6 juin 1944, les fusillés de la prison de Caen

La Libération en dernier souffle


Les moteurs d’avions grondent, le ciel sombre. Les éclats d’obus se mêlent aux pierres, à la poussière. Les alarmes retentissent, les aiguilles du temps martèlent les heures de guerre. Le D day résonne en fin des jours longs d’occupation, de la répression nazie, des résistants torturés, déportés, des arrestations, de cet enfant ne pleurant pas et partant vers les camps de la mort sans comprendre l’atroce de l’humain.

Ces jours longs de sanglots qui récitaient Verlaine vont s’éteindre en une libération. Elle naît de la souffrance par la douleur. Les cris de joies ont cessé, la guerre aura fait de tout un silence, la haine imposante, les rires ne sont plus en ce jour de libération où les villes se ruinent, où des milliers de civils périssent, ou de jeunes soldats pavent de leur corps meurtris les plages et les rues. Tout se désole dans le silence de la guerre qui se fracasse à grand bruit et « Je pleure ». Ce frère perdu, ma mère endormie à jamais, cet amour dont il reste une photo que l’on pose contre son cœur. Les décombres deviennent le nouveau lit de leur vie qui saisie brutalement s’en est allée vers la liberté éternelle en espérance. Quand on voit la valeur de la vie, cette fleur fragile piétinée par la barbarie nazie qui ne rend les armes de l’horreur, on comprend cet espoir qui s’échappe dans l’infini insaisissable. La liberté plus que tout qui nous donne sens, qui nous donne un cœur qui bat. Et, ses yeux grands ouverts levés au ciel, je ne fermerai jamais assez les miens pour oublier le drame qui emporte dans la mort ceux qui attendaient d’être libérés.
Plus de temps, plus de pays, les bombardements en Syrie, le regard des enfants voient les mêmes lueurs du jour voilées par la folie des hommes, par leur ténacité à tuer. Ils voient la peur, le chagrin, ses vies brisées. Ils voient au dessus de tout leur liberté, ses rêves qu’ils font en fermant les yeux sur les nuages, en imaginant un autre monde en eux. Les enfants de la guerre n’ont pas de pays, n’ont pas de temps, ils ont une mémoire, celle de la vie qui se sauve, celle qui appelle la liberté à l’innocente beauté. La libération en dernier souffle. Ce dernier souffle qui par la pendule des heures de guerre se fera l’heure tremblante à la prison de Caen.


3 heures du matin, la Royal Air Force bombarde des points stratégiques dans la ville de Caen. Un sursaut, les prisonniers et prisonnières politiques se réveillent. La terre tremble sous leurs pieds le jour de la libération. Ils sont une centaine. La plupart d’entre eux ont été arrêtés, il n’y a que quelques semaines. La répression nazie fait rage. Les bombardements alliés se sont intensifiés fin mai, les résistants combattent, le D-day se prépare. Les allemands activent les arrestations, les déportations, les exécutions.
Le printemps des larmes s’éveille en Normandie.
6 juin 1944, à la prison de Caen, les prisonniers et prisonnières attendent à l’aube de ce matin leur libération. Leurs émotions, leurs angoisses se font joie avant.  Avant que le calme et le fracas se mêlent en cet étrange des murs et des barreaux au silence lourd, à l’agitation en dehors. Le débarquement a commencé. 
Un résistant assis sur son lit de misère se lève, porte ses mains à son visage, puis se rassoit. Il se lève à nouveau. Il voudrait être au combat. Il voudrait avancer vers la bataille. Les murs qui l’entourent se font de plus en plus insupportables. Ils se font  une masse et les pensées se cognent. 

La liberté est là, au bout de ses doigts, tout prêt de ses camarades, des femmes résistantes qui espèrent la fin de l’épreuve. De leur famille qu’elles serreront bientôt dans leur bras. Des tâches quotidiennes qui se feront d’un coup si heureuses, des bals où elles danseront plus ivres de joie.
Il est là ce matin de la liberté. 
8 heures, la porte de la prison s’ouvre et laisse entrer Harald Heynz, chef de la Gestapo locale. Son ombre glacée marque les murs. Les mots deviennent cinglants, cruels. Le temps presse, la gare de Caen a été bombardée. Les déportations sont impossibles. Alors, il juge, condamne les résistants et résistantes, « terroristes » qu’il considère comme étant les plus dangereux. Il nomme 87 d’entre eux. 
Les prisonniers politiques si dignes, si grands respirent le souffle de la liberté qui vient, pensent à la fraternité retrouvée, à la paix recouvrant d’un vent salutaire leurs prairies normandes, éclairant leurs villages, leur histoire. 
10 h, les allemands amènent des résistants par groupe de 6 dans les courettes de la prison. Les prisonniers voient la dernière seconde où tout n’est pas fini, ils partent avec leur liberté, ils n’ont pas cédé. Une rafale dans la nuque, ils tombent. Entends-tu cet effroi, entends-tu ces sanglots longs ?

  15 h, les allemands ont tué les 87 résistants désignés par le chef de la Gestapo. Parmis eux au moins une femme sera fusillée. 
Les bombardements ruinent Caen, le chaos est devenu le maître. La barbarie nazie continue son horreur. Les nazis ont creusé dans une des courettes un charnier. Ils y jettent les corps et les recouvrent de chaux. La haine recouvre tout l’espace et se poursuit inlassablement. 
Le 30 juin 1944, les allemands veulent faire disparaître les corps des fusillés de la prison de Caen. Des soldats conduiront des prisonniers d’Alençon aux portes du charnier de la prison de Caen pour qu’ils transportent les corps dans un camion qui prendra la direction du Sud de Caen et déposera les corps dans un lieu toujours inconnu aujourd’hui. 
Les prisonniers d’Alençon sont à leur tour exécutés et seulement deux d’entre eux pourront se sauver de ce carnage. 


Le 6 juin 1989, la ville de Caen érige un monument à leur mémoire. 
2019, un homme, ancien sous-préfet à Caen, Claude Bodin, veut relancer les recherches pour retrouver les corps de 79 résistants fusillés. Il s’appuie sur des témoignages pour penser que les corps se trouveraient « autour du colombier du château de Louvigny», déclare t-il. Mais l’Etat pense que les hypothèses émises sur l’endroit où seraient les corps ne sont pas suffisamment fiables pour réaliser une levée de fonds afin de mener des recherches. 

Cependant, Claude Bodin ne compte pas s’arrêter là et lance une cagnotte Leetchi pour réunir les 8000 euros nécessaires à la réalisation des travaux de recherches. 


Les fusillés de la prison de Caen, victimes de la barbarie nazie, reposent en paix dans la liberté promise pour laquelle ils ont donné leur vie.

Ce dimanche s’ouvrait, en Normandie, les commémorations du 75ème anniversaire de la Libération.

À cet effet, 135 parachutistes américains ont sauté, ce dimanche 19 mai 2019, dans la magnifique baie du Mont Michel dans la perspective de la Merveille.

©Fédora Hélène 

Monument en hommage aux fusillés de la prison de Caen

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