Marche des solidarités – Le 18 décembre , Tous Unis pour une voix « Liberté, Égalité, Papiers »

18 décembreJournée internationale des migrants-es Marche des Solidarités « Liberté, Égalité, Papiers« , entretien avec Lise Faron de La Cimade, réalisé par Hélène Carion

Le 18 décembre sera l’Acte 4 de la Marche des Solidarités dans la continuité des mobilisations du 30 mai, du 20 juin, de la Marche des Sans-Papiers de septembre et d’octobre, et ainsi que le rappelle la Cimade, du 19 septembre au 17 octobre, il a été des villages, des villes traversés, des rencontres et des milliers de personnes, ensemble , rassemblées le 17 octobre pour faire entendre une voix, celle qui sera le vendredi 18 décembre, « Liberté, Égalité,Papiers » pour tous les Sans-Papiers en première revendication. Il est estimè entre 300 000 et 400 000 Sans-Papiers en France, selon une étude publiée en novembre 2019 par le centre de recherches américain Pew Research Center. Des Sans-Papiers qui ne sont pas considérés comme des « personnes, mais comme des étrangers » par les pouvoirs publics , confie à LiberTerra, Lise Faron de La Cimade.

La Marche des Solidarités reprend le flambeau vendredi 18 octobre en donnant rendez-vous à tous à 18 heures dans plus de 50 villes en France, à l’appel de 24 collectifs de Sans-Papiers, de la Marche des Solidarités, des États Généraux des Migrations, de la Coordination transnationale des migrants-es, de l’ONG, La Cimade, ainsi que de 260 organisations locales et nationales, précise le communiqué de presse de la Marche des Solidarités.

Ce rassemblement majeur se déroule lors de la Journée Internationale des Migrants-es et il est essentiel pour défendre les droits humains fondamentaux et universels qui sont le primordial pour que soit l’équilibre de notre monde qui vit l’épreuve d’un bouleversement qui dépasse toutes frontières. Le révélateur qu’est la pandémie de Covid, a ouvert les consciences et mis à jour la nécessité de donner vie à la solidarité internationale, à l’accueil, au partage pour que notre monde perdure.

Nous constatons que la préservation de la santé , de garantir l’accès à tous aux soins est essentiel pour combattre un virus qui aujourd’hui a causé la mort de 1 649 480 personnes à travers le monde, décès recensés, un chiffre qui ne peut pas prendre en compte toutes les  personnes décédées à leur domicile sans recevoir de soins.

Une marche des Solidarités pour défendre , protéger les Oubliés, les Sans-Papiers

Nous savons que devant nous, il pourrait être en 2021, une pandémie de souffrances, avec plus de 270 millions supplémentaires de personnes en urgence alimentaire, alerte l’ONU. Ce drame pourrait être à notre porte après ces quelques jours qui nous séparent de 2021, si nous n’agissons pas de manière immédiate, sans penser à autre chose que de sauver des vies. Sauver la vie, n’entend pas une problématique , mais l’ensemble de ce qui constitue notre humanité, ce qui lui permet de survivre. Notre environnement nous accueillant et la Terre n’a pas émis de frontières pour nourrir ses enfants, notre humanité.

Nous ne pouvons pas imposer des frontières et nommer un être humain , l’ étranger, alors que la vie ne le conçoit pas, que la planète qui nous permet de vivre, de perdurer, de poursuivre notre existence par la promesse d’un avenir, ne conçoit pas les frontières politiques séparant les hommes. La séparation impose la souffrance des inégalités, des discriminations, du racisme et notre histoire nous enseigne la catastrophe humaine qu’entraîne l’application de la séparation entre les êtres humains.

Nous ne pouvons pas « rester sourds » ainsi que l’affirme Lise Faron de La Cimade, aussi bien la population, que le gouvernement et La Cimade précise que la Marche des Solidarités a vu sa demande de rendez-vous avec le président de la République rejetée le 17 octobre dernier.

Pourtant, il est une urgence, donner à tout être humain le droit à la résilience, à la reconnaissance, permettre à tous de construire un avenir en confiance, sérénité, car il est une loi inaltérable qui est celle de notre lien indéfectible qui nous unit par notre humanité. Un sang, une terre, nous sommes une famille, tous exilés sur Terre .

La Marche des Solidarités , c’est la marche de notre humanité et sans cette entraide, sans cette valeur intrinsèque de se soutenir mutuellement , toutes les lumières des villages à travers le monde, ces phares dans la nuit, se seraient éteintes.

