortir de cette impasse ?
La question dépasse celle de la seule croissance économique. Elle interroge notre modèle de développement, notre rapport à la production et notre capacité collective à accepter des limites.
Peut-on continuer à rechercher toujours plus de productivité lorsque la biodiversité terrestre et maritime, elle, perd progressivement sa capacité à se régénérer ?
Nos sociétés sont face à un défi majeur : ralentir certaines dynamiques destructrices avant que les conséquences ne deviennent irréversibles.
La Mongolie, un territoire en première ligne
Que la COP17 se tienne en Mongolie n’est pas anodin.
Avec un territoire de près de 1,56 million de kilomètres carrés, le pays est particulièrement exposé à la dégradation des terres, à la désertification et aux effets du changement climatique. Selon Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), près de 77 % des terres mongoles sont dégradées. Un chiffre vertigineux qui donne à voir, à l’échelle d’un pays, ce que signifie concrètement la dégradation des terres.
Les steppes mongoles donnent ainsi à voir une réalité qui dépasse largement les frontières du pays : celle d’un territoire soumis à des pressions multiples, où les équilibres naturels deviennent de plus en plus fragiles.
La Mongolie n’est pourtant pas seulement le symbole d’une terre menacée. Elle rappelle une évidence que notre civilisation industrielle tend parfois à oublier : la Terre n’est pas une addition de territoires isolés. Elle forme un seul système vivant. Ce qui dégrade un territoire peut avoir des répercussions bien au-delà de ses frontières. Une pression exercée sur les sols, l’eau, les forêts ou les océans participe à un déséquilibre qui peut se propager, directement ou indirectement, à l’échelle mondiale.
Une terre malade affecte la santé globale. C’est tout le principe de l’approche « One Health ». Une seule santé qui considère que la santé des êtres humains, des animaux et des écosystèmes sont étroitement liées. Lorsque les terres se dégradent, c’est l’ensemble de cet équilibre qui vacille : l’eau, l’alimentation, le climat, la biodiversité et, finalement, les sociétés humaines. Protéger les sols, c’est donc aussi protéger la santé et l’avenir des populations.
Yasmine Fouad, secrétaire exécutive de la CCNU, a déclaré, « La terre est notre infrastructure la plus vitale – qui sous-tend la sécurité alimentaire, l’eau, les moyens de subsistance et la stabilité. Lorsque la terre échoue, l’insécurité augmente – en raison de la perte de moyens de subsistance, du déplacement forcé et de la concurrence accrue pour les ressources rares ».
Aucune imagination ne pourra suffire, vivre sans la terre, c’est impossible. Une évidence ? Peut-être pas pour tous quand la dégradation de la Terre mère se produit et se poursuit. La COP 17 : l’espoir d’actes concrets pour la protection de la nature sera-t-il au niveau de l’industrie mondiale ? Yasmine Fouad veut croire en l’espoir par une prise de conscience collective, « Alors que la sécheresse s’intensifie et que la dégradation des terres s’accélère, la conférence doit conduire des solutions pratiques et investissables – de la restauration des terres et des sols dégradés au renforcement du lien terre-eau – afin que les communautés puissent prospérer ».
La COP17 en Mongolie nous rappelle ainsi une évidence : protéger les terres n’est pas seulement protéger un paysage. C’est préserver les conditions mêmes de notre avenir. La COP17 pose donc une question qui concerne chacun d’entre nous : combien de terres pouvons-nous encore perdre avant de comprendre que nous perdons une part de notre avenir ?

