MÉMOIRE D’HISTOIRE, INA ENTRETIEN AVEC FRÉDÉRIC CHAMBON

On dit souvent que l’histoire est avant tout celle d’un homme, d’une femme, de cette seconde où tout peut changer.

Afrique du sud, Cour de justice de Pretoria, le 17 mars 2017

Ce 17 mars 2017, une voix retentit, celle de Nelson Mandela, lors du procès de Rivonia qui se déroule entre octobre 1963 et juin 1964. L’émotion est forte ce 17 mars, 53 ans après ce procès historique. Lors de cette cérémonie, Laurent Vallet, Président de l’INA depuis 2015, fait découvrir aux personnalités conviées, dont Ahmed Kathrada, Andrew Mlangeni, Denis Golberg, qui furent comdannés à la prison à vie aux côtés de Nelson Mandela, un travail considérable de numérisation des archives, de documents uniques et l’incroyable restauration de l’enrigistrement du procès de Rivona, laquelle commença en 2013. Les « Dictabelts », héritier du phonographe, ce dictaphone devenu obsolète, qui a permis d’enregistrer en continu le procès, furent remis à cette occasion au Ministre Sud Africain de la Culture, Nathi Mthethwa, en présence d’Elisabeth Barbier, Ambassadrice de France. C’est grâce à un partenariat sans précédent signé le 20 décembre 2013 avec le Département des Arts et de la Culture de la République Sud Africaine, que les archives nationales Sud-Africaine (NARSSA) ont collaboré avec l’INA , permettant la délicate restauration des 591 précieux Dictabelts, classés au Registre de la Mémoire du monde de l’Unesco en 2007.

Grâce à un travail exceptionnel de partage avec l’Afrique du Sud, l’INA a realisé un documentaire unique, « le procès contre Mandela et les autres », réalisé et écrit par Nicolas Champeaux et Gilles Porte.

Par ailleurs, pour honorer la mémoire de Mandela lors du centenaire de sa naissance, l’INA et le Forum des images, ont réalisé un magnifique hommage sous forme d’une animation en 3D, utilisant des images holographiques où apparaît Mandela et reprenant les enregistrements restaurés du procès de Rivonia. Apparaît par la magie du numérique, Nelson Mandela. La porte s’ouvre sur le procès de Rivonia au Tribunal de Pretoria, et saissisant nous nous retrouvons en son coeur . Le procureur Percy Yutar s’impose en ce moment terrible , puis Mandela transperce l’écran. Sa voix porte le combat contre l’apartheid. Mandela fait un puissant plaidoyer pour la liberté, sa cause, c’est elle. Il dénonce la souffrance qui entrave la vie des siens, combat la pauvreté. Plus que lui-même, il défend son peuple, les enfants victimes de pauvreté et des graves conséquences de la malnutrition. De cette faim qui condamne l’innocent, de cette injustice qui vole des vies, Mandela n’en veut pas. Déterminé, Mandela le déclare devant la cour, par ces mots qui deviendront la parole de notre Histoire, de notre fraternité.

“J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir.” Mandela

Ce moment unique auquel nous assistons et cette animation, que nous pouvons visionner sur le site de l’INA, nous le devons à la volonté d’une équipe qui tous avec leurs différences, chacun dans divers corps de métier, ont su mettre leurs compétences en partage pour réunir tous les éléments aux fins de réaliser cette transmission écrite, orale et visuelle du procès de Rivonia qui n’avait été ni filmé ni sténographié.

La science par l’ENS Lyon a été aussi au rendez-vous des collaborations avec l’INA par l’invention de « l’Archéophone » en 1998 par Henri Chamoux, ingénieur d’étude, docteur en histoire, qui permis de numériser les très fragiles Dictabelts, sans les abîmer, de l’enregistrement du procès de Mandela.

Une histoire d’hommes et de Femmes, et Frédéric Chambon, délégué régional de l’INA Hauts de France et Normandie, depuis le 1er Mars 2018, par un fil conducteur de parcours et non au hasard répond à cette philosophie d’union de l’INA pour la transmission de notre culture et histoire universelle.

