JUILLET TRISTESSE EXPULSIONS, UNE SOCIÉTÉ QUI S’EXCLUT DE LA PAIX


Le temps semble s’être arrêté. Une résidence vide, plongée dans le silence, les fenêtres enlevées, un vélo posé , un baby foot cassé resté dans une pièce, des vélos d’enfants couchés par terre suspendus de leur jeu, des matelas entassés les uns sur les autres  dans la cour. Ce silence pesant, troublant, triste, qui hier n’existait pas. Je revois cette maman marchant dans le couloir, j’entends les rires d’enfants qui me guidaient vers une grande pièce où tous jouaient. Des gens posés, calmes, qui discutaient. Je revois cette maman africaine qui marchait afférée aux tâches quotidiennes. Je me souviens du linge séchant, de cette petite fille regardant par la fenêtre, j’entends les bonjours, et le soir qui est comme chez tout le monde, où on pense à tout, à rien, et à demain. 
Les enfants allant à l’école et rentrant chez leur « chez eux » éphémère. Je pense au courage de ceux accueillant, capables de réunir, de partager, d’héberger, de trouver des solutions, de sauver des vies aussi par leur main tendue. Cet extraordinaire si incompréhensible de l’extérieur. Des gens aidant avec leur histoire, dans leur pays, qui, un jour, ont tourné une page et y ont trouvé écrit dessus, Fraternité. Ils en ont fait leur combat, un but, un espoir, construisant en même temps leur avenir, leurs demains à eux aussi. Ils affrontent des épreuves, des drames de la vie, si forts, si debouts, qu’ils redonnent toute leur fierté, toute leur dignité à ceux brisés, et à nous. Ils sont la flamme, ceux qui sont là, ceux dont nous avons besoin.
Ils construisent une douche dans un squat à Bordeaux, récoltent de la nourriture, des couvertures, tout s’organise. Un homme, que l’on traite de fainéant dans la société commune, se lève tôt comme on dit, et il part chercher ce qu’il faut pour toutes les familles, personnes vivant dans un squat. Il faut décharger les cagettes de légumes, les couvertures, ranger, donner. 
Puis guérir des larmes, de nos larmes. Rire, être heureux, on a tous de la chance d’être là. 
Un être humain ne répond à aucune norme, à aucun diktat, chacun est important, chacun a ce coeur qui bat, chacun avec ses peines, ses erreurs, ses échecs et cette formidable espérance qui rend le merveilleux possible.
Et, son chemin. Les politiques votent des lois, tiennent un pouvoir, et ils peuvent s’unir à nous citoyens, familles expulsées, réfugiés, aux mille visages, aux pays, Syrie, Géorgie, Mongolie, Albanie, Bangladesh, Afghanistan, la grande Afrique, Inde, Sri Lanka, Asie, tous et nous, aux langues et cultures de notre humanité, demain nous serons citoyens du monde. 
L’incontournable métamorphose de nos politiques, de nos frontières, le changement climatique devancera l’homme sur sa capacité à aller vers sa nouvelle civilisation. Demain, nos enfants ne seront plus d’un pays mais d’une multitude. 
Les gouvernements décideront s’ils opposent à l’évolution grandiose qui vient, et continueront les guerres économiques et politiques, ou, s’ils ont compris et accepté que demain, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des mouvements de population de grande ampleur auront lieu et bouleverseront les États.
Les peuples opprimés depuis pour certains des décennies iront invariablement vers la liberté et nos pays allant vers un autoritarisme politique retrouveront leur source de liberté.
Si la paix n’est pas le socle, nous plongerons dans son contraire.
Les décisions préfectorales d’expulsions des squats, de familles de logements locatifs, de femmes enceintes, d’enfants à la rue, sont la dérision qui deviendra absurbe.
Il nous faut évoluer, changer, ne plus comprendre les anciens mécanismes politiques et économiques des frontières ni y caler comme actuellement un capitalisme ravageur raisonnant en terme exclusif de compétitivité.
La nature a besoin de nous et nous avons besoin d’elle, son cri est le nôtre et nous ne pouvons y répondre favorablement par des mécanismes qui sont responsables de la sixième extinction d’une espèce animale, d’une régression de la bioversité et de l’amplification de la pollution. Nous ne devons pas vouloir faire de l’argent, mais défaire l’argent.

