# 49.3 la démocratie en deuil

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# 49.3 la démocratie en deuil

Samedi 29 février, à la suite d’un Conseil des ministres exceptionnel, qui était censé être consacré à la gestion de la crise sanitaire touchant la France, qui a atteint le stade 2 / 3 de l ‘épidémie de coronavirus, le gouvernement prend la décision d’utiliser le 49.3 pour faire passer de force la réforme des retraites.

Édouard Philippe s’est ensuite rendu à l’ Assemblée nationale pour déclarer devant les députés «Conformément à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution de 1958, et après avoir obtenu l’autorisation du Conseil des ministres du 29 février, j’ai décidé d’engager la responsabilité du gouvernement sur le projet de loi instituant un système universel des retraites» . Les députés insoumis présents, dont François Ruffin et Ugo Bernalicis, ont hué Édouard Philippe au cri de «C’est honteux !» notamment lorsque celui-ci introduit sa déclaration officielle en disant «C’est un bien dangereux service et mauvais service que cette obstruction» faisant référence aux 30 000 amendements déposés par la France insoumise et les 41 000 autres déposés par le groupe communiste.

Un 49.3 qui n’est pas une surprise et qui était préparé, plus que certainement, en amont des débats à l’Assemblée nationale. Puis, le journal le Monde fait état du fait que vendredi 28 février, le premier ministre a rencontré les groupes LRM et Modem pour «évoquer les amendements qui seraient repris dans le nouveau texte». Puis, Édouard Philippe a précisé que les points négociés avec les syndicats, seraient introduits dans le nouveau texte.

Dès ce samedi, Bastien Lachaud et Mathilde Panot pour LFI, Dominique Potier pour le PS et Stéphane Peu et Elsa Faucillon pour le groupe communiste ont déposé une motion de censure commune. «Le texte de la motion de censure sera centré sur les mauvais procédés du gouvernement.» déclare Jean Luc Mélenchon.

L’opposition manifeste spontanément contre le 49.3

Un appel à un rassemblement spontané devant l’Assemblée nationale a été lancé dès la fin de l’après -midi de ce samedi 29 février, pour protester contre l’autoritarisme du gouvernement. D’autres rassemblements ont eu lieu dans nombreuses villes comme Toulouse, Lyon, Marseille, ou encore celui donnant rendez-vous aux militants-es place Pey Berland à Bordeaux.

Au Havre, la colère de manifestants laisse la permanence d’Édouard Philippe taguée et caillassée. Et, on peut y lire les slogans tels que «Mettons le en quarantaine», «Déni de démocratie», «49.3, Philippe prend la fièvre».

Le parti communiste français réagit et publie son opposition à l’utilisation du 49.3 sur son site et déclare «Le président de la République et son gouvernement entendent ainsi bâillonner l’opposition à leur politique dans les hémicycles après avoir méprisé le mouvement social et ignoré l’opposition de la grande majorité du pays à ses projets de loi. » Puis, ajoutant «À défaut de convaincre de la légitimité de son projet rejeté par une large majorité de français, le pouvoir utilise donc la force contre le parlement.»  Le PCF qui affirme pour message : « Non au coup de force, oui à un référendum« 

L’intersyndicale CGT, FO, Solidaires, FSU et organisations de la jeunesse se réunira lundi 2 mars pour organiser la continuation de la lutte contre la réforme des retraites à laquelle s’ajoute l’opposition au 49.3

Le gouvernement comme le souligne le PCF qui n’a pas hésité à avoir recours à « la force lors des mobilisations dans tout le pays depuis plusieurs mois» devra faire face à la colère de l’opposition qui ne sait pas mobilisée durant tous ces mois d’engagement contre la réforme des retraites pour se soumettre à un tel affront.