Paul Eluard disait “Il n’y a de hasard, il n’y a que des rendez-vous” et Fédéric Chambon répond à ce concept puisqu’avant de devenir un membre de l’INA, son parcours professionnel lui fit découvrir l’ Afrique du Sud durant plusieurs années qui devinrent des moments forts de sa vie personnelle. C’est ainsi qu’il fut alors présent à la cérémonie du 17 mars 2017 alors qu’il était Attaché Régional pour Média&Créative Industries en Afrique du Sud. Lors d’un entretien à Liberterra, il nous confie son souvenir ému de cette journée extraordinaire, où la voix de Nelson Mandela parcourut l’assemblée et qui devient un moment de notre histoire qui ne s’achève pas. Frédéric Chambon se souvient, “J’ai vu des gens pleurés quand ils ont entendu les premiers sons de la voix de Mandela. C’était une vraie émotion. On avait l’impression d’avoir Mandela dans la pièce. L’INA a contribué à ce que ça existe. L’INA exhumait la mémoire marquante de ce procès où s’exprimait un homme d’exception, Mandela, qui est une figure universelle. Un souvenir qui me touche d’autant que j’ai pu voir Mandela lors de ma carrière professionnelle en Afrique du Sud. J’ai une affection sincère pour l’Afrique du Sud et Nelson Mandela.” Un lien de longue date avec l’Afrique du Sud puisque Frédéric Chambon était correspondant pour le journal Le Monde de 1995 à 1999, durant la période post-apartheid en Afrique du Sud, couvrant des infos politiques et culturelles pendant le mandat de Mandela. C’est par ce fil conducteur plus que le hasard que Frédéric Chambon se trouve actuellement à Lille pour poursuivre sa vocation au sein de l’INA, ainsi qu’il la définit, “donner du sens, c’est une continuité, ça ne tombe pas de nulle part.”

TRANSMETTRE

Et cette volonté de continuité demande de lutter contre l’oubli et pour se faire il faut savoir transmettre. Ce souci de transmission se traduit à l’INA par des outils de communication en direction de la jeunesse . Frédéric Chambon présente à Liberterra les supports diversifiés que l’INA développe pour ce faire et qui passe par l’écran mais aussi des rencontres. “Les jeunes se sont emparés de l’écran sous diverses formes alors que nos générations n’avaient que celle de la télévision avec qui nous gardons un lien nostaligique, affectueux. Il faut être en adéquation avec l’envie des jeunes et aller à la rencontre de l’écran, mettre en valeur le côté beau de celui-ci en y apposant un contenu pertinent qui se fait l’écho au programme des vidéos de l’INA.” Comme l’analyse avec justesse Frédéric Chambon, transmettre passe aussi par l’affect, éveiller les repères par nos souvenirs des images, elles évoquent un sentiment et une culture qui suit par l’écran son évolution. Les images d’archives sont un contact direct par la regard et la mémoire avec ce qui constitue notre histoire. Transmettre et apprendre à tout âge prend là tout son sens, et nous découvrons, tous, grâce au travail de l’INA en collaboration avec des modules France Info, dirigés vers les jeunes pour cet apprentissage de notre civilisation. Ils traitent de divers sujets dominants tel que la Paix, le développement durable, de la place des femmes dans nos sociétés, et encore de l’Europe. Des éclairages sont également portés sur des personnalites comme Martin Luther King, Simone Veil, Mandela, le Général de Gaulle. L’INA, et Frédéric Chambon le souligne, “c’est aussi un fabuleux site éducatif”, Jalons, en soutien avec le ministère de l’Education Nationale, qui propose plus de 1800 vidéos qui représentent plus de cent d’histoires depuis les années 1914, aux élèves et enseignants, grâce au très sérieux travail des documentalistes, historiens et techniciens de l’image donnant vie au site Jalons. Celui-ci traite de plusieurs disciplines, des sciences aux sciences humaines et offre des outils d’exploration pour le concours national de la Résistance ou la Semaine de la Presse et des Médias dans l’école. Accessible sur plusieurs supports numériques tablette, ordinateur, mobile, ils se consultent à tout moment puisque l’écran sort de son contexte initiale qui était immobile.

L’INA RENCONTRE LE PUBLIC

L’INA sort de l’écran et organise des expositions très enrichissantes où elle transporte l’écran à l’extérieur et invite le passant à découvrir les images d’archives qui s’expose sur un thème définit par l’environnement et l’évènement où l’INA déploie son exposition. Ce fut le cas au Forum Mondial Normandie pour la Paix ou l’INA Nord, première filiale régionale de l’INA depuis 1977, est venue offrir à la découverte et curiosité, les écrans de son exposition, Normandie pour la Paix. Frédéric Chambon et son équipe ont initié le public aux images d’archives retranscrites en documentaires sur la seconde guerre mondiale et répondant à l’évènement du 75ème anniversaire de la Libération. A cette occasion était présenté l’animation en 3D rendant hommage à Nelson Mandela et son oeuvre pour la Paix s’inscrivant en osmose avec le Forum Mondiale Normandie pour la Paix. Frédéric Chambon a pour cette 2ème édition de la présence de l’INA au Forum Mondial Normandie pour la Paix, voulu que la Normandie qui fut, par le débarquement , « Terre de guerre soit Terre de Paix », nous dit-il. L’INA toujours soucieuse de partage a réuni pour réaliser les vidéos documentaires sur ce temps de guerre en Normandie, des images d’amateurs et de professionelles. Ce qu’explique Frédéric Chambon, “il était très intéressant d’avoir des archives avec le regard officiel de l’actualité et en contre-champ, le regard du vécu et celui de l’histoire. C’est une réalisation croisée entre l’INA et la vidéo d’amateurs en collaboration avec Pôle image Normandie et La Fabrique de Patrimoines en Normandie.”

