BORDEAUX, UN AUTRE MIROIR, EXPULSIONS SUR SES PAVÉS BRÛLANTS

Bordeaux, expulsions sur ses pavés brulants

Ce n’est pas un nouveau tag qui se dessine sur les murs bordelais, de ceux de la rue, qui s’inscrivaient durant les manifstations des Gilets jaunes.
C’est encore une triste réalité qu’imprime notre société qui semble bien se perdre quand des enfants vivent à la rue.
«C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches.» écrivait Victor Hugo, et depuis ces ans écoulés, le constat est toujours là.
C’est de l’encre des pauvres que pleurent les mots. Ils sont comme une partition où quelques notes interprèteront jusqu’à l’infini ce que nous sommes.
Cette somme de pauvreté qui s’écoule lentement par le fin canal d’un sablier, mais passant coûte que coûte. Chaque grain composant pour finir le sol d’en bas.
Cette fondation de notre histoire où la culture de la pauvreté et de la richesse y puise sa source.
Cette misère qui devrait être anéantie, et ne plus juger une vie au poids de son portefeuille, cette misère reprend sa force et se loge dans nos villes, dans ses rues, dans ses immeubles vides. Elle est là et s’impose.
Elle est comme la Terre, elle tire le signal d’alarme, et pourtant tout semble rester sourd à ses appels.


Bordeaux subit des expulsions massives depuis plusieurs mois et qui se sont accélérées en ce mois de juillet. Dès le 17 juillet un appel à se rassembler devant la préfecture à Bordeaux avait été lancé par les soutiens des personnes expulsées, notamment des squats ayant été fermés, suite à des procédures d’expulsions appliquées par la préfecture en une volonté que souligne sa préfète, Fabienne Buccio.

Juillet sonne les expulsions

Dans plusieurs villes de France s’effectuent en cette fin d’année scolaire, (date choisie par nombreuses préfectures, qui expliquent avoir souhaité que les enfants scolarisés puissent finir leur scolarité) des expulsions de squats et les préfectures disent «mener avec fermeté une politique de résorption des squats.»
Des ressortissants étrangers souvent déboutés du droit d’asile, ce qui est le cas à 86 % dans l’agglomération caennaise annonce la préfecture du Calvados, se retrouvent dans des situations très complexes . Certains ont une proposition de logement à l’autre bout de la France et donc de leur point de chute. Ils se trouveraient alors séparés des repères, liens d’entraides qu’ils connaissaient, ce qui est le cas pour des « Expulsés » à Bordeaux. En sachant que les personnes refusant un dispositif, perdent alors tout droit.


À Caen, des familles venues de pays différents tel que l’Albanie, la Georgie, le Nigéria, le Bangladedesh, seront pour certaines hébergées une nuit à l’hôtel, tandis que d’autres auront 4 nuits.
Les affaires de ces personnes évacuées ont été mises en garde-meuble.
L’inquiétude demeure pour ses réfugiés dont on ne sait le devenir.
Tout reste dur à vivre, des squats sont toujours en sursis, de nouveaux ouvrent et ce serait environ 450 personnes qui vivraient dans les 8 squats constitués sur Caen.
Pour faire face à l’urgence, une solidarité normande s’inscrit depuis janvier 2019 dans un manifeste normand appelé « l’hospitalité» à l’initiative d’organisations culturelles et signé par 44 structures et acteurs culturels et le monde associatif comme Médecins du Monde.
Le mot «accueillir», «solidarité», une volonté de société respectueuse de l’humain, donc d’équité et d’écologie, c’est ce que tient à representer le manifeste normand de «l’hospitalité».
Cet appel qui fut lancé du squat de l’ancienne maison de retraite privée des « Oliviers » évacué le 11 juillet.

Bordeaux, le drame des expulsions

Plus au sud de cet Ouest de la France, Bordeaux.
Là, des expulsions massives de squats ont lieu et la préfète de la Gironde, Fabienne Buccio, semble vouloir continuer la politique d’évacuation des squats de la métropole bordelaise.
La bourse du travail de Bordeaux, située dans le quartier de la Victoire, s’est transformée en dortoir pour accueillir environ plus de 50 personnes en détresse, dont un nourisson et 13 enfants.
La CGT, CGT Ford, et les premières organisations signataires comme Médecins du Monde, le Collectif Bienvenue, le collectif de l’Ascenseur, NPA 33, l’Observatoire Girondin des Libertés Publiques s’unissaient le 16 juillet, dans un communiqué pour un appel revendiquant «Non aux expulsions, un hébergement décent pour tous» avec le soutien de Cédric Hérrou.
Le communiqué pointe les deux audiences du 11 et 16 juillet, avec le Directrice du cabinet de la préfecture et estime que « le préfecture ne tient pas compte des urgences de la situation.» Il rappelle également qu’ « il y a au moins 2000 personnes à la rue en ce moment. Cette situation est illégale, inacceptable, choquante, violente et inhumaine.»
Et, mentionnant le fait qu’il «existe 20 000 logements vides de qualité à Bordeaux et dans la Métropole.»

