Naufrage de notre humanité – Plus de 20 000 migrants et réfugiés ont péri en mer depuis 2014

Le 22 avril – Journal de bord de l’Océan Viking, ONG SOS Méditerranée

L’Océan Viking, témoin des dramatiques conséquences du naufrage meurtrier en Méditerranée centrale où au moins 130 personnes sont mortes noyées, publit sur son journal de bord la déclaration de Luisa Albera, coordinatrice de recherche et de sauvetage à bord de l’Océan Viking .

« Aujourd’hui, après des heures de recherche, notre pire crainte s’est réalisée. L’équipe de l’Océan Viking a dû assister aux conséquences dévastatrices du naufrage d’une embarcation pneumatique au nord-est de Tripoli. Cette embarcation avait été signalée en détresse avec environ 130 personnes à bord mercredi matin »

Un appel en détresse que l’ONG Alarm Phone transmet alors que l’Océan Viking se trouve à au moins dix heures du lieu du naufrage et qu’il est une mer agitée avec des vagues qui atteignent près de 6 mètres, note Luisa Albera.

De son côté , la porte-parole de l’OIM, Safa Msehli, souligne au cours d’un point de presse depuis Genève qu’ « Au cours des trois derniers jours, nous avons reçu des informations selon lesquelles il y avait au moins trois bateaux , qui ont coulé en Méditerranée centrale »

L’OIM précise que sur l’une des embarcations se trouvaient au moins 130 personnes qui ont péri.  Puis, sans que le nombre de personnes soit confirmé, le deuxième bateau transportait 2 personnes, et  le troisième bateau faisant naufrage aurait eu à son bord  40 personnes ayant péri.

Des naufrages meurtriers en constante augmentation depuis 2014

Des naufrages ont lieu  principalement sur la route migratoire de la Méditerranée centrale et la porte-parole de l’OIM, alerte sur la tragédie des naufrages meurtriers « Cela porte en fait le nombre de morts dans la seule Méditerranée centrale à près de 500 personnes soit près de trois fois plus qu’à la même période de l’année dernière » . Une route migratoire « la plus dangereuse au monde » alerte les ONG humanitaires, et depuis 2014, plus de 17 000 migrants et réfugiés sont morts noyés en Méditerranée centrale, portant à plus de 20 000 migrants et réfugiés ayant trouvé la mort lors d’un naufrage en espérant rejoindre l’Europe depuis l’Afrique.

Le 15 avril dernier , 40 personnes sont mortes dans un naufrage au large de la Tunisie, marquant l’infernal recommencement car souligne l’OIM, « ces pertes tragiques en vies humaines soulignent une fois encore le besoin de renforcer et de développer les opérations de recherche et de sauvetage menées par les États en Méditerranée centrale« .

« Si la politique d’inaction persiste, plus de morts dans le Central #Mediterranean sera une fatalité » affirme Safa Msehli

La porte-parole de l’OIM s’insurge contre l’attitude grave des États qui a pour conséquences de faire de la mer, « un cimetière » et elle pose cette question à tous les gouvernements : « Est-ce cela l’héritage de l’Europe ? » . « Les États se sont montrés provocants et ont refusé d’agir pour sauver la vie de plus de 100 personnes » souligne  sur Twitter, Safa Msehli concernant le naufrage des trois embarcations en Méditerranée centrale.

L ‘Europe, son but signifie-t-il : ne pas répondre à l’urgence d’agir alors que des vies sont en danger, qu’il est l’effroyable de constater que des femmes, des enfants, des hommes  meurent noyés sous les yeux des autorités politiques, sous les yeux des pouvoirs , de nos démocraties qui dans le même temps parleront de paix, parleront de progrès technologiques, parleront exclusivement de profits, d’économie et ramèneront toute notre humanité à cette cause économique, alors que notre humanité périt quand une mère espérant la liberté, une vie meilleure, meurt en mer avec son enfant.

« L’humanité s’est noyée » déclare Safa Msehli . Des victimes qui en pleine mer ont envoyé des « appels de détresse pendant deux jours avant de se noyer dans le cimetière bleu de la Méditerranée« , souligne-t-elle . Est-ce cela  notre monde évolué, celui qui recherche la vie dans l’espace, sur d’autres planètes et ignore la vie sur sa propre Terre, y laissant mourir ses propres frères et sœurs au nom de frontières politiques inventées dans cet écho tragique des guerres qui résonne toujours. 

Une mère faisait une promesse à son enfant , celle de lui donner une vie pleine de liberté, de justice en croyant au droit d’être accueilli, en le respect des droits humains pour pouvoir vivre, et tout leur fut refusé en pleine pandémie de Covid, où les souffrances s’aggravent au rythme des violences de nos sociétés. Les politiques créent des mondes injustes , des situations de détresse, et leur indifférence dresse la pire des frontières séparant notre humanité. Celle qui se fait  invisible, se cache derrière les richesses,  et qui apparaît quand une mère et son enfant périssent en mer.