Nous ne pouvons que répondre par un consentement à la liberté, un Oui donné sans hésitation, et Lise Faron de La Cimade rappelle que la mobilisation pour les Sans-Papiers demande la régularisation de touts-es les Sans-Papiers, la liberté de circulation et la fermeture de tous les CRA (centres de rétention administrative). Une rétention administrative prolongée depuis la réforme du 10 septembre 2018, « asile et immigration » passant la durée maximale de 45 à 90 jours. « De lois en lois en matière de droit des étrangers, on est vraiment sur un durcissement progressif et constant », constate Lise Faron.

Un constat grave puisqu’il est pour les gouvernants, celui qui est « l’étranger » et « de manière générale, les personnes étrangères sont considérées avant tout comme des étrangers que comme des personnes » explique Lise Faron.

Politique de l’exclusion, cela signifie que nous ne sommes plus une famille solidaire, nous sommes l’étranger

Nous sommes tous l’étranger et personne ne l’est car nous faisons partie de la même famille solidaire, notre humanité. Les politiques d’exclusion sont donc l’absurde, le contresens, celles allant à l’encontre de ce qui signifie notre humanité.

La Cimade, ainsi que le rappelle Lise Faron, demande une politique solidaire car c’est celle qui a du sens, celle porteuse des valeurs de liberté et d’égalité. Pour ce faire, il est nécessaire de prendre en considération les cinq points essentiels émis par La Cimade pour construire une nouvelle politique, qui donnera le jour à un monde meilleur. Refondre profondément les politiques migratoires est la première pierre pour construire un avenir serein pour tous, pour que soit un profit, l’équilibre  permettant à la liberté de s’épanouir.

La Cimade évoque « la liberté de circulation et d’installation dans une dynamique d’égalité des droits entre toutes et tous, indépendamment du statut ou de la nationalité ». Ce qui signifie protéger l’humain avant tout, protéger toutes et tous.

Mais avant cela, il est nécessaire d’agir immédiatement et la Marche des Solidarités demande la régularisation des Sans-Papiers sans qu’un de nous soit laissé de côté. Régulariser, pour La Cimade, ONG française s’occupant des droits des migrants-es, c’est « délivrer un titre unique et stable », c’est également sortir du « blocage de la machine administrative » et de sa complexité. Puis, c’est véritablement donner toute leur ampleur aux droits humains en construisant l’égalité des droits pour toutes et tous en matière d’accès au travail, d’accès à la santé, au logement, ainsi que le droit au bien être et non plus vivre dans le stress, la peur et l’épuisement moral et physique qu’impose l’absence de droits humains.

Pandémie de souffrances – Un élément révélateur , la Covid

La pandémie révèle par l’aggravation de la pauvreté, l’état catastrophique des hôpitaux dans de nombreux pays, y compris en France où les soignants alertent depuis des années du drame qui se joue au nom d’un profit, le pouvoir donné à l’argent, le pouvoir d’un mondialiste qui dévaste la liberté. La liberté qui prône des valeurs de solidarité, et la pandémie révèle la nécessité d’une solidarité internationale pour qu’il soit un accès aux soins pour tous, seule valeur capable de lutter contre les épidémies.

Le mondialisme en sens unique, cassant toute possibilité de différences, concevant l’enfermement par un choix des politiques et lobbies qui exclut les populations et crée des inégalités redoutables entre les personnes riches et celles pauvres. Un choix possible par la conception de Big Data qui permet aux gouvernants d’établir un programme politique, économique et de surveillance des populations qui prendrait sans le numérique des années à concevoir et mettre en place.

Une politique économique excluant et rendant redevable indéfiniment les citoyens de la machine économique et de ce qui lui permet d’exister la technocratie politique, l’administratif rendu complexe par évidence. Plus des verrous ferment toutes les portes d’un labyrinthe, moins il est possible d’en sortir, de trouver des solutions efficaces et libératrices.

Un durcissement des politiques migratoires par la volonté de hiérarchiser et de ne pas donner de droits à ceux considérés comme l ‘étranger, ce qui permet également une exploitation par le travail. Des conditions de travail difficiles sont pour les Sans-Papiers depuis des décennies. Payés une misère sans droits et la menace du retour au pays est sans cesse alors que la pandémie a révélé également que les personnes sans-papiers travaillent dans « les secteurs qu’on appelle aujourd’hui essentiels », souligne Lise Faron.

Les personnels de ménage, ceux travaillant dans le domaine des livraisons, dans le secteur du tri des déchets, le personnel de maintenance et les ouvriers , les saisonniers dans  l’agriculture, ont permis à l’économie de continuer, d’être ce flux continue, outre les mouvements bancaires et des lobbies qui sont permanents coûte que coûte.