Les documentaires de l’exposition, accompagnés de fiches historiques sont visibles sur le site de l’INA.https://sites.ina.fr/normandie-pour-la-paix

MÉMOIRE

Notre mémoire collective qui est devenue par la caméra, la photo l’instant qui se transmet en présence visuelle l’immortalisant au delà de notre propre mémoire par le vecteur des documentaires et films historiques. Une inlassable quête de notre trace sur Terre se faisant l’empreinte de notre passage par les évènements que nous créons, et cet insésisable destin de notre humanité que nous recherchons parmi des milliers d’images d’archives. Saisissant un regard, un enfant racontant son rêve, la parole sage des anciens, tous et chaque seconde constituent ce qui devient notre passé tissant notre mémoire qui se fait futur par sa vie. Les études sur la mémoire du professeur en neurosciences Francis Eustache, directeur de recherch CNRS, s’inscrivent dans la transmission de notre histoire vécue au coeur de notre société à sa transmission à la mémoire collective, lui donnant une dimension d’émotions, d’identité propre aux sentiments ressentis par chaque personne face à un évênement commun et qui devient la mémoire universelle de notre Histoitre, de notre culture. L’évolution de notre éducation, notre but d’une paix forte pour une liberté grandissante se forgent aussi grâce à l’expérience de notre mémoire. L’INA est fondamentalement intrasèque à notre désir de comprendre, de savoir, de ne pas oublier par la transmission afin de concrétiser un non-recommencement du drame des guerres qui ont blessé notre humanité et qui par la fragilité de la paix se perpétue au-delà de nos territoires.

C’est en se faisant témoin de ces conflits par les archives et le devoir de restituer aux pays en guerre des passages de son passé qu’il lui a échappé à cause de guerres, de persécutions que l’INA a réalisé l’archivage et la numérisation d’émissions, d’actualités, d’images audovisuelles appartenant au passé d’un peuple avant que ce temps lui soit confisqué. Ces précieuses archives, témoins, lui démontre toute la richesse de son existence en dehors de la guerre et la redonnant à la mémoire blessée.

C’est dans ce but que le 3 novembre 2004 à Kaboul, l’INA signait une concention de coopération permettant de sauvagarder les archives audovisuelles afghanes représentants plus de 15 000 heures d’enregistrement de la télévision Afghane. Cette initiative de restitution de son identité pour des pays ayant souffert , l’INA le fera pour notament Cuba, l’Argentine, l’Afrique du Sud par la restitution de la voix de Mandela maintenant préservée pour notre mémoire et conscience collective.

Se “donner du sens, les archives sont une trace de la vérité de notre histoire pour lutter contre l’oubli.” Frédéric Chambon

AVENIR

L’avenir, posera les archives qui seront notre empreinte qui se fait actuellement notre présent, et nous marquerons dans les décennies à venir nos évolutions et changements toujours unis à notre Terre, à notre espace qui se bouleverse par le changement climatique. L’INA présent pour transmettre la mémoire et donc un futur, saura être vecteur pour « prendre conscience du changement climatique », assure Frédéric Chambon, qui s’inscrit dans notre devenir.

“L’important n’est pas d’être mais de devenir” pensait Kafka

L’INA présente plus de 400 vidéos sur le changement climatique dont celle présentant « Haroun Tazieff et le risque de réchauffement climatique ». Lors de l’émission « Les dossiers de l’écran », Haroun Tazieff, directeur de recherches au CNRS, y dénonçait dès 1979, la pollution industrielle qu’il pensait responsable d’une catastrophe écologique qui deviendrait la problématique cruciale des années à venir et générations futures.

Nous y sommes, nous faisons face au changement climatique et ses risques.

L’INA, UNE AVENTURE QUI CONTINUE

L’INA prouve par son travail de recherche la continuité de notre mémoire et de l’éveil de sa conscience . On voit, on entend, on comprend, on apprend. L’INA aussi simple que cela.

“Le fort de l’archive est de résister au temps, de toucher l’émotion, de nous restituer la mémoire de notre histoire, de nous donner aussi le temps du recul face à l’événement. Le côté affectif et porteur de sens définit notre contact avec les images d’archives. L’INA, c’est également dépasser les frontières en étant dans la sphère internationale.” conclut Frédéric Chambon.

Nous ne pouvons que rejoindre cette idée d’universalité de notre mémoire, de ce lien indéfectible que nous partageons tous ensemble par notre humanité.

Et puisque la mémoire est le futur, à demain avec l’INA.

©Fédora Hélène

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