Place des Vosges – Au balcon de Jean Edern, la statue et l’hirondelle

©️ LiberTerra photos @liberterradaily

La place et l’hirondelle, une silhouette au balcon

Il n’y a pas de début, ni de fin à l’histoire. Elle n’est pas heureuse, ni la fin ni le commencement. Qui ? l’histoire. Une histoire de quoi ? Une histoire d’amour qui n’en est pas une. L’amour s’est perdu, marche solitaire sur les quais de Seine près à se noyer, et il se retient à la vie à la poésie, le ciel bleu en hiver sous la neige et Paris silencieux laisse les rêves s’envoler.

Place des Vosges, les premiers pas avancent au printemps et fleurit l’amour, crois-tu ? Il ne sera qu’une illusion, un sourire éphémère donné à l’éternité, il est tout. Un balcon, et la place, quel manège tourne au son des malheurs ? Là, là-haut sur le balcon une silhouette, des cheveux longs aux couleurs du soleil, une statue, elle et lui, un homme noir sculpté dans le bois, la pierre, sans nom et elle.

LiberTerra ©️ photo

Si l’histoire ne parlait que des silhouettes disparues. Aujourd’hui, le balcon vide place des Vosges. Un appartement à l’histoire de nous, de lui et de moi et cette grande pièce où se joue une histoire d’amour qui n’en est pas une. Sans début, sans fin, les âmes à l’infini voyage, et ne se réunissent jamais les cœurs brisés, au chagrin et trahisons.

Les corps en silhouette dansent et tout est si étrange, qui est qui, personne ne le sait. C’est un voyage, un train et mille gares, des voyageurs et des drames. Elle monte l’escalier de pierre et d’histoire aux murs où s’inscrivent les initiales des passés revenant sur la feuille et tout disparaît.

Une valse à deux pas, un 45 tours ne s’arrête pas, qui chantera l’air demain, ce refrain était ma main se séparant de la sienne. J’aurais dû fuir, là-haut sur le balcon et devenir une statue de cire. Il ne fut déjà plus le sourire, et les larmes invisibles, le cœur avait mal. C’était déjà fini l’histoire d’amour à deux pas de ce début, la bobine et se lance le générique comme des noms gravés à une tombe et on se souvient.

Triste, l’arbre au printemps prenait des airs d’hiver et conte l’histoire, la voix d’une femme assise au jardin place des Vosges. Il pleut et quelques passants, le silence et ses photos de la place enchantée. Le manège se pose un instant, entre dans la danse.

Ses yeux bleus et verts, le ciel peint, l’aquarelle, le pinceau, il me regarde de ses grands yeux. Il ne sera que cela. Juste son regard se posant comme une étoile au ciel, loin des tourments, des histoires et politiques, des arts et folies, des bruits et les passants au salon, entrant et sortant, il ne restera que cet instant au regard bleu, aux reflets vert d’eau, la mer, la vague, qui pourrait le décrire ainsi dans le bruit public ?

C’est moi, cette hirondelle qui chante en hiver, celle posée sur le balcon et prenant le soleil dans les fils de soie d’une robe légère. L’innocence, être cette passante, ce passage, une amitié, fidèle à l’ombrage pour douceur, se protéger du feu qui brûle les ailes.

Si fragile et si forte pour sauver la liberté et ne pas mourir comme une feuille de papier jetée sur la braise. Tenir la plume à l’encre de chine pour ce mariage dessinant sur la toile posée sur la table, une orange pressée et plus loin des verres de vodka, il fait s’échapper de soi, mais qui ?

La plume à ma main, les verres à lui, l’écrivain disparu. Mes mots, aujourd’hui. Une prière à la flamme et coule la cire, l’encre bleue, son regard, un crayon et le sommeil à l’éternité. Je suis la silhouette, ce vent effleurant le voile des rideaux, la fenêtre ouverte, il fallait que l’histoire commence.

Jean-Edern Hallier qui aurait su que tu serais le point de départ, ni toi, ni moi. Tu as été cette silhouette et la mienne passant dans la pièce, ce chez toi, fut mon histoire.

Mais, sais-tu qu’il était l’ombre au décor, et du peu de nos mots, il reste la feuille que je jette aux braises. L’histoire triste, le drame, et pourquoi, de là-haut tu me diras, « sèches tes larmes ».

© LiberTerra photo @liberterradaily

Vingt ans à peine et la peine, le loup, le méchant de l’histoire, sans présentation, s’appelle le prince décharmant, venant de nulle part et repartant ainsi, pendant que le manège dans la cour fait monter les rêves et en grain d’anges, crois-tu qu’ils seront les futurs aux pas charmants.

