L’ ABERRATION : TEXTE ADOPTÉ ET PROVISOIRE CONTRE LE VOILE

Nous n’aurions certainement jamais entendu parlé de Jacqueline Eustache-Brino si aux côtés de ses conseillers et parti LR, elle n’avait pas déposé le 9 juillet 2019, la proposition de loi tendant à assurer la neutralité religieuse des personnes concourant au service public de l’éducation qui sera un complétement apporté au code de l’éducation et qui fut en première lecture, donc une adoption provisoire, le 29 octobre dernier.

Le 23 octobre, soit quelques jours précedant ce premier vote au Sénat, la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication se réunissait.

Max Brisson, rapporteur, y fit un long discours, s’attachant à l’histoire de l’école et citant en long préambule la fin du 19 ème siècle et ses vertus s’appliquant à fonder l’école publique, allant jusqu’à féliciter le Front populaire pour donner de la valeur à son argumentation.
Les Républiquains, qui sont issus de la droite ex RPR, UDF et droite dure qui à grand renfort de militants et politiques, avec en son temps le maire de Neuilly, Nicolas Sarkozy, allaient tous, d’un grand pas, défiler pour soutenir l’école privée catholique contre la loi Savary avant de séduire comme actuellement la laïcité d’une France bloquée dans son XIX ème siècle.
C’est ainsi qu’ils furent nombreux presque autant que pour la Manif pour tous, ce 24 juin 1984, à dénoncer haut et fort une « société totalitaire » qui serait si cette loi passait et ce sont les grandes figures qui ne manquèrent pas à l’appel, comme Chaban, Giscard, Simone Veil, Chirac, la droite entière défilait pour défendre la liberté de l’École libre.
Cette loi que Mitterrand retira, parlait du « grand service public unifié et laïque de l’éducation nationale ».
Il faut croire que la droite d’alors a loupé le coche et revient quand ça lui chante parler de laïcité et mettre le ton du totalitarisme.
Mais ce qui était chaotique dans le projet de loi Savary, l’est encore plus pour un article se glissant en ajout dans le code de l’éducation pour le compléter alors que l’on pouvait au moins considérer qu’il s’agissait d’une réforme de grande ampleur qui se voulait fidèle à la loi du 28 mars 1882 qui fait partie des lois Jules ferry sur l’enseignement public et laïque.
En 2019, les politiques en sont à être dans l’instable de la laïcité, la tournant en fonction de leurs intérêts, dans une france dont la culture et les mentalités se rattachent comme à une bouée de sauvetage à cette fin du XIX ème siècle.
Ils en oublient dans leurs grands discours pour s’auto flatter et tenir celui qui a raison contre l’autre en pensant aux futures élections municipales, que dans ce XIX ème était une grande pauvreté. Des enfants y connaissaient le froid et la faim dans des milieux ouvriers où l’on pouvait travailler à la chaîne en usine jusqu’à 70 heures pour gagner à peine de quoi se loger dans de petits appartements vétustes.
Ils oublient que des familles entières vivaient dans une pièce et qu’il était une chance d’en avoir deux.
Alors, aujourd’hui, au Sénat, dans la richesse de la République, on tire le vieux vin car il sert à boire aux profits politiques.
Loin de tout ça, il y a simplement des mamans qui souhaitent accompagner les enfants, trouver un équilibre, une joie à être au coeur de la République qui au XIX ème siècle avait compris l’aberration d’interdire ses signes visibles, puisqu’ils font partie intime d’un être, d’une culture, de croyances et de ce qui constitue un peuple dans toutes ces différences. Les interdire, revient à les faire vivre sous des formes cachées, provoquant un mal-être, une stigmatisation d’une communauté.
C’est un non-sens car un peuple, c’est par évidence des ensembles de communautés qui par la confiance, la reconnaissance et le respect de chacun, se retrouvent en une grande communauté, qui fait un pays.
Les partis politiques sont eux-mêmes des communautés qui peuvent s’opposer les unes aux autres dans ce même respect de savoir se rassembler pour se définir en tant que peuple car il partage une vie en société par l’école, les hôpitaux, les universités, la vie économique et culturelle.
Ce sont les multitudes qui font la liberté comme peuvent l’être les différentes langues parlées à l’intérieur d’un pays et dans le même temps parler ensemble une langue commune.
Toute la richesse, le courage des populations venant d’un autre pays par leurs ancêtres, où par leur propre chemin de vie, avec cette capacité extraordinaire de devenir en terre d’ adoption un de ses frères, d’apprendre les uns des autres et d’établir un partage crucial entre toutes ces multitudes de cultures, de religions, de langues qui fondent notre universalité.
Donc, les femmes qui désirent porter un voile sont dans cet esprit de la multitude au sein d’un peuple, l’enrichissant et non provoquant un risque quelconque pour l’harmonie d’un pays.
La défiance, le racisme, cette haine silencieuse par cette peur de perdre un statut dominant sont eux dangereux.