Avenir et connectivité écologique
Les connaissances scientifiques ont permis d’établir les multiples causes de la désertification et de la dégradation des terres. Le changement climatique interagit avec les activités humaines. L’industrialisation exerce des pressions sur l’eau, l’air et les sols, tandis que les éléments vivants et non vivants des écosystèmes interagissent en permanence et participent à l’équilibre du vivant.
Les écosystèmes durables reposent sur des interactions complexes entre les composantes biotiques : les êtres vivants et abiotiques : l’eau, l’air, les sols, les minéraux ou encore les conditions climatiques. Lorsque ces équilibres sont fragilisés, c’est le fonctionnement de l’ensemble de l’écosystème qui peut être affecté.
En 2025, le rapport Perspectives territoriales mondiales : rapport consacré à la connectivité écologique et à la restauration des terres a contribué à montrer combien la protection et la restauration des terres nécessitent de considérer les écosystèmes dans leur interdépendance.
La connectivité écologique permet précisément de comprendre ces liens. La qualité de l’air et de l’eau, la pollinisation, la régulation des populations de ravageurs, la protection des sols, la prévention des inondations ou encore la régulation du climat sont liés au fonctionnement et à la continuité des écosystèmes.
Ce concept invite ainsi à dépasser une vision fragmentée des territoires. Restaurer une terre ne consiste pas seulement à réparer un sol : il s’agit de rétablir des connexions entre les milieux, les espèces et les fonctions naturelles, afin de renforcer la capacité des écosystèmes à se régénérer.
Restaurer les terres, c’est donc aussi restaurer le capital naturel et renforcer la résilience des territoires. C’est œuvrer pour une résilience durable.

Habiter la Terre sans l’épuiser
L’être humain a conçu son habitat au cœur des espaces naturels. Son adaptation s’est longtemps fondée sur la survie des communautés et sur l’apprentissage de la protection des ressources indispensables à leur subsistance.
Les connaissances se sont construites à partir de l’expérience des territoires, de l’observation des cycles naturels et de la compréhension progressive des conditions nécessaires à la régénération des récoltes et au renouvellement des moyens de subsistance.
La liberté de la nature est l’une des conditions essentielles de sa renaissance.
Lorsque l’humain se retire, certains espaces retrouvent leur capacité à se régénérer. La nature possède ses propres cycles, ses propres rythmes, ses propres mécanismes de renouvellement. Les savoirs de nombreuses sociétés autochtones témoignent de cette connaissance intime des territoires : observer, s’adapter, prélever sans épuiser, laisser aux écosystèmes le temps de se renouveler.
Ces savoirs établissent une relation particulière avec la biodiversité terrestre et maritime. Ils rappellent une évidence que nos sociétés modernes ont parfois oubliée : l’être humain ne vit pas à côté de la nature. Il vit à l’intérieur d’elle.
La nature respire. L’être humain a besoin de cet air pour respirer à son tour.
Lorsque les activités humaines deviennent trop intrusives, elles réduisent les espaces et les temps nécessaires au renouvellement du vivant. Artificialisation des sols, urbanisation excessive, pollution de l’air et de l’eau, fragmentation des habitats, nuisances sonores : autant de pressions qui modifient les équilibres naturels.
C’est le bruit d’une civilisation industrielle qui pénètre jusque dans les écosystèmes.
Les polluants introduits dans les milieux naturels ne constituent pas une pression isolée. Ils peuvent interagir avec d’autres facteurs : changement climatique, perte de biodiversité, épuisement des ressources, artificialisation et accentuer la vulnérabilité des écosystèmes.

Quand la nature devient une machine à produire
L’ère industrielle marque une accélération considérable de cette transformation.
Le développement de l’industrie chimique a notamment accompagné la modernisation de l’agriculture. Engrais, pesticides et autres produits phytosanitaires ont permis de lutter contre certains ravageurs et certaines maladies, d’améliorer les rendements et de sécuriser une partie des productions. Ces nouvelles sciences ont répondu à des besoins alimentaires par un calcul basé sur l’éphémère des moyens de subsistance et sans prise en compte de la santé globale. Puis, elles ont également contribué à installer une nouvelle relation avec la terre : produire davantage, plus vite, sur des surfaces toujours davantage sollicitées.
Nos sociétés sont progressivement allées plus loin dans la domestication de la nature, jusqu’à vouloir contrôler ses cycles, corriger ses fragilités et repousser sans cesse les limites de sa productivité.
C’est ici que se trouve l’un des paradoxes de notre civilisation : à force de vouloir protéger les récoltes contre les aléas du vivant, nous avons parfois créé de nouvelles pressions sur le vivant lui-même.
La question n’est donc plus seulement de savoir comment produire davantage. Elle est devenue essentielle : comment produire sans empêcher la Terre de se régénérer ?

