La voix de Simone Veil demeure comme une ligne de conscience dans un monde fissuré. Aujourd’hui encore, les pleurs des enfants traversent le chaos des guerres et interrogent notre silence.

Marchons vers les chemins de liberté
Je pense à Simone Veil qui, lors d’un meeting, avait dû affronter les hommes du FN, dont Jean-Marie Le Pen, venus perturber sa réunion publique.
1979 – Simone Veil s’engage pour les élections européennes. Sa réunion est perturbée par l’extrême droite du Front National.
Quelques années plus tôt, en 1972, Jean-Marie Le Pen et Pierre Bousquet, ancien Waffen SS, déposent à la préfecture les statuts de Front National.
« Il y a deux personnages qu’on a là, à l’estrade. D’abord, il y a François Brigneau. Brigneau, c’est un ancien de la Milice. Et puis, surtout, il y a Pierre Bousquet. Bousquet, c’est un militant fasciste dans les années 30, spécialiste du coup de poing, déjà tout à fait violent, qui va faire le choix de la collaboration jusqu’au bout, puisqu’il va jusqu’à la Waffen-SS. Et Pierre Bousquet va déposer, avec Jean-Marie Le Pen, les statuts du Front national. » Nicolas Lebourg sur Radio France.
Ce qui n’aurait jamais dû être, fut accepté : un parti d’extrême droite, où s’installe le négationniste.
L’horreur de la barbarie nazie n’a pas suffi à proclamer « plus jamais ça », ni à condamner définitivement le nazisme. L’ombre fasciste est restée projetée sur les murs. Le malheur revenait. Tôt ou tard, tout peut basculer, et demain les opprimés seraient seuls face à la cruauté.
L’inhumanité a posé sa pierre, l’a scellée. Nos sociétés se livrent inlassablement à la violence politique contre la démocratie. Le nazisme détruit l’humain. Le racisme et l’antisémitisme déchirent la raison et ouvrent un espace de folie consciente. Ils savent qu’ils commettent le pire, qu’ils appartiennent à l’enfer ; ils marquent au fer rouge la mémoire de l’humanité et son Histoire.
L’Histoire qui révèle la continuité, et non la rupture. Le danger est là. Il attend, il surgit. C’est avec force que nous devons lutter contre l’extrême droite. La voix de la liberté et de la paix, cette force-là, est nécessaire, car nous avons besoin d’humanité pour éteindre l’enfer.

Rendez-vous civilisationnel
Le courage de Simone Veil, sa voix, doivent être notre boussole. Les présidentielles de 2027 représentent l’engagement d’une nouvelle décennie aux enjeux majeurs pour la paix et la liberté, pour notre monde vivant.
Une conception obsolète et injuste du pouvoir a creusé une fracture profonde entre les gouvernants et les citoyens. Un pouvoir sans partage, volontiers manipulateur, a installé le cynisme et le machiavélisme dans l’art de gouverner, ainsi qu’un goût de l’autoritarisme qui traumatise. La présidence d’Emmanuel Macron a provoqué un épuisement moral et physique. Sa gouvernance a manqué la paix et la justice. Une économie austère favorisant les plus riches a créé de fortes inégalités, un appauvrissement majeur des populations vulnérables.
Une violence politique globale s’est déployée durant le mandat d’Emmanuel Macron. Il n’a pas su porter la fraternité ni être au rendez-vous d’une France qui a besoin de rallumer le phare de la paix, éclairant ses rivages, accueillant les naufragés, ne laissant personne sur le bord du chemin, terrorisé par l’avenir.
La France a besoin d’apaisement, de réconciliation, d’élaborer une économie respectueuse de l’humain et de la nature. Elle a besoin d’une République nouvelle portée par la démocratie directe, par les citoyennes et les citoyens.
Nous sommes face à un rendez-vous civilisationnel. L’extrême droite, c’est la chute. Les résistants se sont battus pour la liberté, pour défendre les enfants les plus vulnérables. Ouvrir la porte à l’extrême droite, c’est une injure envers les combattants de la liberté, envers les Justes.
La Shoah nous dit à tous : « ne jamais oublier ».

La jeunesse porte le drapeau de la paix. Elle le sait sali, déchiré, mais flottant dans l’air, appelant sans relâche à la fraternité, à être soi, ce linge blanc, même brisé, se hissant en voile bravant la tempête.