Un logement en perspective

Selon l’organisation « Ovale Citoyen », qui a reçu le 26 juillet, « les premiers éléments du Samu social» annonce t-il, dont un rapport concernant les personnes hébergées à la Bourse du Travail et dont « la méthodologie a été validée par les associations et la Préfecture, 70 % des personnes ont une situation administrative leur permettant d’avoir accès à un dispositif de logement.»
Des concertations sont en cours à ce sujet entre «collectivités locales, associations et représentants des « hébergés ».»
De plus, la préfecture a établi la présence de « 59 personnes d’origine et provenance diverse.» dont « 3 familles (constituant 18 personnes) dont 1 en demande d’asile, 1 disposant d’un titre de séjour et 1 ayant une carte de résident.» précise le communiqué citant les sources de la préfecture de la Gironde et du Samu social.
Quant à l’Athénée Libertaire, au fonctionnement bénévole, il propose la possibilité de prendre une douche et de pouvoir manger à toutes personnes expulsées.
L’épuisement, l’inquiètude sont majeurs en ce temps de canicule où l’air étouffant annonçait de fortes chaleur à 40° C, rendant d’autant plus éprouvant une situation de vie à la rue dans l’angoisse de l’urgence.

Portrait d’une préfète qui se définit en deux mots « Humanité et fermeté»


Fabienne Buccio, qui disait à l’émission « C’est juste entre nous », être une femme avec ses sensibilités et émotions. Puis définissant son métier, elle précisait : «La préfète est une femme de décision» et « Il faut mieux une mauvaise décision que pas de décisions», et ajoutant «Mais décider ne veut pas dire ne pas savoir écouter». Puis, elle revendique que « fermeté et humanité ne sont pas incompatibles» en évoquant la jungle de Calais. Une période très importante pour elle, et elle en retient «une grande humanité» pour cet évènement dont elle a suivi «le cycle complet» « la jungle, je l’ai vu se créer, je l’ai amenagé, je l’ai démantelé
Fabienne Buccio gardant l’objectif de servir et pensant qu’il ne faut pas «oublier qu’on a une organisation à la française qui est extrêmement humaine, extrêmement respectueuse de l’autre.»
Alors , pourquoi, ces personnes réfugiées en grande souffrance à la rue dans toute la France et le demeurant hiver comme été caniculaire ?

Une histoire aussi …

Fabienne Buccio revendique sa famille issue de l’immigration et parle de son admiration pour sa mère italienne.
Ceux dont leurs grand-parents étaient immigrés fuyant les conflits et guerres, fuyant la misère de la faim, et arrivant en France et acceptant d’oublier leur langue, leur culture, leur identité, leur histoire familiale pour devenir français par amour de la France se rappellent aussi …
Ils donnaient à leurs enfants des prénoms français, la langue maternelle n’était pas apprise, il ne fallait parler que le français.
C’était aussi pour certains le tragique d’une souffrance. Une famille restée au pays qu’on ne reverrait plus jamais, n’ayant plus de nouvelles d’eux, ne sachant ce qu’ils étaient devenus. C’étaient le cas pour des immigrés polonais, ukrainiens, russes.
C’était également la souffrance du racisme qu’ils subissaient en France, travaillant comme des bêtes de somme, connaissant la faim qu’ils avaient pourtant voulue fuir. Une personne âgée venue d’Ukraine me confiait que depuis son arrivée en France dans les années 30, plus personne ne l’avait appelé par son prénom. Alors pour elle, je vais l’écrire ici « Parascovie». Elle travaillait dans les fermes, dormait dans la grange et volait du pain pour manger. C’était en France.
Rester en France, c’était accepter tout travail et des conditions de vie très dures. C’était pourtant considéré comme une chance, une étape pour rejoindre les États-Unis, un but pour beaucoup.
Ceux qui faisaient le choix de la France, étaient considérés comme ceux restant pauvres.
La mémoire de ne pas les oublier, aujourd’hui, où des réfugiés souffrent.