L’Union Syndicale Solidaires dans un communiqué déclare que le gouvernement donne «Une nouvelle preuve , si celle-ci était nécessaire, que ce projet de régression sociale reste minoritaire et que ce gouvernement est prêt à toutes les manœuvres pour l’imposer». Par ailleurs, Solidaires appelle à se joindre et à participer «massivement» , «à des rassemblements et manifestations pour signifier le refus de ce passage en force.»

Ségolène Royale réagit sur Twitter et demande au gouvernement de retirer le 49.3 «Face aux risques de violence» déclare l’ex ambassadrice des pôles.

Les soutiens d’Emmanuel Macron justifient comme légitime le recours au 49.3

Sibeth Ndiaye , porte-parole du gouvernement, a déclaré sur LCI, ce samedi 29 février soutenir le 49.3 et confirme sur Twitter son intervention sur LCI, en affirmant «Avec l’utilisation de l’article 49.3 de la constitution par Édouard Philippe, nous mettons fin à un épisode de non-débat de la réforme des retraites ; nous redonnons au Parlement les moyens d’assumer sa fonction éminente de voter la loi»

François de Rugy , sorti de table, il y a quelques temps, et après avoir digéré quelques homards, revient pour affirmer son soutien au gouvernement et se fend d’un tweet où il déclare «les oppositions communistes et socialistes ont tout fait pour empêcher l’examen et l’adoption du nouveau régime universel de retraites par l’Assemblée.» et il ajoute «Il n’y avait malheureusement pas d’autres possibilité que le 49.3»

Édouard Philippe fait quant à lui la tournée des plateaux télé de TF1, LCI pour affirmer que «ça na aucun lien avec le coronavirus», que «le débat parlementaire ce n’est pas pour une toute petite minorité s’accaparer la totalité du temps de parole pour ne pas faire en sorte que le débat de fond puisse prospérer.»  Par le 49.3, Édouard Philippe déclare mettre fin à «une logique d’obstruction assumée, […] assumée par monsieur Mélenchon .», en disant «prendre ses responsabilités»

Gilles Le Gendre, député et Président du groupe LREM, déclare soutenir la décision «du premier ministre d’engager la responsabilité du gouvernement sur le projet de loi des retraites» Puis, il retrace, selon lui, les 11 derniers jours de débat , en affirmant que «Depuis 11 jours, nous avons eu, l’obstruction belliqueuse, l’obstruction sémantique et typographique, l’obstruction honteuse, l’obstruction masquée.»

Édouard Phillipe déclare par un tweet le 29 février vers 22h00 «Le texte sur lequel j’ai engagé ma responsabilité est un texte dans lequel j’ai intégré toutes les convergences entre les organisations syndicales et patronales des deux derniers mois et un très grand nombre d’amendements proposés.» Édouard Philippe quittant l’Assemblée nationale le 5 juillet 2016, scandalisé par l’utilisation du 49.3 de Manuel Valls .

Bruno le maire se rappelle ses déclarations lors de l’utilisation du 49.3 pour faire passer en force la loi Travail, quand il déclarait sur un plateau de télé «Quand on est obligé dans une majorité d’utiliser un instrument aussi brutal pour un texte de loi aussi creux et bien ça sent la fin d’un règne

Un nouveau front entre les opposants à la réforme des retraites et le gouvernement, ainsi que ses soutiens se voulant légitimes, voit le jour

La colère gronde et le fait savoir en réagissant spontanément dès samedi 29 février. Des rassemblements s’effectuent partout en France. Les gens descendent dans la rue pour signifier clairement au gouvernement, qu’ils ne laisseront pas passer ce déni de démocratie. L’intersyndicale (GCT, Solidaires,FO, FSU et organisations de la jeunesse, se réunira dès ce lundi 2 mars pour décider des actions et manifestations communes à réaliser pour s’opposer «massivement» comme le souligne Solidaires contre ce passage en force de la loi. L’intersyndicale qui avait déjà appelé jeudi 20 février, à une journée de mobilisation le 31 mars « pour faire échec à ce projet » . Les syndicats CGT, FO, FSU, MNL, UNL, Solidaires, FIDL et Unef appelaient ce même 20 février à poursuivre la mobilisation contre la réforme des retraites, encourageant les organisations locales «à poursuivre les actions sans relâche, sous toutes les formes décidées localement».