Une planète transformée
Aujourd’hui, les rapports scientifiques établissent que les activités humaines ont profondément modifié environ 70 % des terres émergées et non recouvertes de glace. Cette transformation affecte directement les capacités de résilience des écosystèmes et les conditions de vie de 3,2 milliards de personnes.
La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) alerte également sur l’ampleur des transformations à venir : au rythme actuel, jusqu’à 90 % des terres pourraient être affectées par la dégradation d’ici 2050. Les conséquences seront pour la population mondiale. Le premier danger : la pénurie d’eau et l’insécurité alimentaire.
Quand la production devient une fin
L’histoire offre un précédent particulièrement saisissant : celui de la Chine de Mao Zedong, lors du Grand Bond en avant, lancé à partir de 1958.
Le pouvoir chinois engage alors une industrialisation accélérée et une transformation radicale de l’organisation économique et agricole. La production devient une priorité politique majeure. Les campagnes sont collectivisées et une partie de la population rurale est mobilisée dans des projets industriels et des travaux collectifs, tandis que les objectifs de production imposés par le pouvoir deviennent largement irréalistes.
L’agriculture est profondément désorganisée. Les réquisitions de céréales, les mauvaises décisions agricoles, les conditions climatiques et la falsification de certaines données de production aggravent une situation déjà dramatique.
La conséquence est l’une des plus grandes famines de l’histoire contemporaine.
Entre 1959 et 1961, la Chine connaît une catastrophe alimentaire d’une ampleur exceptionnelle. Les estimations du nombre de morts varient selon les travaux historiques, mais environ 30 millions de personnes sont mortes de faim et des conséquences de la famine.
Ce drame rappelle une vérité fondamentale : lorsque la production devient une fin en soi, elle peut finir par détruire les conditions mêmes qui permettent de nourrir une population.
La machine ne peut remplacer la terre. L’industrie ne peut se substituer à l’agriculture. Et aucun objectif de production ne peut justifier que l’être humain soit sacrifié à un système économique ou politique.
L’expérience chinoise ne constitue évidemment pas une équivalence avec les transformations agricoles contemporaines. Elle constitue toutefois un avertissement historique : lorsque la puissance politique impose à la terre, aux travailleurs et aux populations des objectifs de production qui ignorent leurs limites réelles, le système peut basculer de la promesse d’abondance vers la pénurie.
La terre n’est pas une machine. Elle est le socle vivant de notre subsistance. La productivité des terres exige le respect de la liberté de la nature, cette capacité essentielle qu’elle possède à se régénérer et à renaître. Une liberté pleine et entière dont l’humain a lui-même besoin pour vivre.
Quand la terre meurt, l’eau disparaît
Comment un sol vivant retient l’eau
Un sol vivant n’est pas une matière inerte : c’est un monde discret où circulent l’eau, l’air, les racines et une multitude d’organismes. Les racines creusent des passages, les vers de terre et les micro-organismes contribuent à structurer la terre, tandis que la matière organique agit comme une réserve capable de retenir une partie de l’eau. Lorsque la pluie tombe, un sol vivant ne la laisse pas simplement ruisseler à sa surface : il l’accueille, la ralentit, l’infiltre et en conserve une partie dans ses pores, à la disposition des plantes. Cette eau peut ensuite alimenter progressivement la végétation et contribuer à la recharge des réserves souterraines. À l’inverse, lorsque le sol est dégradé, compacté ou privé de matière organique, sa capacité à infiltrer et à retenir l’eau diminue : l’eau ruisselle davantage, emporte les particules fertiles et laisse le territoire plus vulnérable à la sécheresse.

Pénurie d’eau : le mal du siècle
La sécurité alimentaire repose sur le cycle de l’eau, les ressources en eau et en terres vivant dans une symbiose parfaite permettant aux sols de produire des récoltes. La dégradation des terres par les activités humaines augmente les pressions sur les denrées alimentaires toujours plus sollicitées.
Le rapport de l’année 2025 du FAO, intitulé « L’État des ressources en terres et en eau pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde » met en évidence que plus de 60 % de la dégradation des terres est due aux activités humaines et que se sont principalement les terres cultivées et les pâturages qui sont touchés. Des terres fragilisées qui en cascade auront un impact toujours plus considérable sur les ressources en eau, alors que l’agriculture prélève plus de 70 % des ressources mondiales en eau douce.
La gestion des terres : une question vitale
Un chiffre suffit à mesurer la responsabilité des décisions et des engagements politiques nécessaires pour préserver les terres, respecter leurs équilibres et laisser au vivant sa liberté.
Plus de 1,660 million d’hectares de terres sont aujourd’hui dégradés dans le monde, soit plus de 10 % des terres émergées. L’exploitation non durable des écosystèmes, de la productivité de la biodiversité, des sols ont des conséquences pour plus de 60 % des terres agricoles.
L’exploitation non durable des écosystèmes, des sols et de la biodiversité exerce une pression considérable sur les terres agricoles et menace directement leur capacité à produire. L’industrialisation de l’agriculture constitue ainsi l’une des problématiques majeures de la sécurité alimentaire mondiale.

