De l’agriculture intensive à notre pharmacie, un lien invisible menace notre avenir : la résistance aux antimicrobiens (RAM). Alors que 1,3 million de personnes succombent déjà chaque année à des infections devenues incurables, la crise n’est pas seulement médicale, elle est planétaire. Comment la pollution et la surexploitation des ressources dopent-elles ce fléau ? Décryptage d’une urgence où la santé de la Terre, des animaux et des humains ne fait plus qu’une.

Santé en danger – la Terre et l’humain
De la terre à l’humain, la chaîne du vivant est menacée par l’industrialisation massive de l’agriculture. L’abus de médicaments et de polluants chimiques rompt l’équilibre vital des sols et de l’eau, rendant les virus et les bactéries plus tenaces. Ce dérèglement engendre un fléau invisible : la Résistance Antimicrobienne (RAM), où les traitements deviennent impuissants.
Cette situation critique exige une réaction immédiate face à la cupidité industrielle et à une course au profit qui sacrifie nos ressources naturelles sur l’autel de la rentabilité.
L’augmentation des prix alimentaires enrichit les lobbies tout en aggravant l’insécurité mondiale par la surexploitation des ressources. En privilégiant l’intensification industrielle au détriment du produit naturel, cette dérive mondialiste marginalise les petits producteurs et met en péril la pêche artisanale, privant ainsi les communautés rurales de leur autonomie et de leur dignité.
Lutter contre l’insécurité alimentaire, c’est en premier respecter notre Terre mère et mobiliser les énergies pour agir au bénéfice de la nature en osmose avec l’humain.
Aujourd’hui, nous faisons face à un défi vital : des infections autrefois banales menacent de redevenir mortelles à cause de l’antibiorésistance. Il est désormais urgent de s’attaquer à ce fléau, exacerbé par l’impact des activités humaines sur le vivant.
Afin de protéger le vivant, une plateforme quadripartite voit le jour pour lutter contre l’antibiorésistance, au carrefour des santés humaine, animale et de la préservation des écosystèmes.
L’engrenage – La mise en danger de la santé globale de la nature et de l’humain
La semaine mondiale de sensibilisation aux antimicrobiens s’ouvre du 18 au 24 novembre, et à cette occasion, l’OMS, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation mondiale de la santé animale (WOAH), s’unissent pour prévenir et trouver les solutions pour lutter contre le fléau que représente la RAM.
Une étude a établi que 1,3 million de personnes dans le monde meurent chaque année des causes de la résistance bactérienne aux antimicrobiens (RAM). Un nombre qui « pourrait monter en flèche, entraînant une augmentation des coûts de santé publique et plongeant davantage des personnes dans la pauvreté », souligne la Quadripartite.
Bien que les antimicrobiens soient des piliers de la pharmacologie moderne, leur usage immodéré induit une pression de sélection qui s’avère délétère. Ce phénomène favorise l’émergence de souches résistantes : par mutation génétique ou échange de plasmides, les micro-organismes pathogènes (bactéries, virus, parasites et champignons) développent des mécanismes de survie sophistiqués. Cette résistance acquise neutralise l’efficacité des molécules thérapeutiques, laissant le corps médical désarmé face à des infections autrefois maîtrisées.
Ce processus engendre inévitablement l’émergence de la Résistance aux Antimicrobiens (RAM). Sous cette pression, les antibiotiques perdent leur pouvoir curatif, plongeant la médecine dans une véritable impasse thérapeutique. Des pathologies autrefois considérées comme bénignes ou maîtrisées deviennent alors complexes, chroniques, voire impossibles à traiter. Cette perte de contrôle sur le monde microscopique ne se limite pas à des complications médicales ; elle conduit, en dernier ressort, à une multiplication des échecs de soins et à une augmentation tragique de la mortalité mondiale.
L’inefficacité des antibiotiques ne représente pas seulement un défi clinique ; elle constitue une menace systémique pour la sécurité alimentaire. En milieu agricole, la perte de puissance des traitements transforme des infections gérables en épizooties foudroyantes. Ces épidémies animales, devenues incontrôlables faute de molécules actives, peuvent décimer des cheptels entiers en un temps record. Pour l’éleveur, le bilan est doublement dramatique : au traumatisme de la perte du vivant s’ajoute l’effondrement brutal de son outil de production, le privant de toute ressource et de tout moyen de subsistance.
Les répercussions économiques de la résistance aux antimicrobiens ne sont pas uniformes : elles frappent de plein fouet les maillons les plus fragiles de la chaîne alimentaire mondiale. Ce sont les petits agriculteurs et les éleveurs artisanaux, principalement dans les pays du Sud, qui subissent les conséquences les plus dévastatrices. L’enjeu est colossal : 1,3 milliard de personnes dépendent directement des petites exploitations agricoles pour leur survie et leur revenu, tandis que 20 millions d’individus tirent leur subsistance de l’aquaculture. Pour ces communautés, la RAM n’est pas une statistique lointaine, mais un risque immédiat de basculement dans l’extrême pauvreté lorsque les traitements vétérinaires de base cessent de fonctionner.
