OUI FORD Blanquefort peut -encore- être comme Ascoval !

EXCLUSIVITE LIBERTERRA

Oui Ford Blanquefort peut –encore- être comme Ascoval !

Depuis hier, les salariés de l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord) soufflent enfin.

Après le flop inquiétant pour leur avenir du retrait du repreneur franco-belge Altifort, pourtant validé par la chambre commerciale du tribunal de Strasbourg et soutenu tant par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire que par le président de la Région Hauts de France, Xavier Bertrand (divers droite, ex-LR), Olympus Steel Ltd, maison du sidérurgiste British Steel, a obtenu hier après-midi du même tribunal de devenir propriétaire de ce performant site de production d’acier recyclé pour les rails ferroviaires et le fil machine. Tous les salariés, 270, sont repris. Une nouvelle page s’ouvre. Et ce sont à eux seuls et à leurs organisations syndicales que les salariés le doivent. Même un Le Maire, lyrique à la Malraux, le leur dit, «les ouvriers ont une force d’âme en France, vous l’avez prouvé (…) C’est vous qui avez sauvé votre outil de production ! » 

Alors même cause mêmes effets pour FAI (Ford Aquitaine Industrie) à Blanquefort (Gironde) et ses 849 salariés ? En tout cas, cela peut donner un coup de fouet pour l’intersyndicale, qui n’a jamais relâché la pression.

Malgré l’annonce de la fermeture, le rejet du repreneur Punch Powerglide, lui aussi soutenu par le même Bruno Le Maire et le président de la Région Nouvelle Aquitaine Alain Rousset (PS), puis le piteux silence des politiques après la validation par la Direccte du plan de sauvegarde pour l’emploi (PSE) dans la nuit du 5 au 6 mars dernier, sur le mode « bon, on peut plus rien faire, c’est le mieux pour les salariés ».

Et un bien modeste soutien à une hypothétique « réindustrialisation » post fermeture. Car là c’est l’inconnue la plus complète. Quid des terrains, des locaux, des machines, des indispensables investissements sur une nouvelle branche de production supérieurs à 100 millions d’€ ?

Oui les salariés de FAI ne doivent en aucun cas baisser les bras et c’est encore Bruno Le Maire qui leur fournit le plus bel argument, « quand on veut, on peut. Tous ceux qui pensent que la politique ça ne sert plus à rien, que la mobilisation ça ne sert plus à rien, que le travail collectif ça ne sert plus à rien, vous venez de leur infliger un démenti cinglant ».

Se l’applique-t-il à lui-même ? A chacun son sentiment.

Tant pour Ascoval que pour Ford à Blanquefort après les flops Altifort et Punch Powerglide, son ministère et lui-même ne furent plus en première ligne, c’est le moins que l’on puisse dire.

Pour FAI, une réunion le 21 mars à Bercy, le délégué interministériel Jean-Pierre Floris dépêché le lendemain à Bordeaux -où le président de la Région dans ce moment crucial pour l’avenir des 849 salariés fit son politique pour tirer la couverture à lui après la retraite d’Alain Juppé. Depuis ? Rien ou pas grand-chose. Où sont les candidats à la reprise recherchés (loi Florange), comme le faisait, à la mode show certes, Arnaud Montebourg ?

« L’industrie française a son avenir devant elle (…) C’est vous les salariés qui tiendrez la plume » a terminé LeMaire pour Ascoval.

A FAI, Alex Trotman, le PDG de Ford, le 26 juin 1998, vantait «cet exemple pour la qualité et l’efficacité de son travail » qui ne s’est pas démenti par la suite lui permettant de réaliser un résultat net en 2015 de plus de 259 millions d’€ !

Oui, chez FAI, c’est la maison mère qui a délibérément coulé l’outil de production, en ne la lançant pas justement. 50 000 boîtes au lieu des 120 000 garanties, une boîte auto pour petites cylindrées (6F15) avortée, une boîte 8 (8FMid) pour diesel, essence et hybride pour 2019 restée dans les cartons, seulement  89 millions d’€ (100 millions de $) investis en 5 ans soit moins que les 125 millions d’€ apportés par les collectivités locales et l’Etat -qui ne cherche pas à les récupérer aux côtés du Conseil départemental qui a, lui, émis un titre de recettes pour récupérer 1,5 millions d’€.

Au lieu de seulement valider, par la Direccte Aquitaine, le PSE qui, malgré les 20 millions d’€ versés par Ford, lui fait la part belle, l’Etat pouvait détacher un commissaire au redressement  productif doté des compétences de l’article L.662-3 du code de commerce prévues pour les procédures collectives et la prévention et peser ainsi concrètement et avec les conséquences juridiques et judiciaires qui s’y rattachent. Il aurait ainsi montré son engagement sans faille pour la régulation de l’économie française face à la politique des trusts. Mais Bruno Le Maire n’est pas Montebourg et n’aura adopté que des « postures ». Celles-là dont il a avoué hier, que « quand on [les] met de côté, on y arrive ». Tout un symbole…

Alors oui, assigner Ford devant le tribunal pour « défaut de motif économique de la fermeture de FAI, refus du seul repreneur et licenciement sans cause réelle » comme l’ont annoncé Philippe Poutou et Vincent Alauze, les délégués de la CGT via l’avocat de la centrale, le tenace Maître Brun, c’est ce qu’il faut avant que le feu du PSE éteigne les braises.

Appeler l’Etat à se joindre à la procédure, c’est mettre Le Maire face à ses renoncements ou ses contradictions, surtout après ses déclarations sans appel sur Ascoval.

Et le cas échéant, justifier de poursuivre en boomerang le même Etat défaillant ou indolant devant le tribunal administratif pour une validation d’un PSE pour le moins injustifiée et mal ficelée. Tout au moins en termes de compensation pour les salariés, d’indemnité supra légale, de réel reclassement. Mais aussi pour le soutien et la garantie qu’il apporta au repreneur, Punch Powerglide, le même qui fait un plan social dans sa filiale alsacienne Punch Wisches (suppression de 47 des 52 emplois), dans lequel les syndicats sont vent debout contre la direction et le niveau des mesures proposées, avec des négociations tendues jusqu’au 10 mai. Comme repreneur sérieux, dixit alors Le Maire, on fait mieux et c’est le meilleur moyen de refroidir d’autres candidats et de donner, surtout, des arguments à Ford pour justifier la fermeture et le refus du repreneur sorti du chapeau, comme Altifort pour Ascoval …

L’urgence commande. Car tant le Comité de suivi des départs du 30 avril que le Comité social économique d’entreprise (ex-CE) de la veille montrent que le PSE est lancé. C’est maintenant qu’il faut le stopper net, sinon il n’y aura après le démantèlement voulu par Ford plus les forces vives et alors, foin de ré industrialisation !

 Le constat à ce jour, c’est un cabinet de reclassement arbitrairement choisi dont personne ne sait rien, sauf des rendez-vous, des entretiens et, peut-être 3/5 CDI… Bof…

73 départs en pré-retraite au 1er mai sur les 161 validés. 269 autres éligibles. 35 longues maladies basculés sur la prévoyance. 60 départs volontaires. 37 salariés « prêtés » à GFT, l’autre usine de fabrication de boîtes de vitesse, mécaniques celles-là, distante de quelques mètres à Blanquefort et où Ford détient 50% aux côtés de l’allemand Getrag et du canadien Magna par une join-venture que Ford est là aussi en train de rompre. Et 384 salariés sur le carreau ! Secs !

Cà, ce ne sont pas des « postures », mais des hommes qui doivent encore espérer et méritent d’être un autre Ascoval.

©LIBERTERRA

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