L’étude de la FAO recommande de concentrer les efforts sur une transformation profonde des systèmes agroalimentaires, notamment de nos modèles de production. L’augmentation de la demande alimentaire impose de produire autrement : de manière plus responsable, plus durable et plus respectueuse de la santé globale, celle de l’être humain comme celle de la Terre.
D’ici 2050, la planète devrait compter 9,7 milliards d’habitants, selon les projections des Nations unies. À l’horizon 2085, la population mondiale pourrait dépasser 10,3 milliards de personnes. Cette croissance démographique s’inscrit dans un contexte de bouleversement climatique et de pression croissante sur les ressources naturelles.
Canicules, sécheresses, tempêtes plus intenses, incendies de forêts, fonte des glaces : les manifestations du dérèglement climatique se multiplient et bouleversent déjà les conditions de vie. Le réchauffement climatique deviendra l’un des grands défis de l’adaptation des sociétés humaines et de leur pérennité.
Pourtant, l’écologie demeure encore trop souvent reléguée au second plan dans les programmes politiques et économiques. Elle se heurte également à la persistance des discours climatosceptiques, qui retardent la transformation nécessaire de nos modes de vie, de nos modèles économiques et, plus largement, de nos systèmes de gouvernance.
Les enfants et les générations futures ont besoin d’hériter de terres vivantes et viables, pas seulement de comptes bancaires. Cette évidence, pourtant, est encore loin d’être acquise.
Les solutions durables existent. L’être humain est capable de les apprendre, de les comprendre et de les mettre en œuvre. Encore faut-il leur donner les moyens d’être transmises et appliquées. L’innovation ne commence pas seulement dans les laboratoires : elle commence par une volonté collective, par l’exigence des citoyens et par la responsabilité des dirigeants.
L’étude de la FAO met en évidence l’importance des stratégies de résilience et de politiques cohérentes pour la gestion des terres, des sols et de l’eau. Car ces ressources ne peuvent être pensées séparément. Lorsque les sols se dégradent, l’eau se raréfie ou devient plus difficile à retenir ; lorsque l’eau manque, les terres s’épuisent à leur tour.
La gouvernance des ressources naturelles exige donc une coopération internationale, des engagements durables et des accords réellement consacrés au bien commun. Dans ce monde fragmenté, une Europe de la paix, de la coopération et de la protection du vivant est plus que jamais essentielle.
Un moteur commun devrait guider ces politiques : la vie.

©️ PNUE/ Malachie Nabbi
Pénurie d’eau en chiffres
Près de 4 milliards de personnes, soit environ la moitié de l’humanité, connaissent une pénurie d’eau sévère pendant au moins une partie de l’année.
3,2 milliards de personnes vivent dans des zones agricoles confrontées à des pénuries d’eau élevées à très élevées. Parmi elles, 1,2 milliard vivent dans des zones agricoles soumises à de fortes contraintes hydriques.
2,1 milliards de personnes ne disposent toujours pas d’un accès à une eau potable gérée de manière sûre, selon les dernières données internationales disponibles.
450 millions d’enfants vivent dans des territoires de vulnérabilité élevée à extrêmement élevée à l’eau. UNICEF
D’ici 2050, trois personnes sur quatre dans le monde pourraient être confrontées à des impacts de sécheresse.
72 % des prélèvements mondiaux d’eau douce sont destinés à l’agriculture. L’agriculture est donc au cœur de l’équation entre sécurité alimentaire et préservation de l’eau. ONU EAU