Préfète et la politique des expulsions

Les expulsions ne cessent pas et des sans-abris, expulsés, qui étaient en secours, installés à la Flèche St Michel ont été évacués le 16 juillet et se sont réfugiés dans l’église.
La préfete de la Gironde et de l’Aquitaine, qui n’a pas été nommée par hasard, puisqu’elle était de février 2015 à février 2017, préfète du Pas- de-Calais, et menant à Calais ce qu’elle appelle « cette opération du démentellement » de la Jungle. Puis, elle fit un passage en Normandie, en tant que préfète de Seine-Maritime et de la région Normandie.
Où une problématique similaire existe à Ouistreham. Des centaines de migrants, dont beaucoup venant du Soudan, espèrent rejoindre l’Angleterre par ce village de 9 000 habitants depuis que Calais est devenu très difficile.
Certains d’entre eux, répoussés, se retrouvent dans la ville de Caen.
Étonnant, pour eux, pas question de rester en France où ils estiment n’avoir aucun avenir.
La solidarité s’est organisée pour les aider au mieux dont des collectifs comme CAMO et avec le soutien de Médecins du Monde.
Les migrants qui dénonçaient notamment sur Tendance Ouest en avril 2019, être victimes de violences. «On est frappé, insulté, gazé, je n’en peux plus. Il faut nous laisser passer la frontière. Là, on est en train de mourir. On se sent piégés ici.» Une situation alarmante et inhumaine que dénonce les associations dont Isa Touzan membre de « Rassemblement Humain » qui déclare «Ils sont traités comme des animaux.»
Puis, pour l’anecdote, Fabienne Buccio, remplaçait en Saine-Maritime, Nicole Klein, récemment limogée par de Rugy alors qu’elle déclarait «servir toujours et jusqu’au bout»
«Servir» ce que Fabienne Buccio revendique par un nouveau temps fort des expulsions dans la métropole bordelaise.
Lors d’une rencontre avec les journalistes, la préfète expliquait sa volonté de défaire les squats et s’étonnant du nombre de ceux-ci dans la métropole bordelaise . « Il y en a 150, avec 1500 occupants …. pour éviter les situations de Toulouse et de Nantes où ça débordait dans les rues, jai voulu agir.»
«Franchement, j’ai vu trop de choses à Calais, je sais que c’est la solution» conclue t’elle.
Elle souligne qu’elle est « l’excécutante des décisions des juges», et ainsi qu’elle le disait au micro d’Europe 1, concernat la jungle de Calais, elle affirme établir pour Bordeaux « une évaluation des personnes qui occupent les lieux de manière à préparer les expulsions » puis insiste sur le fait «je le dis et redis: nous avons une solution pour chacune des personnes. C’est très sérieusement préparé»

Et elle rappelle, « j’ai une réponse pour tout le monde. S’ils refusent, ils s’exposent à la perte de l’allocation
Face aux déclarations de la préfète, Aude Saldana-Cazeneuve, coordinatrice de Médecins du Monde, assurait le contraire : « nous réfutons le fait que tous les demandeurs d’asiles ont reçu une proposition de relogement»

Solidarité active

Devant ce drame humain saissisant tous, la solidarité se fait présente et un appel aux dons pour répondre aux premières nécessités est lancé.
Des produits d’hygiènes et d’entretiens, de la nourriture, des draps, et tout ce qui est nécessaire pour pouvoir organiser des dortoirs d’urgence.
Ainsi que des vêtements de grossesse et d’allaitement.
Les personnes pouvant prêter main-forte sont aussi les bienvenues, appellent les collectifs d’aides aux réfugiés, sans-abris, personnes explusées comme le Collectif des migrants de Bordeaux.
Le Squid, centre social auto-géré à Bordeaux, ne faiblit pas et est un fort soutien à ceux se retrouvant dans l’épreuve d’avoir tout perdu.
Le collectif des Supporters des Girondins a de son côté récolté, par une cagnotte mise en ligne pour aider les personnes expulsées, 2 500 euros.
Les collectifs, acteurs sociaux poursuivent leurs démarches pour trouver une solution d’hébergement pour ceux explusés et restent attentifs aux propositions faites pour les personnes en situation de grande vulnérabilité.

Quid des bâtiments publics vides ?

En France, il existe dans les villes et villages des bâtiments publics vacants et délaissés . On ignore même l’étendue de ce patrimoine qui augmente régulièrement à la suite de fermetures de postes, d’écoles, de lycées, de trésories publiques, d’anciens tribunaux fermés lors de la réforme de Rachida Dati .

Un deal pourrait-il avoir lieu entre la Métropole, la Mairie de Bordeaux et des collectifs d’entraides pour les expulsés et migrants, pour que des bâtiments publics et vacants soient mis temporairement à disposition ?

Une solution pour répondre à la situation catastrophique que vivent des personnes à la rue en état de grande vulnérabilité et souffrance.

Tous ensemble et chacun avec ses moyens est une goutte d’eau permettant une solidarité dans ces épreuves d’un été où la nature, elle-même, lance un cri d’alarme.

© Fédora Hélène

Bordeaux , canicule , juillet 2019
©Liberterra

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