Une agriculture déjà fortement menacée par les conditions climatiques extrêmes oscillant entre sécheresse et fortes inondations en fonction des régions.
L’aggravation de la situation est de la responsabilité des actions humaines visant toujours des profits financiers plus élevés. La Quadripartite prévient, « La crise climatique et la résistance aux antimicrobiens sont deux menaces les plus importantes et les plus complexes auxquelles le monde est actuellement confronté. Les deux ont été aggravés par et peuvent être améliorés par l’action humaine » a déclaré la Directrice du PNUE.
Garder les chances de pouvoir améliorer la santé globale de la Terre, préserver la vie qu’elle porte, c’est par la solidarité internationale, par l’union des compétences, et par un arrêt d’une industrialisation destructrice. Une compétitivité interconnectée avec les intérêts de la finance internationale mène une guerre contre la nature.
Au-delà des statistiques, le risque majeur qui se dessine est celui d’une crise alimentaire mondiale sans précédent. Nous ne faisons pas face à un aléa cyclique ou à un phénomène exceptionnel qui surviendrait tous les cent ans, mais à une défaillance structurelle : c’est la Terre elle-même, dans ses mécanismes les plus profonds, qui est en souffrance. Lorsque les fondements biologiques de notre production, la santé des sols, des eaux et du vivant, sont altérés, c’est l’ensemble de notre sécurité alimentaire qui vacille, annonçant une ère d’instabilité permanente.
Une urgence : agir pour préserver la vie
Les pays pauvres seront les plus touchés par l’insécurité alimentaire, mais il est de prendre conscience de l’unité : une Humanité – une Terre. Ainsi, « les infections résistantes aux médicaments peuvent toucher n’importe qui, n’importe où » alerte la Quadripartite. Aujourd’hui les systèmes agroalimentaires et les écosystèmes sont toujours plus menacés sur toute la surface de la Terre.
Le concept de la Plateforme lancée lors de la Semaine mondiale de sensibilisation aux antimicrobiens, intitulée cette année, « Prévenir ensemble la résistance aux antimicrobiens », indique la nécessité de collaboration des parties publiques et privées en toute transparence et de manière inclusive dans la volonté du programme One Health.
Il est aussi important de favoriser la compréhension collective des défis à surmonter. Informer pour combattre la résistance aux antimicrobiens conformément au plan d’action mondial adopté en mai 2015. Lequel définit cinq objectifs de lutte.
Actuellement, nous observons une persistance alarmante de l’abus de molécules antimicrobiennes, tant en médecine humaine que dans la chaîne de production alimentaire industrielle. Cette pression chimique ne s’arrête pas aux organismes : elle sature nos écosystèmes, modifiant considérablement et durablement la microbiologie des sols, désormais appauvris et pollués. Parallèlement, le modèle de l’élevage intensif, en imposant des conditions de vie dégradées au monde animal, a profondément altéré sa santé intrinsèque, rendant les cheptels dépendants d’une béquille chimique permanente. C’est l’ensemble du cycle du vivant qui se retrouve ainsi sous perfusion, au prix de sa résilience naturelle.
Ce cri d’alarme ne date pas d’hier. Dès 2015, lors de l’Assemblée mondiale de la santé, un avertissement sans précédent retentissait : « le monde se dirige vers une ère post-antibiotique dans laquelle les infections courantes pourraient à nouveau tuer ». Cette mise en garde soulignait déjà que sans un changement radical de nos modèles de société et de production, la médecine moderne risquait de reculer d’un siècle, nous laissant désarmés face aux microbes que nous avons nous-mêmes contribué à renforcer.
Pour une Renaissance de la Santé Globale
L’heure n’est plus aux simples constats, mais à une rébellion constructive pour la vie. La résistance aux antimicrobiens est le miroir de nos dérives : elle nous montre qu’en agressant la Terre et l’animal, l’humain finit par s’agresser lui-même.
La Plateforme Quadripartite et le programme « One Health » (Une seule santé) nous tracent la voie : nous ne pourrons nous soigner durablement qu’en soignant nos sols, en respectant la dignité animale et en libérant notre agriculture de l’emprise des lobbies chimiques. La solidarité internationale et la préservation des écosystèmes ne sont pas des options, mais des impératifs de survie.
Pour que demain les infections courantes ne soient plus des sentences de mort, nous devons redonner à la nature sa capacité de résilience. Protéger le vivant, sous toutes ses formes, est le seul remède capable de garantir la sécurité alimentaire et la dignité des générations à venir.
Fédora Hélène

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