Sans eau pas de vie
Tout article consacré au climat, à la biodiversité ou aux écosystèmes ne serait qu’une illusion s’il oubliait l’essentiel : l’eau doit être au cœur des politiques environnementales, économiques et, plus largement, des politiques humaines. Car c’est bien là que se trouve l’une des clés des déséquilibres qui s’accélèrent.
La Terre n’est pas un décor. Elle est notre milieu de vie. L’eau n’est pas une simple ressource à extraire, à transporter ou à consommer : elle est le lien qui unit les sols, les forêts, les rivières, les océans, les plantes, les animaux et les êtres humains.
Lorsque les sols se dégradent, ils perdent leur capacité à retenir l’eau. Lorsque les forêts disparaissent, les cycles de l’eau sont bouleversés. Lorsque les écosystèmes s’effondrent, c’est toute la circulation du vivant qui se fragilise.
La mort des sols prépare celle de l’eau. Et lorsque l’eau disparaît, c’est la vie elle-même qui recule.
La politique est une construction humaine. Elle doit donc apprendre à s’adapter à la planète qu’elle habite, et non chercher indéfiniment à modifier les équilibres du vivant pour répondre à ses propres modèles de production, de croissance et de consommation. Il nous faut désormais puiser dans nos connaissances, mais aussi aller à la rencontre des savoirs : ceux des scientifiques, des peuples, des agriculteurs, des communautés qui observent leur territoire et comprennent depuis des générations ses rythmes, ses fragilités et ses capacités de renaissance.
Regarder la Terre autrement.
Non comme une machine dont il faudrait augmenter sans cesse le rendement, mais comme un immense système vivant dont nous dépendons entièrement.
Et peut-être nous faut-il simplement réapprendre à regarder cet océan grandiose qu’est notre planète. L’océan de la vie.

Mongolie : quand les pâturages ne peuvent plus nourrir les hommes
À l’extrémité de l’Asie centrale, entre la Russie et la Chine, la Mongolie possède l’un des territoires les plus vastes et les moins densément peuplés de la planète. Sur 1,56 million de kilomètres carrés, les steppes, les déserts, les montagnes et les vastes parcours pastoraux constituent l’identité même du pays.
Ici, la terre n’est pas seulement un espace géographique. Elle est une ressource vitale. Elle nourrit les troupeaux. Elle fournit les revenus. Elle détermine les déplacements des familles nomades. Elle conditionne l’accès à l’eau et à l’alimentation. Pour des milliers de familles d’éleveurs, la santé des pâturages est directement liée à leur capacité à vivre. Or cette terre est aujourd’hui profondément fragilisée.

© Battulga P.
77 % du territoire dégradé
La Mongolie compte parmi les pays les plus exposés à la désertification et à la dégradation des terres. Selon la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), près de 77 % du territoire mongol est désormais considéré comme dégradé.
Cette dégradation résulte d’une combinaison de facteurs : changement climatique, sécheresses, pression croissante sur les pâturages, augmentation du cheptel dans certaines régions et modification des conditions de disponibilité de l’eau et des ressources fourragères.
Le changement climatique accentue encore cette vulnérabilité. Au cours des dernières décennies, la Mongolie a connu une hausse des températures et une diminution des précipitations dans certaines régions. La Banque mondiale rapporte notamment une augmentation d’environ 2 °C de la température moyenne sur les 70 dernières années, accompagnée d’une diminution des précipitations. Lorsque les pâturages perdent leur capacité à se régénérer, c’est tout le système pastoral qui se fragilise.

