Robert Badinter – Un rayon de lumière vers l’abolition universelle de la peine de mort

Le 17 septembre 1981 s’ouvre un nouveau jour pour la vie. C’est elle qui est à l’honneur à l’Assemblée nationale quand paraît un homme de paix, Robert Badinter. Ses paroles en lumière que notre mémoire porte, celles qui font notre histoire universelle, celles qui donnent à un pays cette signature de noblesse, celle du cœur quand se lève ce jour pour la vie. Ce jour nouveau, cette espérance patiente qui aura attendu deux siècles pour que l’abolition de la peine de mort soit cette réconciliation avec notre humanité, cette bonté nous offrant la liberté.

Il fut l’esquisse de ce jour, cette colombe, l’ébauche de son trait en 1791. « Près deux siècles se sont écoulés depuis que dans la première assemblée parlementaire qu’ait connue la Franc, Le Pelletier de Saint-Fargeau demandait l’abolition de la peine capitale », rappelle Robert Badinter devant l’Assemblée nationale qui retrouve ces jours où la voix humaine se lève pour la vie, cette force, ce mot plus puissant que tout autre qui s’unit au verbe aimer. La dualité de notre civilisation entre le bien qu’est la vie, et le mal qui la met en souffrance, cette dualité vient de cesser par ce trait de lumière animant notre conscience tels que le feront Gambetta, Camus,  Victor Hugo, Jaurès, « les grandes voix, celles qui ont résonné le plus haut et le plus loin dans la conscience humaine, celles qui ont soutenu, avec le plus d’éloquence, la cause de l’abolition. » souligne Robert Badinter. « Tous ont soutenu la cause de l’abolition. Alors pourquoi le silence a-t-il persisté ? » interroge-t-il

Pourquoi ce silence alors que nous savons l’atroce qu’est de prononcer une condamnation à mort, alors que nous savons le précieux de la vie, comme nous savons que la justice ne peut infliger une angoisse de mort, une peur terrifiante, et avoir le droit de vie et de mort sur un être humain. Pourquoi la peine de mort restait si tenace, si ce n’est par cette obéissance aux pouvoirs politiques décidant de la vie ou de la mort d’une femme, d’un homme. Cette guerre contre notre humanité, ne pas croire qu’un être humain ne puisse pas changer – juger arbitrairement, définitivement son humanité profonde qui réside au cœur de ce sens de liberté qui anime chaque vie. Croire en la peine de mort, c’est alors éteindre l’espérance, notre propre cœur et devenir cet insupportable qui tue. La justice ne peut constituer le crime et le combattre. Elle ne peut vivre véritablement que si elle est un don de paix.

« Parce qu’aucun homme n’est totalement responsable, parce qu’aucune justice ne peut être absolument infaillible, la peine de mort est moralement inacceptable« . Robert Badinter

« Il ne faut jamais oublier que les êtres humains sont susceptibles de changement » Robert Badinter

La paix pour la victime : elle ne demande pas à se venger, ni à porter le fardeau de la haine, mais elle demande la reconnaissance de la vie, le victoire de l’amour, qu’il soit prononcé haut et clair que la violence, cette cruauté de tuer n’est pas notre humanité, ne fait pas partie de nous et que nous pouvons lutter contre le chaos des souffrances par la voix de la paix. C’est cette générosité que possède notre humanité qui combat la violence terrifiante que des êtres humains peuvent commettre. Abolir la peine de mort, et plus loin abolir toutes les formes de maltraitances qui pourraient être dans les prisons pour ne pas introduire cette mort lente, cette condamnation à mort qui surgit encore par la destruction psychique, l’épuisement physique s’imposant en peine.

L’espérance puise sa force dans la paix et le « changement » espéré qu’évoque Robert Badinter, ne peut se faire que par la bientraitance, par le respect fondamental des droits humains, « C’est en fonction de nos lois, de nos conditions d’incarcération que nous pouvons attendre, exiger je dirais même de ce changement », affirme Robert Badinter le 15 septembre dernier.  C’est par ce respect de la liberté qui demeure en chacun de nous jusqu’ à notre dernier souffle, que la justice donne un apaisement véritable aux victimes, la possibilité de renaître, donne cet apaisement à toute notre société.

Une victime dépasse les souffrances pour vivre, et ce n’est que par cette force de vivre que tout est possible. Possible pour tout être humain, ce changement cité par Robert Badinter, c’est ce témoin qui nous dit que nos sociétés ont réussi car elles n’ont pas abandonné la liberté, pas un seul instant.