Le PS, déclarait quant à lui le mardi 18 février ne pas vouloir, pour l’instant, déposer une motion de censure du gouvernement contre la réforme des retraites. Valérie Rabault, présidente du groupe PS, déclarant alors à l’AFP, «On a toujours dit : le débat d’abord. La constance déplaît peut-être à Jean-Luc Mélenchon, mais c’est notre ligne et elle le restera. » Lequel groupe PS, c’est finalement décider à déposer une motion de censure samedi 29 février en union avec le groupe de LFI et du PCF.

Les socialistes qui ne peuvent pas oublier le 49.3 utilisé pour faire passer en force la loi Travail. Une mobilisation en 2016 avait eu lieu contre ce projet de loi, des violences étaient déjà à l’encontre des manifestants, et le silence lourd de certains socialistes étaient alors contre aussi des militants-es socialistes opposés à la loi Travail. Une indifférence à l’égard de la lutte contre la loi Travail et on peut rappeler les tirades d’Alain Rousset, PS, président de la région Nouvelle Aquitaine, en soutien à la loi Travail, lors de la venue du ministre Stéphane Le Foll, fin juin 2016. Une réunion publique, en présence également de la députée Michèle Delaunay, qui avait été chahutée par les militants opposés au projet de loi et qui faisait entendre leur voix. Ceux-ci lançant à l’assistance «Liberté d’expression», « Bravo le PS !» entre autres slogans. Alain Rousset furieux d’être contredit, répond aux opposants, « Ce qui est scandaleux, c’est de ne pas s’écouter » et déclare autoritairement «Vous allez vous asseoir et me laisser m’exprimer ! Arrêtez de vociférer !»

Les palmes de l’humanisme se décernent à certains aux apparences de titres et privilèges et à d’autres, en symbole, de leur lutte véritable et sincère sans intérêts autres que l’humain. Par ailleurs, lors de cette réunion, un homme d’un certain âge, qui tenait une pancarte où il était inscrit « Valls démission » et la montrant au ministre qui dans tous ses états quittait les lieux, fut violemment jeté à terre par trois membres du service d’ordre.

La loi Travail était le verrou essentiel à mettre en place pour ouvrir les possibilités à un ultra capitalisme de diriger la société, selon un ordre arbitraire et autoritaire, pliant la démocratie à ses intérêts. Ce qui se vérifie, aujourd’hui, par de nouveau le recours au 49.3 pour imposer par cette voix identique, brutale, des décisions politiques qui ne touchent pas directement la vie de ceux qui se sont attribués les privilèges d’une république bourgeoise, qui n’a cessé d’aggraver l’appauvrissement de la majorité de la population hors leur cercle de pouvoir.

Aujourd’hui, ce sont des mois de lutte, de manifestations, grèves et actions contre la réforme des retraites, qui n’ont pas faiblis et qui ne veulent pas céder à un pouvoir tenant l’indifférence et le mépris pour valeur. Il n’est plus le temps des manipulations, où la voix des manifestants-es s’ élevant pour l’humain au cœur de notre société, est accusée et définie à l’inverse de la vérité qu’elle prononce avec force et courage. Les acteurs de pouvoir qui savent manipuler jusqu’à leur propre réalité politique, devraient prendre conscience de leur échec, et retirer des successions de réformes qui participent à l’accélération du bouleversement d’envergure qui nous fait à présent face.

Un nouveau jour se lève pour lutter contre l’injuste

Il est un nouveau jour pour la lutte contre l’autoritarisme qu’il est l’apparence d’une gauche qui s’est embourgeoisée, ou d’une droite qui ne veut que garantir la continuité de son pouvoir économique et politique que lui confère ses héritages comme le roi tenait ses privilèges.