© Battulga P.
Les pâturages en danger
Les prairies et les steppes mongoles constituent l’un des principaux supports de l’élevage extensif. Elles nourrissent les moutons, les chèvres, les chevaux, les bovins et les chameaux qui font vivre une grande partie des communautés rurales.
Mais un pâturage dégradé produit moins de végétation. Le sol retient moins efficacement l’eau. La sécheresse devient plus difficile à supporter. La disponibilité du fourrage diminue. Un cercle dangereux peut alors s’installer : lorsque la productivité des pâturages baisse, les éleveurs peuvent être conduits à augmenter leurs troupeaux afin de maintenir leurs revenus. Cette pression supplémentaire accentue à son tour la dégradation des ressources. La Banque mondiale décrit précisément cette spirale en Mongolie : la baisse de productivité des pâturages pousse certains éleveurs à augmenter leurs effectifs animaux, ce qui exerce davantage de pression sur les ressources naturelles et réduit encore la productivité des troupeaux.
La FAO soulignait déjà l’ampleur de cette vulnérabilité : en 2019, elle estimait que la dégradation des parcours mettait en jeu les moyens de subsistance d’environ 200 000 familles d’éleveurs, qui dépendent directement de ces espaces pastoraux. C’est 70 % de la population rurale de Mongolie qui dépend des élevages et des pâturages.
Dès 2019, les participants aux réunions de la chambre du parlement en Mongolie, dont les bergers, mettent en cause l’impact des activités minières jugées irresponsables, la construction de routes et le tourisme.
Une prise de conscience qui se traduit en actes. Par la volonté de préserver la continuité des élevages, de restaurer durablement les pâturages et de transmettre aux jeunes générations les savoirs pastoraux et les connaissances autochtones, la Mongolie s’impose comme un pays de référence dans la promotion de la durabilité des pâturages et de l’élevage.
Face à la dégradation des terres et aux bouleversements climatiques, cette transmission constitue un enjeu majeur. Les savoirs issus de générations d’éleveurs portent une connaissance intime des territoires, des cycles de l’eau, des sols, des animaux et des conditions climatiques. Préserver ces connaissances, c’est préserver une capacité d’adaptation. Car la transition écologique ne consiste pas seulement à inventer de nouvelles solutions. Elle suppose aussi de ne pas perdre celles que les peuples ont appris à construire avec leur environnement.
En Mongolie, la protection des pâturages devient ainsi indissociable de la transmission : prendre soin de la terre aujourd’hui pour permettre aux générations futures d’y vivre demain.

Agir avant qu’il ne soit trop tard
L’expérience mongole nous rappelle une évidence : la résilience ne se décrète pas, elle se construit. Elle repose sur des terres vivantes, une eau préservée, des communautés accompagnées et des savoirs transmis.
À l’heure où la dégradation des terres gagne du terrain partout dans le monde, le choix n’est plus entre agir ou attendre. Il faut restaurer, transmettre et protéger maintenant.
La Mongolie ne nous montre pas seulement ce que nous risquons de perdre. Elle nous montre aussi ce que nous pouvons encore préserver.

Le dzud : lorsque l’hiver devient une catastrophe
Puis vient le dzud. Le mot désigne un phénomène climatique particulièrement destructeur pour le pastoralisme mongol : un hiver extrêmement rigoureux au cours duquel le froid, la neige ou le gel rendent le fourrage inaccessible aux animaux.
Mais le dzud ne commence pas nécessairement avec l’hiver. Il peut être précédé par une sécheresse estivale. Les pâturages produisent alors moins d’herbe. Les éleveurs disposent de réserves alimentaires insuffisantes pour leurs troupeaux. Puis arrive l’hiver : les températures chutent, la neige s’accumule ou le sol gèle, empêchant les animaux d’accéder à l’herbe. Le système pastoral se retrouve alors pris au piège. Pas suffisamment d’herbe en été. Pas suffisamment de réserves pour l’hiver. Puis le froid intense. Puis la mort du bétail.
Le dzud est un phénomène naturel récurrent en Mongolie, mais le changement climatique et la dégradation des pâturages peuvent accroître la vulnérabilité des éleveurs face à ses conséquences.

Quand les animaux meurent, les familles basculent
Pour une famille d’éleveurs, perdre ses animaux ne signifie pas seulement perdre un cheptel. C’est perdre son capital. C’est perdre son alimentation, ses revenus et parfois la possibilité même de poursuivre son mode de vie.
Lors du dzud de l’hiver 2023-2024, environ 6,6 millions de têtes de bétail avaient péri à la fin de l’hiver, soit environ 10 % du cheptel national, selon une analyse de la Banque mondiale.
Une catastrophe qui ne s’arrête pas aux animaux. Lorsque les troupeaux disparaissent, les familles peuvent être contraintes de vendre leurs biens, de s’endetter, de réduire leur alimentation ou de quitter les campagnes pour rejoindre les villes. La Banque mondiale souligne que les conséquences des dzud peuvent toucher directement les moyens de subsistance, la santé et le bien-être des familles et accélérer les migrations vers les zones urbaines.
Derrière les chiffres du cheptel perdu, il y a donc des familles. Des foyers qui perdent leur autonomie. Des éleveurs qui voient disparaître, en quelques semaines, le travail et le patrimoine transmis parfois sur plusieurs générations.
La situation mongole rappelle une réalité trop souvent oubliée : la richesse d’un territoire ne se mesure pas uniquement à ce qu’il produit aujourd’hui, mais à sa capacité à continuer de produire demain.
Une terre dégradée peut encore sembler immense. Une steppe peut encore paraître infinie. Mais lorsque les sols s’épuisent, que l’eau devient plus rare et que les pâturages ne parviennent plus à se régénérer, l’immensité du territoire ne protège plus les populations. C’est précisément l’enjeu de la COP17 accueillie à Oulan-Bator.