Simone Veil, une voix qui manifeste toujours pour la liberté
La grandeur de Simone Veil tient à ce courage de la résistance, à ces mots justes, à cette vérité mise au service de la liberté. Elle n’adoptait pas une posture politique, mais une nécessité vitale. Pour elle, la parole n’était pas un outil de communication, mais une arme de vérité.
Aujourd’hui, tant de responsables pratiquent la rhétorique du vide, la manipulation et ce narcissisme du verbe qui les pare d’épreuves qu’ils n’ont jamais traversées.
Simone Veil, la force de dire. Se taire, c’est faire place au bourreau, c’est le laisser ensevelir la vie qu’il n’a pas réussi à détruire. Dire ce que le cœur n’oublie pas. Dire qu’un jour de plus est une espérance de joie, quand la mort à côté gronde, longe le mur, passe devant le lit de misère et que tout le corps tremble. Dire que tenir debout, c’est cette résistance qui chasse le désespoir, qui nous murmure sans cesse que nous ne sommes plus rien et qu’il est temps de mourir pour se reposer enfin.
L’ombre du barbare est là. Il revient toujours. Il ne laisse aucun répit, aucun refuge. Se battre pour rester libre, conserver sa dignité, c’est garder forte cette paix en soi, lui donner la force du souffle. S’ils savaient au-dehors que la société crée l’enfer, que la politique est capable du pire, que l’obéissance est cynique, que le pouvoir détruit, qu’il n’est que la folie des hommes, feraient-ils attention à ce qu’ils écoutent, au parti politique qui les séduit, à la foule qui court vers les tyrans, aux applaudissements qui encouragent les dictateurs ?
Écoute la liberté. Celle qui s’en va aujourd’hui. Revient la guerre qui, en vérité, ne nous a jamais quittés. Elle brûle les oliviers de Palestine, les cœurs, les sourires. De petits linceuls blancs sont posés sur la terre, et Jérusalem pleure. La souffrance ne s’en est pas allée. Le sang coule toujours. Jésus avance sur ses pas venus graver la paix dans le sol baigné d’eau de la source, son corps blessé que le monde a reçu pour croire en la vie en valeur éternelle, en existence réelle.
Mais, les hommes s’échappent toujours de la lumière qu’ils ne comprennent pas et inventent ce qui détruit. Les armes à la main, ils abattent les éclairs de lune, abandonnant ainsi tout aux ténèbres. Aveugles, ils s’obstinent dans leur volonté de clore le monde vivant. Hier comme aujourd’hui, ils tuent. Ignorants, ils n’entendent pas les paroles saintes. Les innocents tués par la barbarie nazie vivent au-delà de la mémoire, dans la réalité qui promet solennellement de lutter pour la liberté.
La fragilité des libertés
« Aucun de nous ne doit oublier qu’il peut être un jour l’opprimé » Simone Veil
Cette phrase de Simone Veil contient la substance d’une vie entière. Elle ne relève ni de la posture morale ni du simple rappel historique. Elle est un avertissement adressé aux sociétés qui se croient stables, éclairées, immunisées contre la brutalité.
Simone Veil savait que la civilisation peut se fissurer en peu de temps. Déportée à Auschwitz-Birkenau, revenue de l’abîme, elle portait en elle cette connaissance que beaucoup refusent d’admettre : nul statut social, nul confort, nulle appartenance nationale ne protège définitivement de l’humiliation lorsque l’ordre moral s’effondre.
Sa pensée reposait sur une idée simple et exigeante : défendre autrui, c’est aussi se défendre soi-même. Car l’opprimé d’aujourd’hui annonce parfois l’opprimé de demain. Lorsqu’une société tolère que certains soient désignés, abaissés, exclus ou privés de droits, elle prépare toujours une extension future de la violence.
Cette lucidité a traversé tous ses combats : la dignité des femmes, la justice sociale, la mémoire de la Shoah, la construction européenne, la vigilance démocratique. Chez elle, l’humanisme n’était jamais abstrait. Il était forgé par l’épreuve, consolidé par l’expérience, porté par une parole sans emphase.
Dans un temps où l’indifférence se banalise, où la brutalité verbale précède souvent la brutalité politique, cette phrase retrouve une force singulière. Elle rappelle que la liberté n’est pas un acquis patrimonial, mais une responsabilité collective.
Simone Veil n’appelait pas à la peur. Elle appelait à la conscience. Et la conscience commence souvent ainsi : reconnaître que ce qui frappe l’autre pourrait, un jour, nous atteindre tous.
“Je vous demande de vous révolter contre l’indifférence et le fatalisme et de ne pas accepter l’inacceptable.”
Se lever contre l’injustice
Hier, cet enfant disparaissait dans la peur. Des hommes cruels ont vu la petite étoile jaune cousue sur sa veste. Il avait imaginé qu’elle était son ange gardien. Une lueur d’espoir qui ne le quittait pas. Il se disait qu’elle priait et que le mal s’effaçait. Il a vu la vérité. Celle que les oppresseurs couvrent de leur haine, du mensonge destructeur.
Un homme brutal le prit par le bras et le tira violemment, l’obligeant à marcher à ses côtés, à suivre le fil de la rue sombre. Ses pas trop rapides claquaient les pavés. Il dit alors à voix basse : « Étoile chérie, sauve-moi ». Elle, d’or, ne dit pas un mot. Elle battait aussi fort que son cœur. Petit garçon ne voyait plus que de grands yeux le fixant, ces géants en armures noires. Leurs visages aux traits durs, leurs mots criaient. L’un d’eux posa son immense main sur son épaule, le souleva, et le petit ferma les yeux. Au revoir, mon étoile. Une larme coulait sur sa joue. Dieu l’embrassa.
Le monde se réveilla et la majorité n’a pas eu la force de croire. Les témoignages se changèrent en silence. Et, le mal continua sa course.
La terre prit alors un manteau de poussière. L’Amour n’avait pas éveillé la société. Les armes nucléaires se multipliaient, le drapeau blanc, sali, déchiré par l’oubli.
Hiroshima et Nagasaki furent soufflés par le feu ; les enfants ne pleuraient plus que la douleur.
« J’ai toujours gardé le souvenir de ce jour comme un enfer vivant » Keiko Ogura (8 ans lors du bombardement)
« Je veux que les dirigeants de tous les pays dotés d’armes nucléaires se rendent à Hiroshima et à Nagasaki et, à l’aide de leurs propres yeux et de leurs propres oreilles, apprennent les réalités des bombardements atomiques – les vies perdues en un instant, les corps carbonisés par les rayons de chaleur ; des vies perdues dans l’agonie des brûlures et des radiations, dont personne ne s’occupe. Je veux qu’ils se tiennent ici pour ressentir tout le poids des innombrables vies perdues. » Cette déclaration est celle d’un hibakusha qui vécut l’explosion de la bombe à l’âge de 8 ans.
Les dirigeants ont-ils la sagesse de répondre à ce plaidoyer pour la paix mondiale ?
Les dirigeants va-t-en-guerre s’approchent du feu nucléaire, ordonnent la fabrication d’ogives, modernisent leurs arsenaux, tandis que les bombardements enragés effacent des villages entiers, des écoles effondrées, des familles dispersées comme des pierres sous le souffle des ruines.