Des personnes sans -papiers qui sont essentielles et qui ont permis que l’économie tourne. Et les lobbies ont d’ailleurs réalisé des profits à hauteur de plusieurs milliards durant la période de confinement.

David Beasley, Directeur du PAM, organisme onusien ayant obtenu le Prix Nobel de la paix 2020, expliquait à l’ONU lors de la cérémonie virtuelle, qu’il était « 2 700 milliards de dollars de richesses supplémentaires » qui ont été créés « au plus fort de la pandémie de Covid, en seulement 90 jours ».

Une richesse acquise et les gouvernants ne peuvent pas justifier le durcissement d’une politique migratoire en pleine pandémie, laissant des êtres humains en souffrance, démunis, par la justification économique comme ils ne peuvent justifier l’augmentation grave des prix de l’alimentaire, des produits essentiels.

Puis, il est les personnels de ménage dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, qui dépendent souvent de sociétés de services et qui ne bénéficient pas de droits leur permettant de remplir les conditions fixées pour avoir le droit au chômage partiel durant la pandémie où il est les fermetures des établissements du secteur de l’hôtellerie et de la restauration. Ces personnes sans-papiers traversent alors des conditions très difficiles, épuisant psychologiquement et physiquement. Lise Faron précise qu’il n’a pas été informé par le gouvernement « de gestes faits pour ces personnes en difficulté».

De plus, « Les personnes Sans-Papiers sont dans une situation de domination très forte vis à vis de leur employeur » souligne Lise Faron , qui explique que « Le fait de refuser de régulariser ces personnes, c’est aussi leur refuser le droit à des conditions de travail décentes. C’est les maintenir dans des situations qui permettent l’émergence de situations d’exploitation si l’employeur n’est pas bienveillant »

120 millions d’enfants à la rue dans le monde – Mineurs isolés , enfants en détresse, c’est aussi en France

« Il y a beaucoup de familles qui restent à la rue » et aucun geste n’est à l’égard des enfants, souligne Lise Faron, qui explique que « les enfants étrangers sont considérés avant tout comme des étrangers et pas comme des enfants ».

Des mineurs isolés  affrontent et subissent de plein fouet les politiques migratoires et il est primordial que la population prenne majoritairement conscience qu’un pays ne peut pas bâtir la paix, penser être en démocratie, quand des enfants sont rejetés, quand un pays n’est pas dans l’accueil des plus fragiles et qu’il est souvent des pratiques illégales qui sont appliquées contre les migrants, contre des mineurs isolés.

Peut-on considérer un pays libre quand il est le sourire perdu d’enfants à la rue ? Un pays excluant un enfant, est-il une terre d’avenir ? Toute une jeunesse est en souffrance et erre de pays en pays, alors que tous ces jeunes , tous ces enfants n’ont qu’une demande, vivre.

En france, « Les jeunes isolés sont suspectés avant tout d’être des fraudeurs » souligne Lise Faron qui explique à LiberTerra qu’ il y a « des pratiques généralisées de mises en cause de leur déclaration quand ils se déclarent mineurs, de mise en cause de l’authenticité de documents qu’ils produisent, tels que les documents d’état civil » 

Ces pratiques mettent des mineurs isolés en grande difficulté et et il est « une proportion énorme d’enfants qui sont considérés comme majeurs par les Conseils départementaux et qui doivent saisir le juge des enfants, qui bien souvent annule les décisions du Conseil départemental » alerte Lise Faron

Des enfants victimes également d’expulsions forcées en pleine pandémie malgré la demande de l’ONU faite aux gouvernements d’interdire les expulsions forcées qui sont une « violation scandaleuse des droits de l’homme » déclare M. Rajagopal en août 2020 à Genève.

Les Sans-Papiers vivent également la précarité du logement rendant encore plus complexes la situation de la pandémie pour les personnes vlnérables et sans droits respectés. Les préfectures interviennent  lors des expulsions de squats, de campements de fortune et de bidonvilles laissant nombreuses familles à la rue, comme le souligne la Cimade, des associations et collectifs, militants venant en aide aux familles démunies. Dans cet incompréhensible de mettre à la rue des familles en détresse sans solution de logement pérenne et qui lors des expulsions perdent souvent le peu d’affaires qu’elles possèdent.

Un dialogue est-il possible avec les préfectures pour que cessent ces pratiques ?