Je vais écorcher la feuille, faire entrer le personnage, c’est alors que l’eau en chagrin vient remplacer l’encre de chine, et l’absurde, l’écran noir affiche son nom.

Philippe Palat se nommant rédacteur en chef au hasard et sur les murs de l’Idiot international s’écrit son nom pour le malheur des pages qui s’affichent et dont je fais ce long deuil tant il a trompé, trahi, blessé, tué les chemins de paix, la liberté.

Le corps prenant tout de ses forces pour continuer la lettre et former l’ombre en espace couvrant la blancheur des matins renaissants, tant il est ce drame, la violence à chacune de ses respirations. Tant il grave le mensonge à chacune de ses paroles.

Il faudra se souvenir du train filant, du temps devenu le passager et sans temps, la liberté est brisée sous les coups de maltraitances. Le corps donne sa voix, sa mémoire, il tremble.

S’arrêter un instant, poser le crayon, fermer les yeux, se reposer avant de tracer les lignes qui resteront gravées au creux de l’arbre, l’histoire avant que soit la dernière lueur et l’arbre lui-même tombant pour écrire un point.

Crois-tu qu’il sera final ? Que savons-nous des âmes ? Ce sont elles peut-être en mémoire qui tissent ce coton et les broderies ornent le drap blanc, tout s’inspirant de l’imaginaire. L’esprit humain donne vie, donne naissance à nos réalités. La vie éternelle au dehors de la Terre, de nos corps, d’un cœur qui bat, l’amour en infini lumière recueille ce nous que nous sommes.

© LiberTerra photo @liberterradaily

Enfant assise sur le trottoir, je regardais les jeux, les billes multicolores lancées sans hasard pour atteindre le cœur d’un soleil, notre humanité. Je faisais de la cour ouvrière, le jardin imaginaire au fracas des villes. La pauvreté, les ouvriers, les sonneries d’usine, les rues au bitume sans fleur, tout était rude, et les visages exprimant les regrets et les rires des soirées entre amis, les surnoms donnés en baptême. De vétustes logements à la fin de l’escalier du destin, de cette spirale allant vers les toits et redescendant en chute libre où toutes les promesses de bonheur étaient possibles.

Au 4ème, un immeuble ancien, la fenêtre du palier, avant l’arrivée, ma grand-mère, on entrait en Ukraine. Ce poêle et les écorces d’orange, le thé gardé au chaud, tout attendait. C’était ça le temps.

Tout attendait ce frère resté aux longues forêts, aux plaines enchantées par les blés, et la misère sculptant le bois au chant d’une flûte. Ses mains avaient façonnées dans un morceau de bois cet enfant immobile, sa sœur, qu’il ne reverrait plus. Une sculpture qu’il gardait précieusement, elle enfouit au hasard des trésors perdus en mer, naufragée, le bateau aux guerres et révoltes, sur notre Terre. Il regarde le ciel, croyant en l’espérance et tenant fort la statuette. Il est mort l’art pour ange gardien, ses yeux bleus intenses forment de leur lumière les rivières aux rayons de l’espoir, celui qu’il a tant prié.

Petit prince, mon fils, l’espérance t’a fait don, de ces yeux miraculeux, et notre frère aux vallées d’Ukraine, de son doigt, a touché le ciel. Ses prières entendues ont coloré le jour de ta naissance, et les anges t’ont confié le bleu espérance, en don de paix. La colombe a aujourd’hui ce reflet uni à ton cœur.

L’histoire devient merveilleuse aux enfants, mon âme précieuse, la vie resplendit, l’amour relève le jour, et disparaît les blessures, tout à l’innocence conte nos naissances.

Revenir au premier jour, la première étoile, la lumière éclairant la Terre, une rose au jardin, les anciens partis, la fleur demeure au jardin, aux chemins, aux pétales, et des épines en goutte de sang, je sèmerai d’autres roses à chaque sentier, et ne faire qu’un immense jardin, au cœur des villes bruyantes, de l’assommant, tout transformer en verges, à l’orange posée sur la table, aux orangers grandissant sur la place.

Place des Vosges, la statue sur le balcon s’anime et à nouveau la fenêtre s’ouvre, une silhouette, c’est moi l’hirondelle qui chante en hiver. 

Fédora Hélène

© LiberTerra photos @liberterradaily

Copyright © LiberTerra 2022 – Tous droits réservés – Tous droits de production et de diffusion réservés

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s