Le Liban, Gaza, l’Ukraine : les enfants y versent le même chagrin. Les blessures, la peur, y sont identiques. Les frontières n’existent pas, et pourtant les dirigeants tracent des lignes rouges, dressent des murs, étendent des barbelés, posent des barreaux aux fenêtres. La cruauté revient en puissance, enchaîne l’homme,
Les dirigeants partent en guerre en développant des stratégies économiques, industrielles et commerciales, accentuant leur violence dans le sillage des conflits armés au Moyen-Orient et en Ukraine. Tout se module en fonction des bombardements sur des zones civiles. Les enfants tombant sous les éclats d’obus ne sont pas des victimes collatérales : leur mort fait partie de la stratégie de destruction. Tout est glacé soudain sur cette terre politique.
C’est comme si nous quittions la vie terrestre pour rejoindre des mondes effrayants aux fumées toxiques, aux corps allongés sans vie, aux machines foudroyant les villes, écrasant les maisons, ne laissant aucun vestige, ni même une fleur sur une tombe. Mais nous sommes sur terre. La réalité nous frappe. La peine nous envahit sous le ciel clair de nos pays. Pas de bombes au-dessus de nous, dévastant nos rêves, ceux qui font de nous, l’humain, cet être de vie et de respiration.
Les enfants de Gaza, orphelins, et nos sociétés à la raison perdue nous livrent dans les usines sans âme, au rayon, comme des objets de consommation. Moi, pantin désarticulé, je voudrais rejoindre la ville au voile noir. Marcher, caresser d’un regard de douceur un enfant assis sur un morceau de béton, un mur effondré, attendant, sage, le pain et l’eau.
La vie, je t’aime. Dans un soupir, la voix fragile au bord du précipice sur les terres de suie, plonge en prière et rejoint la Croix. Elle supplie la clarté, les mains récoltant l’engrais de la Passion, pour que fleurisse la réconciliation.
« Le danger n’est plus qu’on ne parle pas de la Shoah, mais qu’on en parle à mauvais escient. » Simone Veil
Parle du Juste, de l’enfant, de l’étoile d’Amour qui illumine le ciel, de paix vitale, cela a été la survivance. Elle sera pour tous, partout dans le monde.
Dieu s’est fait enfant, une nuit, l’étoile de vie éclairant l’innocence, indiquant le chemin de l’annonce qui s’accomplit. De la Croix au berceau, il est un.
Fédora Hélène

Copyright ©️ LiberTerra 2026 – Tous droits réservés – Tous droits de diffusion et de reproduction réservés