Lise Faron explique que « Très souvent, c’est une absence de réponse à nos interpellations et au mieux un dialogue de sourds » de la part des préfectures qui répondent en « justifiant ces pratiques et en refusant d’admettre qu’il y a des traitements indignes et des pratiques illégales dans les pratiques que l’on constate ». Puis Lise Faron précise « Sans faire une généralité, il y a beaucoup d’endroits où le dialogue est rompu ou très tenu, rare »

et « lorsqu’il y a des espaces d’échanges » on revient « à un dialogue de sourds ». Dans l’état actuel des choses « On ne peut pas faire un diagnostic très positif de l’état du dialogue avec les préfectures », souligne-t-elle.

Pandémie – Des mesures sanitaires restreignent les possibilités d’actions des associations, collectifs , ONG

Il est difficile « d’être présent sur le terrain comme on le fait habituellement pour aider les gens » explique Lise Faron. Les mesures sanitaires, ainsi que les mesures de confinement ont contraint à avoir « beaucoup de permanences fermées ». Cependant, il est maintenu « une permanence téléphonique, des conseils donnés à distance ». Mais, « ça ne remplace pas le fait de rencontrer une personne, de discuter, de prendre le temps » assure-t-elle. « Cela a été une très grosse difficulté pour les personnes précaires de ne plus avoir accès aux aidants et aidantes pour leurs démarches » affirme Lise Faron.

Cependant, les aidants et aidantes de La Cimade « ont été toujours présents dans les centres de rétention » durant les périodes de confinements, ainsi qu’ actuellement et ils « ont constaté que les centres de rétention ne désemplissaient pas et que le gouvernement poursuivait sa politique d’expulsion malgré les risques sanitaires et malgré l’impossibilité d’expulser beaucoup de gens car il y avait la fermeture des frontières » explique Lise Faron qui ajoute, « Nous avons constaté sur l’année, c’est que le gouvernement a refusé d’une part d’infléchir sa politique d’expulsions et de prendre en compte les risques sanitaires pour les personnes et que par ailleurs , il n’y a eu aucun geste qui a été fait pour les personnes sans-papiers malgré toutes les mobilistations ». Lise Faron indique également qu’ « Il y a eu beaucoup de grosses mobilisations dès le printemps dernier , une forte mobilisation en septembre et octobre , des appels d’associations pour la régularisation et le gouvernement n’a jamais prêté l’oreille à ces appels ».

Il est au contraire du partage, de l’accueil, du respect des personnes « un silence ou un mépris assez fort des pouvoirs publics envers ces personnes sans-papiers alors même que la crise sanitaire, elle n’a pas créé de la précarité, elle a renforcé pour ces personnes là, les situations difficiles dans lesquelles elles se trouvaient déjà avant » alerte Lise Faron. Une pandémie qui a également révélé que « ces personnes travaillent dans les secteurs qui sont essentiels et malgré la présence très importante des personnes sans-papiers dans ces secteurs, il n’y a pas eu de gestes faits pour ces personnes ».

Vendredi 18 décembre, Journée Internationale des migrants-es, une forte mobilisation doit se lever ! Être tous unis est primordial pour que les Sans-Papiers soient reconnus et ne subissent plus la peur, la précarité, ainsi que le fait d’être considéré comme l’étranger.

Les Migrants-es  fuient les conflits, une grande pauvreté, les catastrophes naturelles, les persécutions, l’insécurité, le racisme et partent pour trouver la liberté, un avenir meilleur , ce droit de vivre en sécurité et de bâtir un avenir serein. L’ONU rappelle que les migrants-es apportent leur connaissance, leurs compétences, leurs expériences de la vie, une culture enrichissante, « pour bâtir des communautés plus fortes et plus résilientes« .

Le travail des personnes sans-papiers a rendu possible la continuité de nombreux services essentiels pendant les confinements, il est juste de reconnaître toutes ces personnes. Nous ne pouvons bâtir la résilience, un monde meilleur en oubliant un de nous . « Les migrants ont le droit à un avenir meilleur »  et « Il est de notre responsabilité collective de créer un monde plus sûr et plus résilient pour eux aussi » déclare l’ONU dans un communiqué .

La Journée internationale des migrants-es est l’ occasion de se mobiliser, d’agir , de sensibiliser, d’informer sur le primordial, les droits humains fondamentaux, la santé, l’urgence climatique ce qui concerne toute notre humanité, est notre histoire collective. 

Pas un seul de nous doit être oublié, c’est tous ensemble, par cette seule union que notre monde peut perdurer. Une chance à saisir , une chance extraordinaire d’être tous ensemble s’affirme le 18 décembre 2020.

©Hélène Carion

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