L’OIM annonce ce drame, ce drame marquant la réalité politique, hors les beaux discours, hors les campagnes électorales – le 21 avril,   une mère et son enfant se trouvant sur un bateau pneumatique surchargé ont péri dans les eaux de la Méditerranée centrale. Laquelle embarcation a été interceptée par les garde-côtes libyens dans les eaux internationales, précise l’Océan Viking qui alerte sur le fait que les migrants et réfugiés, ont été renvoyés « sur les côtes libyennes pour être placées en détention arbitraire, où beaucoup subissent des violences et des abus indescriptibles »

Naufrage de notre humanité 

Le 14 novembre 2020, il était ce message posté sur Twitter par la porte-parole de l’OIM relatant un autre naufrage meurtrier, « Où est mon bébé ? » soulignant que « Ses cris douloureux sont une mise en accusation de l’échec des États à gérer la migration d’une manière qui met la vie des gens au centre ».

Des naufrages car il est la persistance des États à ne pas agir avec humanité , avec la volonté de respecter les droits humains,  et concernant les naufrages tragiques du 22 avril, Luisa Albera déclare sur le journal de bord de l’Océan Viking, «Les États abdiquent leur responsabilité de coordonner les opérations de recherche et de sauvetage, laissant les acteurs privés et la société civile combler le vide mortel qu’ils laissent derrière eux. Nous pouvons voir le résultat de cette inaction délibérée dans la mer autour de notre navire »

Le désespoir prend place, la tragédie devient cette fatalité, cette incompréhensible cruauté de nos systèmes politiques et économiques qui abandonnent notre humanité, et vont dans ce sens du vide, accélérant la détermination d’une économie, d’enjeux de pouvoir, de gagner une puissance, vaine de toutes les manières, puisque ce qui constitue nos politiques gérant nos sociétés, refuse de tendre la main à ceux réclamant le droit à la liberté, à la justice, le droit de vivre.

La puissance des États laisse périr des migrants et réfugiés en pleine mer, oubliant leur nom, leur nombre véritable, oubliant leur visage, les laissant dans le creux des vagues être entraînés dans les profondeurs, sans jamais ressentir le cœur mourant de nos sociétés. Si les pouvoirs politiques acceptent une telle cruauté, alors ils ne bâtiront rien d’autre que le lent et long péril de notre monde.

Quand la mer et ses enfants sont assassinés par la violence des conflits, de la pauvreté, la violence qui nous sépare et abandonne la solidarité, la violence polluant la pureté de l’eau, et faisant de son immense liberté portant le berceau de la vie, l’angoisse de la mort – quelle paix aura la possibilité de vivre dans les assemblées politiques restant de marbre face aux drames qu’elles provoquent ?

La paix pourra-t-elle faire entendre sa voix au milieu du bruit incessant de l’injustice ?

Des milliers de migrants et réfugiés sont morts noyés en plein mer, des mères cherchant leur enfant parmi les flots, et celles emportées par plus que la vague déferlant, par l’injustice qui effacera à la fin – tout de nous, brisant le sens de toutes belles choses, de toute espérance.

C’est peut-être cela la continuité du chaos : le cœur mourant, l’amour noyé, périssant au fond , coulant par ce symbole de la pierre, non celle qui construit, mais celle contre laquelle tout du verbe aimer se brise. Ce n’est pas uniquement les trafiquants d’êtres humains, les passeurs, ceux exploitant la misère qu’il s’agit de réprimer , mais ce qui a produit l’atroce de ces souffrances intenses que vivent les migrants et réfugiés.  Rien ne devrait  amener des personnes a risqué leur vie pour tenter de survivre, pour espérer être libre.

La cruauté acceptée, c’est ce que sont nos sociétés : le déni , ce déni de justice et partout dans le monde les plus vulnérables vivent la réalité de nos sociétés : les prédateurs, manipulateurs , politiques ceux qui ne s’arrêtent jamais et continuent coûte que coûte à renouveler un système qui détruit, peut être par ignorance de ce qu’ils seraient sans lui, sans leurs mensonges.

Ils pensent  demeurer dans l’indifférence pour ne pas avouer que la paix n’existe pas en eux, qu’ils ne peuvent la vivre quand ils acceptent que des enfants meurent chaque jour de faim, où périssent dans les bras de la liberté pour dernier soupir au ciel bleu de l’eau.

Ceux et celles faisant souffrir un enfant, une mère, peu importe leur statut social , leur titre : ils sont l’injustice, l’effroi , le non-sens, cette incompréhensible cruauté dans laquelle loge la folie consciente, la méchanceté.

On peut se couvrir d’un titre politique, se croire dans cette Olympe, cet imaginaire des pouvoirs,  mais on ne peut pas oublier qu’avant tout on est un être humain, et que le reste est une charge, un simple manteau que l’on revêt, et que la seule chose réelle, est le cœur que l’on va donner, cet amour qui vient de nous, qui sera ce gardien pour qu’aucun être humain ne soit en souffrance, ne soit  à périr.

La politique ne porte pas la justice et depuis des décennies, elle prouve ses actes et leurs conséquences – l’aggravation de la pauvreté partout dans le monde, et ce fait – 80 millions de personnes déplacées et réfugiées dans le monde avant même la fin de 2020, selon l’ONU.  

© Fédora Hélène

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