Espoir : la Terre peut renaître
La Terre est un don de vie. Elle exprime la confiance dans le monde vivant, qui procède de la renaissance. Elle incarne l’espérance.
L’espoir d’une Terre qui se régénère, qui se relève d’une crise majeure du vivant, est donc non seulement une possibilité, mais une réalité. Pour qu’elle s’accomplisse, il est essentiel que l’humain participe à l’équilibre planétaire.
Nos modes de vie doivent s’aligner sur le mouvement du vivant. Les populations autochtones et nomades ont développé des formes d’agriculture durable fondées sur l’itinérance, en fonction de l’équilibre des ressources, de la préservation de la biodiversité et du renouvellement de la productivité des écosystèmes.
Le repos de la terre est respecté. Les sols ne sont pas fragilisés par des activités humaines constantes, inscrites dans une accélération permanente.

Ralentir pour laisser vivre
Construire des autoroutes, c’est aussi fragmenter les espaces naturels et nuire au développement de la biodiversité. C’est introduire dans les territoires une pollution incessante, qui s’accumule dans les sols et l’eau. C’est appauvrir les récoltes, étouffer les terres, perturber le monde animal et générer un bruit permanent.
Chaque infrastructure transforme le vivant. Chaque artificialisation des sols réduit l’espace laissé à la nature pour respirer, se régénérer et nous nourrir. Paradoxalement, l’économie n’a nullement besoin d’une frénésie industrielle permanente pour prospérer. Elle a besoin de retrouver le rythme nécessaire à la préservation de ce qui la rend possible. Ralentir n’est pas renoncer au progrès. C’est empêcher le progrès de devenir la cause de son propre effondrement. Car une économie qui détruit les sols, l’eau, les forêts, les océans et la biodiversité détruit progressivement les conditions mêmes de sa propre existence.
Choisir la vie
La crise écologique nous impose donc un choix de civilisation. Continuer à accélérer jusqu’à épuiser les ressources du vivant, ou apprendre à habiter autrement la Terre.
Produire autrement. Consommer autrement. Construire autrement. Cultiver autrement. Se déplacer autrement. Et surtout, penser autrement. La Terre possède encore une formidable capacité de régénération. Mais elle ne peut pas tout réparer à notre place. L’humain peut être une force de destruction. Il peut aussi devenir une force de réparation. C’est là que réside notre responsabilité.
Il est essentiel que l’être humain retrouve son identité pour vivre pleinement le sens de son existence, se sentir connecté à la nature, la comprendre comme une partie de lui-même et non comme un étranger à la Terre mère.
La société industrielle rythme nos vies et les sépare radicalement de leurs racines, de ce besoin vital de respirer la terre, d’écouter son chant, de retrouver le mouvement naturel du vivant. La lumière elle-même est devenue artificielle avec l’extension croissante de l’urbanisation sur les territoires naturels. La nuit disparaît sous les éclairages des villes. Les rythmes du vivant sont bouleversés. La nature est domestiquée, artificialisée, enfermée dans des normes de production, d’expansion urbaine, d’infrastructures routières et de tourisme.
À force de vouloir maîtriser chaque espace, nous avons parfois oublié une évidence : nous ne sommes pas les propriétaires de la Terre, nous sommes ses habitants. Retrouver cette conscience, c’est retrouver notre place. C’est comprendre que protéger la nature ne consiste pas à sauver un monde extérieur à nous-mêmes. C’est préserver la partie de nous qui dépend d’elle pour respirer, boire, se nourrir, aimer et vivre. La Terre mère n’est pas un territoire à conquérir. Elle est notre origine, notre maison et notre avenir.
Fédora Hélène


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