Dans une utopie ancestrale, réalisons ce qui est possible pour sauver.
La paix abreuvera la source Liberté et tenons pour étoile, l’étoile Yémen. Voyons ses enfants mourant de faim pour nous assurer que nos modèles sociétaux ne sont pas le chemin à prendre pour un avenir serein.
Nous vient cette saisissable chance de nous saisir de notre destin et d’entrer dans une ère de profond respect de l’humain.
Rien ne se fait facilement et seul. C’est uniquement ensemble que le temps prend son sens.
Ce temps qui se doit de se vouer à l’art de la diplomatie.
Nous ne pouvons nous enfermer dans des politiques dites « sécuritaires » qui ont prouvé leurs échecs puisqu’elles ne résolvent aucun problème, provoquent des drames. Et nous apprenons le nombre catastrophique des corps échoués. Puis, ceux perdus en montagne et dont on retrouve les corps lors de la fonte des neiges. On ne peut demeurer dans ce mental qui conçoit la mort de réfugiés comme choix inévitable.
Nous  pouvons admirer alors le choix fait, naturel et humain, par Pia Klemp, capitaine de bateau, sauvant de la noyade des femmes, des enfants, des hommes, qui embarqués sur des radeaux modernes pour rejoindre la liberté, mettaient leur vie en péril, prise aux pièges des mers, elle, aussi immense que l’espérance et les emmenant loin de toutes philosophies humaines, dans la réalité de ce qui est, du flot puissant de la nature, vers une mort certaine que les politiques de plusieurs générations ont fini par engendrer, à servir un esprit de cupidité, de domination jusqu’à la folie du mental de l’argent et du pouvoir.
Pia Klemp risque 20 ans de prison en Italie, accusée du délit « d’aide et complicité à l’immigration illégale ». 
Alors qu’elle n’a appliqué que la seule politique possible, sauver.
Et, pour ce faire, elle a agi, ce que nous devons faire par nos moyens, de soutiens, d’actions, par cette volonté de conscience qui redonne au temps sa dimension, et non celui de décisions politiques bloquant une universalité politique de fraternité et qui s’inscrivent obligatoirement dans un éphémère constant. 
« Il vient une heure où protester ne suffit plus. Après la philosophie, il faut l’action. » Pia Klem qui définit ce temps devant nous du choix crucial qui décidera du maintien de la paix dans une conception de société fuyant l’endoctrinement mental du profit et comprenant ce demain du temps où notre humanité va conquérir son universalité.
Il est dans la complexité des cultures, qui commence par la langue, cette division naturelle de chacun d’entre nous. Par l’apprentissage et l’acceptation des coutumes et cultures, qui ne doivent pas signifier une évidence incontournable, mais plutôt la richesse de notre multiplication d’intelligences, de compréhension du monde, de notre capacité unique à nous adapter à notre environnement et d’y faire pousser l’art à l’égal de l’amplitude de la biodiversité.
Nous sommes un tout, un tout curieux des éléments qui le constituent et à la recherche de découvrir ceux qui pourront développer nos compétences d’adaptation.
Ce que l’homme cherche sur Terre et dans l’Espace.
Notre vision dans nos civilisations succesives a été d’acquérir un savoir, de le transmettre, de l’augmenter, ce qui est aujourd’hui le propre de notre technologie qui fonctionne sur un système permanent d’augmentation de son intelligence par une adaption rapide aux conditions environnementales. Et, dépassant l’humain par un raisonnement mathématique, que nous pouvons mettre un temps long à réaliser.
C’est par cette notion de temps que l’homme est dépassé, dans son impossible matière et le seul témoin de son existence est la présence de notre humanité non pérenne mais manifestement en danger permanent.
Ce danger auquel il faut répondre pour gouverner l’incertain que nous nommons l’avenir et qui peut être bouleversé en une fraction de seconde.
Ce temps qui n’a de sens que si nous sauvons ce qui est en danger dans cet espace de vie de nos civilisations qu’on ne maîtrise que par ce que l’on veut imaginer.
Les gouvernements ont cette limite. Ils ne sont pas l’universalité de l’imagination qui vit au coeur des peuples, au coeur d’une jeunesse qui demain imaginera sa société. Et elle le fera par nécessité de liberté. Une liberté qui commencera par un droit de vivre sans être battu par la souffrance qu’amène la politique si nous la portons en maître absolu de nos idées, de notre temps, balayant alors tout le mystère qui nous constitue.


Nous concevons la fin avant le début. 


Sauver des vies, ne plus savoir que des enfants meurent de faim est le début de notre avenir.
Répondre par la force, la menace de l’emprisonnement, la domination de pays se formant en empires, écrit la fin qui mettra le monde sous haute surveillance, comprenant l’autre en tant qu’ennemi.
La surveillance par drones se générant indépendamment d’un commandement humain dans l’objectif de la performance de contrôle des peuples par des doctrines de puissances lobbyistes et d’états, mettra le monde sous haute pression d’esclavage, de non sens, de performances de vivre au rythme d’émotions programmées pour un état de survie permanent.
Nos enfants, contraints sur haute surveillance, ou nos enfants libres, est la dualité stricte qui se présente à nous.
Sauver est alors, pour la Liberté, le seul chemin politique possible.

©Fédora Hélène


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