Il est profondément indécent que le gouvernement ait décidé le conflit en plein crise sanitaire et économique , au lieu de mettre en valeur et application la dominante vertueuse de la réconciliation. Il est une légitime colère qui va se faire entendre et il est à craindre la violence qui peut surgir dans notre pays.

Cela fait des mois que l’expression de l’opposition se trouve confronter à la violence d’un pouvoir, qui loin du Grand débat, laisse les effets d’annonce en état d’échec. Puis, qui accuse en permanence toutes les voix dénonçant le catastrophique des réformes et manque de moyens criants dans le domaine de la santé, de la justice, de l’éducation pour ne citer qu’eux.

Cette annonce faite de l’utilisation du 49.3, en pleine épidémie de coronavirus, alors que les personnels soignants sont éprouvés par des années de conditions de travail déplorables, luttant avec courage pour le bien de l’hôpital public depuis des mois, et qui se trouvent aujourd’hui confronter à devoir gérer une crise sanitaire, alors que l’hôpital ne peut déjà plus gérer les urgences quotidiennes, est particulièrement choquante.

Il est à souhaiter que la population répondre massivement aux appels à manifester contre une politique dévastatrice. Au delà du fait d’être d’une tendance politique de droite ou de gauche, il est un bien précieux à défendre qui est la liberté.

Le droit à la santé fait partie des fondements d’une démocratie, et nous concerne tous. Il serait heureux de voir une réconciliation dans le bien à manifester pour les droits humains dont le fondamental est le corps humain. Sans lui, pas de vie, c’est assez simple.

L’aveuglement qui favorise un pouvoir brutal est ce mur contre lequel la liberté se fracasse. Il n’est pas uniquement de déposer une motion de censure du gouvernement, il est d’agir en faisant cœur avec la population et il sera à voir les écharpes de députés faire partie des cortèges et actions pour la lutte pour la liberté. Aujourd’hui, il s’agit bien du combat pour la liberté qui est à porter.

Puis, nous verrons, peut-être toutes les voix socialistes s’unir, y compris celle d’Emmanuel Macron qui déclarait en décembre 2014, lors d’un Sommet organisé par Challenges, « Alors la première chose, c’était de dire «pourquoi je suis socialiste ». Parce que ça, c’est un vrai tabou.» Et, il poursuit en disant «Et pourquoi je crois que c’est utile d’être socialiste aujourd’hui.» affirmant «Moi je suis socialiste et je l’assume. Et, être socialiste aujourd’hui me paraît une nécessité de bâtisseur, parce que c’est croire qu’à certains moments de notre histoire, il y a une France qui se réveille, qui veut autre chose, et à qui il faut donner place.» Puis, en août 2016, Emmanuel Macron déclare au Puy-du-fou, par «honnêteté» : «Je ne suis pas socialiste». (Propos repris notamment par Libération)

Il vaudrait que certains socialistes de droite bourgeoise, et ceux divers droites et centres, se référant à l’humanisme et se disant dans l’air du temps, écologistes, réfléchissent aux dissonances cognitives que génère l’art de la manipulation.

Puis, reprenons la pensée d’Emmanuel Macron «Il y a une France qui se réveille, qui veut autre chose, et à qui il faut donner place.» Donc, que toutes les voix qui réveillent la conscience de ceux qui ont oublié qu’ils en avaient une, tiennent la place aux flambeaux de la lutte !

LiberTerra titrait, «Le 49.3, l’archaïsme du pouvoir à transformer son échec en médiocrité.» et aujourd’hui en soutien à l’appel à agir et manifester pour la liberté, il est de dire «La voix du peuple est le chemin de la liberté car c’est lui qui a faim d’elle pour vivre»

© Fédora Hélène

© LiberTerra

Le 49. 3 en image

Collectif de Lutte 33, rassemblement à Bordeaux

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