C’est l’amour qui sauve, relève et non d’imposer la mort, cette peur de la mort que dépassent les victimes qui ont eu leur vie menacée, que dépassent ceux vivant aujourd’hui les conflits, la famine, les épidémies évitables, l’extrême pauvreté. Toutes ces personnes n’ont besoin que d’un monde plus juste, plus équitable, plus sûr par la paix devenant notre priorité à tous. Ce sont les organismes onusiens, Amnesty International, la Cimade, les ONG, associations et collectifs humanitaires qui chaque jour luttent vertueusement  pour la paix, pour que soit la liberté. Il n’est pas de contre, mais de pour la vie.

La paix universelle exige une abolition totale des maltraitances, de la violence, des actes de torture à travers le monde, de la peine de mort. C’est ainsi que pour la première fois, nous lutterons efficacement contre le crime, contre les violences faites aux femmes et aux enfants, premières victimes dans ce monde. Si nous pensons la paix, nos actes en seront la réflexion, la lumière et c’est la liberté qui jaillira du sol de nos pays en source abondante. Nous ne devons rien craindre de la liberté.

Une justice brutale, entretenant une peur, des traumatismes, ordonne un mouvement de violence qui se répercute en onde de choc à travers toutes nos sociétés, à travers le monde entier. Une justice prononçant une peine de mort indique que le pouvoir politique est à sa ressemblance, que la violence est érigée  en puissance totalitaire. Puis, il est cette sorte de politique violente se concevant en une divinité ordonnant la vie et la mort. La démocratie, elle, fait le choix de la liberté, donc de la vie. C’est ainsi que les dictatures imposent la mort de la paix et prononcent cette condamnation dans ces Cours de justice. 

« Partout dans le monde, et là sans aucune exception, où triomphe la dictature et le mépris des droits de l’homme, partout vous y trouvez inscrit, là en caractère sanglant la peine de mort. » affirme Robert Badinter au cours de son discours du 17 septembre 1981.

Le 15 septembre 2021, Robert Badinter rappelle cette valeur de liberté et souligne que la Biélorussie conserve la peine de mort, et qu’il est de regarder la vérité, « La Biélorussie recourt encore à la peine de mort. C’est une illustration de plus qu’entre dictature et peine de mort, il y a un lien indissoluble. »

L’abolition de la peine de mort est cet éveil humaniste, ces forces de gauche que cite Robert Badinter, « Quand je dis gauche, comprenez-moi, j’entends forces de changement, force de progrès, parfois forces de révolution, celles qui, en tout cas, font avancer l’histoire. » Cette gauche de cœur dont je veux faire partie car elle a pour vocation la protection de la liberté, celle dont notre monde actuel à tant besoin. Nous avons besoin de cette révolution de la paix pour abolir la peine de mort de manière universelle, nous avons besoin de voir naître l’universalité de la paix.

Nous avons besoin de nous réconcilier, de poser côte à côte les mots vie et aimer. Nous nous devons d’être ce partage, nous le devons à notre cœur qui bat pour nous donner vie, nous le devons à notre Terre, à nos enfants, nous le devons pour répondre au bouleversement actuel qui met en péril, la liberté.

Appel pour l’abolition universelle de la peine de mort 

Robert Badinter lance cet appel de paix,  cet appel pour  l’abolition universelle de la peine de mort en cet anniversaire des 40 ans de l’abolition de la peine de mort en France. « Un choix moral beaucoup plus qu’un choix judiciaire » souligne Robert Badinter le 15 septembre 2021.

« Il est certain que le mouvement vers l’abolition universelle se poursuivra », déclare Robert Badinter pour les 40 ans de l’abolition de la peine de mort. Cet appel est primordial pour nos sociétés, « Il est certain que l’abolition, tôt ou tard, triomphera », a-t-il affirmé.

« C’est le combat de la vie, pas d’une vie, de la vie, « a vita, e viva la vita » » Robert Badinter.

Cet homme de lumière, de paix, qui vient de poser le mot vie en phare de notre humanité. Ce courant universel de la vie qui constitue notre Terre. Elle est la vie, nous ne pouvons qu’être ce qu’elle est.