Le voile qui dévoile une droite archaïque


Cela fait des décennies que cela est, et on revient à ces années 1980 où le FN pointait son nez, où on glisse lentement vers des politiques sécuritaires qui seront néfastes et qui porteront l’agressivité, la violence, l’exclusion par cette haine qui sème l’incompréhension, les impossibilités, l’instable.
Aujourd’hui, est en France un mal-être profond, un fascisme qui s’étend et le dire deviendra difficile car cet esprit de la division rend tout impossible.
Cette loi qui a été adoptée en première lecture au Sénat et qui dit dans son article 1 : « Les personnes qui participent au service public de l’éducation sont également tenues de respecter ces valeurs. », ajoutant « La même interdiction s’applique aux personnes qui participent, y compris lors des sorties scolaires, aux activités liées à l’enseignement dans ou en dehors des établissements, organisées par ces écoles et établissements publics locaux d’enseignement. » est une erreur.
Et, elle signifie que la maman qui porte le voile et qui aidait à l’animation de la bibliothèque de l’école ne pourra plus faire.
Il ne s’agit pas uniquement des sorties scolaires, il s’agit d’une interdiction totale qui fatalement exclut.
Les enfants sont heureux de la présence de ces mamans et les politiques ont donné un pouvoir à leur interprétation faussée semant un déséquilibre, là où il y a un équilibre.
L’amandement s’opposant à cette « petite loi » comme le mentionne le Sénat, et porté par Jacques-bernard Magner et les membres du groupe socialiste et républicain a été rejeté par 143/144 votants LR, LREM vote d’un seul homme contre à 23/23, le groupe Union centriste reste fidèle à lui-même avec sa position de chaise à bascule avec plus d’abstentionnistes que de votants qui seront contre à 15/51, le groupe communiste vote pour à 16/16, le groupe du Rassemblement démocratique et social européen vote contre à 16/23
En tout , il obtient 121 des voix pour et 181 contre.
La france est profondément divisée par l’entêtement politique à demeurer dans un esprit négatif, à penser qu’un problème vient de quelques mamans s’investissant dans les activités de l’école publique gratuite et laïque, ce qui veut dire, qu’elle accueille tous !
Elle fut fondée pour lutter contre la misère, contre la mortalité précoce qui sévissait alors et au grand jamais pour exclure un parent.
Car justement l’école est d’aimer les différences et d’apprendre à se connaître, à vivre ensemble, à savoir petit à petit se faire confiance et partager.
L’école a su mettre côte à côte des enfants de classes sociales différentes ce qui incluait alors une différence immense de culture, de vie au quotidien, d’interprétation de la société et pourtant portant les mêmes droits à la dignité humaine, au respect et au bonheur de s’épanouir dans une société à laquelle on appartient par notre humanité.
L’école a voulu rassembler et ce fut que des décennies plus tard qu’ elle vit l’aboutissement de son grand projet.

L’école sa vocation : les droits des enfants tous ensemble


Elle a véritablement vocation à protéger des enfants d’une vie trop dure, injuste car ils ne sont pas nés au sein de la bourgeoisie.
Des enfants qui autrefois pouvaient commencer à travailler à l’âge de 12 ans, et toute cette volonté de l’école de créer un monde meilleur, fut dramatiquement interrompue par deux guerres mondiales.
Puis, l’école a repris son souffle et elle a permis aux générations nées à partir du milieu des années 30 à connaître une vie adulte moins rude et à construire une prospérité.
Et, cette prospérité s’est multipliée par l’esprit du Conseil national de la Résistance.
Ils ont su aller vers la réconciliation, vers l’essentiel même imparfait pour avancer vers une société en paix où la misère si tenace si terrifiante perdrait de sa puissance.
Ils savaient que la lutte contre le racisme serait éprouvante car la haine ne cède jamais sa place au bonheur de la fraternité.
La lutte sera encore longue, la division est forte, et ce qui nous dit que l’on se trompe pas de combat, ce sont les yeux des enfants.
Ils savent aimer toutes les différences, ils savent être amis et les adultes ne doivent pas leur démontrer les voies des impossiblités, de l’exclusion, du jugement sans appel contre l’autre différent.
Il y a beaucoup de violences dans notre société et l’école connait cette violence. Les enfants voient le reflet de l’agressivité dans les propos des adultes, dans l’image qu’ils transmettent, dans un système où la pauvreté prend de nouveau place, où l’argent est un moteur, où une bourgeoisie vivant sur des acquis regarde les autres s’épuiser dans cet injuste permanent du système.
Et ce n’est pas un hasard si c’est à ce moment là que resurgit un fascisme, une haine, un racisme qui s’enveloppent d’hypocrisies, d’impossibiltés, d’incompréhensions et de violence contre tout ce qui s’y oppose.

Alors puisque figure le mot provisoire devant cet article 1 adopté, espérons qu’il ne soit pas définitif et donc appliqué. Pour cela hors les critiques que l’on peut lui opposer, il est à compter sur chaque bonne volonté, de ceux émus et ne voulant pas de l’injustice, de manifester leur opposition à ce texte qui ne fait que rejeter l’autre et d’interpréter la laïcité en totalitarisme.

©Fédora Hélène

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