Conte de Russie – Une paix si jolie éclaire notre monde

@liberterradaily

La nuit profonde, cette étoile lumineuse. Je voyais cette joie qui me traversait. Il fait froid, la neige. Tout cet étincelant. Je rêve et l’hiver dans sa pauvreté m’emporte.

J’ai faim d’amour. Le ventre vide. Enfant, j’avais déjà vécu la vie. Je voulais alors découvrir le paradis. C’est par cette joie de la paix que je suis restée en vie.

Je vois ces longs bois comme morts prendre tout le paysage, en flèche vers le ciel, ils érigeaient une barrière, cet infranchissable et petite, les pieds nus dans la neige, je bravais le sombre de leurs ombres, flottant cet irréel, je levais les yeux en regardant la fin.

C’est elle que je voulais atteindre, c’est cette envie qui fut mon courage à peine âgée de huit ans quand les portes de l’école se fermaient, c’étaient celles de la vie rude qui s’ouvraient.

Je pensais que dans le lointain, il ne serait plus ces enfants parcourant seuls les longs bois. Mais, avant que je meure, je vis encore ces pas de tristesse, ces cœurs serrés. Je vis ces enfants du monde tenir fort leurs rêves, avoir faim et si soif d’amour. Les hommes les avaient encore abandonnés. Puissants, ils font toujours des ombres leurs soldats, des cauchemars se dessinant au fusain des pages, et parmi leur fortune brillante telle la neige prenant toute la Terre, ils gagnent l’hiver et les pleurs des yeux d’enfants.

La pauvreté m’a fait gagner la vérité. Je garde ce présent si cher à ma mémoire. Il me donne la joie de voir au-dessus des grands bois noirs, l’oiseau passant et m’offrant ce tintement au soir que mon âme apprend ; et si doux, le temps de la vie console le chagrin.

Le soir, il n’était que le temps de l’écrit. La richesse de la lumière à la chandelle pour libérer mes émotions, mon imagination, ma vie et lui donner la joie par la musique des mots. Je voulais la sentir vivante et ainsi venaient à moi les notes. La musique au village ne se jouait que les jours de fêtes et parfois quand mon frère sculptait le bois, une flûte apparaissait. Il suffisait de peu et la nature en théâtre écoutait la mélodie que jouaient cet homme et l’oiseau.

La paix si jolie était dans la plus grande pauvreté. Je voyais à la ville les hommes riches d’alcool s’évader de leur noirceur. C’est là que la peur me vient et que je compris que la richesse du monde habitait le tableau de l’imaginaire, des enchantements protégeant un enfant de la violence des hommes et non des loups qui finissaient par devenir l’ami, cette nature fascinante qui me donnait vie.

Une nature et la faim quand la pauvreté rend les champs arides et laisse à la violence des hommes la part des festins. Je prenais la défense des jardins, notre misère n’était pas la terre, le ciel blanc, le sol glacé. Elle n’était pas mes mains brûlantes par le froid, elle n’était pas ces matins de fièvre, les épidémies frappant les villages, la solitude et la triste église pour prier devant quelques Saints. Elle n’était pas cette espérance que devenait la mort à force de trop de souffrances. Notre pauvreté naissait de la pierre des nobles, des rois, des révolutionnaires qui chantaient la libération, elle nous venait de ces hommes tuant pour gagner leur empire en passant par l’enfer et y gravant les maux de notre humanité. Puis, la liberté renaissait de ses cendres.

J’ai vu l’horreur, les villages en feu, cet homme brûlant sous mes yeux. Ce talus me cachant, la terre devenait mon refuge. La guerre, la guerre civile, les pouvoirs s’entrechoquent, ils tuent pour la liberté. Une lueur, et nous restions pauvres, affamés, malades. Tout tournoyait à vive allure et les grands bois fidèles, mon refuge.

Un enfant est né dans la nuit, la vie innocente ignore l’orage. Un mauvais jour pour naître et une bonne nouvelle, une petite fille en bonne santé et notre amour pour l’accueillir. Je priais pour que le feu ne vienne pas déranger la paix. Tout s’écroule. La guerre prend tout le ciel et je rêvais enfant que les hommes auraient la sagesse d’abandonner la colère.

Les puissants fabriquent des armes, c’est la raison de leur drame. Ils sont ces enfants ayant eu la mort pour compagne de leur misère et reproduisant le bruit qui les hante, voulant le tenir en maîtres. Ils deviennent sans le savoir, les plus grands serviteurs de ce qu’ils voulaient combattre, la cruauté. Ils ont perdu la bataille et se font le pouvoir. La paix leur échappe, cet insupportable, plus que tout il veulent dompter le monde pour la capturer et l’éteindre à jamais.

La rebelle n’est pas venue les consoler lorsqu’enfant, ils croyaient en elle, lorsque les coups pleuvaient par la main de ces hommes de violences sur leur corps frêle aux blessures jaillissantes. L’Histoire se recommence et pourtant le savoir des hommes grandit, mais ils abandonnent toujours l’enfant.