« La peine de mort a disparu de notre continent » Robert Badinter

Une peine de mort qui se fait également l’écho du racisme, rappelait Robert Badinter le 17 septembre 1981 – « Enfoui, terré, au cœur même de la justice d’élimination, veille le racisme secret ». Robert Badinter évoque alors le fait que si en 1972, la Cour suprême des États-Unis s’avance vers l’abolition de la peine de mort, « c’est essentiellement parce qu’elle avait constaté que 60 % des condamnés à mort étaient des noirs, alors qu’ils ne représentaient que 12 % de la population ». Un racisme persistant à travers le monde, et le Garde des Sceaux , Robert Badinter, en 1981,  sort la conscience de certains du long sommeil dont lequel elle était plongée, en citant par ailleurs en 1981 ces faits :  en France « sur trente-six condamnations à mort définitives prononcées depuis 1945, on compte neuf étrangers, soit 25 %, alors qu’ils ne représentent que 8 % de la population ; parmi eux 7 Maghrébins, alors qu’ils ne représentent que 2 % de la population. »

L’abolition de la peine de mort à travers le monde est bien cet essentiel qui lutte contre les discriminations, les inégalités, le racisme, contre cet endoctrinement qui fait croire qu’un homme peut juger un autre homme en déclarant sa mise à mort. Cette cruauté qui nous blesse profondément, cette cruauté qui décide d’éliminer un être humain en pensant la chose légale et en lui donnant le nom de justice.

Une justice qui reproche à un condamné d’avoir tué, et qui le tue ! On ne prend pas une vie pour en venger une autre. On ne prend pas la vie, on la donne et on la reçoit. La vie sur Terre est cette transmission de la liberté de vivre, le contraire détruit. Robert Badinter qui porte avec force la valeur de la liberté,  s’adresse en 1981, aux députés en leur disant,  » Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue« . 

Par cette lumière de liberté, il est ancré en nous : « Il n’est point d’hommes en cette terre dont la culpabilité soit totale et dont il faille pour toujours désespérer totalement » Robert Badinter 1981. La blessure du désespoir, c’est quand un homme refuse ce changement, car c’est l’amour qui est blessé. Alors, il faut lui dire que l’espérance est patiente, et qu’il peut faire des choix empruntant le chemin de la paix. Ce chemin que nos sociétés doivent laisser ouvert pour que chacun puisse à tout moment décider d’y venir librement. Ce consentement pour la liberté, et décider d’être le changement. C’est cette chance extraordinaire que nous avons aujourd’hui pour bâtir un monde meilleur, plus durable, au cœur du verbe aimer. C’est certainement aussi l’expression du pardon qui s’offre à nous, la vie qui pardonne toujours à ceux qui aiment.

« La peine de mort est contraire à ce que l’humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et rêvé de plus noble. Elle est contraire à la fois à l’esprit du christianisme et à l’esprit de la Révolution. » Robert Badinter

Un plaidoyer pour la liberté s’inscrit dans la lutte pour l’abolition universelle de la peine de mort. Chaque mot répète inlassablement le mot « vie ». C’est la vie qui triomphe quand la justice se fait un don de paix. Lutter pour « a vita, è vita la vita ! », pour la vie.  « De tout mon cœur, je vous remercie » ainsi que signe son discours de 1981, Robert Badinter.

Peine de mort en 2020 

Amnesty International établit qu’en 2020, 108 pays ont aboli la peine de mort sans restriction, 8 pays l’ont aboli pour des crimes de droit commun et 28 sont abolitionnistes en pratique . Au total , ce sont 144 pays qui ont rejoint le mouvement pour l’abolition de la peine de mort. Mais, la peine capitale demeurent dans 55 pays. 

Le 19 décembre 2016, l’Assemblée générale des Nations-Unies a demandé un moratoire sur le recours à la peine de mort . D’autre part, une volonté d’aller vers  une abolition mondiale de la peine de mort se prononce –  et depuis 10 ans, ce sont 28 pays gardant la peine de mort dans leurs lois, qui n’ont pas pratiqué d’exécution. 

Cependant en 2020, au moins 483 personnes ont été exécutées dans le monde, révèle le rapport d’Amnesty international publié le 21 avril 2021. Ce sont 18 pays dans le monde qui ont eu recours à la peine de mort en 2020. De plus, fin 2020, ce sont au moins 25 567 personnes dans le monde qui « se trouvaient sous le coup d’une condamnation à mort « , contre 18 848 en 2016, selon Amnesty international. 

Les mesures sanitaires luttant contre la pandémie de Covid ont suspendu temporairement des exécutions. Il est à noter qu’en Arabie saoudite en 2020, les exécutions ont baissé de 85 %, et de 55 % en Irak. Seule l’Egypte enregistre une multiplication par plus de trois des exécutions durant la pandémie. Puis, c’ est la problématique de la Chine qui place les données sur les exécutions en « secret d’État ». Elles sont inconnues et laissent donc le chiffre des exécutions dans le monde en-deçà de la réalité. 

© Fédora Hélène 

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