Je regarde par la fenêtre l’étoile au soir, je sais que les longs bois sombres demeurent, qu’ils nous rappellent que nous devons conquérir la fin des drames. Cette fin que l’on ne peut encore écrire. Je dessine alors le petit Prince, pas le conte à la rose, mais l’enfant véritable aux grands yeux bleus, au souffle clair, au cœur fragile, celui que je serre contre mon cœur. Cet amour vivant, la neige se fait de diamant et si j’ai parcouru la Terre des larmes, si j’ai eu la force d’y survivre, j’aurais celle de couvrir les hivers blancs de paix. La goutte d’eau tombant sur mon front venant d’elle et d’aucune autre pluie pour la signer de ma main sur la page de la vie.

L’oiseau me dit soudain qu’un homme qui tue l’amour de sa vie, tue son esprit, ses rêves, sa conscience. Il ne lui reste pour corps que le néant, l’absurde, l’errance. Cultivant que la guerre pour existence, ne sachant que détruire pour penser s’animer sans être. Il est devenu la marionnette de lui-même, la haine son maître. Cet épouvantail aux champs tristes de l’aride, effraie l’amour qui pleure les larmes qu’il ne verse pas. La sécheresse en arme, la terre se fracture, laisse l’enfant sans pain, sans aucune nourriture. L’homme sans elle, la paix, échoue en bateau fantôme dans la brume.

Je referme le livre d’images peintes à l’encre des pétales de roses scellant le deuil, un enfant est mort de froid. Et, cet homme en lambeau que l’ivresse de sa perte pour paraître, ne s’arrête pas sur sa tombe, continue à façonner le désert par les pierres le portant en colonne vertébrale.

 Il ne verra pas l’enfant, son sourire, sa beauté, il ne verra que le malheur, que le trouble, que l’abandon, la peur et il ne portera en répétition que ce bruit. Il ne pourra plus entendre l’amour, écouter son chant de paix grandissant au refuge des cœurs. Il ne possède pas ce foyer en lui, la paix ne peut venir l’habiter. Il faut construire un abri en soi pour la recevoir. C’est donc cela le travail de notre humanité et nous avons pris tant de temps à construire les cathédrales et pyramides, qu’il nous reste que peu de ce temps pour bâtir en notre humanité, le temple de la paix.

À ces pages, je lisais la règle d’or : ce n’est pas échafauder une économie d’argent qui crée la richesse de notre humanité, ni sa connaissance, ni l’a fait perdurer – c’est savoir aimer ce qui nous unit, la vie.  

Être sincère, laisser pénétrer les belles choses dans notre cœur, être vrai, aimer véritablement, donne la chance à l’amour de relever notre monde des souffrances, de vivre en mémoire par cet enseignement de l’enfant à la grandeur de l’innocence. Un homme sans amour est sans mémoire et il reproduit à l’infini les causes du malheur. La guerre recommence, les hommes fondent au métal de leur couteau, la détresse.

Aimer, protéger l’enfant si fragile, je marchais à travers les plaines, des heures durant, et j’imaginais les bras si forts me portant pour traverser les rivières gelées. J’imaginais cet homme radieux, celui voyant le merveilleux, s’accordant la chance extraordinaire de réussir à gravir les sommets des grands arbres par sa réalité, être vrai. La sincérité pour garder la chaleur de sa main tenant celle fine de l’enfant marchant près de lui, soufflant cet air paisible pour le réchauffer, il fut à cet instant le père doux et sincère. Puis, il s’envola dans l’air froid quand l’enfant endormi lui donna en dernier jour l’espérance le quittant. Il ne reste rien de la neige que l’eau de la source, la naissance du printemps et l’abondance de ses fruits. Le mouvement perpétuel de l’eau est sens de vie, elle constitue les veines, ce bleu en reflet aux yeux de mon petit Prince.

Je vois cet enfant couché dans la neige, son corps posé au milieu du chemin. Je regarde du haut de la branche des immenses peupliers, sa maison et les lumières éteintes. Ce village de jadis et les pas effacés. Les jeux et les rires des enfants courant entre les allées et les jardins. Le silence s’éprend du temps et ne le quitte plus. Les siècles défilent, le vent passe d’une terre à une autre, et mon corps au froid se brise, quand doucement l’amour me rappelle la si jolie paix qui me contait quand je m’en allais vers le grand bois, la fin que je voulais écrire pour donner au bonheur tout le commencement.

Enfant, j’avais déjà vécu la vie. Je voulais alors découvrir son paradis. C’est par cette joie de la paix que je suis restée en vie.

J’ai grandi dans les plaines, les vallées et les collines. La biche sensible fuyant au moindre bruit. Je me suis fait silence pour mieux la contempler. C’est ainsi que je suis devenue cet air blanc au-dessus de l’enfant, lui contant les secrets pour qu’il ne s’évanouisse au froid de l’hiver et son corps tremblant. N’aie pas peur, ils verront la si jolie paix te couvrir des ailes en flocons la colombe. À Noël chante ce refrain de l’année aux siècles sur tous les continents : souffle dans la main fragile de l’enfant l’air qu’il portera à son cœur pour vivre.

© Fédora Hélène 

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